« Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks]
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« Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks]

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MessageSujet: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Mar 21 Nov - 10:27



« Il ne s'agit plus de

gagner, aujourd'hui

il s'agit simplement

de se battre »


Iain Parks  & Emelie C. Grahams

 

 



Novembre, malgré qu'il ne soit pas tard, la nuit noir s'est déjà installée à Yosemite...

Dans la caravane depuis déjà un petit moment, je me laisse tomber sur le banc de la cuisine après avoir posé sur la table ma boite regroupant une partie des soins que je cumule. Une douleur me parcourt le corps provenant d'une plaie que je me suis faite dehors. En expédition dans les alentours pour chercher de quoi bidouiller mieux ma serrure, je ne suis pas revenue les mains vides mais non sans bobos. Sauf que m'étant blessée dans le dos, j'ai carrément du mal à voir et à désinfecter. Je pourrais y arriver, en me tortillant dans tous les sens devant un miroir mais je profite de l'occasion pour forcer Iain à se pointer à la caravane.

Cela fait déjà un moment que j'ai cette sensation qu'il m'évite. On se croise peu, il passe peu de temps à la caravane, nos expéditions ensembles se font plus rares... Et lorsque j'essaie d'aborder le sujet, il se débrouille pour trouver une excuse pour se carapater et ne pas me répondre. Ceci dit c'est vrai que par les temps qui courent, le fait de gérer des liens sociaux est de plus en plus complexe. On a tellement tendance à penser à notre survie et aux provisions que l'on fini par ne plus remarquer les bizarreries du comportement des autres ou du moins à ne plus y accorder d'importance en se disant qu'ils régleront ça eux même.

Sauf que Iain n'est pas juste une connaissance pour moi, c'est même plus qu'un ami. Alors hors de question que je laisse ça moisir sous le tapis sans lui en parler. Surtout que le connaissant, s'il lui arrive quelque chose, il est du genre à le ruminer intérieurement encore et encore sans vouloir en parler. J'espère de tout mon coeur que ce n'est rien de grave même si de nos jours la notion de gravité est elle aussi quelque chose qui a énormément changé...

J'ai glissé ce matin un mot dans notre boite aux lettres à nous. On s'en sert pour communiquer lorsqu'on ne se croise pas si l'on a quelque chose à se dire d'important ou d'urgent... Le hic c'est qu'on ne sait jamais quand est-ce que l'autre passera par là s'il est sorti du camp alors bon. Mais c'est toujours mieux que rien. Dans ce mot, je lui demandais de passer le soir même à la caravane (j'étais persuadée qu'il était à Yosemite, dans mes souvenirs il m'avait dit qu'il comptait y rester quelques jours la dernière fois qu'il cherchait à m'éviter.) parce que j'avais besoin d'un coup de main pour quelque chose que je ne pouvais pas faire moi même. J'avais évité de préciser que j'étais blessée pour éviter les soucis si quelqu'un d'autre tombait sur le petit papier. En repassant plusieurs heures après à la boite aux lettres, je remarquais l'absence du mot, en déduisant donc qu'il l'avait bien reçu et qu'il passerait le soir.

Il est presque 19 heures et la pluie commence à tomber dehors. Je me redresse de ma banquette pour aller jeter un coup d'oeil à la serrure que j'ai bidouillé la veille. On est jamais trop prudent.

Alors que je suis justement en train de stagner devant ma porte d'entrée, trois coups retentissent et raisonnent dans la caravane. Pas besoin de vérifier par le Judas, je ne pense pas que quelqu'un d'autre passe par là à cette heure là et vu le temps dehors. Effectivement, en ouvrant la porte, je découvre Iain couvert de sa veste habituelle. Il semble fatigué, encore plus que d'habitude, même si la fatigue et l'amaigrissement fait parti des aléas du monde actuel, j'ai le pressentiment qu'il y a autre chose et je compte bien creuser pour savoir quoi. Mais un peu de politesse, je ne vais pas lui rentrer dedans sans lui dire bonjour quand même.

« - Hey un revenant. Comment tu vas ? » Je tente l'ironie, j'hésite à lancer au moins un petit pic du genre "pas sûre que les fauves te reconnaissent encore hein" mais en voyant son visage et son air vide, je me retiens de tout commentaire.

Je n'attends pas spécialement de confidence face à ce banal "comment vas tu", sonnant peut-être plus comme de la politesse que comme une réelle question. Après lui avoir laissé le temps d'accrocher ses affaires, je remarque qu'il ne semble même pas saluer mes fauves. D'accord ce sont des animaux, mais tout de même. Zorya ne semble pas tenir compte de cela et retourne s'allonger en boule dans un coin mais Pinpin s'approche de lui et d'un coup de tête dans la cuisse fait remarquer sa présence. J'hausse un sourcil devant la situation.

« - Tu peux jouer les médecins pour moi s'il te plait ? Je me suis ouverte dans le dos et pas moyen de désinfecter correctement la plaie. » lancé-je en retirant mon gilet avant de soulever mon pull sur plusieurs centimètres histoire de découvrir le bas de mon dos jusqu'aux cottes.

Au centre de mon dos, ma cicatrice vieillissante avec moi depuis plusieurs dizaines d'années déjà je crois, je ne compte plus. À gauche à droite, des tatouages aussi. Bon, après, il me connait alors je ne dis rien. À côté de nous trône la boite contenant désinfectant, tissus, pince à épiler et autres accessoires trouvés à l'extérieur... Je n'arrête pas de réfléchir à comment aborder le sujet, de toute façon il ne sortira pas d'ici sans m'avoir expliqué ce qui ne va pas, le monde actuel est déjà assez inquiétant pour qu'en plus il n'en rajoute pas une couche s'il vous plait...


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Dernière édition par Emelie C. Grahams le Jeu 23 Nov - 15:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Jeu 23 Nov - 2:52

Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battreJe faisais les cents pas dans ma minuscule roulotte depuis bientôt une demi-heure. À chaque aller-retour, je jetais un coup d’œil sur le bout de papier posé sur le comptoir. Je l’avais lu tant de fois que je le connaissais par cœur et l’écriture d’Emelie était maintenant gravée derrière mes paupières. Elle avait besoin de me voir pour une quelconque tâche non précisée. Ce soir. Je poussai un soupir, puis me passai la main sur le visage comme si je voulais y retirer une toile d’araignée engluée, mais mes angoisses ne voulait pas quitter mon esprit aussi facilement. Voilà bien quelques temps que j’évitais de me retrouver en présence de ma meilleure (et avouons-le, seule) amie plus de quelques minutes d’affilé. Depuis que j’étais revenu de ce campement sur la plage où on injectait un vaccin à tous les survivants volontaires, ma tête ne m’appartenait plus entièrement. Elle était maintenant peuplée par la voix de ma sœur jumelle. Cette cohabitation ne se passait pas pour le mieux et, faute de savoir ce qui m’arrivait et de savoir comment le contrôler, j’avais préféré m’éloigner de mes semblables. Un survivant qui entend des voix, ce n’est pas bien vu, même à une époque ou être sain d’esprit est un terme plutôt relatif. Même si Emelie était la personne de qui j’étais le plus proche, je n’avais pas voulu lui révéler mon vaccin et les conséquences qui en découlaient. Habituellement, je sentais que je pouvais tout lui dire, que je pouvais mettre mon cœur sur la table sans craindre son jugement, mais je ne savais pas comment lui expliquer ce que je vivais alors que même moi je ne le comprenais pas. Et puis Emelie avait été élevée dans une famille contre les vaccins, ce qui avait influencé son attitude face aux piqures. Nous divergions d’avis sur ce point et je n’avais pas vraiment envie quelle me dise que j’aurais dû prévoir le coup…

Malgré mon éloignement, je continuais de garder un certain contact avec Emelie. Nous avions un endroit dans le parc qui nous servait de boîte aux lettres. Lorsque nous nous cherchions mais n’arrivions pas à nous trouver, nous pouvions toujours aller y faire un tour pour voir si l’autre ne nous avait pas laissé un message indiquant sa destination et une estimation de la durée de son absence. C’était là que j’y avais trouvé son message. Je me tournai de nouveau vers le papier, hésitai quelques secondes, puis je me décidai. Je n’étais pas obligé de passer toute la soirée avec Emelie. Je n’avais qu’à aller la voir, lui porter assistance et puis repartir aussitôt. J’étais bien en mesure de camoufler le trouble qui m’assaillait pour quelques heures tout au plus, non ? « Cela n’a pas très bien fonctionné avec Samuel. Tu crois pouvoir faire mieux avec celle avec qui tu traînes toujours ? » Quand on parle du loup… Pour calmer la voix de ma sœur, je me dirigeai vers les armoires pour en sortir une bouteille et en boire une longue gorgée, puis je pris mon manteau et sorti dans l’air frais du soir avant d’avoir le temps de changer d’avis. Les mains dans les poches, je pris le chemin de la caravane d’Emelie, l’estomac en boule. Une fois arrivé, je frappai trois coups sans attendre, afin de m’empêcher de tourner les talons et de revenir chez-moi. Si Emelie faisait appel à moi, c’était parce qu’elle en avait besoin. La porte s’ouvrit sur mon amie et j’affectai une pause nonchalante, comme si tout était normal et que tout allait bien dans le meilleur des mondes. « Comme si cela allait pouvoir compenser pour ton allure. Même les rôdeurs ont meilleure mine. »

Les salutations de mon amie avaient un petit côté sarcastique. Je décidai de ne pas embarquer sur le sujet de mon éloignement et de répondre par un simple : « Ça va pas mal, et de ton côté ? » Je fis un pas dans la demeure et me dirigeai vers le porte-manteau pour y accrocher ma veste. En me retournant, j’aperçu Pinpin qui se dirigeait dans ma direction et qui insistait pour que je le caresse. Il semblait que tout le monde essayait de me faire sentir coupable de mes absences. Je tapotai la tête du chien deux ou trois fois, puis je me dirigeai vers Emelie. Mon cœur se brisait à la vue de mon amie et de ses deux molosses. Ce qu’Emelie me manquait ! Je le réalisais maintenant pleinement, comme si l’avoir devant moi rendait les choses encore pire. Je m’ennuyais même des deux bêtes. Pinpin semblait particulièrement m’apprécier, ayant l’habitude d’avoir un maître masculin peut-être. « Oh arrêtes Iain, je pense que je vais pleurer. Bouhouhou ! » Il fallait que je me dépêche et que je reparte dès que possible. Je m’apprêtais à demander ce qui nécessitait mon aide, mais Emelie fut plus rapide. Elle s’était blessée au dos et voulait que j’y jette un œil. Il était vrai que j’avais certaines connaissances en premier secours et puis le dos était un endroit plutôt difficile à traiter par soi-même. Je m’approchai de mon amie, qui avait relevé son chandail, et j’orientai une lampe pour mieux y voir. « Assied-toi sur une chaise, face au dossier, et je vais m’occuper de cela. La plaie ne saigne plus, mais il faut tout de même désinfecter et s’assurer que tout est propre. » Je me dirigeai vers la table et étalai le matériel de soins qu’Emelie avait préparé. Lorsque je me retournai vers mon amie, je commençai à nettoyer et désinfecter la plaie. « Dis-le-moi si je te fais trop mal. »

« Oh Iain, arrête de te prendre pour un vrai médecin, tu as ton cours de premier secours seulement et puis la carte doit être expirée avec le temps ! » Fronçant les sourcils suite au commentaire de ma sœur, je me concentrai sur la tâche à accomplir. Je ne pouvais pas me permettre de perdre patience ni de répliquer à voix haute, chose qu’il m’arrivait de faire parfois lorsque j’étais seul et que je n’en pouvais plus. « Comment est-ce que tu t’es fait ça, dis-moi ? » Tant qu’à m’occuper l’esprit, aussi bien occuper également celui de mon amie, puisqu’elle ne devait pas trouver le picotement du désinfectant très agréable. Bien qu’elle ne soit pas bénigne, la blessure n’était pas des plus graves non plus, heureusement, mais il valait mieux s’en occuper dès maintenant plutôt que de risquer qu’elle s’infecte ou qu’elle n’empire d’une quelconque autre façon. De leur coin de la caravane, les deux chiens jetaient un coup d’œil à mon ouvrage, se demandant ce qui pouvait bien se passer. L’oreille à l’écoute d’Emelie, je découpai des bandes de gaze et de papier collant pour faire un pansement sur la plaie. La patiente allait devoir s’habituer à dormir sur le ventre ou sur les côtés pendant un moment.
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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Jeu 23 Nov - 15:58



« Il ne s'agit plus de

gagner, aujourd'hui

il s'agit simplement

de se battre »


Iain Parks  & Emelie C. Grahams

 

 



J'hausse simplement un sourcil lorsqu'il me dit qu'il ne va pas trop mal. Pardon mais j'ai du mal à te croire. Je ressens un étrange pincement au coeur en remarquant que Iain a un soucis mais qu'il ne voit pas en moi une épaule sur laquelle se pencher. Avec tout ce que l'on a déjà vécu, j'ai du mal à m'imaginer qu'il puisse ne pas me dire si quelque chose le tracasse. Évidemment, face à sa mine fatiguée, son teint terne et son comportement étrange, je ne peux m'empêcher de m'inquiéter à l'idée que mon ami se soit fait mordre. Alors je suis tentée de lui sauter dessus pour lui arracher ses vêtements et vérifier chaque centimètre de sa peau, mais la situation serai bizarre et ce n'est pas mon genre. Je laisse la situation évoluée, j'improviserai...

Je m'approche de la table de la cuisine en lui expliquant mon problème de plaie compliquée à désinfecter. Je remarque la tentative de Pinpin pour encore attirer son attention, insatisfait des quelques tapes sur la tête qu'il a reçu après sa première tentative. La voix de Iain résonne dans la caravane en me donnant des instructions et en commentant l'état de la plaie. J'avais un peu désinfecté à l'arrache alors ça me rassure lorsqu'il me dit que ça ne saigne plus même si je m'en doutais un peu comme mon t-shirt n'était pas taché tout à l'heure.

Je tire une chaise au milieu de la pièce et m'assieds à califourchon dessus, en posant mes deux bras sur le dossier pour m'appuyer. Je sens la main froide de Iain bouger légèrement la plaie avant d'appliquer de quoi désinfecter. Une légère douleur parcourt mon corps entier lorsque je sens le désinfectant venir frotter la croute qui se formait déjà. Je ne dis rien, je me contente de fermer les yeux. Un tas de question me traverse l'esprit et j'aimerai arriver à profiter de la présence rassurante de mon ami sauf que ce soir l'ambiance est différente. Mon coeur se serre lorsqu'il me dit gentiment de le prévenir s'il me fait trop mal. Si je n'étais pas autant pudique envers mes sentiments, je lui dirai sûrement qu'il me fait du mal à s'éloigner comme ça, que son comportement et sa distance me blesse encore plus que toutes les poutres que je pourrais me prendre dessus. Non, non ce n'est pas mortel évidemment. Jamais aucun mot, jamais aucune distance ni absence n'a écorché physiquement quelqu'un, n'a déchiré de chaire ou n'a brisé d'os. D'accord, c'est vrai, j'admets. Mais qu'en est-il de la douleur morale ? Celle qui tient éveillée la nuit, accompagnée de questions sans réponse, celle qui réveille la nuit en sueur après un cauchemar, celle qui bouffe nos pensées la journée, obsédante, revenant encore. J'aimerai tellement lui dire ça, mais je me contente d'hocher la tête en gardant les yeux fermés.

Je suis ailleurs, dans mes pensées et mes interrogations lorsque sa voix raisonne à nouveau comme un appel à l'ordre. Je prends une grande inspiration. Apparement Monsieur est d'humeur à changer sujet ou du moins à esquiver le sujet principal. Pinpin se rapproche de lui et se couche à ses pieds avec un gémissement sourd et un long soupir remplit de déception. Je garde les yeux fermés et laisse s'écouler quelques secondes avant de prendre la parole.

« - Tu te souviens quand je t'avais dit que je devais sortir en ville chercher de quoi bidouiller la serrure ? J'y suis allée hier soir avec les deux fauves et en passant entre des décombres, des rats ayant élus domiciles dans les ruines m'ont fait sursauter. En me retournant, j'ai cru que c'était des crevés, je me suis pris une tige en metal dans le bas du dos. Sur le coup je pensais m'être seulement griffée mais en passant ma main, j'ai remarqué que ça saignait plutôt pas mal... J'ai bandé ça comme j'ai pu et je suis rentrée... »

Je ne sais pas quoi ajouter de plus à part cette petite explication basique de ce qui s'est passé. C'est bizarre, d'habitude je raconte à Iain un tas de détails, des choses auxquelles j'ai pensé, que j'ai remarqué, ce que les fauves ont fait, ce qu'on a pu voir... Mais là, mes mots restent bloqués en travers de ma gorge. Je sens les doigts de Iain, qui se réchauffent petit à petit depuis qu'il s'occupe de ma plaie, appuyer sur un sparadrap découpé à la taille de la plaie. Il s'éloigne de moi pour me laisser me redresser et j'en profite pour rouvrir les yeux et remettre mon t-shirt sur le bas de mon dos.

En me retournant, nos regards se croisent et j'essaie d'attirer le sien plus de quelques secondes. La porte d'entrée est derrière moi et malgré que je sois plus petite que lui, je croise les bras devant mon ami pour lui bloquer le chemin. Le passage dans la caravane est plutôt serré et déjà en temps normal l'on peut vite se sentir à l'étroit dans ce genre de roulotte. Mais là, c'est un avantage pour moi qui ne veut pas le laisser partir. J'ai le sentiment qu'il va profiter du fait que ma plaie est propre et que sa tâche est accomplie pour s'en aller en quête d'une autre mission dans le parc. Je fronce les sourcils et détaille les traits de son visage malgré le peu de lumière de la pièce. J'hésite quelques instants, ne sachant pas sur quel pied danser, ironie, rentre dedans, devinette...

« - Tu veux bien m'éviter de devoir demander à Zorya de te grogner dessus pour que tu me dises enfin ce qui va pas dis... Tu t'es fait mordre ? Dis moi ce qui va pas, je vais me faire deux cents films dans ma tête sinon, et puis, si tu ne me le dis pas, j'ordonne à mes fauves de te retenir ici et je négocierai ça à coup d'alcool et de chocolats. Tu sais que je suis chiante, quand j'ai une idée en tête, je l'abandonne pas et toi je vois bien que tu m'évites. Alors je veux savoir » dis-je en lui lançant un léger coup de pied dans la jambe en signe de mécontentement.

Je tente la carte de l'honnêteté. D'accord c'est enfantin, mais je n'ai aucune idée de comment lancer ça. D'habitude, on se parle de tout naturellement. Alors je me dis que je vais d'abord essayer de l'amadouer en parlant des fauves et en y allant gentiment..


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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Lun 27 Nov - 23:19

Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battreMes mains tremblaient légèrement tandis que j’apposais les bandes de papier collant sur le dos d’Emelie. Je ne me sentais pas à l’aise là, dans cette caravane, pensée qui me rendait également triste parce que cela avait toujours été le contraire. Il s’agissait autrefois d’un refuge à l’intérieur du refuge qu’était Yosemite. J’y avais passé la nuit de nombreuses fois, j’avais aidé Emelie à faire de menus travaux (au meilleur de mes capacités limitées), j’avais jardiné à ses alentours, j’y avais mangé et bu. Un souvenir remontait à ma mémoire à chaque fois que mes yeux se posaient sur un élément ou un autre dans la demeure. Désormais, chaque seconde que je passais ici était une épreuve durant laquelle je devais me surveiller en permanence. Mon cœur se serait à l’idée, mais je ne pouvais plus m’éterniser ici comme je l’avais fait autrefois. J’avais l’impression de marcher sur des œufs : une réponse trop évasive, une allusion suspecte, un geste de travers et Emelie réaliserait que je n’étais plus le même depuis quelques temps. « Je ne me plaindrai pas de cet éloignement. Je ne l’ai jamais appréciée celle-là, alors chaque seconde de moins en sa compagnie m’est plus que bienvenue. » Avec un soupir, je rapportai mon attention à l’histoire d’Emelie, que je n’avais écouté qu’à moitié. J’en retenais quelque chose à propos d’une barre métallique, mais je n’aurais pas pu la répéter si quelqu’un me l’avait demandé.

Mon ouvrage était terminé. Je me relevai tandis qu’Emelie remettait son t-shirt en place, mais elle fut plus rapide que moi et s’interposa entre moi et la sortie. Je sentis mon cœur doubler la cadence de ses battements. D’une certaine façon, je m’étais attendu à ce que cette visite soit un piège et le comportement de mon amie semblait confirmer mes peurs. Je savais ce qu’elle allait me dire, et surtout ce qu’elle allait me demander, et je ne voulais pas y répondre. Je ne m’en sentais pas prêt. Je n’étais pas assez préparé, je n’avais pas les bons mots pour bien expliquer les choses, mais surtout je ne me sentais pas capable de tout avouer à Emelie, pas maintenant. « Pousse-la du chemin ! Elle ne peut pas te garder ici. Allez, bouscule-la si nécessaire ! » Je  voulais poser mes mains contre mes deux oreilles. Je savais bien que cela ne servirait à rien, que la voix ne provenait de nulle part ailleurs que de l’intérieur de mon crâne, mais je n’avais pas encore perdu l’habitude de tenter de faire taire June de cette façon. La dernière fois qu’elle m’avait parlé ainsi, j’avais complètement perdu le contrôle de moi-même. J’avais attaqué un voleur déjà blessé et je frissonnais en pensant à ce qui se serait produit si je n’avais pas réussi à me ressaisir. Je ne sais pas ce que June m’aurait poussé à faire. En ce moment, la dernière chose que je voulais, c’était que le même genre de chose se reproduise.

Je cru sans peine Emelie lorsqu’elle me dit que je ne sortirais pas d’ici sans lui fournir une explication sur mon comportement. J’étais tenté de lui inventer une quelconque histoire, mais elle aurait vite remarqué que je lui disais n’importe quoi. Elle me connaissait mieux que quiconque, elle saurait détecter les signes que je mentais. De plus, la pression du moment m’empêchait de broder un mensonge qui se tenait debout. J’allais devoir y aller avec la vérité. Je commençai graduellement, répondant à la question directe de mon amie : « Ne t’inquiète pas, je n’ai pas été mordu. » Si cela avait été le cas, j’aurais été condamné à une mort certaine (dont je ne me serais pas relevé en zombie, grâce au vaccin), mais au moins j’aurais été en mesure de comprendre ce qui m’arrivait… Je sentais que ma bouche était sèche, que ma langue était épaisse et pâteuse, que mes mâchoires étaient soudées l’une dans l’autre. Comment allais-je pouvoir tout lui raconter dans ces conditions ? Je pris une grande inspiration, puis reculai jusqu’à un siège pour m’y asseoir. Pinpin vint me rejoindre une fois de plus, quémandant mon attention, mais je me sentais incapable de lui jeter un coup d’œil, comme si je le croyais en mesure de tout comprendre toute l’histoire que je m’apprêtais à relater. « Il y a quelque chose que je ne t’ai pas raconté. Ça s’est produit tout juste avant que je ne décide de m’installer moi aussi à Yosemite. »

J’avais espéré que les choses soient plus faciles une fois lancé, mais ce ne fut aucunement le cas. Je ne savais pas exactement pas où commencer, alors je  décidai de partir du moment où j’avais trouvé le bon de vaccin. J’espérais que de reconstituer chronologiquement le déroulement des choses me permettrait de faire le ménage de mes pensées du même coup. « As-tu vu l’un de ces bouts de papiers, cachés un peu partout dans la nature, qui indiquaient un campement sur une plage ? Des bons de vaccins, qu’on les appelait. Je suis tombé sur une de ces choses lors d’une exploration et la curiosité m’a poussé à aller voir de quoi il était question… » Ce que je regrettais aujourd’hui cette décision ! Ce que j’aurais aimé pouvoir retourner dans le temps pour hurler à ce Iain crédule de ne surtout pas accepter la piqure ! Je n’aurais alors jamais eu à poursuivre cette conversation, je ne me serais jamais éloigné d’Emelie et je ne serais sûrement pas retombé dans la bouteille pour faire taire la voix de ma jumelle. « Il s’agissait d’un vaccin pour éviter de se relever après la mort. Une injection qui rendait malade comme un chien, mais qui nous gardait mort pour de bon. Et… Je… J’ai décidé… de le faire. » Je pris une grande inspiration suite à cette révélation. Révéler que je m’étais fait vacciner n’était pas vraiment ce que je craignais le plus, même si je m’attendais à une réaction négative de la part d’Emelie. Je sentais que le plus dur approchais, mais je n’étais pas encore capable de lu raconter tout d’une traite. Pas encore.
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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Mar 28 Nov - 17:25



« Il ne s'agit plus de

gagner, aujourd'hui

il s'agit simplement

de se battre »


Iain Parks  & Emelie C. Grahams

 

 



Je ne peux pas faire autrement que de remarquer le comportement de plus en plus étrange de Iain. Un instant, j'ai cru voir un éclair d'agacement passer sur son visage lorsque je me suis redressée et que je lui ai bloqué le passage. Lui d'habitude si calme et si patient, il en faut beaucoup avant d'arriver à lui casser les pieds. Ce soir j'ai l'impression que ma présence seule l'insupporte et le dérange. Décidément je ne comprends pas. Iain me rassure lorsque, après avoir laissé passé quelques secondes, il m'explique que non il n'a pas été mordu. D'accord, c'est un début des plus rassurants. Maintenant que l'on a écarté l'hypothèse là, c'est plus compliqué et je ne le lâcherai pas.

Après avoir volé une énorme bouffée d'air, mon ami se recule et se laisse tomber sur une chaise. Il évite toujours mon regard et Pinpin tente une énième approche pour réclamer son attention. Désolée chaton, je crois que ce n'est pas ce soir que ton copain te grattera derrière les oreilles. J'ai le sentiment que ce que va me dire Iain ne va pas me plaire. En même temps, il ne faut pas être Einstein pour déduire que la chose qui l'éloigne autant de moi et le change à ce point n'est pas plaisante. Un vieux réflexe me revient et je commence à me gratter la peau du pouce avec l'ongle de l'index. C'est un tic que j'avais lorsque je stressais. Rien de bien grave, c'était plutôt discret d'ailleurs comme habitude, mais cela me venait dès que j'angoissais par rapport à quelque chose. Que ce soit une compétition, un résultat, une dispute ou une conversation inquiétante, c'était ma peau qui morflait. Y a pire comme TIC je trouve, certains se rongent les ongles (le bruit est insupportable), d'autres se font des noeuds dans les cheveux à force de les agiter dans tous les sens et d'autres encore sont pliés en 4 par des douleurs au ventre. Moi et mon petit grattement de doigt n'allions pas nous plaindre même si c'était quelque chose qui avait le don d'inquiéter Nono qui détestait me voir abimée comme il disait.

Je ne quitte pas Iain des yeux et me contente de m'assoir en face de lui, sentant par la même occasion mon pansement fraichement posé tirer ma peau. Sa voix s'élève doucement dans la caravane, comme une confidence maladroite difficile à avouer. Iain me parle d'une chose qu'il a décidé de faire avant de s'installer à Yosemite. Je fronce les sourcils, depuis le temps que nous sommes ici, je n'avais pas l'impression de le voir aussi bizarre qu'en ce moment. Il éveille ma curiosité et je me demande ce qui a bien pu le perturber ainsi. Zorya se redresse de son coin de pièce en s'étirant et le son de ses pattes raisonnent dans la pièce silencieuse. Elle se laisse tomber à côté de moi, posant sa lourde tête sur mes pieds que j'ai croisé par terre. Je lance un regard à Pinpin qui s'est mis en boule devant Iain semblant avoir pris la relève dans l'objectif de l'empêcher de quitter la caravane. À nous trois, nous devrions bien arriver à le faire parler.

Je me contente d'hocher la tête pour l'encourager à continuer. Il semble hésitant, pensif, contrarié. Ai-je bien raison de lui imposer de me parler ? Après tout, s'il veut garder cela pour lui, qui suis-je pour le secouer et le sortir de sa bulle ainsi ? Je balaie cette idée de ma tête aussi vite qu'elle n'est venue. Je suis son amie et je m'inquiète pour lui. S'il ne va pas bien, j'ai le droit et le devoir de l'aider à aller mieux et garder les choses pour lui ne fait pas partie des choses à faire pour aller bien. De plus, j'ai peur pour sa santé. Ce n'est pas que son comportement étrange par rapport à moi qui m'inquiète, c'est le fait que physiquement aussi il semble en prendre un coup. Déjà que de base, ce n'est pas la joie pour s'en sortir en bonne santé par les temps qui courent mais je n'ai jamais vu Iain aussi amaigri et l'air aussi fatigué. Pourtant ce n'est pas des nuits blanches qui manquent dans nos souvenirs passés ensemble.

La voix de Iain me rappelle au moment présent et il commence à m'éclairer. Il me parle des bons de vaccins disséminés dans la nature. Effectivement, j'étais déjà tombée sur l'un d'entre eux et après l'avoir lu, je l'avais déchiré sans aucun remord. Je ne comprends pas l'utilité de cette connerie, d'accord revenir après la mort ne doit pas être une partie de plaisir, je mentirai si je disais que je n'y avais jamais songé, mais risquer des effets secondaires sans pouvoir être sûr du résultat, je dis non. À la limite, s'il empêchait la transformation en cas de morsure ou de contamination, je reverrai peut-être mes propos, mais dans le cas ou l'utilité ne se trouve qu'après notre décès, moi je dis non.

Je fronce le sourcil, voyant doucement où Iain veut en venir. Je crains le pire. Il prend quelques secondes pour m'expliquer le pourquoi du comment du vaccin, je me contente encore d'hocher la tête rapidement pour acquiescer, voulant lui faire comprendre que je savais de quoi il s'agissait. Il embraie ensuite sur un début de piste du problème. J'ai l'impression de tomber de ma chaise lorsque mon ami m'avoue qu'il s'est fait faire ce vaccin. Je ne sais pas quoi dire, je me contente de le regarder, espérant qu'il plaisante. J'avais souvent entendu parler de ce vaccin et les personnes s'y étant risqués racontaient avoir été malades comme jamais, souffrir de soucis divers et variés. C'est surtout des personnes ayant vu des humains vaccinés avec qui j'en avais parlé alors je me méfiais tout de même de leurs paroles. J'ai souvent l'impression que les hommes et les femmes exagèrent leur propos pour toujours en faire plus...

Ceci dit, je ne peux pas croire que Iain ai fait une connerie pareil. Je perds mes mots quelques secondes. Je ne peux pas remonter dans le passé pour changer les choses, je n'étais même pas là quand il a eu cette idée follement stupide... Je fronce les sourcils et me pince les lèvres. J'ouvre la bouche à plusieurs reprises avant de me taire finalement, plusieurs secondes passant ainsi dans le silence.

« - Malgré tout ce qu'on dit sur ça... » Murmuré-je doucement. Je ne veux pas l'accuser, l'accabler ou le couler sous des reproches inutiles. J'ai l'impression de lui en vouloir, mais j'en veux plus à la terre entière qu'à lui même pour être honnête, j'en veux au monde d'être ce qu'il est, j'en veux aux hommes d'être devenus des crevés qui nous pourrissent la vie au quotidien, nous obligeant à faire des choses que l'on aurai jamais imaginé avant.

« - Et toi ? Comment tu te sens ? Depuis que l'on s'est retrouvé à Yosemite, ça avait l'air d'aller correctement toi ? Qu'est-ce qui fait que d'un coup, tu sois comme ça..? Je peux t'aider Iain, d'une façon ou d'une autre je peux t'aider. »

J'aurai bien voulu mettre ma main sur son épaule, mais le contact physique n'étant pas notre spécialité, je me retiens. Je veux surtout comprendre. J'aimerai qu'il me raconte ce qu'il vit pour partager cela avec lui, pour lui montrer qu'il n'est plus seul et que peu importe le poids qu'il a sur les épaules, les miennes sont près de lui pour le partager. J'hésite à lui proposer un verre d'alcool mais connaissant son passé compliqué avec la bouteille, je ne préfère pas tenter le diable même s'il m'est arrivé plus d'une fois de remarquer dernièrement une odeur d'alcool dans son haleine. Mais s'il a replongé, je ne veux pas l'aider à se laisser aller. Je vais le secouer, je veux l'aider à aller mieux, pas à chuter encore plus bas...



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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Lun 4 Déc - 3:16

Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battreOui, malgré tout ce qu’on disait sur le vaccin, je l’avais fait. Entendre ces paroles de la bouche d’Emelie me fit étrangement moins de mal que je l’avais cru. Pas seulement parce que son ton n’était pas trop chargé de reproches, mais également parce que je réalisais moi-même l’étendue de ma stupidité. Alors que Niska me raccompagnait au campement après m’avoir sauvé de tous les rôdeurs que j’avais attirés, elle m’avait bien dit que le vaccin avait des effets important sur les gens, qu’il les changeait. Elle-même, tout comme son camarade, ne l’avait pas reçu, alors qu’elle vivait sur le campement. Elle avait été en mesure d’en apprécier de ses propres yeux les bénéfices et surtout les désavantages et avait choisi de passer son tour. Pourquoi n’avais-je pas fait la même chose alors ? Qu’est-ce qui avait bien pu me pousser à prendre cette décision sans plus de réflexion ? Je ne pouvais pas y répondre avec exactitude, même encore aujourd’hui. Peut-être la peur du virus, la possibilité de survivre à une morsure autrement mortelle… Quel avantage y avait-il pour moi à rester mort sinon ? Les zombies ne se rendaient même pas compte qu’ils étaient supposés reposer dans une tombe plutôt qu’arpenter la terre. Je pouvais me flageller autant que je voulais, le mal était déjà fait de toute façon, et moi qui espérant retrouver la trace de ma sœur, je l’avais avec moi en permanence. Une version plus diabolique que ma véritable jumelle, bien sûr, mais qui avait sa voix, son sarcasme et son dédain pour moi.

Emelie poursuivit à l’aide d’une avalanche de questions, puis m’affirma qu’elle pouvait m’aider. Je commençai par lui offrir un demi-sourire, sachant très bien qu’elle ne pouvait absolument rien pour moi. Je ne savais même pas si ceux qui avaient développé le vaccin étaient en mesure de me soigner, alors quelqu’un qui n’avait aucune formation médicale et/ou scientifique n’y arriverait pas plus. Je relevai les yeux vers Emelie, qui avait pris place devant moi. Zorya se trouvait à ses côtés, en plein dans l’unique voie de sortie de la caravane. Quant à Pinpin, il était à mes pieds, entravant toute possibilité de fuite. Je me sentais pris au piège et mes mains commencèrent à devenir moites à cette pensée. Je n’avais plus aucune chance de mettre fin à cette conversation si jamais je le désirais. « Ils t’ont coincé. Tu aurais dû fuir quand tu en avais encore la possibilité. » Je tentai de me calmer, de me dire qu’Emelie ne voulait que mon bien, qu’elle m’aiderait peut-être à y voir plus clair… mais la voix de ma sœur continuait de faire croître ma panique. « Avec des amis comme elle, pas besoin d’ennemis. Tu veux vraiment tout lui avouer sous la contrainte ? Tu trouves cela juste, qu’elle t’attire ainsi avec un prétexte semi-bidon pour ensuite te tirer les vers du nez de force ? »

Je secouai doucement la tête de droite à gauche, les yeux fermés. Je voulais que ma sœur arrête, mais je savais qu’elle y prenait plaisir. La seule façon de la faire taire était de tout déballer immédiatement, de ne plus lui laisser la possibilité de me faire anticiper ce moment tant redouté. « En fait ça ne va pas très bien. Au niveau physique, je me suis remis des effets secondaires en une semaine environ, mais pour le reste… Disons que certaines choses persistent encore. » « Bonne idée Iain. Si tu veux quitter cette caravane, autant tout lui dire maintenant. Elle va te jeter elle-même dehors quand elle saura ce qui t’arrive. » Je déglutis difficilement, me mordillant l’intérieur de la lèvre inférieure, concentrant mon esprit sur la douleur. « Je ne peux rien y faire à part vivre avec, toi non plus tu n’y pourras rien. Je ne t’en ai jamais parlé auparavant parce que je ne comprends pas encore ce qui m’arrive. » « Tu ne comprends pas ce qui t’arrive ? Laisses-moi te le résumer : tu es devenu dingue, un barjot. Tu entends des voix dans ta tête. Tu es bon à enfermer. Qu’on apporte une camisole de force pour Iain Parks ! » Je me pris la tête entre les deux mains. J’essayais de paraître le plus normal possible, mais je commençais à me sentir dépassé entre mes propres angoisses et les commentaires de ma sœur, qui empiraient la situation.

D’un geste brusque, presque désespéré, je relevai la tête et débitai la vérité : « Depuis que j’ai reçu le vaccin, j’hallucine la voix de ma sœur dans ma tête. Tout le temps. Et je ne sais pas quoi faire pour que ça cesse. J’ai parfois l’impression qu’un fusible va sauter dans mon crâne à force de l’entendre. » Je concentrai mon regard sur mes mains de nouveau. Voilà. C’était dit. Maintenant Emelie savait tout. Elle réaliserait bien vite qu’il n’y avait rien à faire pour moi, que j’étais condamné à entendre des voix. J’étais devenu schizophrène suite à une simple injection et plus jamais je ne pourrais revenir en arrière. Il n’y avait plus de cliniques médicales, plus de médicaments, plus rien pour me permettre de redevenir souverain de ma propre tête. Si Emelie avait un tant soit peu de jugeote, elle comprendrait que je préférais m’éloigner d’elle. La vie était déjà assez difficile comme ça, inutile de lui imposer mes propres problèmes en plus. Surtout s’il n’y avait aucune solution pour y remédier. « Je ferais mieux d’y aller, il se fait tard », dis-je en me relevant. Je gardai les yeux fixés sur Pinpin, couché en boule devant moi, que je devais enjamber. Tout pour ne pas avoir à regarder Emelie, tout pour ne pas voir l’expression de son visage.
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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Mar 5 Déc - 22:48



« Il ne s'agit plus de

gagner, aujourd'hui

il s'agit simplement

de se battre »


Iain Parks  & Emelie C. Grahams

 

 



Je ne quitte pas Iain des yeux, cherchant le moindre signe pouvant éclairer ma lanterne même si je me doute bien que ce n'est pas son comportement qui va m'apprendre quoi que ce soit, j'espère au moins pouvoir me rendre compte si jamais il tente de me servir un mythe pour calmer mes questions. Après, Iain n'est pas du genre à mentir. Je ne sais pas si c'est son côté honnête ou sincère, mais en tout cas je n'ai pas le souvenir de l'avoir déjà vu s'amuser à me mentir. C'est peut-être une des choses que j'aime le plus son côté simple, il n'exagère pas les choses pour se mettre en avant, il ne va pas mentir juste pour se valoriser ou pour quoi que ce soit d'autre. En général, il est plutôt du genre à me dire qu'il n'a pas envie de parler d'une chose ou d'une autre plutôt que me sortir un bobard... Ceci dit, je ne sais pas si tous les prétextes qu'il m'a sorti dernièrement pour m'éviter étaient vrais. Je me méfie tout de même et observe ses traits tirés.

Il ferme les yeux et secoue la tête. Non ? Non, je ne peux pas l'aider ? Non, il se sent mal ? Je ne comprends pas, je suis un peu perdue, je cherche trop à comprendre rapidement que je me perds toute seule je crois. Sa voix s'élève doucement et il commence à m'éclairer petit à petit. Je l'entends me parler de certaines choses qui persistent, et tout de suite je serai tentée de le noyer sous un flots de questions par rapport à ça mais je me retiens. Iain laisse couler quelques secondes avant de reprendre et de m'expliquer que ni lui ni moi ne pouvons l'aider et qu'il ne comprend pas ce qui lui arrive... J'ai l'impression de comprendre de moins en moins ce qu'il m'explique.

Je fronce les sourcils et prends une inspiration. Au moment ou j'allais prendre la parole, Iain se prend la tête entre ses mains nerveusement. Je ferme ma bouche, instinctivement, le laissant réfléchir et ne voulant pas le brusquer. Après tout, je veux être une oreille attentive, pas le juger ou le brusquer. J'imagine déjà une liste de deux cents effets secondaires tous plus invivables les uns que les autres et contre lesquels effectivement nous ne pourrions rien faire mais je ne perds pas espoir. Je suis convaincue qu'à deux, nous pourrions trouver une solution.

Il fait sursauter Pinpin lorsqu'il lâche sa tête d'un geste brusque pour me fixer et se mettre à parler rapidement. Je ne quitte pas son regard des yeux lorsqu'il me lâche enfin le soucis qui le perturbe autant. Je reste bouche bée. Je ne peux m'imaginer ce qu'il doit ressentir quand il entend la voix de sa soeur. Iain cherche sa soeur avec autant de détermination et d'espoir que moi je ne cherche mon frère, ce qui permet de nous comprendre si bien lorsque nous nous en parlant. Alors quand il me dit qu'il a l'impression d'entendre June commenter ses faits et gestes, je ne peux que comprendre que cela le perturbe et le dérange. Surtout que si mes souvenirs de June correspondent à la voix qu'il entend, ce ne doit pas être des plus agréables. Je ne m'entendais pas bien avec elle, une sorte de rivalité féminine peut-être parce qu'elle sentait qu'il y avait quelque chose de spécial entre Iain et moi. Après, en général, je n'ai jamais été apprécié par les autres filles donc ce n'était pas quelque chose qui m'avait inquiété. Mais là, j'essaie de me mettre à la place de Iain et d'imaginer ce que je ressentirai si j'entendais la voix de Stan me parler la journée et le soir... Je ne sais pas si je deviendrai folle ou si au contraire, cela me rassurerait. Je ne quitte pas mon ami du regard et cherche mes mots alors que lui plonge ses yeux à l'intérieur de ses mains comme si ses doigts étaient devenus la première merveille de ce monde de merde.

Son regard se baisse ensuite sur mon chien et apparement je prends trop de temps à chercher mes mots puisqu'avant même que je ne puisse répondre quoi que ce soit, Iain se relève en me lançant qu'il ferai mieux d'y aller. Je secoue la tête et me redresse à mon tour, imitée par Zorya qui bloque donc le passage étroit de la caravane.

« - Du coup c'est tout ? Tu m'annonces que tu t'es fait injecter de la merde dans le sang qui te file des effets secondaires flippants te rendant bizarre et t'éloignant de moi et tu veux te barrer comme ça après avoir dit ça ? Content de t'avoir connu Emelie, je vais faire ma vie dans mon coin jusqu'à devenir fou c'est ça le plan ? C'est hors de question Iain. » Je croise les bras sur ma poitrine et me tient aussi droite que je peux. C'est pas comme si j'essayais de l'impressionner, pour ça mes fauves sont bien plus efficaces, mais je veux qu'il soit d'accord, je ne veux pas qu'il baisse les bras. Il n'a pas deux cents options possibles et je n'imagine pas que s'isoler soit la solution idéale pour lui. « Je te laisse sortir d'ici et tu vois comment la suite ? On se voit de moins en moins jusqu'à ne plus se croiser du tout et puis à la limite on se tient au courant si on a un soucis via notre boite aux lettres et c'est tout ? Tu restes dans ton coin avec ta voix et moi avec mes chiens ? C'est comme ça que tu vois les choses ? »

Ma voix monte et mes mains trembleraient si je ne les serrais pas contre moi, j'ai l'impression que ma vue s'embrume et que mes paroles sont plus agressives qu'elles ne devraient être mais cette situation me met hors de moi. J'ai autant de haine que de peur, j'en veux au monde autant que le futur ne m'effraie. Iain est devenu avec le temps l'un de mes piliers et l'idée que sa présence pourrait s'effacer doucement de ma vie m'effraie comme pas permis alors plutôt que de lui dire gentiment et posément que non, ce n'est pas une bonne idée, je m'énerve. C'est plus simple pour moi de m'énerver que de confier mes craintes. D'un geste brusque, je mets mes deux mains sur les épaules de Iain profitant de l'effet de surprise pour le pousser suffisamment en arrière pour qu'il repose ses fesses sur la chaise. Je sais que s'il s'énervait, il pourrait me dégager sans souci et s'en aller. Je n'ai aucune idée de comment les fauves réagiraient. D'accord, il bousculerai maman, mais c'est leur ami aussi tout de même. Je pense au fond de moi que leur côté fidèle à un maitre ferait qu'ils seraient capable de grogner suffisamment fort sur lui pour qu'il ne parte pas et qu'il n'ose pas faire un pas de plus.

Je ne lâche pas ses épaules et arrive à attraper son regard. « - Iain, je m'en fiche de ce que tu dis June, parle moi, à deux on trouvera une solution, s'il faut je ne te lâche plus jusqu'à ce que l'on trouve mais je refuse de te laisser t'isoler. Je ne supporte pas l'idée de te perdre Iain... » J'ai l'impression d'avoir perdu de l'intensité vocale au fur et à mesure que les mots sortaient de ma bouche. Alors si j'avais commencé ma phrase d'une voix autoritaire et assez forte, mes derniers mots s'étaient simplement échappé d'entre mes lèvres aussi doucement qu'un murmure...



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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Mer 20 Déc - 3:14

Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battreLorsqu’Emelie s’était levée pour me couper le passage, j’aurais presque préféré qu’elle me laisse quitter le camping-car sans protester. Ne voyait-elle pas que cette situation était sans issue ? J’étais en train de couler lentement vers la folie et même elle n’arriverait pas à me garder la tête hors de l’eau. D’un autre côté, je ne pouvais pas nier être touché par l’attachement qu’Emelie me témoignait en refusant que je quitte même en sachant toute la vérité. Son acharnement était comme une chaleur au creux de mon estomac glacial, mais je ne pouvais pas flancher face à son entêtement. Si j’avais fait preuve de distance et de froideur envers elle, c’était pour une bonne raison, et je le savais. Oui, je le savais, mais cela ne me faisait pas moins mal de devoir agir ainsi envers elle. Surtout envers elle. Me détacher d’Emelie était comme amputer mon propre bras, mais je n’avais pas le choix, et je devais le faire d’un seul coup si je voulais minimiser la douleur. Toutefois, mon amie ne l’entendait pas de cette façon. Les bras croisés et prête à me bloquer la porte d’entrée toute la nuit s’il le fallait, elle ne me laissait pas d’autre choix que d’écouter sa tirade. Je pris une grande respiration, sachant qu’Emelie ne s’avouerait pas vaincue facilement et que l’argumentation ne faisait que commencer. « Mais pour qui elle se prend à te faire la morale, celle-là ? » Voilà maintenant que June s’y mettait, visiblement contrariée par les propos de mon amie. Je devais admettre qu’ils n’étaient pas des plus faciles à entendre, mais je comprenais pourquoi Emelie était tellement affectée, car malgré ce que je laissais paraître, je souffrais autant qu’elle.

J’allais ouvrir la bouche pour essayer de calmer mon amie, mais les choses prirent un tour inattendu. Avant que je puisse dire le moindre mot, Emelie posa ses mains sur mes épaules et me repoussa sur ma chaise avec force. Surpris par son geste, je manquai presque m’effondrer au sol. Tanguant sur la chaise, pris de vertige, je me rattrapai au siège et réussi à rester assis. « Oh, si elle croit que je vais laisser passer ça, cette espèce de… » Je sentais la colère grimper en moi, celle de June, et je commençai à craindre le pire. Malgré la fraîcheur du soir, je sentais qu’il faisait plus de mille degrés dans la caravane. J’avais les deux mains sur les accoudoirs et je les serrais comme si je voulais les briser, cherchant un moyen de faire passer la colère qui grondait. « Elle a osé te pousser Iain ! Tu t’éloignes d’elle pour la protéger et elle te lance presque au sol pour te remercier ! » Je voulais que June se taise, mas je voulais qu’Emelie se taise elle aussi, car lorsqu’elle se pencha vers moi pour me dire qu’elle ne voulait pas me perdre, je n’écoutais que d’une oreille, l’autre concentrée sur les propos de June. Je croisai le regard de mon amie, espérant que d’y lire sa compassion réussirait à calmer le feu dans mon ventre…

Je ne croisai pas les yeux d’Emelie avec les miens, mais avec ceux de June. Ma sœur, irritable pour un rien et qui n’acceptait toujours pas d’avoir été repoussée par Emelie, n’allait pas se laisser attendrir. Malgré tous mes efforts, je me retrouvai debout avant de le réaliser, me redressant d’un geste brusque et repoussant du même coup les mains qu’Emelie avait posées sur mes épaules. « Mais tu ne vois donc pas que tu ne peux rien faire pour que ça cesse ! » hurlai-je dans la caravane. Puis, comme si j’avais été un simple spectateur de la scène, je retrouvai mes esprits et posai mes mains sur ma bouche. Je reculai jusqu’au mur du camping-car, cherchant à rester le plus loin possible de mon amie si jamais je perdais de nouveau tous mes moyens. Mais qu’avais-je fait ? J’avais élevé la voix sur ma seule amie, dans sa propre maison alors qu’elle ne cherchait qu’à m’aider. Tout ça pour une simple bousculade. J’avais de la chance que les deux molosses ne m’aient pas déjà réduit en charpie… Je l’aurais mérité, cent fois plutôt qu’une. J’étais un danger pour tous ceux que je côtoyais, je le savais depuis que j’étais revenu de ce campement sur la plage. « Tu vois pourquoi je ne peux pas rester ? » Ma voix tremblait. Ce n’était pas mon genre d’agir ainsi, ce n’était pas moi. Il fallait qu’Emelie comprenne que l’ancien Iain n’existait plus. Qu’il fallait qu’elle accepte ma décision de la fuir.

« Il y a quelques temps, j’ai failli massacrer un type déjà blessé parce qu’il avait volé mes lièvres. Je ne sais pas pourquoi j’ai agi ainsi, mais June n’arrêtait pas de me crier de le frapper et… et j’ai perdu le contrôle. » Je n’étais pas fier de cette histoire, c’était même tout le contraire. J’avais les épaules basses et le dos vouté en la racontant, je voulais disparaître dans la pénombre de la caravane. Toutefois, il s’agissait de ma dernière défense, du seul moyen qu’il me restait pour faire comprendre à Emelie qu’il valait mieux continuer à vivre nos vies séparément pour un moment. Peut-être serait-ce des semaines, voire des mois, mais je ne pouvais pas me permettre de la mettre en danger tant que je n’aurais pas trouvé une façon de faire taire ma sœur. L’alcool permettait de l’éloigner un moment, d’accord, mais je savais trop bien qu’il ne s’agissait pas d’une solution viable pour moi. Tôt ou tard, je recommencerais à développer une tolérance à la substance et je devrais augmenter la dose. Puis, je devrais boire du matin au soir pour calmer la voix qui ne voulait jamais se taire. Mes gueules de bois seraient terribles et mes nuits pleines de cauchemars. J’avais déjà marché sur ces traces et j’en connaissais les conséquences, je ne pouvais donc pas me permettre de reprendre le même chemin. Je devais trouver une solution de remplacement, mais je devais le faire par moi-même. « S’il-te-plaît Emelie, laisse-moi partir. Tu ne sais pas à quel point ça me fait mal de m’éloigner de toi, mais je ne peux pas risquer de perdre le contrôle en ta présence. »
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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Mer 3 Jan - 15:11



« Il ne s'agit plus de

gagner, aujourd'hui

il s'agit simplement

de se battre »


Iain Parks  & Emelie C. Grahams

 

 




J'essaie de plonger mes yeux dans ceux de Iain mais ce n'est pas son regard que je croise, je ne reconnais pas l'homme que j'ai en face de moi, que je bloque de toute mes forces, que je secoue tant que je peux. Je vois bien que physiquement, c'est le corps de mon ami, décharné et fatigué, mais bel et bien lui. N'empêche que son regard est ailleurs et ça me fait peur. Je vois que mes phrases le touchent, qu'il comprend ce que je dis et que je ne parle pas dans le vide mais il y a quelque chose qui cloche.

En une fraction de seconde, quelque chose change encore en lui, il passe d'un air perdu à une colère glaciale. Un frisson n'a pas le temps de me parcourir le corps entièrement que Iain se relève déjà brusquement en me poussant violemment. Je perds l'équilibre et recule de quelques pas, Zorya se relève d'un coup suivie de Pinpin et moi je me retiens à l'un des placards de la caravane. Les yeux écarquillées, je fixe Iain qui recule pour s'éloigner autant qu'il peut dans le petit espace qui nous entoure. En même temps que son geste, il me hurle dessus que je ne peux rien faire. Je fronce les sourcils, ordonne à mes chiens de se coucher. Même si Iain devient violent, je ne veux pas qu'ils réagissent. Qu'ils lui grognent dessus si je l'ordonne, d'accord, mais j'aimerai éviter qu'ils se mettent en tête qu'ils doivent me défendre.

Mes yeux ne quittent pas Iain et je vois à nouveau son visage changer, de la colère presque haineuse, je vois se dégager de lui de la peur et de l'inquiétude. De l'incompréhension même, je retrouve le regard de mon ami qui semblerai presque me demander de l'aide. Ou c'est peut-être moi qui espère si fort que j'essaie de me convaincre. Sa voix tremblante confirme ma supposition lorsqu'il me dit que c'est pour cela que je ne peux pas rester. J'hésite, un tas d'options se bousculent dans mon crâne mais en aucun cas l'idée de le laisser tomber est envisagé. C'est mon ami, c'est mon pilier. Je n'imagine pas une vie en le sachant vivant et loin. Le pire, c'est de ne pas savoir. Je ne pourrais pas continuer à avancer en le sachant en vie, mal et seul. Lorsque l'on perd un proche et qu'on le voit partir, on arrive à se convaincre de son départ, on sait, même si c'est dur, même si ça fait mal et que c'est triste, on a la certitude que c'est fini pour lui. Le fait de ne pas savoir si une personne qui nous est cher est vivante, en bonne santé, morte ou en train de crevé, ça, ça vous bouffe et ça vous hante. Je vis cette situation quotidiennement avec le souvenir de mon frère, je n'ajouterai pas Iain à la liste de mes souffrances, surtout si je peux l'aider.

Il m'explique une histoire que je ne savais pas, je sers mes doigts en l'écoutant me dire qu'il a presque massacré un humain voulant lui voler ses lièvres. Je fronce les sourcils, ça ne lui ressemble pas, Iain n'est pas du genre à se laisser faire, mais clairement il ne tue pas pour rien. Il se défend si sa vie est en danger, mais il n'ira pas voler une vie pour des questions de rations. Il se recroqueville sur lui même, voute ses épaules et baisse la tête, il se terre dans le coin de la cuisine ma caravane comme s'il voulait disparaitre derrière un meuble, se faire tout petit au point de se faire oublier.

Iain reprend la parole, me suppliant de le laisser partir. Je n'ai toujours pas dit un mot depuis qu'il m'a éjecté pour aller s'isoler. Il doit supposer que je lui en veux, que je le déteste peut-être de m'avoir rejeté aussi violemment, qu'il m'effraie ou je ne sais quoi. Alors que non. Si j'aime quelqu'un, cette personne peut me faire du mal, me rejeter, me repousser, si je sais qu'elle va mal je continuerai à aller vers elle. Je n'imagine pas continuer ma vie en sachant qu'un proche est mal dans sa peau et que moi je me balade gentiment avec mes fauves. Alors Iain peut me frapper s'il veut, il peut s'énerver au point de casser des conneries dans ma caravanes, tant pis. Même si c'est utile, même si c'est important, si cela peut lui permettre de comprendre que je resterai à ses côtés jusqu'à ce qu'on trouve une solution, qu'il doive me coller trois claques pour comprendre que je ne bougerai pas.

Je me redresse et m'approche de lui doucement. « - Énerve toi. Rejette moi. Pousse moi. Frappe moi. Insulte moi. Je m'en fiche Iain, si tu vas mal, je ne me pardonnerai pas de te laisser seul. Alors si la voix de ta soeur m'entend, qu'elle sache que je serai là quoi qu'il arrive, que je me fous des conneries qu'elle peut te répéter, moi je suis bien en chair et je ne bougerai pas. » Je parle doucement, fermement, en me tenant près de lui et en le fixant. Et alors que je finis ma phrase, j'entends au loin raisonner comme un grand choc qui fait trembler légèrement la caravane.

J'essaie de ne pas y prêter trop attention, ça m'interpelle, mais je ne veux pas laisser à Iain l'occasion de se défiler, l'occasion de changer de sujet et de se carapater encore. Je réfléchis et cherche des arguments pour faire comprendre à mon ami qu'on va trouver une solution, j'aimerai qu'il soit plus positif surtout si sa connasse de soeur répète de mauvaises choses dans sa tête, si lui se met à tout voir en noir, on va avoir du mal à avancer. Mais tant pis, j'ai les épaules larges. « - June n'est pas là Iain. J'ai bien compris que tu l'entends, que tu l'écoutes peut-être même. Mais elle ne t'apportera rien de bien. Dis moi ce qu'elle te dit, dis le moi, et tu comprendras qu'elle ne veut pas t'aider. »


Je n'appréciais pas sa soeur à l'époque alors me dire qu'il l'entend chuchoter dans sa tête me fait froid dans le dos. Surtout qu'elle ne m'appréciait pas plus que ça non plus, alors si sa voix à le caractère de la chieuse qu'elle était, je pense qu'elle doit lui répéter des choses affreuses me concernant. On ne s'est jamais aimé mais j'avais à peu près la décence de ne pas la rabaisser devant Iain. Il savait que je ne l'aimais pas, il savait ce que je lui reprochais, mais je n'allais pas lui répéter chaque fois que l'on se croisait. Je grince des dents à l'idée que sa soeur puisse être en train de lui répondre au moment même ou je lui parle, j'aimerai parler suffisamment fort pour que ce soit Iain, mon Iain, qui m'entende et me comprenne, qu'il arrive à éloigner cette voix qui semble le terroriser et le rendre malade.



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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Mar 9 Jan - 2:49

Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battreJe ne pu pas m’en empêcher : je fondis en larmes. Je pleurais parce qu’il s’agissait de la dernière chose qu’il me restait à faire. Je pleurais parce que revenir en arrière m’était impossible. Je ne pouvais pas remonter le temps jusqu’au moment où j’étais encore assis sur cette chaise, pour faire un effort supplémentaire afin de conserver mon calme et garder ma sœur enfermée loin en moi. Je ne pouvais pas non plus revenir plus tôt encore, quand j’étais encore dans ma propre petite caravane, afin de décider de ne pas la quitter pour venir ici, pour garder Emelie en sécurité, loin de mes secrets et de mes problèmes. Pire encore, je ne pouvais pas retourner jusqu’à ce moment où j’avais quitté la tente de repos, au campement sur la plage, afin de me rendre au centre d’injection du vaccin. Je ne pouvais pas changer le cours de mon destin et refuser le sérum qui me rendrait fou. Ma jumelle avait toujours été une plaie, pas de nouveauté ici, mais celle qui habitait dans ma tête était une toute autre histoire. La véritable June était colérique et obstinée, d’accord, mais la voix que j’entendais était tout bonnement sanguinaire et instable. Vivre avec elle était aussi reposant que de faire de l’unicycle au bord d’un précipice. Lorsqu’Emelie se rapprocha de moi, je détournai le regard, cherchant à cacher les larmes qui coulaient sur mon visage. Cette tentative était pathétique et je m’en rendais compte, mais je ne pouvais pas m’empêcher de tenter de garder un semblant de dignité. J’avais montré à Emelie un côté de moi que j’aurais voulu qu’elle ne connaisse jamais, inutile de lui en dévoiler un de plus ce soir encore.

« Qui crois-tu berner avec cette mascarade ? Elle le sait déjà. Tu as toujours été faible et méprisable Iain. Tu es un échec ambulant. » Je n’avais plus la force d’ignorer la voix de ma sœur. J’étais atterré par tout ce qui venait de se produire, je me sentais comme engourdi, couché en boule dans mon coin. Je n’avais plus la force de soulever une dernière barrière mentale contre les insultes de ma sœur, je ne pouvais que les subir de plein fouet. « Tu as toujours été du genre à baisser les bras, aujourd’hui n’y fera pas exception. Tu as abandonné tes études parce que tu préférais te saouler jusqu’à t’écrouler, tu as abandonné tes projets de vie parce que c’était plus facile de travailler au commerce de papa, tu as même abandonné ta sœur dans cette épicerie plutôt que d’affronter les rôdeurs pour la sauver. » Même si je détestais l’admettre, June avait raison. Habituellement ses propos ne servaient qu’à déclencher une réaction et étaient pour la plupart des provocations faciles qui, à force de répétition, finissaient par éroder ma patience et m’exaspérer. Il était plus facile de les repousser (pendant un moment) lorsque je voyais clair dans son jeu. Cette fois, néanmoins, il n’y avait rien de faux dans ses mots. J’avais bel et bien abandonné mes études pour faire la fête sans jamais redescendre de mon état d’ébriété, j’avais effectivement décidé de quémander un poste de commis dans l’épicerie familiale parce qu’il était plus facile de mendier à mon père que de chercher un boulot par moi-même. Quant à cette journée dans la petite ville où j’avais perdu June, j’évitais toujours d’y repenser, mais aujourd’hui…

Je me sentais descendre en spirale vers l’apitoiement et la déprime. J’abandonnai toute tentative de cacher mes pleurs pour concentrer mes efforts à chasser les souvenirs traumatiques, mais je ne pouvais pas empêcher les images de revenir à ma mémoire. Ce fut mon amie qui réussit à mettre fin au tourbillon de mes pensées. Lorsqu’Emelie se mit à mon niveau et planta son regard directement dans le mien, je revins immédiatement à l’instant présent. Mon attention lui était dévouée en entier, mon esprit désespéré de trouver un substitut à mes souvenirs. J’étais toute ouïe pour les mots de mon amie, qui réitérait pour une centième fois au moins qu’elle resterait à mes côtés. Peut-être était-ce mon état lamentable, peut-être était-ce l’insistance d’Emelie, je ne pouvais le dire avec exactitude, mais je réalisai que de la repousser ne servirait à rien. Pas uniquement parce qu’elle ne partirait jamais, têtue comme elle était, mais parce que ma réaction avait été des plus illogique. Je l’avais évitée tellement longtemps par crainte qu’elle connaisse la vérité et ne se décide à m’abandonner, et maintenant qu’elle savait tout – mais vraiment tout, incluant mes accès de colère – et décidait toute de même de rester, j’essayais toujours de fuir ? Il y eut au loin, au-dehors et à bonne distance de la caravane, une pulsion étrange qui fit vibrer les parois de l’habitacle dans mon dos, mais mes pensées restaient fixées sur Emelie tandis qu’elle continuait à parler, me demandant cette fois de lui rapporter les propos que j’entendais à la journée longue. « Quelle merveilleuse solution ! Maintenant elle saura enfin ce que je pense d’elle… » June semblait apprécier l’idée, ce qui me convainquit de ne pas l’appliquer.

Je n’avais toujours rien dit. J’étais encore en train d’assimiler le fait qu’Emelie avait fait valoir ses arguments et gagné, bien qu’il n’y ait aucune compétition et aucun perdant dans notre situation. Seulement, j’avais encore laissé parler mes craintes et mes angoisses et choisi la fuite, comme je l’avais fait de trop nombreuses fois auparavant pour des résultats plus souvent décevants qu’autrement. Je me redressai, lentement cette fois, essuyant les dernières larmes restées sur mes joues en ce faisant. J’étais prêt à quitter mon coin de mur. « Je suis désolé Emelie, je regrette tellement de m’être emporté. » Je ne croyais pas m’être encore excusé de mon geste. Même si Emelie semblait avoir passé par dessus, étant revenue vers moi pour me dire qu’elle ne me lâcherait pas, je voulais faire bien les choses et cela commençait par demander pardon. « Je crains que de te répéter les propos de ma sœur ne servent à rien pour les enrayer… Tout ce que je veux, c’est ne plus l’entendre, ne plus lui donner d’importance. La seule chose qui fonctionne, c’est le sommeil et l’alcool, mais cette dernière option n’est pas à privilégier parce que… » J’hésitai à poursuivre ma phrase, mais je me décidai à le faire, réalisant que c’était loin d’être la pire nouvelle qu’aurait Emelie aujourd’hui. « Parce que je suis un alcoolique et que je ne contrôle pas ma consommation. » Bien qu’elle doive fortement s’en douter, je crois que je ne lui avais jamais dit dans ces termes-là. Je faisais souvent preuve de camouflage en disant que je m’étais mal entouré, que je fêtais trop, que je ne prenais pas les choses au sérieux, mais la vérité était que je n’avais jamais su où se trouvait les limites lorsque j’avais une bouteille dans la main. Le sol trembla de nouveau à mes pieds et je haussai un sourcil interrogateur, mais je restais toujours concentré sur Emelie, attendant de voir comment elle réagirait à cette nouvelle.
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C'est trop tard pour ça, mon cher.

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Je n'ai point d'âge.

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Selon ton bon vouloir ... ça va de "zombaque" à "zonzon" en passant par ... "rôdeur"..

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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Dim 14 Jan - 20:51

Préparez vous...

Vous êtes en Californie et donc n'êtes pas à l'abri ! Un groupe mystérieux et bien équipés sont monté dans leurs engins et survolent maintenant l'état... Vous n'avez jamais rien entendu de tel, un bruit assourdissant vous casse les oreilles et le sol vous semble avoir tremblé. Une grosse rafale de vent vous fait presque perdre pied et de la poussière s'élève du sol alors qu'ils passent beaucoup trop prêt de vous. Ce n'est rien de très rassurant...

Que veulent-ils ?
C'est là tout le problème... Vous n'en savez rien et donc n'avez aucune idée de comment réagir, mais il faut bien faire quelque chose, non ? Surtout que tout ce bruit attirera certainement les rôdeurs dans le coin en plus d'affoler ceux qui sont déjà là....

À VOUS DE JOUER ET BONNE CHANCE!


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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Jeu 25 Jan - 22:22



« Il ne s'agit plus de

gagner, aujourd'hui

il s'agit simplement

de se battre »


Iain Parks  & Emelie C. Grahams

 

 



J'observe Iain et je vois bien qu'au fur et à mesure que je parle, quelque chose change dans son regard. Je ne suis pas sûre mais j'ai l'impression que des larmes courent le long de ses joues alors qu'il se recroqueville un peu plus sur lui même. Le connaissant, j'imagine que c'est une épreuve supplémentaire pour lui que de pleurer devant quelqu'un. On a beau s'entendre et se connaître plus que bien, là dessus nous sommes pareil, et nous ne nous sommes jamais habitués au fait de verser des larmes devant quelqu'un. J'ai l'impression que c'est une barrière supplémentaire que l'on laisse franchir à la personne qui nous voit pleurer. Comme si, lorsque l'on fondait en larme, c'était une part de nous cachée qui ressortait à ce moment là. Un peu comme un enfant qui laisse quelqu'un rentrer dans sa cabane, quand je pleure devant toi, c'est te dire, entre, ne fais pas attention au désordre, c'est le bordel dans ma tête et mon coeur mais entre, je te fais une place parmi tout ce qui s'effondre...

Même si c'est un petit pas pour nous, je sais que le combat n'est pas gagné et qu'il durera dans le temps pour arriver à trouver une solution qui lui convienne. Je finis ma phrase doucement, sans le quitter des yeux alors que Pinpin rampent jusqu'à nous jusqu'à ma hauteur, son énorme truffe chaude et humide arrivant au niveau de mes genoux et fixant silencieusement Iain. J'ai l'impression qu'il me découvre, il regarde mon visage en détaille comme s'il venait seulement de remarquer quelque chose. Pour un peu, ça me mettrait presque mal à l'aise, mais si c'est lui, ça va. Je ne souris pas, je me contente de l'observer dans l'obscurité. Je le vois sortir de sa bulle, se redresser maladroitement et se relever du coin dans lequel il s'était terré. Je me relève à mon tour doucement, prenant appuis sur l'un des placards qui compose ma cuisine pour épargner un peu mon dos ayant plutôt mal vécu le fait que Iain me pousse ainsi par surprise. Je ne suis pas fragile ni en porcelaine, mais je ne m'attendais absolument pas à cela et je me suis crispée nette lorsque ses mains se sont posées aussi brutalement sur moi. Ajoutez à cela les nouvelles qu'il commence à m'annoncer, et vous avez le combo idéal pour une bonne grosse crispation. Mais ce n'est pas le sujet.

Je ne le quitte toujours pas des yeux et ne bouge pas. Iain prend la parole d'une voix d'abord hésitante mais qui semblait réfléchi. Il s'excuse. J'hausse légèrement un sourcil. Je n'ai pas besoin d'excuse, je veux juste l'aider. Il peut me repousser encore cent fois si cela nous permet de trouver une solution, je tiendrai toujours le choc si au final, ça peut le faire sourire. Il ne s'imagine sûrement pas tout ce que je suis prête à faire pour lui. J'esquisse un très léger sourire mais ne l'interromps pas, j'ai l'impression qu'il va continuer sa phrase et je ne veux pas le casser dans son élan. Je suppose qu'entre mon sourire et ma réaction, Iain doit bien savoir que je ne lui en veux pas.

Il m'explique que me répéter les paroles de son démon de soeur ne servirait à rien et que jusqu'ici, la seule solution qu'il a trouvé pour la faire taire était le sommeil et l'alcool. Je fronce les sourcils, craignant et devinant les mots qu'il allait m'annoncer... Iain me fuit du regard pour laisser s'échapper les mots que je redoutais. Un alcoolique... Même si je savais qu'il avait eu des soucis avec l'alcool à une époque, je pense qu'une partie de moi espérais qu'il minimise cela. Qu'il ne se considère pas comme tel. C'est stupide. Jamais personne n'a guéri en se voilant la face, il faut réagir, et ne dit-on pas que avouer quelque chose est un premier pas vers la guérison ? Je suis bien placée pour savoir qu'avouer une dépression, une dépendance, une maladie est peut-être l'une des premières étapes les plus difficiles dans le chemin de la guérison. Après ça embraie, c'est dur, mais différent. Après l'avoir avoué, on n'est plus seul, on ne peut plus se mentir ni à soi, ni aux autres.

J'encaisse le choc et réfléchis à ce que je vais dire. Je ne veux pas qu'il se sente juger, je m'en fiche. « - Iain, ce n'est pas ce qui compte, on... » ma phrase est coupée par un bruit assourdissant qui semble gronder au loin et se rapprocher de plus en plus. Mes chiens se redressent avant même que je ne remarque quoi que ce soit et leurs oreilles ainsi que leur queue se couchent en arrière. Je me redresse totalement et jette un coup d'oeil en direction de la fenêtre. Je n'ai pas le temps de comprendre ce qui se passe à l'extérieur que je vois quelque chose que je n'arrive pas à identifier s'approcher de nous. La caravane tremble alors que l'engin passe à quelques mètres du sol, m'aveuglant en même temps avec des lumières à l'avant de la chose qui vole. Je les vois s'approcher de la caravane, et ne sachant quoi faire, je panique et pousse Iain dans un coin, le faisant perdre l'équilibre déjà diminué de par les secousses ressenties dans le camping-car. Mes chiens ont le réflexe immédiat de rejoindre le coin dans lequel nous avons atterri. Je tire le bras de Iain pour l'attirer avec moi sous la table, me disant que peut-être, sur un malentendu, si le toit était amené à s'effondrer, le bois de la table nous protégerait un minimum des chutes. Mes fauves se serrent autant que possible sur nous et je lance un regard apeuré à Iain.


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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Sam 3 Fév - 5:34

Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battreJe venais de révéler bien pire qu’une addiction. Ciel, je venais de démontrer que non seulement j’entendais une voix qui n’était pas la mienne dans ma tête, mais qu’en plus elle avait une certaine emprise sur moi et mon comportement ! Je ne devrais donc pas craindre d’avoir dévoilé que j’étais également alcoolique… non ? Pourtant, en ce moment, il me semblait qu’il s’agissait de la pire des confessions. J’avais osé croire que cela serait facile, que de révéler un secret rendrait plus aisé la sortie du second, mais je m’étais trompé royalement. Je n’osais pas regarder Emelie dans les yeux trop longtemps, mon regard alternait entre elle et les deux canins derrière elle. Pourquoi donc réagissais-je ainsi ? « Crétin, il faut vraiment tout t’expliquer. Tu entends des voix depuis quelques semaines, quelques mois au plus. Tu es alcoolique depuis que tu as dix-huit ans. » J’écarquillai les yeux de surprise. June qui m’aidait à y voir plus clair ? Qui l’aurait cru possible ! Pourtant, elle avait bel et bien raison. Il y avait des années que je refoulais ma dépendance, que j’essayais de la minimiser à mes propre yeux, que je justifiais mes excès et mes déboires par toute sortes d’excuses autres qu’une addiction – parce que j’étais jeune et que j’avais le goût de fêter, parce qu’enfin j’étais libéré de ma sœur et que je pouvais faire ce que je voulais sans l’avoir par-dessus mon épaule, puis parce que j’avais perdu Carly, parce que j’avais été renvoyé de l’université, parce que mes parents avaient visiblement honte de leur fils… Et voilà que je l’avouais enfin, pas seulement à quelqu’un d’autre mais à moi-même aussi.

Lorsqu’Emelie se prononça enfin, j’étais toute ouïe. Je reportai mon entière attention vers elle, prêt à entendre ce qu’elle aurait à dire. Maintenant que j’avais réalisé que je craignais plus mon propre jugement que le sien, j’acceptais avec une certaine sérénité la réaction qu’aurait Emelie, quelle qu’elle soit. Je savais qu’Emelie resterait à mes côtés malgré tout, comme elle venait de le prouver, et cette pensée me remplit d’un sentiment comme j’en avais connu peu souvent. J’avais l’impression d’être au bon endroit, au bon moment, avec la bonne personne. J’avais l’impression d’être à ma place, quand bien même cette caravane ne fut pas la mienne. Malheureusement, mon amie fut interrompue par un bruit de l’extérieur qui prenait peu à peu toute la place. Nous entendions depuis toute à l’heure des vrombissements, des vibrations, mais rien qui ne m’avait inquiété. J’avais vécu pratiquement toute ma vie en Californie où les secousses sont plutôt fréquentes. Pourtant, ce grondement qui amplifiait me rendait mal à l’aise. Assourdi, j’étais en état d’alerte tandis que la caravane se vit illuminée par quelque chose provenant de l’extérieur. Il n’y avait pas que cela, non, le sol sous mes pieds semblait lui aussi instable. Avant que je ne puisse comprendre ce qu’était ce bruit et d’où provenait cette lumière, je me vis jeté au sol par Emelie, qui m’attira ensuite sous la table avec ses deux chiens à ses côtés. Comme si ce geste m’avait réveillé, je sorti de ma torpeur et rampai aux côtés de mon amie. J’agissais par réflexe, mon esprit étant encore trop embrouillé pour seulement réaliser ce qui se produisait, comme s’il analysait à retardement la situation. Mon regard croisa celui d’Emelie qui, visiblement, n’en savait pas plus que moi.

Pendant un instant, je crus que le pire était passé, que cette chose nous avait dépassé et ne reviendrait pas… Une déflagration remplaça bien vite le vrombissement, un choc sourd qui fut suivi par des secousses encore plus terribles que celles que nous avions connues. Je poussai un hoquet de surprise, peinant à reprendre mon souffle tellement le bruit de l’explosion m’avait paniqué. Les murs semblait vibrer comme s’ils étaient aussi mince que du papier d’aluminium, les objets sur les étagères et dans les armoires cliquetaient les uns contre les autres et j’entendis l’un des molosses, je ne savais lequel, gémir de terreur. Peut-être était-ce moi d’ailleurs. « Iain. » Allais-je mourir ici, sous cette table ? Le sol cesserait-il un jour de trembler ? « Iain ! » Comme une gifle, le cri de ma sœur me coupa le souffle. Non, je ne pouvais pas me permettre de perdre le contrôle de moi-même. Ironique, non, que ce soit ma sœur qui m’aide à retrouver mes moyens ? Tandis que les tremblements du sol ralentissaient, je recommençai à respirer. « C’était une explosion. » Je verbalisais l’évidence même, mais de le dire à haute voix m’aidait à réfléchir. C’était tout près, mais pas suffisamment pour atteindre la caravane. Je rampai pour m’extraire de sous la table, puis me redressai lentement, mes jambes flageolantes comme du Jell-O. Tout était fini, nous n’avions pas été touchés. Nous étions en sécurité, me disais-je. Bien sûr, cette pensée ne dura pas longtemps, puisqu’au dehors j’entendis de nouveau le même grondement, lointain au départ mais qui augmentait en approchant.

Nous allions mourir ! Nous nous trouvions exactement dans l’épicentre de la prochaine déflagration !  Je ne savais pas si mon cœur pouvait battre encore plus fort encore, peut-être cesserait-il tout bonnement de fonctionner avant que je ne meure dans les flammes. Je portai ma main à ma gorge, trop serrée, et je m’appuyai contre la table pour garder mon équilibre. « Iain, ressaisis-toi ! Si tu ne veux pas mourir, il faut que tu restes en mouvement ! » June avait raison. Ici, nous ne pouvions qu’espérer ne pas être touchés. Je ne savais pas encore ce qui produisait ce bruit infernal et qu’est-ce qui déclenchait les explosions, mon cerveau paniqué n’était pas en mesure de faire un et un égale deux, mais je savais que nous ne pourrions pas le découvrir et réagir en conséquences si nous restions terrés sous la table de la cuisinette. Je me tournai vers Emelie. « Il faut sortir d’ici avant de finir en cendres », hurlai-je par-dessus le vacarme, mais j’étais encore incapable de faire un seul pas en direction de la porte, comme paralysé, avec le vrombissement qui était maintenant juste au-dessus de nos têtes…
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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Dim 4 Fév - 18:34



« Il ne s'agit plus de

gagner, aujourd'hui

il s'agit simplement

de se battre »


Iain Parks  & Emelie C. Grahams

 

 




Iain se déplace de façon à me rejoindre sous la table de la cuisine en essayant d'optimiser la place pour que mes fauves aient eux aussi un abris. Mon coeur bat plus fort que jamais alors que je croise le regard de Iain qui semble tout aussi surpris et inquiet que moi.  L'avantage avant l'apocalypse c'est qu'on pouvait très rapidement se renseigner pour comprendre ce qu'il se passait à l'extérieur.  Le moindre événement bruyant, suspect, inquiétant ou sortant du quotidien était immédiatement tweeter, relayé, partagé et expliqué. Je n'étais pas du genre à passer mon temps sur les réseaux sociaux, téléphone toujours entre les doigts, mais je dois bien reconnaître que c'était avantageux de pouvoir s'informer rapidement. Aujourd'hui, nous ne pouvons que nous regarder bêtement dans le blanc des yeux en lançant chacun l'hypothèse que l'on trouve la plus probable...

Le vrombissement laisse place à une énorme déflagration. Les murs tremblent à l'unisson avec les le sol et le plafond. Un gémissement se fait entendre sans que je sache qui de nous quatre n'est responsable de cette plainte. La caravane commence à s'immobiliser doucement, les placards cessent de claquer et les objets ralentissent leurs tremblements inquiétants. Iain m'annonce simplement que c'était une explosion. Aussi logique et évidente que soit cette phrase, je ne saurai comment le remercier de me mettre les idées en place. Pendant quelques secondes, j'ai eu l'impression d'être emportée par les questions qui tournent dans ma tête, mélangeant le passé avec le futur, le tout secoué par les bruits extérieurs actuels... Je me contente d'hocher la tête en direction de Iain qui se redresse en tremblant. Je suis toujours crispée sous ma table alors que je pose une main sur la tête de mes chiens autant pour les apaiser eux que me rassurer moi. La présence de chaque être présent dans cette caravane me rassure plus que jamais. D'accord, je ne sais pas ce qu'il se passe dehors, mais les cadavres sont revenus à la vie il y a des années, que peut-il vraiment arriver de pire maintenant ? Je ne suis pas seule pour affronter ça et j'ai l'impression que c'est tout ce qui compte vraiment.

Le grondement se fait entendre à nouveau à l'extérieur. Je fais glisser mes fesses au sol et prend appuie en me tirant sur le bras de Iain pour me relever. Idée plutôt compliquée vu que mes jambes semblent aussi tremblant que les murs de ma caravane il y a quelques secondes mais rester sous la table n'est pas une option envisageable. Lui ne quitte pas la fenêtre des yeux et semble observer quelque chose que je ne vois pas. Les fauves se redressent et gémissent doucement sûrement autant apeurés que nous. Serrant toujours la manche de Iain, je suis pétrifiée. Je ne sais ni quoi faire ni quoi penser alors que le grondement continue d'augmenter encore et encore.

C'est encore Iain qui réagit en premier, décidément, dans cette situation je suis complètement inutile. J'essaie de me secouer mais mon corps se tétanise et refuse d'obéir à toutes les actions que je juge plus utile que le simple fait de rester à trembler sous la table. Il me hurle qu'il faut sortir avant de finir en cendre. Une nouvelle détonation raisonne et secoue à nouveau le camping car. Alors qu'il semble entamer un mouvement pour se diriger vers la porte, je le retiens par la manche. « Je vais démarrer le camping car, on sera plus rapide qu'à pied et les murs restent une protection aussi fins soient-ils. »

J'ai pesé le pour et le contre. Déjà, on ne sait pas ce qu'il se passe. Si effectivement, on augmente d'un niveau la difficulté de la vie actuelle, évitons de tout recommencer à zéro. Nous avons suffisamment passé de temps à cumuler toutes les ressources qui dorment ici, à chercher des conserves, des médicaments, des vêtements, des armes. Tout laisser ici et recommencer à zéro, j'ai l'impression que c'est au delà de mes forces. De plus, si effectivement les détonations proviennent de choses lâchées et explosants à l'extérieur, c'est quitte ou double. D'un côté, en caravane nous serrons une cible évidente quand nous ne serrons pas en forêt. De l'autre, à pieds, on risque de croiser des crevés, des humains qui ne sont pas là pour faire ami ami, et nous n'avons rien pour nous protéger d'éventuelles explosions.

Je m'avance en direction de la cabine à l'avant alors que Iain semble indécis. « Iain, il y a une forêt à quelques kilomètre du parc, on peut aller s'y abriter ? »


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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Sam 10 Fév - 15:20

Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battreJ’ai cru que j’allais mourir de nombreuses fois auparavant, lors de multiples situations. La première fois, ce fut en ouvrant la porte de ma chambre d’université pour tomber sur Bradley, le type toujours défoncé, paranoïaque à force de sniffer, à qui je devais un bon petit pactole. Son poing avait percuté mon œil, me laissant un gros hématome violacée qui avait perduré des semaines par la suite. La seconde, lorsque je travaillais chez Park’s Fine Food & Groceries et qu’une foule de morts-vivants pris d’assaut le magasin, attirée par nos clients. Je ne suivais pas vraiment les actualités à l’époque et toute cette histoire de pandémie m’était passé par-dessus la tête, ainsi je cru que j’allais être le prochain en voyant le carnage qui se produisait devant les étalages de fruits et de légumes. Depuis, je ne comptais plus les fois où je m’étais retrouvé acculé dans un coin, encerclé de rôdeurs, ou que j’avais fait face à des survivants cent fois plus astucieux et armés que les cadavres ambulants. Néanmoins, aucune de ces épisodes ne se comparaient à ce que je ressenti lorsque la seconde détonation résonna à proximité et que le camping-car trembla sur ses roues. L’incompréhension avait un rôle à y jouer. Qui avait réuni tous ces avions qui déchiraient le ciel ? Comment avait-on pu fabriquer autant de bombes avec les moyens d’aujourd’hui ? Pourquoi décidait-on de s’en prendre à Yosemite, un campement pacifique où chacun de mêlait de ses propres affaires sans faire de mal aux autres ? Malgré toutes les questions que cette attaque soulevait, mon esprit ne pouvait pas se concentrer pour trouver une réponse. Seule la survie comptait.

Peut-être fut-ce justement parce que mon corps fonctionnait sur l’adrénaline en mode de pilotage automatique que j’eu le réflexe de courir vers la porte pour m’enfuir en courant. Emelie me rattrapa avant que je puisse faire une imprudence de trop et me dit qu’elle allait démarrer le camping-car. Je la regardai un bon cinq secondes, complètement ahuri, avant de me rendre compte que la caravane de mon amie avait des pneus gonflés et un moteur fonctionnel. À force de la voir immobilisée dans son coin du parc, je l’avais toujours considérée comme une installation permanente, oubliant que l’avantage principal de ce type d’habitation était qu’elle pouvait se déplacer. Le réflexe de mon amie augmentait considérablement nos chances de survies. À pied, nous étions lents et vulnérables. Qui savait si nous aurions le temps de nous rendre aux grilles avant de finir grillés par les flammes, ou même si nous ne nous jetterions pas tout droit dans une horde de rôdeurs, attirés par le bruit et la lumière. Je réalisais maintenant que toute cette agitation allait assurément rameuter tous les morts-vivants du coin, pour notre plus grand désarroi. « Maudits soient ces satanés pilotes et leurs engins de malheur ! Allez, dis à ton amie de se dépêcher si elle veut sortir d’ici en vie ! » Cette dernière n‘eut pas besoin des conseils de ma sœur, cependant, puisqu’elle se dirigea aussitôt vers la cabine tout en me demandant si nous pourrions nous abriter dans la forêt près du parc. Je suivi Emelie, qui s’installa sur le siège du conducteur, et pris place à proximité pour jouer mon rôle de copilote.

« Je… crois que oui… » Mon esprit essayait de me souvenir de ce bois, mais le son d’un troisième avion qui approchait déclencha de nouveau ma panique. Je tentai d’occulter le danger immédiat pour penser à notre voie de sortie. « Cela fait un moment que les chemins et les sentiers ne sont plus entretenus par contre. Peut-être qu’il nous faudra sortir pour nous tailler un chemin pour le camping-car, mais pour l’instant je crois que c’est la meilleure option que nous avons. » Sous le couvert des arbres, nous serions protégés de la vue de ces machines meurtrières et nous serions à l’abri des regards indésirables. Seulement, il nous fallait nous rendre jusque-là avant. Je n’étais pas quelqu’un de très croyant, mais j’adressai tout de même une prière au ciel, dans ma tête. Je ne savais pas si nous serions en mesure de zigzaguer entre les bombes, les survivants en déroute et les zombies en chasse pour atteindre cette forêt et retrouver la sécurité, alors un coup de main divin ne pouvait pas nous être de trop. J’agrippais les accoudoirs de mon siège comme si ma vie en dépendait. Cela m’empêchait de m’enfoncer les ongles dans ma propre paume à force de penser à tout ce que je perdais. J’avais cru qu’en m’installant à Yosemite, je profiterais d’une vie paisible pour un bon moment, mais malheureusement mes plans semblaient être déviés une fois de plus. Je fuyais maintenant sans rien sur moi. Emelie avait tout son matériel et ses provisions dans son camping-car, mais je laissais la grande majorité de mes effets derrière moi. Cette petite roulotte que j’appelais mon chez-moi allait finir en cendres très certainement, tout comme les derniers souvenirs que j’avais de ma vie d’antan…

Incapable de rester assis, je me relevai et me collai le nez à une fenêtre. « Pendant que tu conduis, je vais surveiller le déplacement des avions et garder un œil sur les alentours. » Je savais que ce rôle n’était pas des plus utiles, mais je ne pouvais pas me contenter d’assister à la fuite, je devais m’occuper pour m’éviter de devenir fou. « L’avion ne passera pas au-dessus de nos têtes, donc on va pouvoir éviter cette bombe au moins… » Je surveillais les phares de l’aéroplane qui faisaient deux cônes dans le ciel sombre, éclairant les colonnes de fumées qui montant de plus loin derrière nous. Pour l’instant, je ne voyais pas de quatrième engin, mais je savais qu’il ne tarderait pas à pointer le bout de son nez lui aussi…
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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Jeu 22 Fév - 13:24



« Il ne s'agit plus de

gagner, aujourd'hui

il s'agit simplement

de se battre »


Iain Parks  & Emelie C. Grahams

 

 



Iain semble hésiter quelques instants suite à ma proposition de fuir en camping car avant de réagir et de prendre la direction de la cabine. Je pose mes fesses sur le siège conducteur en même temps que je lui demande son avis sur la possibilité d'aller jusqu'à la forêt non loin d'ici. Une boule au ventre s'intensifie quand je pose mes doigts sur les clefs du camping car. À mon arrivée ici, je démarrais fréquemment l'engin pour être sûre qu'il démarre. Je ne suis pas une pro de la mécanique, si j'arrive à bidouiller et si j'ai encore pas mal de souvenirs de ce que m'a appris Nono sur les moteurs et les véhicules, je sais qu'il ne faut pas laisser le camping car dormir trop longtemps sans le démarrer, surtout lorsqu'il fait froid. Il n'est plus tout jeune et malgré que je sache réparer les bases, ce n'est pas le moment de tomber en panne ou de caler. Le vrombissement extérieur s'accélère en même temps que les battements de mon coeur lorsque je fais tourner une première fois les clefs. J'attends quelques secondes, il me fait toujours ça au début. Je pourrais me flageller de ne pas l'avoir démarrer plus souvent ces derniers temps. Avec l'apaisement général que peut créer Yosemite, j'avais l'impression que ça allait un peu mieux et je me focalisais plutôt sur la recherche de provisions, de nourriture et de médicament que sur l'entretien permanent de mon véhicule. J'essaie de ne pas regarder Iain, je ferme les yeux quelques secondes en poussant une seconde fois les clefs dans le contacte. Le moteur se fait entendre, ronronne quelques secondes et s'étouffe pitoyablement dans un bruissement sourd, clairement recouvert par une détonation qui vient secouer encore une fois les meubles encore tremblant.

J'expire bruyamment et entends le bruit des pattes des chiens nous rejoindre dans la cabine. Elle n'est pas très grande donc c'est plutôt rare qu'ils se joignent à nous. Zorya s'arrête derrière moi alors que Pinpin vient attirer l'attention de Iain dont je croise le regard brièvement. J'ai l'impression de lire dans ses yeux un encouragement silencieux, un « tu peux le faire » sourd et confiant. J'inspire, j'expire, je tourne la clef. « - Allez, nous fait pas le suspense des films d'horreur, on veut juste se tirer d'ici... » je siffle ces quelques mots entre mes dents, mon coeur battant de pire en pire en même temps que le moteur bégaie quelques instants. Et dans un bruit réconfortant, je sens le véhicule démarrer. C'est un bon début mais ça ne veut pas dire qu'on est tiré d'affaire pour autant. Même si j'ai quelques fois bouger le camping car depuis mon arrivé pour éviter que les pneus ne s'embourbent, j'ai tout de même peur qu'avec la pluie des dernier jours, la terre soit trop humide, le véhicule trop lourd, le hasard trop mauvais, la chance déjà partie... J'ai un pincement douloureux qui me tord les entrailles en même temps que me viennent des idées noires.

Pas le temps d'imaginer le pire, la voix de Iain me sort de mes pensées et le véhicule fait un bruit qui couvre légèrement les sons extérieurs. Pitié, démarre et éloigne nous de tout ça, je crois que mon coeur n'en peut plus de ces ascenseurs émotionnels. Ces élans de "on va s'en sortir" qui chutent jusqu'à "c'est la fin", je sens mon rythme cardiaque s'emballer, je sens le sang claquer dans mes oreilles, j'entends les battements de mon coeur dans ma poitrine, j'ai l'impression que la croix que je porte autour du cou s'agite en même temps que mon coeur. Iain me fait la remarque que nous devrons certainement descendre de la caravane pour dégager les chemins, j'hoche de la tête pour approuver. Je suis sûre que l'on n'aura pas de mal à trouver une hache pour s'aider à déblayer les chemins. L'importance c'est de dégager d'ici. Mais le fait d'entendre que Iain approuve mon idée de démarrer le camping car et que c'est d'après lui la meilleure option que l'on ai me rassure amplement.

Lorsque la caravane s'engage enfin sur la petite route, j'ai un pincement au coeur à l'idée d'abandonner le jardin que l'on avait construit avec le temps, la patience. Iain et moi avions passés des heures entières les mains dans la terre et avions souvent profité de quelques récoltes. Tant pis, j'emporte avec moi l'essentiel. Iain est là, la motivation sera avec nous, le matériel on pourra le reconstruire, l'importance c'est que l'on soit ensemble. J'ai l'impression de m'apaiser légèrement, plus j'avance sur la route et plus j'ai l'impression de m'éloigner du danger. Je sais que c'est complètement faussé comme réaction, qu'à tout moment on court le risque de se prendre un projectile venu du ciel mais au moins, nous ne restons pas au même point à paniquer.

Une partie de moi est soulagée de conduire, ça m'occupe l'esprit : faire attention à la route, aux alentours, à mon véhicule et mes commandes, ça m'évite de penser au pire, ça m'évite de trop regarder l'étendu des dégâts alentours. Il fait nuit, la route est déjà peu visible et je préfère éviter d'allumer mes phares (dont un est cassé depuis longtemps de toute façon) pour éviter d'attirer l'attention sur nous. Que ce soit les crevés ou les humains paniqués, je ne veux pas qu'on nous remarque. C'est déjà quelque chose d'assez compliqué quand vous vous déplacez dans un véhicule normal, alors quand votre véhicule fait plusieurs mètres de long, là ça devient un peu mission impossible. Je vois Iain s'agiter sur place, il tente d'occuper ses mains comme il peut avant de se lever et d'aller s'installer près d'une fenêtre. J'évite de trop faire attention à ce qu'il fait et ralentis en m'approchant de branchages endormis au milieu de la route. Rien d'alarmant, la branche n'est pas épaisse et mes roues devraient sans soucis les briser et avancer, mais tout de même je ne préfère pas y aller trop rapidement. À ma gauche, je vois un petit groupe de crevé avancer en direction du camp, ils ne semblent pas nous avoir remarqué.

Iain commente ce qu'il voit et me rassure. Quand je l'entends me dire que d'après lui, on va éviter les bombes, j'ai l'impression que quelque chose en moi se détend. D'accord, ces informations valent ce qu'elles valent, ce n'est ni fiable, ni certain, mais ça a le mérite de me rassurer. Dans le rétroviseur conducteur, je vois s'éloigner et rétrécir ce qui servait pendant longtemps de mur au parc Yosemite. Je revois les rondes de surveillances, je revois mon arrivée, mes retrouvailles avec Iain, avec Samuel, ma rencontre avec ma demi soeur et j'ai du mal à quitter tout cela. Pourtant ce n'est pas la première fois que je quitte tout sans savoir ce qu'il m'attend, j'ai connu bien pire que cette situation. Mais je crois que l'on ne s'habitue jamais à cette vie d'errance, à ces imprévus incroyables. Heureusement, la lune éclaire un peu entre les nuages, donnant aux colonnes de fumées un aspect encore plus glauque et morbides. Le bois n'est plus loin lorsque je ralentis jusqu'à m'arrêter complètement.

Je pose ma main sur Iain, le contact de ma peau sur la sienne me fait du bien, comme une présence rassurante mais je ne prends pas le temps d'y penser, ce n'est ni la première ni la dernière fois que je ressens ça avec lui et l'heure n'est absolument pas à penser à des sentiments. Pour l'instant, trois crevés coincé sous un arbre à terre nous bloquent le chemin. D'un signe de tête, j'indique le soucis à Iain. « - t'as de quoi jouer le bucheron ? » Je me retourne et fouille quelques instants dans l'un des placard pour dégotter une hache. Avec le temps, Iain et moi avions ramener pas mal d'armes en tout genre et même si nous sommes loin d'ouvrir une armurerie, nous pouvons tout de même être rassuré à ce niveau. Mes yeux se posent sur l'état un peu pitoyable de la hache, mais c'est mieux que rien. Elle n'est pas très grande mais fera l'affaire, je crois que mon ami à la sienne sur lui ou rangé dans un coin de la pièce. Je laisse le moteur ronronner et ordonne à Pinpin de veiller sur le camping-car alors que j'ouvre la porte pour sortir du véhicule. Une odeur étrange se fait immédiatement sentir alors que je pose un pied au sol, l'ambiance semble différente, quelque chose est en train de changer mais ne pas savoir quoi est quelque chose de frustrant à souhait. Pas le temps de jouer à question pour un champion de la situation, rester immobile est dangereux, nous devons nous occuper de ce qui nous gêne et aller nous mettre à l'abris au plus vite.



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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Mer 28 Fév - 3:32

Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battreLe départ avait été difficile et le camping-car nous avait donné bien des peurs, nous laissant croire qu’il ne démarrerait pas et que nous resterions coincés ici. Cette éventualité était un signe de mort assurée pour nous et c’est pourquoi, lorsque le moteur avait finalement accepté de décoller au lieu de tousser quelque peu, j’avais senti une vague de soulagement comme je n’en avais jamais connu auparavant. Voyez-vous, rouler signifiait la vie. Le camping-car ferait de nous une cible plus grande, plus facile à apercevoir, mais également plus rapide et difficile à bombarder. Tandis que nous nous dirigions vers l’entrée du parc, je continuais d’observer par ma fenêtre, suivant le manège des avions qui traversaient le ciel du parc pour y larguer la mort en espérant que nous ne soyons pas les prochains. En abaissant mes yeux vers le sol, un groupe de survivants apparut dans mon champ de vision, sortant d’un bosquet d’arbre. Bien qu’il faisait noir et que les phares de notre véhicule n’étaient pas allumés, un incendie à proximité me permit d’apercevoir ces silhouettes qui couraient, les bras dans les airs, cherchant à attirer notre attention. Je sentis ma gorge se contracter. Ces personnes étaient condamnées à une mort certaine. Mon cœur aurait voulu pouvoir faire quelque chose pour eux, mais je savais que je ne pouvais tout simplement pas. Et si je demandais à Emelie d’arrêter le véhicule et de les laisser monter, que se passerait-il ensuite ? Nous n’avions pas assez d’espace pour d’autres personnes, encore moins de nourriture, d’eau… Je me sentais néanmoins comme une personne horrible pour cette façon de penser. « Oh mais arrête de te flageller, ça devient lassant à la longue… Tu as pris la seule décision logique, la même que j’aurais prise. » Je savais avant qu’elle ne me le dise que ma sœur aurait eu la même réaction, celle de se détourner de la fenêtre pour fixer le regard sur autre chose, comme si de ne pas voir ces gens en détresse allait les faire s’envoler. Je n’étais plus un enfant, je savais bien que les choses ne disparaissaient pas lorsque je ne les observais plus. Ces survivants avaient toujours besoin d’aide et, comme June, je préférais passer mon chemin. Ma sœur avait toujours été mon compas moral; je faisais toujours le contraire d’elle. Le fait de nous savoir au diapason sur cette décision me troublait à un point tel que je cessai de fixer l’extérieur pour me rasseoir, les bras croisés.

Depuis le début de la soirée, j’étais balancé d’une émotion à l’autre comme un ballon de soccer en plein match de finales. Toute cette histoire avec Emelie m’avait complètement vidé de mes forces, comme si lui avouer la vérité à mon sujet avait été une épreuve olympique et non une discussion difficile. Pour cette raison, depuis les débuts du bombardement, je fonctionnais sur l’adrénaline et je savais que mon système ne pourrait plus soutenir plus longtemps tout cet afflux de transmetteurs chimiques. Tandis que les grilles du parc rapetissaient derrière nous, je remarquai que mon cerveau était engourdi et mes pensées inexistantes. Je fixais la route sans crainte, sans regrets, sans colère. Mon corps n’était pas en reste. J’étais une coquille vide, amorphe. Mon dos ne faisait qu’un avec le dossier du siège, mes membres étaient immuables, coulés dans le béton. Pinpin pouvait chercher à attirer mon attention par tous les moyens, le simple geste de déplacer mon globe oculaire dans sa direction me paraissait au-dessus de mes forces, tendre la main pour le caresser était impossible. Même la voix de June s’était tue. Peut-être était-elle tout aussi épuisée que moi, ou bien savait-elle que plus rien ne pouvait me faire réagir. Je me demandai si les choses resteraient toujours ainsi, si la perte de mon nouveau foyer avait été la goutte de trop pour ma santé mentale. Cette idée ne me fit pas plus réagir. Qu’il en soit ainsi s’il le fallait.

Lorsqu’Emelie mit une main sur moi, je recommençai à reprendre possession de mon corps, comme si le contact humain l’avait forcé à réagir. Je réalisai alors toute la route parcourue tandis que j’étais figé sur mon siège, en plein état de récupération. Nous étions désormais loin du parc, mais mes émotions étaient encore trop émoussées pour ressentir du soulagement. Je me tournai vers Emelie, puis vers la direction qu’elle m’indiquait. Je n’avais pas eu tort, notre chemin était effectivement encombré. Un arbre était couché en travers de la route et sous lui se débattaient trois zombies, coincés sous son poids. Lorsqu’Emelie me demanda si j’avais de quoi jouer au bûcheron, je lui fis signe que non de la tête. À Yosemite, je trainais toujours avec moi mes essentiels de peur de me les faire voler, mais une grande partie de mon matériel restait dans ma roulotte, verrouillée et cadenassée. J’avais sur moi un sac contenant mes possessions les plus utiles : ma pioche, mes gourdes d’eau, quelques vêtements, ma carte de la Californie… Tout le reste était en flammes en ce moment, sans aucun doute. « J’ai ma pioche, mais pas de hache. On n’aura qu’à utiliser la tienne à tour de rôle quand viendra le temps de s’occuper de l’arbre. » Je me levai difficilement tandis qu’Emelie mettait la main sur sa hache et se dirigeait vers la sortie. Je m’étirai, espérant avoir suffisamment de forces pour éliminer cet obstacle de notre route. Je sorti à la suite de mon amie et approchai du premier rôdeur. Si celui-ci n’avait pas été immobilisé, je ne crois pas que j’aurais été en mesure de l’affronter tellement j’étais mou. Je balançai mon arme par-dessus ma tête et la fichai dans le crâne du zombie. La déloger fut difficile et je fus déstabilisé lorsque l’arme se libéra sans avertissement. Je me rattrapai à un tronc d’arbre à proximité et y restai appuyé un moment, haletant et suant. « Je suis désolé Emelie, mais j’ai besoin de cinq petites minutes avant de pouvoir t’aider pour la suite. » J’apposai mon dos contre l’écorce et fouillai dans mon sac à dos à la recherche de mes dernières réserves de nourritures. J’avais réalisé qu’une partie de mes symptômes de fatigue découlaient du fait que je n’avais rien mangé depuis un bon moment. Tandis que je grignotais, je réalisai que je ne m’étais pas trompé.

Non seulement la nourriture réveilla mon corps encore à moitié endormi, mais mon cerveau recommença à fonctionner lui aussi. Même si je ne craignais plus de me faire bombarder dans l’immédiat, une boule d’anxiété résidait toujours au creux de mon ventre. Je n’avais jamais été un optimiste quant à l’avenir. Je n’espérais pas vraiment que le monde s’améliore puisque je préférais ne pas me faire d’illusions. Je n’avais toutefois jamais imaginé que la situation puisse empirer encore. À Yosemite, j’avais trouvé une communauté, un foyer, la sécurité… Je venais de perdre tout cela. Heureusement, j’avais toujours avec moi Emelie et nous pouvions toujours nous abriter dans son camping-car, mais je n’arrivais pas à me focaliser sur le positif. Pourquoi cela devait-il m’arriver ? N’avais-je pas suffisamment perdu déjà, n’en avais-je pas assez bavé depuis cinq ans ? Je me tournai vers mon ami, incapable de garder toutes mes inquiétudes pour moi. « Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire Emelie ? Où est-ce qu’on va aller ? On ne peut plus seulement installer le camping-car quelque part et planter un nouveau jardin. Sans les grilles du parc, les rôdeurs vont devenir vraiment problématiques, surtout que les bombes ont réveillé ceux qui sommeillaient. Et c’est sans parler des survivants qui vont convoiter ton véhicule… » L’arbre au milieu de la route était le moindre de nos soucis, même si cela nous prendrait sûrement une bonne dose d’efforts combinés pour le déloger. Non, il s’agissait uniquement du premier élément sur la longue liste de nos épreuves. Si je n’avais pas suffisamment de volonté pour l’affronter, comment pourrais-je surmonter les autres obstacles qui nous attendaient ?
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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Dim 4 Mar - 19:54



« Il ne s'agit plus de

gagner, aujourd'hui

il s'agit simplement

de se battre »


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C'est un Iain hésitant et chancelant que je vois sortir du camping-car. Je fronce un sourcil, j'ai l'impression qu'à tout instant il risque de craquer et je ne sais pas de quelle façon. Je pense pouvoir gérer une crise de panique ou une crise de larme, s'il tourne de l'oeil par contre, c'est plus délicat. Malgré le poids perdu depuis le début de l'apocalypse, ce n'est pas comme si j'allais arriver à soulever son corps sans soucis. Mais je secoue la tête pour chasser ces idées noires et l'interroge du regard. Je le vois s'étirer, il m'annonce qu'il n'a pas de hache mais que sa pioche suffira pour s'occuper des crevés. J'hoche simplement la tête et m'engage en première. Je glisse le manche de la hache dans ma ceinture et dégaine ma dague. Je suis plus habituée à me battre avec ça et je ne préfère pas changer mes habitudes même si la situation est loin d'être alarmante. Les trois crevés immobilisés sont loins de nous effrayer et les vomissements semblent s'atténuer.

Après avoir contourné les branchages, je m'approche d'un crevé et lui enfonce ma dague dans le crâne. Ses tressaillements pitoyables s'arrêtent presque instantanément dès lors que j'ai retiré ma lame et j'entends le poids de son maigre corps s'écraser au sol. Vu l'état corporel de ces anciens humains, je pense que cela fait un  moment qu'ils stagnent sous l'arbre, pris au piège. J'entends les bruits de pas de Iain qui se dirige vers le second crevé alors que je m'approche du dernier. Son visage est amoché, des dents manquantes donnent un sourire effrayant à ce qui devait autre fois être une jolie femme. Son regard vide du crevé voulant me grignoter les entrailles me fixe alors que des gémissements se mêlant à des grognements s'échappent de ses lèvres fendues. J'ai le temps de détailler son visage pendant que je m'approche d'elle. Aucun soucis pour l'achever, l'arbre lui a empalé le torse et bloque pitoyablement l'un de ses bras. Elle est donc bloquée au sol et son seul mouvement reste une agitation de son bras libre et une agitation de la mâchoire. Je prends une inspiration et enfonce ma lame dans son crâne après m'être baissée à sa hauteur. D'un geste sec et machinal, j'essuie ma dague sur le tissus couvrant son bras libre, gisant maintenant sur le sol humide.

Alors que je me redresse en rangeant mon arme, je sens la blessure dans mon dos me lancer une décharge violente, me faisant grimacer instantanément. Mais mon regard fut attiré par un mouvement étrange de Iain de l'autre côté des branchages. Avec les bruits bizarres qui proviennent de partout et le vrombissement constant s'étant réveillé, je n'ai pas suivi ce qu'il s'est passé entre lui et le crevé. Je m'en veux instantanément de pas avoir fait plus attention à lui, j'ai bien vu qu'il n'était pas dans son assiette en sortant de la caravane, j'aurai du resté près de lui, j'aurai du garder un oeil sur lui, s'il lui est arrivé quelque chose, je ne me le pardonnerai pas. Je fronce les sourcils et m'approche de lui à grande enjambée après avoir contourné l'obstacle qui sépare.

Son front est transpirant et sa respiration est saccadée, son regard est perdu dans le vide lorsqu'il s'appuie sur un tronc d'arbre au bord de la route. Avant même que je n'ai le temps de poser la moindre question, Iain me dit qu'il a besoin de quelques minutes. D'un mouvement rapide des yeux, je vérifie son état, ses mains, son visage, ses bras. Il a l'air entier et même si le terme "en bonne santé" pourrait être exagéré, il n'a pas l'air plus mal qu'en sortant du véhicule tout du moins. Je l'observe fouiller dans son sac et se mettre à grignoter quelque chose, les yeux toujours perdu dans elle vide. C'est vrai qu'avec les derniers événements, on ne pense plus vraiment à écouter les besoins de notre corps et si l'adrénaline nous permet de nous dépasser pour survivre, il y a des moments ou la faim, la fatigue ou la soif nous rappelle à l'ordre. Mon sac étant resté à l'intérieur, je ne peux profiter de cette pause pour l'imiter et me nourrir un peu. De toute façon, j'ai une si grande boule au ventre que j'ai l'impression que si j'essaie de manger, je ne ferai que gâcher de la nourriture en la recrachant si elle ne passe pas.

Je laisse Iain tranquillement reprendre ses esprits et me dirige vers les branchages au milieu du chemin. Si c'est une simple chute de tension, il n'a pas besoin que je lui tienne la jambe lorsqu'il reprend ses forces. N'empêche, je garde maintenant un oeil sur lui et malgré que je m'approche du tronc d'arbre, je ne peux m'empêcher de lui jeter des coups d'oeil fréquemment. Je dégaine la hache accrochée à ma ceinture et réfléchis à une méthode rapide pour dégager le chemin. Ce n'est pas un tronc énorme, à en voir la taille de ce qui bloque notre route, je pense qu'il s'agit plutôt d'une grande branche. Mes yeux parcourent de gauche et droite l'obstacle alors que la voix de Iain m'interpelle.

Son regard perdu me blesse alors qu'il laisse s'échapper une vague de questions... Je l'écoute, je l'observe, et je le laisse parler. Qu'il sorte ce qu'il a sur le coeur, je préfère l'entendre me parler à moi plutôt que d'écouter la voix de sa stupide soeur lui dire des choses que je devine immondes. Je me pince la lèvre en l'entendant me demander où est-ce que l'on va aller. « Je ne sais pas mais on va y arriver. On trouvera une solution, on trouvera un endroit où s'abriter. Tu te souviens le manoir que l'on avait fouillé près de Sacramento ? Si l'on trouve une maison comme ça, ça nous fera des grilles, ce sera une base. Et puis, la priorité c'est de se protéger de ce qui tombe du ciel. Les survivants, les crevés, les bombes, les avions... On trouvera des solutions. On a survécu jusque là Iain, on ne baisse pas les bras. »

J'essaie de croire à ce que je dis. Je réfléchis en même temps que je parle en fait, mais ma voix est suffisamment sûre pour qu'il ne croit pas que je mente. Il a soulevé une question juste lorsqu'il parlait des grilles et des rôdeurs et je ne sais pas encore comment nous pourrons nous en sortir, mais pour l'instant il ne faut pas que l'on se décourage.


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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Dim 11 Mar - 15:54

Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battreJe ne quittai pas Emelie des yeux lorsqu’elle répondit à ma complainte. J’écoutais ses paroles optimistes, j’essayais de m’y accrocher avant de sombrer dans le mélodrame une fois de plus, mais quelque chose d’autre retint mon attention avec plus de poigne. Je remarquai à sa posture, à son langage corporel, que quelque chose semblait déranger Emelie, mais il me fallut une seconde avant de faire le lien. Mon amie m’avait contacté plus tôt en lien avec une blessure du dos. Tandis que je me lamentais sur notre sort et le fait de devoir retourner sur les routes, j’avais complètement oublié qu’elle avait une plaie fraîche dans le dos. Se pencher pour mettre fin aux jours de zombies n’avait pas dû lui faire du bien… « Classique Iain ça, toujours à se focaliser sur sa petite personne sans penser une seconde à ce que les autres peuvent vivre ou ressentir. » Ce que je détestais le plus de la voix de ma sœur, c’était quand elle avait raison. Ce n’était ni le temps ni le moment de perdre espoir, peu importe combien la situation me paraissait désespérée. Tout en me redressant et en adoptant une posture moins voutée, je répondis : « On trouvera un moyen, tu as raison. C’est seulement que c’est trop d’un seul coup et que je ne sais pas comment gérer dans ces situations. Mais bon, ce n’est pas le temps pour une crise d’incertitude. » Je lui offris un sourire, histoire qu’elle ne commence pas à croire que j’étais sur le point de m’effondrer comme je l’avais plus tôt, lorsque nous étions toujours à Yosemite et que le fait de devoir annoncer les effets secondaires que le vaccin avait eus sur moi me semblait la pire des épreuves. Puis, avant qu’elle ne puisse réagir et m’en empêcher, je m’avançai et lui pris la hache des mains. « Je m’occupe du premier round ! » Il était hors de question qu’Emelie s’occupe de bûcher avec son dos qui semblait la faire souffrir de nouveau. Et puis, de mon côté, j’accueillais à bras ouvert une distraction histoire de me focaliser sur autre chose que sur mes angoisses.

« Tiens, manges ça et prend un peu de repos à ton tour. » Je fouillai dans mon sac et en retirer de la nourriture, que je lançai en parabole en direction d’Emelie. Même si je me sentais toujours faible et éprouvé, je ne pouvais nier que manger m’avait fait un grand bien, et il était injuste que je sois le seul à en profiter. Je m’avançai ensuite vers l’obstacle qui bloquait notre chemin. Les trois rôdeurs sous le tronc étaient immobiles, mais leur présence me dérangeait, ainsi j’enjambai la grosse branche pour me retrouver de l’autre côté, là où les pieds des zombies me faisaient face. Puis, j’écartai mes propres jambes pour affermir ma posture et également pour ma propre sécurité; si l’un de mes coups de hache manquait le bois, au moins la lame ne viendrait pas se ficher dans mes tibias, elle frapperait plutôt le vide entre eux. Je sentais mes bras comme deux énormes spaghettis trop cuits, mais je devais trouver le moyen de les soulever. Je me remémorai ces avions qui avaient fendu le ciel de Yosemite et, au lieu de penser à la peur ressentie, je me focalisai plutôt sur la rage que j’entretenais contre les pilotes. D’une certaine façon, cette colère était également amplifiée par celle de June. Ma sœur n’avait jamais aimé se sentir déstabilisée. L’effet de surprise était son pire ennemi et nous y avions tous goûté amplement ce soir.

Nourri par le courroux, je levai la hache au-dessus de ma tête et frappai un grand coup dans le bois. Quelques éclats s’envolèrent, une goutte de sueur perla au coin de mon front. Tandis que l’écho du choc du métal contre le bois résonnait, je lançai à Emelie : « Il faudrait surveiller les alentours, pour s’assurer que le bruit n’attire pas une horde sur nous. » Cette pensée me donna une dose d’énergie supplémentaire pour finir mon labeur au plus vite. Je soulevai la hache de nouveau et frappai, frappai, frappai encore. J’étais comme hypnotisé, chaque coup dans l’obstacle me semblait comme une riposte contre ces survivants anonymes qui m’avaient enlevé mon foyer et ma sécurité. Au rythme des Toc ! Toc ! Toc !, le centre du tronc se vit de plus en plus entamé jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une fine lisière de bois pour retenir les deux extrémités ensemble. Je laissai la hache tomber au sol, presque vidé de toute énergie. Je respirais bruyamment et j’épongeai mon visage humide de sueur à l’aide de mon avant-bras. J’avais travaillé vite histoire d’avancer le plus possible dans l’ouvrage avant qu’Emelie ne vienne m’interrompre pour prendre ma place. Je ne voulais pas que sa blessure s’ouvre de nouveau, mais je savais que si je lui disais de ne produire aucun effort physique elle protesterait et insisterait pour faire sa part de travail. Pour éviter qu’elle ne demande justement à finir le boulot, je grimpai sur le tronc et sautai dessus jusqu’à ce que l’arbre craque et se dédouble. Il ne resterait plus qu’à rouler les deux portions aux bords de la route, ce qui se révélerait moins essoufflant que de les soulever. Je repris la hache pour casser les branchages, histoire de faciliter le déplacement. « Voilà, on pourra bientôt passer. » Il ne restait plus qu’à dégager la voie pour enfin retrouver la sécurité du camping-car, la seule chose qui me semblait certaine et immuable désormais.
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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Lun 12 Mar - 20:46



« Il ne s'agit plus de

gagner, aujourd'hui

il s'agit simplement

de se battre »


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Iain semble changer d'expression, déjà, il se redresse et se tient plus droit qu'avant. Depuis qu'il est entré dans ma caravane quand nous étions encore au parc, je sentais peser sur ses épaules tout le poids du monde, ainsi que tout un tas de questions et de reproches que pouvaient enchaîner la voix de sa soeur. Il avait cette lueur triste dans ses yeux, un quelque chose qui criait presque qu'il voulait laisser tomber, comme une ombre hurlant laissez moi, laissez moi et continuez sans moi, j'en peux plus, je veux plus. Et là, je ne sais pas si c'est mon discours plus ou moins confiant ou une autre raison, mais je le vois se redresser. Le Iain que je connais semble avoir repris sa place à l'intérieur de lui et cette ombre qui m'effrayait encore quelques dizaines de minutes auparavant semble maintenant avoir disparue, éclairée par une lumière d'espoir et de confiance en nous.

Un vent de soulagement m'emporte et malgré tout les soucis qui s'enchainent actuellement, j'ai l'impression qu'en entendant mon ami me dire qu'on trouvera une solution, c'était comme si l'on avait un début de chemin, une piste, un petit coin de solution qui venait de tomber entre nos mains. Et ça fait du bien. Comme quoi, il faut toujours y croire, il y a bien des fleurs qui poussent dans le sable, alors là, maintenant, tout de suite, à cet instant au milieu d'une route perdue dans l'apocalypse, sur ce chemin enfumé, éclairés par des flammes lointaines et la lune, j'ai l'impression que Iain et moi sommes ces fleurs, ces petites plantes déterminées à qui la vie n'a donné aucune chance. De ceux qui comment sans cuillère ni dans la bouche, ni dans la main, de ceux dont la vie se moque et ne s'occupe absolument pas. Mais au moins, aujourd'hui, on est encore là. Au moins, après toutes nos galères et nos bas toujours plus longs et toujours plus éprouvants que les hauts que l'on a connu, on peut arriver à survivre à cette vie là, celle qui met tout le monde à la même hauteur, riche comme pauvre, c'est pour tout le monde la même galère.

Un sourire sincère se dessine sur les lèvres de Iain et je perds mes mots pour le remercier de me donner confiance, si j'ai prononcé un discours réconfortant quelques instants plus tôt en n'étant absolument pas sûre de moi, les quelques mots de Iain et son sourire suffisent à me faire croire que peu importe comment on fera, on s'en sortira. D'un geste rapide, il me tire de mes pensées en m'emparant la hache que je tenais dans mes mains et m'annonce qu'il s'occupe du premier round contre l'arbre.

Je soupire de soulagement, s'il avait fallut, je me serai débrouillée, mais je suis soulagée qu'il prenne les choses en main. D'un autre côté, j'ai peur qu'en étant inactive, ce soit moi qui soit prise de doute et de questions. Jusque ici, je roulais, je pensais à quelque chose de précis, mon volant et mon pare-brise comme barrières au doute et à la peur. Maintenant que je dois simplement observer Iain s'occuper de l'arbre, j'ai peur d'être noyée par mes émotions. Je me pince les lèvres, me les mords plutôt que les pinces d'ailleurs et comme s'il avait deviné mes pensées et compris mon corps avant même que moi je ne me demande de quoi j'avais besoin, je vois Iain jeter quelque chose dans ma direction.

Réflexe, j'attrape avec mes deux mains le projectile. Deux barres de céréale chocolatée au papier froissés et décolorés par endroit. Mes yeux brillèrent comme ceux d'une enfant et j'adresse à Iain un sourire plus que sincère. Le chocolat est presque ma plus belle histoire d'amour et même si les dates de péremptions sont parfois dépassées depuis des mois, il n'en reste que meilleur de par sa rareté. « Hey toi, tu sais me parler je vois. » Du bout des doigts, je déchire le plastique alors que j'entends l'écho des coups de Iain contre notre obstacle. La barre n'est pas grande alors je déguste, les yeux fixées sur la nourriture qui diminue à chaque bouchée alors que je sens le gout sucré du chocolat fondre dans ma bouche. C'est en avalant le premier morceau que je sens la morsure de la faim me tordre le ventre. Comme si mon corps me laissait tranquille jusqu'à maintenant, faisant passer mes besoins sous silence, coupés par l'adrénaline et la peur, pour que je puisse mieux m'occuper de la situation actuelle. Je finis la première trop rapidement et avant d'entamer la seconde, je lance un regard à Iain.

Je n'aime pas le laisser se débrouiller seul, mais je déduis rapidement que lorsqu'il s'occupe les mains, il pense sûrement moins à tous les problèmes actuels. Et si je peux éviter de forcer sur mon dos pour ne pas rouvrir la blessure fraichement refermée, ça n'en sera que plus pratique pour la suite. Je ne préfère ne rien dire, au cas ou Iain serait pris d'un autre tournis, d'une autre chute de tension, je ne veux pas qu'il se sente coupable s'il ressent le besoin de s'asseoir et de me donner les relais. Il faut économiser nos forces autant l'un que l'autre et je ne veux pas qu'il se tue à la tâche. Lorsque je relève les yeux vers lui, j'observe son corps se déchainer sur l'arbre mort qui vient de céder sous ses sauts. J'arque un sourcil en voyant ses bonds sur le bois, je n'ai rien de temps de dire qu'il a déjà craqué en deux. Je fends le papier qui protège ma barre chocolatée et, en entendant Iain me dire qu'on pourra bientôt passer, je croque une énorme bouchée sucrée.

Je tends un pouce dans sa direction, ne voulant pas risquer de postillonner un morceau de précieux chocolat, et je profite du fait que je doive me dépêcher pour mâcher de grosses bouchées. C'est un plaisir que j'évite un peu, préférant savourer doucement plutôt que de prendre d'énormes part. Plus on mange doucement, et plus la sensation de faim diminue alors par les temps qui courent, on apprend à déguster les plats les plus improbables tant qu'ils calment la morsure violente que peut créer l'absence de nourriture. Je glisse le papier dans ma poche pour ne pas le laisser tomber par terre, vieux réflexe écologique complètement stupide actuellement vu l'état de la planète mais dont je n'arrive à me défaire.

Je me dirige vers Iain et me penche pour attraper une branche. À deux, la tâche est rapide et en quelques minutes nous dégageons suffisamment la route pour que le camping-car puisse passer. Lorsque la dernière branche est jetée, je me redresse et me penche en arrière pour faire craquer mon dos. Je sens que la blessure me tiraille en plus des douleurs habituelles qui me font grincer des dents. Mais pas le temps pour un massage et pour un soin aux huiles essentielles, le vrombissement ne s'est toujours pas arrêté et je ne préfère pas que l'on reste au milieux de nul part.

« - Ne trainons pas trop, je pense que le bruit de ta force herculéenne n'a pas loupé aux crevés alors ne restons pas dans le coin.   » Je lance ça en remarquant que Iain n'a pas repris sa posture courbée mais se tient toujours droit, comme si une partie de lui continuait de faire face à tout ce qui l'effrayait plus tôt. Je passe en première pour entrer dans le camping car et rejoindre le siège conducteur. Instinctivement, j'attends que Iain reprenne sa place à mes côtés comme si c'était une évidence alors qu'il aurait très bien pu faire un tour à l'arrière ou chercher quelque chose dans les placards. Je souris en coin, discrètement, avant de faire grogner le moteur en redémarrant.

« - On commence à être assez loin du parc mine de rien et le bruit étrange semble diminuer... Je propose que l'on s'arrête dans ce coin de forêt, un avion ne peut pas nous voir, et les alentours semblent relativement calmes... » dis-je en ralentissant l'allure du véhicule et en me penchant en avant pour observer les branchages nous séparant du ciel. Effectivement, les arbres sont denses à cet endroit et si avion il y a, il ne peut pas nous repérer. De plus, nous n'avons plus croisé d'humain depuis un bon moment et je pense que l'on peut s'occuper des quelques crevés qui viendraient nous déranger. On peut se débrouiller pour sécuriser la zone, tendre des cordes au sol pour que l'on soit alerté d'éventuels arrivants... S'occuper de sécuriser un coin ou dormir n'est pas chose facile mais c'est tout de même bien plus simple que de trouver un coin tranquille. En me penchant en avant, je sens ma veste remonter dans mon dos et frotter sur le pansement posé rapidement sur la plaie, je me redresse en grinçant des dents et en fermant les yeux, piquée par la douleur, mais espérant que Iain n'est pas remarqué. Je sens la truffe fraiche de Zorya s'approcher de moi et je pose ma main sur son crâne.




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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Sam 24 Mar - 2:59

Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battreUne fois cassé en deux, le tronc n’était plus que deux rondins facilement transportables qui ne prirent que quelques instants à déplacer. J’étais un peu essoufflé après mon travail de bûcheron amateur, mais je fus en mesure de dégager la voie malgré mes paumes moites. Une fois l’ouvrage complété, je vis Emelie arquer son dos pour le faire craquer, confirmant mes craintes à son sujet. Disons que cette blessure ne pouvait pas tomber à un pire moment pour elle. Nous étions en fuite, sans endroit pour nous poser et jamais certains de pouvoir rester sur place bien longtemps. Elle n’avait pas vraiment le temps de se reposer, ni même la sécurité de le faire. Nous avions toujours les réserves de médicaments et de fournitures médicales d’Emelie, mais les miennes était parties en fumée à Yosemite, ce qui voulait dire que le stock s’épuiserait rapidement. Que ferait-elle si la plaie empirait ? Nous avions eu de la chance ce soir, ce tronc d’arbre n’étant rien de plus qu’une grosse branche tout au plus, mais si jamais nous avions eu en face de nous un pin centenaire ? Je réalisai que j’allais peut-être avoir à prendre sur mes épaules une plus grand part des responsabilités désormais. Jusqu’à présent, disons que je n’avais jamais vraiment eu à assumer ce rôle dans notre relation. J’étais souvent celui qui s’effondrait et Emelie, celle qui devait me soutenir, et lorsque l’inverse se produisait j’étais maladroit, je ne savais pas comment réagir ou quels mots prononcer. Je devais admettre que j’étais quelqu’un de centré sur moi-même, sur mes propres soucis, sur ma propre fatigue, comme si les autres ne vivaient pas les mêmes épreuves que moi au quotidien. En ce moment même, je me retenais difficilement pour ne pas sombrer dans la déprime suite à la perte de mon nouveau foyer, parfois en oubliant même qu’Emelie venait de tout perdre elle aussi. Et en plus de devoir gérer sa propre souffrance, elle avait eu à endurer ma propre crise existentielle… Non, à partir de maintenant, je devais apprendre à refouler absolument tout : ma fatigue, mes craintes, mon désespoir. Blessée ou non, Emelie allait avoir besoin de quelqu’un d’aussi fort qu’elle puisque nous ne serions pas trop de deux pour nous sortir de cette galère. « Plutôt effrayant comme perspective… Je voulais dire, pour elle, bien entendu. T’avoir toi comme seul support, ça a de quoi ficher la frousse… » Et voilà qu’après un silence plus que bienvenue, la voix de ma sœur revenait me harceler. Je me secouai la tête, un réflexe idiot que j’avais commencé à développer, comme si je cherchais à faire sortir de l’eau coincée dans mon canal auditif. Refouler, il me fallait tout refouler. Je suivi donc Emelie à la suite du camping-car, rejetant les épaules en arrière, concentrant mes pensées sur le moment présent, sur les pas qui me menaient à la sécurité de l’habitable, à ma respiration sifflante que je tentais de ramener à la normale. Nous continuâmes ensuite à rouler, avançant encore plus profondément au cœur de la forêt. « Et si c’était une mauvaise idée ? Et si vous étiez coincés dans ces bois lors d’un prochain bombardement ? Et si vous vous retrouviez pris entre deux feux de forêt ? » Mon sang se glaça en entendant la voix de June prononcer ces idées terribles, mais je ne pouvais pas me permettre de penser à ce genre d’augures. Refouler, il me fallait refouler. Je fixai donc mes pensées sur la route, étrangement exempte de rôdeurs. J’avais craint que le bruit de la hache ne les attire, mais au final les bombardements au loin et la lumière des feux devait leur paraître plus attrayant que deux survivants en déroute. Lorsqu’Emelie rompit le silence et proposa que nous nous installions à cet endroit, je hochai de la tête. « C’est le mieux à faire. Je dois t’avouer que je n’aurai pas de force pour le prochain tronc d’arbre. » J’essayais de faire un peu d’humour, de sourire, de montrer que je n’étais pas complètement terrifié à l’idée de ce qui nous attendait demain et le lendemain encore. Fake it ‘til you make it. « En fait je n’ai plus la force de faire autre chose que de me traîner jusqu’à la banquette de la cuisine. Et si on s’occupait de sécuriser les alentours demain ? » J’aurais aimé être en mesure de le faire ce soir, mais j’en étais tout bonnement incapable. Je ne voulais pas qu’Emelie sorte seule pour s’en occuper. Son dos et des rôdeurs potentiels ne faisaient pas bon ménage. Et puis j’osais croire que nous étions suffisamment éloignés de tout, qu’aucun survivant ne pouvait couvrir à pied la distance que nous avions franchie en voiture. Me redressant sur mon siège, je jetai un coup d’œil en direction d’Emelie, attendant sa réponse et l’inspectant au passage pour valider que son état n’avait pas empiré. Disons qu’elle ne semblait pas au mieux de sa forme et qu’elle avait autant besoin de sommeil que moi, sinon plus. Mon amie avait les yeux clos, une expression froncée, mais je détournai le regard vers Zorya lorsqu’elle rouvrit les paupières, ne voulant pas donner l’air de trop m’inquiéter (même si c’était le cas). « Les chiens ne doivent rien comprendre à ce qui nous arrive… Encore moins que nous, je veux dire. » Comme si moi j’avais pigé quoi que ce soit à ce qui venait de se produire ce soir...© 2981 12289 0
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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Ven 30 Mar - 15:47



« Il ne s'agit plus de

gagner, aujourd'hui

il s'agit simplement

de se battre »


Iain Parks  & Emelie C. Grahams

 

 



Je souris machinalement en entendant Iain me dire qu'il n'aurai pas la force pour un prochain tronc d'arbre. C'est vrai que niveau force, nous devons tout les deux être proches de 0 mais l'adrénaline et l'envie de survivre fait que nous continuons à tirer sur les cordes de notre santé, quand il n'y a pas le choix, il n'y a pas le choix de toute façon... Je m'éloigne et divague (vague) dans mes pensées et c'est sa voix qui me ramène parmi nous. Il m'explique qu'il ne trouvera pas la force à faire autre chose qu'aller s'écrouler sur la banquette de la cuisine et propose qu'on ne sécurise les alentours que demain quand le jour sera levé... Je balance le pour et le contre rapidement dans ma tête. Pour, parce qu'il fait nuit et que cela augmente le risque de ne pas voir un piège, un crevé ou un humain qui rôderait. Contre, parce que justement, s'il y a un crevé ou un humain aux alentours, ils pourraient nous coincer ici. Pour, parce qu'à cause de la fatigue, nos réflexes et notre force se retrouvent largement diminués et si effectivement, ennemi il y a, nous n'aurions que très peu de chance d'arriver à prendre le dessus. Mais Contre aussi parce que, si nous avons aussi peu de force à cause de la fatigue et du bordel ambiant, il est totalement probable que les choses en face, qu'elle soit debout en décomposition, ou debout et amaigri, aient aussi des soucis de force. Je fronce les sourcils. La balance penche alternativement d'un côté comme de l'autre et même si la tentation d'aller m'échouer dans le clic-clac et la couverture relativement chaude, une part de moi me dit que si dans deux heures, nous sommes réveillés par une ronde de crevés grognants autour du camping-car, nous regretterions bien de ne pas avoir fait le nécessaire pour notre sécurité. Je me pince la lèvre et hésite encore quelques instants.

Le mouvement de Iain attire mon regard lorsqu'il s'étire sur le siège conducteur du véhicule et je rouvre les yeux au moment ou sa tête se retourne vers Zorya. Il change de sujet en me parlant des fauves qui stagnent à côté de nous, ne comprenant absolument pas ce qui se passe. J'hoche la tête silencieusement.  « - Je crois qu'ils font comme nous au fond, ils se contentent de vivre au jour le jour en s'émerveillant pour une caresse, un peu de nourriture différente ou un bâton jeté... À défaut de trouver un journal qui nous éclairerait sur le bordel actuel, on peut pas faire autrement qu'improvisé. C'est peut-être le monde qui se moque de nous ? Quand nous disions que de toute façon maintenant que les morts se relèvent et nous attaquent, il ne pouvait rien arriver de pire. C'est peut-être une façon ironique qu'à le destin de nous montrer qu'on se plantait. » dis-je, le regard perdu dans le vide, fixant le crâne doux de Zorya qui profite de mes caresses distraites.

Mais je me rends compte rapidement de la négativité de mes paroles et de mon ricanement ironique qui l'accompagnait et je me secoue. Je sais que Iain est fragile, même si c'est dur de l'admettre, je n'ose imaginer ce que sa soeur lui murmure au fond de lui actuellement, alors si je me mets à baisser les bras et à parler comme ça, je crains le pire. Je respire un bon coup et me redresse de mon siège, non sans ressentir un éclair de douleur me parcourant le dos sans pour autant le laisser paraitre. J'adresse un sourire en coin à Iain avant de lancer un regard aux alentours de par le pare-brise.  « - Je suis d'accord avec toi mais les chiens sont enfermés depuis un moment, je vais sécuriser un micro-périmètre au moins pour me rassurer et pour qu'ils puissent se dégourdir un peu les pattes... Disons que toi, tu vas te reposer maintenant, et demain matin pour la peine c'est toi qui agrandira le bébé périmètre si l'on décide de stagner ici ok ? »

Je me redresse totalement pour m'approcher d'un des placard. Je fouille à l'intérieur quelques instants, attendant en même temps la confirmation de Iain pour ma proposition même si je pense qu'au vu de sa fatigue, il ne sera pas trop partant pour négocier. Mes mains errent entre le cumul de choses qui dorment ici. J'ai toujours été du genre à garder des choses inutiles et ma chambre et ma maison débordaient de beaucoup de cartons que je ne jetais pas pour la même raison ; Au cas ou. On ne sait jamais. On peut en avoir besoin. Aujourd'hui je dois apprendre à trier l'utile et l'inutile mais mon habitude de tout garder peut se révéler être très pratique puisque j'accumule des cordes, des tissus, des vêtements et souvent aussi tout ce qui peut être tranchant ou être utilisé comme une arme. Je finis par trouver du fil de fer et je laisse s'échapper un bâillement en même temps que je me retourne vers Iain.  « - Ça vaut ce que ça vaut, mais si je tends ça entre les arbres, si c'est des crevés qui s'approche, peut-être que ça nous réveillera... » En même temps que je parle, je me rends compte de l'utilité très limite de mon idée mais le fait d'aller s'endormir sans sécurité me terrifie.



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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Dim 1 Avr - 20:09

Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battreEmelie avait-elle raison ? Est-ce que tout ceci n’était qu’un coup du destin, un moyen supplémentaire de nous montrer que nous ne contrôlions rien ? Que chaque petite victoire contre le sort ne pouvait que finir anéantie par une catastrophe pire encore que la précédente ? À vrai dire, plus j’y pensais et plus je me disais que j’en savais encore moins que les deux chiens réunis. Je cherchais toujours une explication à tout ce qui se produisait, mais la vérité était que le monde était devenu tellement irrationnel qu’il n’existait tout bonnement aucune raison logique pour tout ce qui nous arrivait. « Je n’en crois pas Iain, cette Emelie est encore plus déprimante que toi ! Vous êtes définitivement faits l’un pour l’autre… » Je jetai un regard à Emelie, cherchant un mot réconfortant à lui offrir, mais la réalité était que je n’en avais aucun. Tout ce qu’elle ressentait, je le ressentais aussi, et tout ce qu’elle pensait je le pensais également. Son sourire en coin me réconforta légèrement, même si je regrettais encore une fois d’avoir été inutile. Mon amie enchaîna sur le fait qu’elle préférait tout de même sécuriser un périmètre miniature, au moins pour que les chiens puissent se dégourdir. Même si j’aurais préféré qu’elle ne sorte pas seule avec sa blessure, j’approuvai silencieusement. Il n’y avait pas de zombies aux environs, du moins nous n’en avions vus aucun en roulant. Et Emelie n’était pas seule, elle avait les chiens. Je hochai la tête lorsqu’elle me montra le fil de fer, une solution improvisée qui en valait bien une autre, et j’attendis qu’elle soit sortie pour me diriger vers la banquette. Au départ, je craignais que malgré mon état de fatigue, l’anxiété me retienne éveillé, mais dès que je m’installai suffisamment confortablement et que mes yeux furent clos, le sommeil m’emporta sans que je ne m’en rende compte…

***

…Je me réveillai en sursaut, bataillant avec le manteau que j’avais jeté sur moi avant de m’endormir. Je réussis à me départir du vêtement et à me relever, silencieux malgré mon état de panique. Je jetai aussitôt un regard du côté du clic-clac et je me détendis aussitôt lorsque je vis qu’Emelie s’y trouvait, les couvertures montant et descendant au rythme de sa respiration. Je soupirai de soulagement; Emelie était toujours en vie et mon remue-ménage de ce matin ne l’avait pas réveillée. Zorya releva la tête, mais je déposai un doigt sur mes lèvres, geste qu’elle sembla comprendre puisqu’elle rabaissa la tête vers le sol. J’en profitai pour sortir à l’extérieur sans oublier d’attraper mon sac au passage. Le ciel était grisâtre, le soleil ne s’étant pas encore levé. En attendant qu’il perce la ligne d’horizon, je pris place sur les marches du camping-car et attrapai ma gourde d’eau pour me rincer la bouche. Même si le matin était calme et qu’il n’y avait aucun danger, je sentais tout de même un certain malaise, comme un début de nausée. Les bombes avaient été si inattendues, normal donc que je craignais que l’histoire se répète. Mon inconscient ne m’avait pas lâché à ce sujet. Cette nuit, j’avais rêvé encore et encore à notre fuite. Je revivais sans cesse la même panique qui m’avait envahie lorsque la première déflagration avait retenti, à l’exception que dans mon rêve, Emelie était morte dans les flammes, raison de mon réveil mouvementé. J’essayais de chasser cette image de mon esprit, mais les songes me semblaient encore trop réels pour que je puisse les éloigner. Ils revenaient sans cesse à la charge comme des moustiques à la quête de sang.

Lorsque le soleil se leva, je réalisai que le ciel était grisâtre non par manque de lumière, mais par la faute de toute la fumée qui obstruai la lumière. Les bombes de la veille avaient dû causer bon nombre de feux de forêts qui continueraient de se propager au cours des prochains jours. Je jetai un coup d’œil aux alentours, mais la fumée provenait de loin et je ne nous sentais pas menacés par les flammes pour l’instant. Par les zombies réveillés, les survivants désespérés et la famine imminente, ça oui, mais les incendies ne faisaient pas partir du top trois. Je vis à quelques pas du camping-car le fil de fer qu’Emelie avait tendu et je m’en approchai. La bobine était restée dehors et je l’amenai avec moi histoire d’agrandir son œuvre, comme elle avait parlé la veille. Peut-être déciderions-nous de partir dès qu’Emelie se réveillerait, qui savait, mais j’avais besoin de m’occuper l’esprit et sécuriser notre environnement semblait la tâche idéale. Pourtant, je ne me sentais pas le cœur à l'ouvrage. Je ne me sentais plus le cœur à rien tout court. À quoi bon essayer de rendre cette clairière habitable si elle pouvait être rayée de la carte plus vite encore que Yosemite ? « Ces types ont des avions Iain. Tout ce que tu as, c’est ce stupide fil de fer inutile. » La bobine tremblait dans mes mains. Je me sentais tellement petit, tellement faible. Je me redressai et jetai un coup d’œil au ciel, cherchant à empêcher les larmes de sortir. Derrière moi, j’entendis le léger grincement de la porte du camping-car. Emelie était debout et je ne pouvais pas me permettre d’apparaître misérable devant elle. Nous étions la béquille l’un de l’autre et je devais me montrer fort, je me l’étais promis la veille. En attendant qu’Emelie se rapproche, je cherchai à me composer un visage serein, ou du moins neutre, avant de me tourner dans sa direction.
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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Lun 2 Avr - 20:57



« Il ne s'agit plus de

gagner, aujourd'hui

il s'agit simplement

de se battre »


Iain Parks  & Emelie C. Grahams

 

 



Je crois que Iain ne m'écoute qu'à moitié, et encore, lorsqu'il s'effondre sur la banquette de la cuisine et que je parle de comment je compte sécuriser les alentours. Sa fatigue m'arrache un sourire en coin, j'aurai pu aussi bien dire que j'allais chercher des canards pour surveiller le camping car des nuages, je pense que sa réaction aurait été la même, c'est à dire un léger signe d'encouragement. Ou peut-être était-ce juste le premier ronflement d'une longue série. Je ne lui en veux pas, je comprends qu'il soit aussi fatigué, surtout s'il se bagarre avec sa soeur et l'alcool, les nuits précédentes ne devaient pas être de tout repos. Je m'arrête à sa hauteur alors que ses paupières sont déjà closes, son corps stagne dans une position tellement peu confortable qu'elle semble vouloir dire "je me suis laissé tomber comme ça mais c'est juste quelques secondes, je vais me mettre correctement après..."

Je secoue la tête et ouvre la porte, sentant l'air frais de novembre s'engouffrer à l'intérieur, me glaçant la peau et les poumons à peine suis-je sortie. À peine les fauves ont mis leur huit pattes dehors que je ferme la porte derrière nous pour éviter à Iain d'être gêné par la température de la nuit. Je regarde brièvement autour de moi, le bruit sourd semble diminuer petit à petit ce qui peut être considéré comme une bonne nouvelle je présume. Je vois que les deux chiens s'écartent légèrement de moi pour aller respirer les alentours, l'avantage avec eux c'est que je n'ai pas besoin de garder un oeil en permanence sur ce qu'ils font, ils sont relativement autonomes et assez forts pour un face à face avec un crevé. Le soucis étant plutôt les bandes que ce soit d'humains ou de crevés mais je ne préfère pas y penser et je veux me dépêcher de faire mon travail pour rejoindre la banquette du salon et m'endormir à mon tour.

Je prends une grande inspiration et en essayant de distinguer autant que possible les alentours, faisant bien attention à l'endroit où je pose mes pieds, je commence à enrouler aux troncs à trentaine de centimètre du sol mon fil de fer. À chaque fois que je dois me baisser pour atteindre le bas d'un arbre, j'ai l'impression que la blessure prend un malin plaisir à me rappeler qu'elle est là, et que je ne peux pas l'oublier. Sans que ce soit douloureux à en pleurer, c'est suffisamment gênant pour me déranger dans mes mouvements et si le sol n'était pas aussi humide, j'aurai bien été capable de faire le tour du camping car à genoux pour éviter de me baisser et de me relever tout les deux mètres. De toute façon quand les crevés se relèvent et que des avions essaient de vous atomiser la tronche en brûlant ce que vous avez longuement construit, ce n'est clairement pas le ridicule qui risquera de me tuer.

J'enchaine un à un les troncs d'arbres, le tout à deux ou trois mètres du camping car. J'ai un peu la sensation que ce n'est pas la chose la plus utile mais sait-on jamais. L'idée de laisser mes fauves à l'extérieur pour la nuit me traverse l'esprit quelques instants, j'ai déjà eu recours à cette solution plus d'une fois, mais en général je n'en dors pas mieux pour autant. S'ils sont à l'intérieur avec moi, je ne dors pas bien car j'ai peur pour nous. S'ils sont à l'extérieur, je ne dors pas mieux parce que j'ai peur pour eux. Alors l'un dans l'autre, quand il fait aussi froid et qu'en plus je ne connais pas les alentours, je préfère les laisser à l'intérieur. Surtout que le camping car n'est pas chauffé et si deux humains respirant à l'intérieur entretiennent une certaine source de chaleur, rajouter les deux gros corps de mes bébés fait cumuler les points chauds alors voilà, offre non négociable.

Zorya pointe justement sa truffe sur moi alors que j'entame un nouveau tour de fil de fer autour d'un tronc pas très épais. « - oui t'es jolie ma douce, je suis là... » chuchoté-je tout doucement en caressant le poil doux de sa truffe légèrement retroussée. Mes yeux dans les siens quelques instants suffisent à me faire penser brièvement à autre chose, faisant remonter à la surface un tas de souvenirs que j'essaie de noyer depuis plusieurs années. Ni une ni deux, je tourne la tête et continue mon chantier, j'ai presque fini de faire le tour du camping car alors je me dépêche, l'humidité des feuilles sur mon jeans à chaque fois que je pose les genoux à terre pour soulager mon dos commence à me glacer la peau sans parler du vent frais qui se glisse dans ma nuque et sur mes doigts.

Quand je finis mon petit tour, je claque des doigts pour que les deux fauves se ramènent et je lance un dernier regard aux horizons pour vérifier qu'une éventuelle horde de quelque chose ne se pointe. Rien d'autre que le bruit du vent dans les arbres. Je ne sens presque pas la poignet de porte tellement mes doigts sont glacés et si la période actuelle n'était pas aussi compliquée, je sais que j'aurai sans hésiter réveillé Iain en posant mes mains froides sur son corps endormi. Je retire mes chaussures sales dans ce qui pourrait être considéré comme l'entrée du camping car même si cela fait en même temps cuisine et presque salon et chambre.

Je m'appuie sur l'un des placards pour faire glisser mon jean, salis par les crevés tués ce soir et par l'humidité dans laquelle je stagne depuis presque une demi heure. Après une lutte de plusieurs instants avec le tissus qui me colle à la peau, je l'étends sur le dossier d'une chaise et jette un oeil à Iain. Sa respiration régulière et sa position toujours aussi improbable me rassure sur le fait que je ne l'ai pas réveillé et le couvre de la couverture qui stagnait à côté de sa banquette.  J'ouvre ensuite doucement le placard qui grince pour en sortir un bas. J'attrape quelque chose de plus large que le jean que je portais. J'ai de toute façon le sentiment que tout se ressemble, tout est délavé, un peu sale et toujours froissé mais comme c'est le dernier de mes soucis, j'enfile ce bas grisâtre en prenant plaisir à me glisser dans un tissus sec avant d'aller m'échouer sur la banquette du fond, remontant tout de suite l'épais duvet qui me sert de couverture.


***


Je ne me souviens même pas avoir du mal à m'endormir la veille. Lorsque je me réveille, j'ai les yeux tout collés et j'ai besoin de quelques secondes pour me rappeler où nous sommes. Le camping car n'a pas changé, mais le bazar ambiant et la luminosité différente me rappelle immédiatement les événement de la veille. Un frisson me parcourt le corps malgré que je sois encore enroulée dans ma couverture. Je n'arrive pas à comprendre ce qui nous arrive. Nous qui avions déjà du mal à avoir des bases comme l'eau courante, l'électricité ou quoi que ce soit qui puisse se rapprocher du confort minimum que l'on avait avant, comment est-ce possible que des humains aient de quoi faire tourner des avions, fabriquer des bombes ? Maintenant que les crevés se déplacent, l'hypothèse des OVNI ne me semblerait même plus si improbable.

D'un geste lent, je me redresse doucement en faisant attention à garder la couette sur mes épaules encore quelques instants. Iain n'est plus à l'intérieur et l'inquiétude que les voix dans sa tête l'aient fait partir loin me traverse l'esprit et me glace le sang. Immédiatement, je m'approche d'une fenêtre pour scruter l'extérieur et dans la grisaille des alentours je ne tarde pas à distinguer sa silhouette accroupie au sol. Soupir de soulagement. Le grincement de la porte d'entrée quand je l'ouvre pour le rejoindre annonce ma présence et je l'aperçois se relever doucement. Les yeux encore embués de sommeil, je le détaille. Il semble perdu dans ses pensées et nous restons là à nous observer quelques secondes, moi en chaussette sur le pas de la porte, lui debout, les doigts serrant la bobine de fil de fer entre ses mains.

« - Que faisons-nous mon capitaine ? Reprenons nous la mer ? » dis-je en serrant un peu plus le duvet qui me recouvre presque le crâne comme si je voulais me cacher à l'intérieur. « Je propose de festoyer avant de décider quoi que ce soit ? On pourra débattre des possibilités. Tu prépares de quoi manger et je range un peu ? Les tremblements de hier ont pas mal secoué mon rangement... » ajouté-je avec un petit haussement d'épaule qui fit bouger toute ma bulle de chaleur. Je sais que Iain se moque souvent de mon côté maniaque, de mon habitude de classer et de ranger ce que j'accumule et au final j'arrive à garder un certain ordre dans mon bordel. Avec tout ce que je cumule, c'est vrai que c'est pas forcément facile, mais ça m'occupe les mains quand je dois m'occuper l'esprit, c'est surtout pour ça que j'ai pris cette habitude je crois, au début, ça m'évitait de trop penser et de trop me prendre la tête.



FICHE « PAR » STILLNOTGINGER.
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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks] Mar 10 Avr - 4:02

Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battreJe comptai jusqu’à trois. Un… Deux… Trois… Quatre… Bon, d’accord, je comptai jusqu’à cinq, puis je me retournai vers Emelie. Durant quelques secondes, nous nous contentèrent de nous observer sans qu’aucun de nous ne brise le silence. Mon amie se trouvait sur le pas de la porte, encore emmitouflée dans sa couverture, tout juste tirée du sommeil. Sa vue me sorti quelque peu de ma morosité. Elle avait un petit quelque chose d’adorable et j’en oubliais un instant dans quelle galère nous nous trouvions. Ce fut elle qui prononça les premières paroles de la journée, me demandant si nous ferions mieux de repartir sur les routes. Je n’avais pas la réponse à sa question et je me sentais même incapable d’y réfléchir pour le moment. Je me contentai donc d’un léger haussement d’épaule. Je ne voulais pas remettre l’entièreté de la décision entre ses mains, mais je ne me sentais pas encore capable de participer activement à la discussion. Il fallait dire que j’avais légèrement perdu l’habitude de ces choses, à savoir la survie et tout cela. Lorsque nous voyagions ensemble June et moi, je me contentais surtout de la suivre (« Parce que tes idées étaient complètement stupides et que tu avais peur de tout », répliqua-t-elle). Et même si j’avais ensuite voyagé seul et pris mes propres décisions par la suite, mon court séjour à Yosemite avait réussi à faire disparaitre presque complètement mes connaissances à ce sujet. Ce faux sentiment de sécurité avait émoussé mes réflexes durement gagnés sur les routes. Je savais toutefois qu’ils reviendraient avec la pratique. Ce n’était pas comme si j’avais le choix, de toute façon…

Emelie proposa avant toute chose que nous déjeunions. Festoyer était le terme qu’elle avait employé, mais je doutais que le repas soit aussi joyeux… « Et qu’est devenue ta résolution d’arrêter de te plaindre ? Tu n’as jamais été capable de t’en tenir à tes décisions, il n’y a qu’à voir avec quelle facilité tu as recommencé à boire… » Il n’en tenait donc qu’à moi de rendre ce petit-déjeuner vraiment festifs, à en croire ma sœur. J’écoutai la proposition d’Emelie, soit que je cuisinerais tandis qu’elle rangerait. « Eh bien elle n’est pas peureuse celle-là. Survivre aux bombes pour mourir d’un empoisonnement alimentaire… » « Mets-toi tout de suite au rangement alors, si tu veux mettre la main sur de l’antipoison avant que je ne termine la préparation du déjeuner. » J’avais tenté de poursuivre dans la même veine que ma sœur avec ce commentaire, tactique qui sembla fonctionner puisqu’il n’y eut pas de réplique de sa part tandis que je suivis Emelie à l’intérieur du camping-car. Les deux chiens étaient eux aussi réveillés et nous tournèrent autour, sûrement insécurisés d’avoir été laissés à eux-mêmes. Les animaux étaient souvent plus sensibles que nous le pensions et il était certain que les événements de la veille avait dû les angoisser. Nous ne pouvions pas faire grand-chose pour les soulager, seulement leur donner de l’attention, incapables de communiquer avec eux comme nous le faisons entre nous. Toutefois, comme je m’apprêtais à préparer notre déjeuner, je n’osai pas touchai les deux chiens histoire de garder mes mains propres, du moins le plus propre possible.

Je tentais d’avoir l’air peu affecté, essayant même de sourire tandis que je cherchai dans les armoires et les tiroirs les ingrédients et ustensiles pour nous préparer un petit-déjeuner digne de ce nom. J’avais toutefois l’impression de jouer la comédie, une comédie absurde. Je jouais à faire semblant que les bombes n’avaient pas détoné à quelques mètres de nous hier, que nous n’étions pas en fuite, que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. « Alors, ça avance, le grand ménage du printemps ? » demandai-je à Emelie tout en coupant quelques fruits. « Seigneur que ta voix sonnait faux Iain… Tu es encore plus nul pour le small talk que pour la cuisine. » J’agitai le couteau en signe d’agacement et terminai de couper la tomate. Je regardai ensuite en direction d’Emelie, inspectant l’avancement de son propre travail. Elle avait ce petit côté maniaque de l’organisation avec lequel je la taquinais parfois, mais je devais admettre qu’il s’agissait là d’une grande qualité, surtout à notre époque. Emelie savait toujours quel placard ouvrir pour trouver LE truc qu’il nous fallait, et ce parce que tout dans son camping-car était classé de façon méthodique. « Allez, prends une pause pour manger tandis que c’est encore chaud », dis-je, bien que nous savions tous les deux que notre déjeuner serait froid.

Il y avait là quelques fruits et légumes tranchés (tomate, concombres et baies que nous cultivions à Yosemite), des flocons d’avoines secs ainsi qu’un restant de viande salée et séchée, histoire d’avoir suffisamment de protéines pour démarrer la journée, qui promettait d’être exigeante. Je disposai la nourriture dans deux assiettes intactes (j’avais failli me trancher un doigt en les déterrant des éclats de toutes celles qui s’étaient brisées lors de notre fuite mouvementée), puis je disposai le tout sur la petite table. Je pris une grande inspiration avant de m’asseoir. Je savais que la grande discussion s’annonçait imminente et que nous allions devoir prendre une décision sur la suite des choses. Je ne pouvais plus faire semblant que nous étions en vacances au Grand Canyon encore bien longtemps. Je mangeai en silence, plus affamé que je l’avais cru. Les émotions de la veille m’avaient coupé l’appétit, mais ce dernier revenait en force maintenant que ma vie n’était plus immédiatement menacée. Tout en mastiquant un bout de viande particulièrement coriace, je me perdis dans mes pensées, me questionnant quant à notre avenir… Je sentis mon estomac se contracter et je déposai la nourriture dans mon assiette. « Je ne veux pas que nous nous installions ici Emelie… »

Je parlais sous le coup de l’émotion, car j’avais réalisé une chose : je ne me sentais pas en sécurité ici, pas suffisamment. Peut-être le bombardement était-il trop frais dans ma tête, mais j’avais l’impression que la distance entre Yosemite et cette clairière était trop courte, que les arbres au-dessus de nos têtes n’étaient pas aussi protecteurs qu’ils le devraient. « Nous ne sommes pas obligés de partir immédiatement, ni même aujourd’hui, mais je sens que je ne peux pas respirer librement ici. Cet endroit est parfait comme escale, mais je ne sens pas que nous y serons en sûreté. » Libéré d’une certaine pression, je pu recommencer à manger librement. Tout en terminant ma viande, je jetai un regard à Emelie, cherchant à savoir si elle pensait la même chose que moi. Je détestais l’affrontement, je détestais devoir imposer mon point de vue, mais je savais que je n’abandonnerais pas facilement mon désir de fuir cet endroit. J’avais beaucoup trop de problèmes sur les bras et si je voulais faire le tri dans ma tête et redevenir le seul maître de mes pensées, j’avais besoin d’un endroit où je me sentirais suffisamment protégé pour ne pas angoisser en permanence.
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Dernière édition par Iain Parks le Dim 6 Mai - 23:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: « Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks]

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« Il ne s'agit plus de gagner, aujourd'hui il s'agit simplement de se battre » [Ft Iain Parks]

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