Ahead to Still Waters - PV Clay
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Ahead to Still Waters - PV Clay

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MessageSujet: Ahead to Still Waters - PV Clay Mar 21 Nov - 20:57



“L'instinct de survie, on le sait, est dispensateur de talent.”



Les possessions, ces balivernes auxquelles on se rattache. Sous un bras, on les maintient au plus près de notre corps. On se presse tout contre, maintenant de multiples livres et feuilles volantes contre notre hanche. Le but ultime ? Les préserver ! Au nom du souvenir et de la possession.
Notre chaleur corporelle entre en contact avec, on se rassure, se persuade que jamais on ne les laissera s'échapper. On se persuade que jamais ils nous fileront entre les doigts car ainsi est la vie : ce qui est acquis le reste et dans ce subterfuge, nous nous complaisons.

De l’autre côté, on se rattache physiquement à de multiples souvenirs. Les mains tremblantes sous la lourdeur de nos maigres possessions, le cœur lourd sous le tiraillement on s’interroge sur quel bras va lâcher en premier. Va-t-on lâcher ces livres, possesseurs de souvenirs ou l’enfant, conservateur d’une histoire ?
Enfant pressé lui aussi tout contre notre hanche. Et les dents claquettent, s’entrechoquent sous la dualité pesante : l'humain ou le matériel ? Le matériel ou l'humain ?

**

Tendant ses mains droit devant elle, la femme scrute les magnifiques bagues qui ornent ses doigts griffés. Balafrées, ses mains s’agitent, tournoient, laissant voir que la brillance de ses maigres possessions. Pour elle, le choix semble être fait : on s’empare de tout et on triera au moment venu !
Elle penche légèrement la tête sur le côté et esquisse un sourire carnassier. D’entre ses lèvres s’échappe la folie même de son âme :
« A moi. A moi. Toutes ces possessions ! Et dire qu’il aurait pu m’en offrir une… M’en a-t-il seulement offert une ? »

Son âme se meut alors qu’elle prend le temps de s’imaginer, de se façonner des souvenirs qui n’ont jamais eu lieu d’être. Sharon s’imagine ici, assise et au plus près de sa personne voici son mari agenouillé. Elle le voit, se l’imagine, se saisir de sa main pour lui glisser une alliance au doigt. Dans sa folie meurtrière, la belle l’imagine ronronner des mots doux, des mots d’amour. Elle l'image se saisir de ses épaules pour l'attirer tout contre lui, elle l'image l'embrasser durant des heures et des heures. Et elle frissonne de bonheur, s’appropriant un souvenir inexistant, le vaccin venant ronger son âme désormais meurtrie au possible.

Chimères.

Chantonnant soudainement à mi-voix, elle se relève s’extirpant de sa tente à l’équilibre douteux. La créature profite du rayonnement du soleil : elle fait scintiller ses bagues en affichant toujours le même sourire. Effectuant un tour sur elle-même, elle en profite pour réajuster son haut troué déambulant en culotte, ses pieds venant fouler le sol boueux. Ses fidèles viennent se presser aussitôt autour d’elle : diable ! Perd-elle la tête à se balader ainsi ? Les murmures recouvrent les chants presque bibliques de la femme. Et couvrants la Matriarche, ils déambulent autour d’elle ne laissant voir que quelques parcelles nues de sa peau. Et elle rigole la Mère, dans sa folie la plus tenace ! Et elle gigote la Mère, esquivant avec dextérité, les morceaux de verre qui jonchent non loin de ses pieds nus. Dans une danse inconnue, elle déambule joyeusement effectuant un petit tour du campement.

En un nouvel rappel à l’ordre, son cher et tendre bambin s’égosille au sein de la tente l’amenant à reprendre inévitablement conscience. Une personnalité succédant à une autre, elle se précipite à l'intérieur de son refuge pour se saisir de son enfant.  Son cher et tendre gamin, persuadée là encore qu'il s'agit de son propre enfant. Persuadée de l'avoir mis au monde alors qu'elle a tout bonnement sacrifiée sa mère d'une balle dans la tête...

Folie tenace.

**

Réajustant l’écharpe au plus près de son buste, la jeune créature confectionne de quoi maintenir son enfant contre elle. Le tissus se croise, se décroise, se recroise, sous les rires amusés du petit maintenu tantôt à un bras tantôt à deux bras avec la maladresse touchante d’une mère aimante.

Le lourd sac à dos troué, qui orne le dos de Sharon, laisse apparaître par le biais des trous qui s’y dessinent de nombreux tissus pour recouvrir l’enfant, quelques mixtures étranges pour le nourrir ainsi que des balivernes comme un semblant d’album photos déchiré. La Mère garde constamment des affaires sur elle. A chaque balade en dehors du campement, elle emporte de quoi nourrir le petit, de quoi soigner le petit c’est systématique, machinal, instinctif. Et à chaque départ, elle embarque tout un tas de bijoux sans aucune valeur car la Mère veut s’assurer qu’en cas de mort imminente, elle laissera le plus beau des souvenirs à son fils : la richesse d’un monde désormais perdu !

**

Déglutissant, j’observe les environs. Le soleil peine à s’affirmer et une légère brume se diffuse tout autour de moi. Je manque de trébucher à de nombreuses reprises, mes pieds ensanglantés ne cessant de me lancer des éclairs. Venants se perdre dans des racines à n’en plus finir, mes pieds semblent se prendre d'un amour incertain vis à vis de toute cette dense nature !

Depuis l’invasion, depuis que ces créatures ornent nos terres les vivres se sont faites rares et surtout, le matériel a cessé d’être produit à mon plus grand désarrois. La nature ose reprendre un peu ses droits et à l’image d’un vilain film d’horreur, des rixes sanglantes ont eu lieu dans le but ultime de soustraire à son prochain quelques balivernes. Les gens beuglaient de joie en obtenant une paire de chaussures, n’hésitant pas à flirter avec le danger pour deux trois merdes. Ils se sont battus. Presque à mort pour l’un de ces vaccins. Et dire que le mien m’est tombé tout droit dans le gosier… !

J’ai eu peur oui, éternellement peur pour le petit car n’est-il pas, ne représente-t-il pas, ma seule et unique raison de vivre en ces terres ? J’ai tenté de survivre par moi-même par le passé. J’ai tenté, à l’aide de deux ou trois prières, deux ou trois sacrifices, de me démener pour le petit. De me débrouiller seule car après tout l’instinct maternel refait vite surface, n’est-ce pas ? Mais j’ai compris qu’en ces lieux, la solitude est synonyme de folie. Il faut s’allier pour survivre, s’allier pour mieux vivre et c’est pourquoi j’ai rejoins le campement sur lequel j’évolue depuis quelques longs mois à présent. Nous sommes libres d’aller et de venir à notre guise mais qui serait assez fou pour oser s’aventurer seul, en dehors de son campement ? Certains beuglent que l’herbe est plus verte ailleurs…qu’ils osent. Qu’ils y aillent ces crétins sans un brin de réflexion. La sélection naturelle œuvrera à leur encontre et nous débarrassera volontiers de ces écervelés.

Hélée par des voix étrangement familières, je suis extirpée de mes pensées. Effectuant un léger demi-tour, je les observe se presser pour me rejoindre. C'est un fait : ensemble nous avançons. Uni, nous formons un groupe indestructible, indissociable. Armés, aimants et passionnés, nous foulons les terres avec entrain. Je prends soin de garder l’enfant au plus près de moi même si j’ai su, au fil des jours, leur attribuer ma toute confiance. Car il s’agit là de mon enfant, de mon bébé. Bébé que je défendrais envers et contre tous si le besoin se fait entendre. Ses yeux bridés se ferment, affichant un sourire paisible. Je n’ai pas de souvenir spécifique lié à son père. Je sais juste que l’accouchement a été extrêmement facile. Je ne le vois pas vieillir. Il affiche éternellement ce visage de poupon à croquer. Et au fil des années, il semble rester éternellement jeune : la perception du temps s’est tue et s’est faite maladroite. J’ai perdu toute notion, évoluant sans montre, sans repère autre que ce putain de soleil couchant et levant.

Groupés, nous avançons. Esquivons arbres, ronces et tronçons. Parfois essoufflés par les montés, parfois apeurés par les descentes vertigineuses, nous nous forgeons un caractère de combattant car ensemble nous sommes des combattants. Car ensemble rien ni personne ne peut nous atteindre ! Une véritable troupe ! Une véritable armée à en devenir ! Ruisseau, feuillages douteux, pièges, nous esquivons tout. Car l’union fait la force et car ensemble, nous pourrons presque déplacer des montagnes par la simple force de notre volonté...

Au loin semble se dessiner un amas de voiture. Intrigués, nous progressons. Au campement, bon nombre de survivants recherchent des pièces de voiture. Tous espèrent redémarrer une vieille caisse trouvée au détour d'un chemin douteux. Vils, moteurs et j'en passe, se troquent contre bien des conserves.
Il nous faut  donc observer l’ensemble, décortiquer l’ensemble afin d’en tirer le meilleur. Alors, d’une voix douce j’annonce les directives et intime à mes hommes de fouiller, sans ameuter, les environs. Ils s’activent alors que je berce doucement mon enfant contre moi, les pieds toujours plus douloureux.

C’est alors que l’un de mes hommes s’agite. Sa main se tend, se lève, il l’a secoue vivement et désigne de l’autre l’intérieur de la voiture. Quelqu’un ? Ou quelque chose ? A pas de loup j’approche. Je ne veux guère effrayer les éventuels méchants, guère effrayer un éventuel revenant.

Alors, avec le vice qui caractérise bien des Hommes, j’observe. Mon regard parcourt ce visage presque doux. Assoupi. L’angelot assoupi dans sa voiture semble afficher le visage d’un bambin tout droit sorti de l’une des créations de Michel-Ange. C’est tout juste si un sourire ne vient pas peindre ses lèvres. J’esquisse un pâle sourire alors que je tends l’enfant à l’une de mes fidèles. Hochant positivement la tête, nous nous entendons silencieusement sur la protection du petit et désignant la batte de base-ball que l’un d’entre eux tient, je m’en saisis.

Je rode, je rode et brisant soudainement la vitre arrière de la voiture, j’invite mes hommes à braquer leurs flingues au plus près de sa personne. Qu’il s’effraye, qu’il couine, qu’il gémisse ! Qu’importe ! Il est un homme et les hommes en ces terres possèdent une multitude de richesse ! Ils croulent sous la richesse, l’argent.
La plus part ont pillé des tombes avant même de survivre dans ce type d’univers. Petite frappe, petite racaille sans nom, tous ont tenté avant l’invasion de se frayer un chemin dans le monde du recel. Tous ont tenté et peu y sont parvenus. Et si aujourd’hui ils évoluent encore en ces terres, c’est que leur malice les a portés haut. Assez haut pour venir flirter avec le diable en personne.

Ma batte vient s’abattre en multiples fracas sur les vitres. Mes oreilles sifflent sous le brouhaha et les balles qui semblent filer à toute allure ! Qu’il touche l’un de mes hommes, qu’il touche seulement l’une de mes femmes. Et ma batte viendra cogner avec dextérité sa dentition acérée !

Quelques balles sont renvoyées, assez pour sonner le pauvre homme sous le sifflement strident qui vient caresser le creux même de ses oreilles. Est-il blessé ? Est-ce là, une tâche de sang ? Et je déambule, batte en main, frappant à divers endroits stratégiques de la voiture. Pas d’alarme.

Nous l’encerclons. Je veux qu’il soit sonné. Sonné par le bruit, par les rires, par les pas qu’ils effectuent tout autour de son refuge. Je veux qu'il prenne peur. Je veux me galvaniser sous sa peur. Et je veux qu’il se cramponne de douleur par la suite ! Car il n'est qu'homme. Il n'est que proie. Il n'est que gibier. Il n'est que supplications. Ses possessions n’en seront que plus pures. Purifiées par la peur et le sang de leur détenteur.

Extrait de son carcan, ce dernier est balancé à même le sol par mes hommes. Un coup de pied semble fuser, la proie souhaitant se débattre. Son arme trône sur la banquette arrière de la voiture. Et détachant mon regard de la scène, je reporte mon attention sur la vieille caisse. C'est alors que ma main se plonge au travers de la fenêtre brisée pour lever le bouton magique ! Click ! La portière s’ouvre et à moi d’en découvrir l’intérieur.

... Tant de privilèges...

Et je prends le temps alors qu’il est encerclé, de découvrir l'intérieur même de son intimité. A même le sol et menacé, je sais déjà qu’il ne pourra pas bouger, pas réagir alors j'en profite. Mes hommes le dominent de par leur nombre. Qu’il fasse figure basse. Qu’il se taise pour tous les crimes qu’il a commis et qu’il va probablement commettre. Qu'il se confronte aux douces paroles de mes illuminés, aux douces prières qu'ils seront à même de réciter car c'est ainsi qu'il atteindra la pureté même.

Je prends le temps de fouiller, de fouiner, de violer l’intimité et le cocon qu’il s’est créé. Par les fenêtres brisées, j’extrais l’arme, une épaisse couverture, quelques boîtes de conserves, un vieux briquet et laisse échapper un sifflement, épatée par le contenu de la voiture. Continuant d’extirper de multiples objets, je pouffe de rire en tombant sur une revue cochonne. La brandissant, tel un enfant par la fenêtre, je prends soin de ne guère me couper avec la vitre brisée soufflant :
« Eh, chef ! Tu t’es cru à la guerre ou quoi en te réconfortant la dedans ? La pougnette rend sourd ! Méfie-toi !»

Mon rire cesse en dénichant sous le plancher de la voiture une multitude d’armes et de munitions.
Sceptique, je m’interroge sur notre futur interlocuteur. Je note les différentes armes intérieurement et sortant de la voiture, je souffle à mi-voix à l’un de mes fidèles :
« Il est intéressant celui-ci. Je veux le décortiquer. »

**

A pas de loup, batte toujours en main elle vient déambuler autour de lui. Ses bottines viennent fouler avec dextérité la boue tout autour de lui. Tapant du pied dans les dites mottes, ces dernières viennent s’écraser en une poussière aveuglante pour l’ennemi à même le sol.

Sans prévenir, elle lève la batte vers lui et se fait menaçante :
« Les armes ! Là ! Sous le plancher ! Tu viens d’où ? Et t’es qui toi chéri ?»
Son regard vitreux trahit bien des maux. Elle est souffrante. Tout son être est souffrant. Le vaccin œuvre au sein de ses veines, ronge son esprit et se fraye un chemin vers une folie sans nom avec éternellement la même envie : celle de s’enrichir. Vendre des armes, vendre des bijoux, accumuler des possessions ridicules mais attrayantes...

Son regard se porte sur ses mains baguées alors que d’une voix plus mielleuse elle souffle d’un air amusé sous les surnoms offerts :
« Bonnie et Clyde, ramassez les armes au sein d’la caisse. Vérifiez la véracité de tout ce que vous ramassez et partez en éclaireur déjà. Les autres, avec moi. On va en découdre… » Et le sourire carnassier refait surface alors que les armes sont toujours braquées sur lui.

Il ne parle pas ? Soit.
Enjambant le corps de l'homme, elle vient s'asseoir sur son ventre, lui coupant très probablement le souffle sous la stupeur. Plaquant au plus près de son cou la dite batte elle penche la tête légèrement d'un côté. Puis de l'autre.

Parle, lui souffle son regard. La batte se fait oppressante. Le regard se fait intrigué. Lui se fait opprimé.

Jouons, mon gibier.
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MessageSujet: Re: Ahead to Still Waters - PV Clay Mer 22 Nov - 18:32


« J’ai vu l’ombre d’un enfant brûlant dans la brique, une maison faite de de crânes dans la jungle. »


Depuis la nuit des temps, depuis que nos ancêtres ont découvert le pouvoir de tuer avec de simples cailloux, le sang a été versé au nom de la justice, de Dieu ou même simplement de la folie meurtrière. Aujourd’hui, je sillonne le même chemin que tous mes ancêtres qui ont reproduit ce geste pendant des siècles. Humains, animaux, créatures divines et voraces de notre ère cataclysmique… Ils remplissent tous un besoin spécifique qui me permet de survivre un jour de plus. Et mon quotidien se retourne continuellement dans le besoin d’extraire une vie afin de remplir le vide incessant de mon existence. Je chasse lorsque je le peux. Je me retire lorsque je le dois. Et aujourd’hui, en cette nuit calme et doucereuse, j’ai décidé de fuir une horde de créatures à l’appétit reconnu après en avoir abattu une petite dizaine.

Haletant en silence, je me retrouve au cœur de la forêt qui contourne l’établissement carcéral de Pelican Bay. Dans ma course effrénée, je me précipite afin de mettre de la distance entre eux et moi-même, mes souliers ne manquant pas de retourner la terre humide du bosquet animé par leurs râles enroués. La végétation est dense et peu variée. Quelqu’un de non familier avec cet environnement pourrait facilement se perdre. Mais cette parcelle constitue l’un de mes refuges les plus précieux. J’ai habité dans cette forêt pendant deux mois. Mon pas est léger et mon regard s’étend bien au-delà de ce qu’il peut percevoir. Ici et là, j’ai tressé des fils de fer autour des troncs d’arbre afin de construire des repères visuels. Les yeux entrouverts, les branches ne cessent de me fouetter le visage alors que je parviens à enjamber des troncs morts et des monticules de bois et de terre. Je suis presque arrivé. Je parviens enfin à voir les premiers signes d’un chemin au loin. Une route pavée de véhicules détruits et laissés à l’abandon se dessine progressivement. La voie ancestrale de mon salut.

L’espoir est beau. Emouvant de clarté.

Mes chaussures maculées de boue empiètent enfin sur le goudron. La gorge me brûle et la fatigue commence à m’handicaper cruellement. Je dépasse certaines voitures démolies par les chocs et le temps avant de trouver une en état qui pourrait devenir un abri temporaire. Le temps d’une courte nuit, tout au plus. Je fais rapidement le tour des yeux avant de confirmer qu’il n’y a personne à l’intérieur. La poignée de la porte arrière fait résonner un cliquetis discret avant de s’ouvrir en couinant. Par chance, la personne qui s’est échappée n’a pas refermé derrière lui. La peur est une émotion intempestive qui parvient toujours à tétaniser l’esprit rationnel des gens. Tout en jetant un regard tout autour de moi, je balance mon sac et mon arme à l’intérieur de la banquette arrière. Je dois faire vite. Je me propulse à l’arrière en refermant la porte avec douceur. Putain, c’est quoi cette odeur ? Des émanations d’essence m’agressent les narines en me rendant un peu nauséeux. A l’aveugle, je parviens à empoigner une couverture épaisse avant de la tirer sur moi. Camouflé en-dessous, j’attends patiemment, les oreilles grands ouverts. Je regarde ma vieille montre dans un geste automatique. Il est 2h32. Et je n’entends rien d’autre que les sifflements agréables de la nuit.

Mais plus le temps passe, plus les râlements décadents commencent à s’approcher de ma position. La horde arrive. Je réduis ma respiration, alimentant mes poumons avec le stricte nécessaire. Entre les mailles de la couverture, je peux discerner leurs ombres marcher autour de la voiture avant de continuer plus loin. Certains se cognent contre les parois de la voiture en faisant couiner la tôle rouillée. Ils se glissent tout autour du véhicule comme des serpents en étant complètement désintéressé de ce qu’ils se trouvent à l’intérieur. Puis, plus de mouvements. Et bientôt, plus de grondements rauques. Ils vont continuer à marcher inlassablement jusqu’à trouver un autre point d’intérêt. Au moins, ils ne boufferont pas mon cul ce soir. Je consulte à nouveau ma montre. Il est 3h06. La horde a été gigantesque cette fois-ci. Pourtant, je les élimine de jour en jour, abandonnant la faim et le sommeil afin de les écarter de notre monde. Mais l’éveil de leur faim insatiable ne cesse de me hanter. De souligner à quel point nous avons perdu. A quel point l’humanité a échoué. A quel point l’ensemble de mes efforts et de mes actions ne constituent aucun poids pour sauver les citoyens de l’Amérique. Il n’y a aucune différence à faire. Je suis impuissant face à ce monolithe de monstruosité et de violence. Les poings serrés, ma mâchoire se crispe et me pousse à oublier de respirer. Je voudrai ressortir de la voiture d’un coup de pied avant de les pourchasser, le fusil relevé dans leur direction afin de les abattre. De les détruire tous. Ou d’en emporter un maximum dans ma tombe. Mais le fantasme du bon guerrier commence à se dissiper. Je ne suis pas un héros. Pendant plusieurs années, j’ai pensé que mon devoir a été de protéger ma nation. J’ai eu tort.

Je dois la protéger de moi-même, des monstres déshumanisés dont je fais partie.

Le cœur atrocement sensibilisé, je fais taire les larmes qui commencent à s’imprégner à l’intérieur de mes yeux. Je les referme en inspirant pendant plusieurs longues minutes. Pas plus de quatre minutes. Ensuite, je reprendrai la route. Mais le destin en a décidé autrement. Je ne me suis plus réveillé. Dans ma somnolence, j’ai à nouveau traversé des sombres réalités en l’honneur de mon pays. Des horreurs indicibles que je tente toujours de refouler pendant plusieurs années.

A l’intérieur d’un bunker, je me retrouve au Laos face à un camp terroriste. Aujourd’hui, j’ai la chance de conclure un conflit en exterminant des miliciens aux idéaux despotiques. Des mercenaires brutaux qui maltraitent les villageois et les pêcheurs aux alentours de ces contrées. Les yeux à l’intérieur de mes jumelles, il m’est difficile d’identifier les mercenaires à l’intérieur du camp, hormis les tireurs d’élite surveillant au sommet de plusieurs tours de guet. Mais, selon les informations que l’on m’a transmis, les coordonnés semblent être bonnes. Ce camp est le dernier. Sans plus attendre, je m’empare de la radio afin de transmettre mon feu vert. J’ai décidé d’atomiser le lieu au phosphore blanc. Une arme de guerre terrible. Les mortiers commencent à tonner bruyamment avant de siffler en déchirant les cieux, puis les bombes explosent en libérant une pluie diluvienne de lumière au-dessus du camp.

Je vois des mercenaires relever la tête au-dessus d’eux. Dans leur grande ignorance, certains lèvent leur doigt aux cieux en s’exclamant de surprise avant de se couvrir la tête avec leurs mains. Ils ne peuvent encore redouter la barbarie d’une telle arme capable d’incinérer la chair avant de se répandre sur la terre en une fumée aussi agressive et nauséabonde que le souffre. La pluie s’abat sur eux et incendie les lieux. Impuissant et désorienté, leurs cris puissants parviennent à être entendus depuis ma position. Le massacre ne dure que quelques longues secondes. Puis, on me transmet de cesser le feu via la radio. Les yeux écarquillés, mon cœur manque un battement. Puis, ce n’est pas une seule voix que j’entends dans cette radio, mais une multitude de voix qui m’ordonnent d’arrêter le massacre, de cesser le feu, qu’il y a des civils dans le camp, des familles entières qui ont été emprisonnées et retenues en otage …  

Le mal s’est abattu sur moi. Les yeux malades et la main tremblante, je remonte les jumelles en face de mes yeux. Je ne veux pas voir ce qu’il se passe. Mais une force divine m’y oblige. Au loin, je vois une jeune progéniture, un petit recherchant à se frayer dans le chaos déterminant. Son ombre pleure et gesticule maladroitement, subissant toute la souffrance d’un esprit bien trop jeune en s’époumonant dans les ténèbres. Je le vois avancer les bras tendues à la recherche de sa mère. Le crâne sanglant et dénué de cheveux, il s’approche de moi, de la lumière d’une infime présence quelque peu humaine. Mais, à la clarté du jour, la chaleur de la bombe fait fondre la peau de ses bras qui ne cessent de pendre comme si il porte un vêtement beaucoup trop grand pour lui. Des cratères profonds recouvrent son visage, ses oreilles manquant de tomber à tout moment. Puis, ses genoux cessent de supporter le poids de son corps déjà si maigre. Il tombe sous mes yeux. Et je tombe avec lui. Je … ce n’est pas de ma faute … je n’ai jamais voulu faire du mal à quiconque. Je n’ai fait que suivre les ordres. Ce qui vient de se passer ici a été en-dehors de mon contrôle. La misère dans mes yeux, la fièvre dans mon esprit,


Je porte le visage de la folie.

Une semaine plus tard, j’ai espéré me retrouver en face d’un peloton d’exécution. De sentir les pierres m’arracher le visage en brisant mes os. Mais à la place, un homme en costume a épinglé une médaille sur ma chemise. Puis, il m’a salué avant de tourner les talons, laissant toute la liberté à ma conscience de me haïr profondément, et cela pour l’éternité.

J’ai été aimé et considéré comme un héros.

Brusquement, la vitre arrière de la voiture explose, m’extirpant immédiatement de mon sommeil. Mon corps tout entier se met en branle dans la panique. Puis, des coups de feu résonnent et explosent mes tympans. Je me roule dans la direction des sièges, les mains plaquées contre les oreilles en crispant ma bouche. Les fenêtres éclatent sous les munitions, propulsant leurs morceaux dans ma direction. Je tente de me protéger comme je peux de cet assaut en subissant néanmoins un sacré choc psychologique.

L’expérience de guerre m’intime à ne pas chercher à comprendre. Mais juste à attendre que la déflagration soit finie. Puis, les tirs s’estompent immédiatement. Un son blanc et strident commence à m’agresser alors que je peux tout juste entendre le souffle rapide de ma respiration. Avec un fusil à verrou et un tomahawk, je ne fais pas le poids contre des armes semi-automatiques. Les rires à l’extérieur s’amplifient, comme si cette situation n’était qu’une vaste blague. Une hilarité qu’ils partagent en groupe. Je me suis assoupi dans ce tas de merde et me voilà piéger comme un putain d’amateur. Je ne suis pas surpris de tomber ainsi nez à nez dans la gueule du loup. La situation est très vite devenue critique. La porte s’ouvre à la volée et plusieurs mains s’emparent de mes jambes comme une flopée de tentacules aux idées malsaines. Je tente de me débattre, mais je suis rapidement propulsé hors du véhicule. J’embrasse sans douceur le goudron, le haut de mon corps heurtant avec violence un sol parsemé de débris de verre et de douilles. Je tente de remuer comme un ver, mais très vite on me retient par les bras et les jambes, assurant ainsi mon immobilité. Désarmé et blessé, je ferme ma gueule car mes pensées s’écoulent dans le ruisseau d’un autre horizon. J’essaye de ne pas comprendre la situation, mais plutôt d’identifier mes nouveaux ennemis.

La femme à la batte veille à jeter un œil à l’intérieur du véhicule, ressortant tout ce qu’elle peut trouver d’utilisable. Elle semble être la leader de cette escouade. Je le vois dans son air confiant. Je le lis dans la fierté qui anime son regard de m’avoir débusqué. La bonne nouvelle, c’est qu’elle ne semble pas être rattachée aux responsables de ces bombes et à ceux que je traque continuellement. Cela m’évite donc de crever sous la bannière de la vengeance en m’offrant une petite chance de négocier ma propre vie. Un petit espoir ridicule, car je suis déjà en train de perdre pied. A mes yeux, plus rien n’a d’importance. J’ai vieilli beaucoup trop rapidement. Je suis las de cette existence répétitive où mon enquête ne mène à rien. J’ai tué massivement les individus qui ont franchi la frontière de mon champ de vision. Les réponses sont inexistantes. L’humanité est perdue. Je peux bien embrasser la frénésie de cette femme et de sa majestueuse batte. Me rendre docile sous ses coups afin qu’elle puisse mieux séparer les morceaux de mon crâne.

Les rires s’accumulent et mon déclin commence. Une partie de moi est prête à épouser la mort qui va s’ensuivre d’ici un moment. L’autre se rebelle, m’intimant de rester en vie afin que je puisse continuer de souffrir éternellement dans la solitude et l’impuissance. La femme à la batte revient vers moi un magazine érotique à la main, ses lèvres de pisseuses partageant avec moi une plaisanterie éphémère. J’aurai suivi son rire si je n’avais pas autant d’armes braquées sur ma vieille gueule. Je dois reconnaître qu’elle m’a mis dans une foutue merde. Cette petite tête jeune aux cheveux d’or. Un tyran au visage d’ange venu d’ailleurs. Elle est sur le point de détruire mes ailes afin de m’emprisonner de toute libération. Je n’ai jamais pensé que cela puisse exister jusqu’à ce jour. Elle me pose de nombreuses questions. Je lui offre mon mutisme comme seule réponse. Elle souhaite me décortiquer. Soit, jouer un peu avec moi. Bordel … Ma mort va encore devenir l’instrument d’un drame indigeste. C’est pourtant si facile. Un coup derrière la nuque et c’est réglé.

Du coin de l’œil, je suis les mouvements de ses pieds qui tournent autour de mon corps. Elle répand la terre sur mon visage et mes cheveux comme si je n’étais qu’un bête paillasson. Les yeux me brûlent sensiblement, me forçant à me racler le visage à même le sol. Un acte qui souligne la domination d’une petite princesse en manque de reconnaissance. Son erreur est pourtant catastrophique. Je lui offre ma vie, putain. Et plus elle joue, plus je décide de me raccrocher à la vie dans le seul but de les détruire …  Sans crier gare, elle s’effondre ensuite sur mon ventre, l’œil avisé et mauvais. On peut reprocher ce qu’on veut aux américains, mais le capitalisme, c’est une logique que l’on connaît très bien. Tu reçois le produit que tu viens de payer. Et en ce moment, ces crétins loufoques ont décidé d’humilier un ermite en colère incapable de discerner le bien du mal, incapable de faire toute différence si l’un d’eux aidait les pauvres et l’autre baisait ma femme. Mon instinct primitif se réveille à son tour.

Les Romains ont répandu le sang à la recherche d’esclaves et de richesses. L’Empire espagnol a bâti son royaume pour de l’or et de la terre. Même ce putain d’Hitler est parvenu à transformer une Allemagne exsangue en une surpuissance économique. Mais la guerre ne change jamais. Aujourd’hui, je suis face à une figure d’un nouvel empire qui se bat afin de récolter les ressources dont elle a besoin. Mais elle n’est pas importante. Elle n’est tout juste qu’une femme vulnérable qui a décidé de renforcer et de réclamer le trône qui lui appartiendrait de droit. Un droit envisagé par une reine aux idées despotiques. Elle est accompagnée avec un nombre important de fidèles affamés de loyauté et de violence. Avec de la diligence, et surtout beaucoup de chance, je compte bien lui prouver qu’un seul homme, et le bon, peut parvenir à retourner une situation comme celle-ci à son avantage. Sans quoi, je finirai tout de même par être exécuté froidement avant que mon corps puisse revigorer l’appétit des corbeaux ou des rôdeurs. J’embrasse ma situation. J’aspire à lui faire face, son visage étirée par sa médiocrité, un visage que j’inscris dans ma mémoire avec un feu solennel.

Car la peur, dans sa forme la plus pur, demeure absente. Vide de sens et de substance.

« Je m’appelle … Claus…  »

Son poids, bien que léger, m’oblige à contracter les muscles de mon ventre en me permettant de retrouver un peu plus aisément mon souffle. Elle semble attendre la suite. Je la lui donne en esquissant un sourire amer.

« Santa Claus … »

Ca va piquer. Sans surprise, mon visage rencontre le pied d’un adepte avec une violence inouïe. La douleur me fait grimacer alors que des étoiles bleues commencent à apparaître, masquant le regard sévère de la dirigeante. Mes pensées se bousculent, allant à l’essentiel afin de me sortir de là. Le meilleur moyen de pression ? Le foutu môme qui est trimballé comme un sac bien trop précieux pour ce qu’il est réellement. La bouche recrachant à moitié du sang, je lui murmure en plantant mes yeux clairs dans les siens :

« Je viens du grand Nord pour refroidir les enfants de Dieu. »

Je chatouille en toute conscience des menaces qui ressemblent étrangement à des promesses morbides. Je tente de la pousser, de la brusquer un peu jusqu’à ce qu’elle décide de me punir. Mais, punir quelqu’un déjà à terre, ce n’est que peu jouissif … Il faut relever l’homme avant de le frapper jusqu’à ce qu’il s’effondre à nouveau, n’est-ce pas ? Et c’est ce que je souhaite. Car, ainsi seulement, je pourrai calculer mes chances de m’en sortir. Ils ont déjà commencé à tirer sur moi comme le feraient des bouseux racistes envers le dernier nègre de la planète. Les rôdeurs de la nuit précédente vont affluer et se diriger vers nous. Tout n’est qu’une question de temps à présent.  

La meilleure alternative de leur échapper ?  La forêt est la plus judicieuse. Je connais le terrain et les pièges que j’ai disséminé un peu partout. Si je regagne mon antre naturel, je pourrai peut-être les débusquer les uns après les autres. La diablesse me sourit aussi narquoisement que la mort. Je sais que je vais avoir mal. Peut-être vais-je la supplier d’arrêter en m’écroulant devant sa présence…

… mais je compte bien partir de cette vie en lui souriant à mon tour.
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MessageSujet: Re: Ahead to Still Waters - PV Clay Jeu 23 Nov - 18:49



“Le plus grand combat que l'homme doit mener est de se vaincre lui-même.”


Assise sur le bord de son canapé, tasse de thé en main, son regard parcourt la télévision qui diffuse joyeusement une publicité ringarde. Femmes dénudées, hommes apprêtés, l’objectif suprême étant de vendre un produit innovant, merveilleux, rendant toutes ses copines jalouses. Machinalement et presque lobotomisée, elle se saisit de la commande et zappe. Une fois, deux fois, trois fois jusque à trouver une émission de téléachat. Toujours assise sur l’accoudoir de son canapé, son poupon gesticulant sur toute la longueur et la largeur du canapé, elle se prend de fascination soudaine pour les produits qui s’y enchaînent, défilant, aguicheurs en vils tentateurs. Le petit rigole et elle ne lui porte désormais qu’un regard discret, fascinée, amadouée par l’amas de produits.

A l’approche des fêtes, tous se complètent et aucun ne se ressemblent. Les prix explosent, fusent et elle se délecte des offres dites exceptionnelles pour les cent premiers acheteurs. En bonne matriarche, elle s’interroge avant de franchir le cap : peut-elle se le permettre ? Ont-ils assez d’argent de côté ? Oui, bien sûr !

Alors elle délaisse sa tasse de thé pour porter son attention sur le téléphone : vite composer ! Vite acquérir ! Vite acheter ! Son cœur s’agite légèrement, venant faire palpiter sa vie fade et morne de mère au foyer. Un fin sourire se dessine sur ses lèvres alors que résonne à l’autre bout du fil une voix robotisée : composer le un, composez le deux… ! Enfin... La rengaine est toujours la même : soustraire, retirer, un maximum d’argent aux ménagères tristes. Et emportée dans ce doux cercle vicieux, elle se laisse modeler, comme une dite pâte. Prenez, prenez mon argent, prenez ma vie !

**

Vivre éternellement la même chose, danser éternellement en la compagnie du même homme, faire éternellement les mêmes repas, être éternellement cantonnée dans la même maison de luxe, avoir éternellement les mêmes programmes télévisés… Tôt ou tard quelque chose se brise. Quelque chose cède à l’intérieur. Ce n’est pas physique. C’est le psyché qui cède, qui laisse place à un tourbillon d’émotions confuses.

C’est une petite voix qui s’incruste, sournoisement et diffuse en ton sein des questions existentielles sur ta vie, sur ta façon d’être et d’évoluer. Et elle martèle cette petite voix une seule et même question : qu’as-tu fais de ta vie ? Et la réponse s’impose comme un couteau à même la chair : rien. Rien si ce n’est d’écarter les cuisses pour laisser apparaître la tête d’un bambin. Subir la vie, sur un canapé, subir la vie devant la télé, ne pas se donner les moyens de réussir seule...

Et j’ai su ce jour-ci, que la vie de mère au foyer n’était qu’une façade. Qu’en réalité, je restais libre de mes allées et venues. Et en ces temps difficiles, la façade de la Mère aimante s’efface. Laisse place au doux visage de la Matriarche qui pille de nombreux corps pour assouvir une soif incertaine d’argent, pour assouvir une soif incertaine de violence.

J'aime toujours posséder. Posséder de multiples objets, de multiples bijoux mais également posséder les gens. Savoir que des gens sont à mon service me réjouit quelque part et me fait grandement du bien. Je ne suis plus qu'une mère au foyer, je suis une survivante connue et reconnue par bon nombre de fidèles désormais. Et cette simple idée est tout bonnement jouissive !

Son visage me fait face, scrute le moindre de mes traits, retient la moindre de mes expressions, la moindre parcelle de chair qui orne ma peau. Il semble presque se réjouir de cette situation : merde mec, j'ai tout de même défoncé ta caisse ! Fronçant légèrement les sourcils, je continue de le fixer, maintenant la batte au plus près de son cou désormais. Résonne enfin sa voix rocailleuse, rebelle :
« Je m’appelle … Claus…  »

Il inspire avec peine puisque je l'écrase sans la moindre once de gêne. De marbre, je continue à le fixer attendant la suite, attendant les propos qui risquent d’achever sa vie en un claquement de doigt. Qu'il m'amuse ou qu'il s'use. Un sourire se peint sur ses lèvres :
« Santa Claus … »

Un sourire se dessine sur mes lèvres : quel fils de pute. Il m'amuse, il a de l’audace, s’en est presque plaisant. Une bonne muse, un bon esclave au besoin. Dommage que je ne puisse guère posséder un bouffon car celui-ci ferait un excellent bouffon pour sa reine

Je m’apprête à le sanctionner mais un fidèle le fait à ma place. Le pied vient se nicher au centre de son visage lui arrachant une grimace de douleur. Craquements sinistres, craquements dégueulasses. Son sourire perd de sa superbe, s’efface au profit de la souffrance et mon sourire s’élargit, admirant sa stupeur, admirant sa toute souffrance, m’en délectant sans la moindre once de gêne. Du sang s’échappe d’entre ses lèvres : pauvre chaton. Ce n’est que le début de ta souffrance.
Ses yeux cherchent les miens et en un murmure il souffle :
« Je viens du grand Nord pour refroidir les enfants de Dieu. »

D’un doigt, je viens essuyer le fin filet de sang qui vient peindre ses lèvres et son menton. Pauvre chéri. Je secoue négativement la tête, continuant de maintenir d’une main la batte contre son cou. La batte n’est plus un véritable moyen de pression : elle lui rappelle juste sa condition et celle à venir. De mes doigts souillés par son sang, je viens caresser sa joue. La Mère chérit. Mais la Mère s'en remet à Dieu pour juger...
Sa douce menace laisse un goût amer au travers de ma gorge : je vais être impitoyable à son encontre.

Alors avec la douceur d’une Mère, je penche mon visage vers le sien pour souffler à mon tour :
« Cela tombe bien. Nous refroidissons les impurs de notre côté... Mais si tu œuvres contre un Dieu quelconque… »

M’écartant de sa personne, je me relève sans l’aide de mes fidèles. Ils s’occupent désormais de le relever lui. Comme un vulgaire torchon, comme un vulgaire pantin. D’autres viennent ramasser ici et là quelques trouvailles afin de remplir mon sac mais également les leurs. Qu’il m’affronte désormais ! Qu’il ose ce babouin. Les fidèles s’écartent : ils connaissent le rituel, connaissent l’affront d’une Mère envers son enfant.
Je jette la batte non loin. Je me défais également de mon sac, ajoutant avec un goût non feint pour le combat :
«... Approche, Impur. Je vais te refroidir avant même que tes sales mains se posent sur les enfants de Dieu.»

Et confiante, je l’observe. Il n’est pas armé. L’arme se dessinerait auquel cas, au travers de son haut ou au plus près de sa ceinture. Il est juste désarmé. Un combat équitable. Un combat franc. Honnête. S’il me porte le moindre coup, le respect sera de mise car ainsi sera la volonté de Dieu.
Le cœur battant à tout rompre à la simple idée d’un affront, j’attends. Observe. En véritable prédatrice. Je gesticule nerveusement. Et ensemble nous formons un cercle. Comme des catcheurs, comme des lutteurs. Personne ne s’impose. Personne ne s’interpose. On ne se quitte pas du regard et, sous cette douce folie nous entamons une danse morbide. A qui profitera le premier coup ? Qui gagnera le respect de l’autre ? Ne sommes-nous donc pas réduit à la forme de bestialité la plus pure désormais ? Ne sommes-nous donc pas de véritables animaux ? De véritables chiens de chasse ?

Battons-nous. Déchiquetons la chair. Jouissons sous les effluves de sang. Badigeonnons-nous la face d’un mélange de cambouis, de terre et de merde. L’affront véritable, l’affront suprême et Dieu tranchera sous les prières de qui doit vivre et de qui doit mourir. Car Dieu est bon et Dieu me donnera raison à nouveau.

A l’image de deux chats aux griffes acérées, nos pupilles se croisent et se décroisent. Autour de nous le silence est presque de marbre. Il peut tenter la fuite, il peut tenter de multiples choses. Mais là, maintenant, tout de suite, c’est l’affront qui s’impose à lui car c'est ainsi nous l’avons décidé.

Je n’ai jamais réellement perdu d’affront : peut-être parce-que tous mes combats ont été peu harmonieux et peu sincères. Peut-être parce-que mes fidèles ont dégainé leurs armes avant que l’adversaire puisse dégainer ses poings. Peut-être parce-que mes hommes ont prétexté avoir reçu une vision de Dieu pour frapper, pour entonner des prières et sacrifier mes adversaires. Mais l’heure est grave car cet homme m’a manqué de respect car cet homme a été dédaigneux à mon encontre, dédaigneux envers mon enfant. Alors il doit m’affronter. Provoquer est une chose en ces terres, en assumer les conséquences en est une autre.

J'ai envie de me battre.  Je veux purifier cette terre de toutes ces personnes mauvaises. Au delà de mes pseudos convictions personnelles, j'ai envie de frapper, de me prouver à moi même que je peux encore nuire aux personnes qui me sont néfastes.
C'est un instinct, un besoin indescriptible nouveau et presque imperceptible.

Mon regard se détache du sien. Une seconde. Une furtive seconde qu’il saisit pour balancer son poing dans mon menton. Mes dents s’entrechoquent en un bruit sinistre. Un fin filet de sang vient emplir ma bouche et avec tout le dédain dont il a fait preuve à mon encontre, je crache au sol. Et il prend la fuite. Les fidèles s’apprêtent à le pourchasser mais tous comprennent que sa fuite n’est pas vaine. Qu’elle est justifiée par la horde de morts qui accourt vers nos personnes.

Dieu jugera de cet affront un autre jour, vraisemblablement.

Machinalement, nous ramassons nos armes, ramassons nos nouvelles possessions et visons hasardeusement quelques morts. J'espère bêtement qu'au sein de mon sac se trouvent toujours mes bagues et bracelets. J'en intime le Seigneur avec sincérité car la suite même de ma vie en dépend.

Je me saisis de mon sac, le jetant sur mon dos. Je réajuste les brelles et notre groupe se sépare. La priorité est mise sur le petit. Je sais que des fidèles souhaitent m’accompagner, surtout avec l’homme qui rode probablement non loin de nous. Je sais qu’ils souhaitent me protéger. M’aider au besoin. Alors j’accepte d’être encadrée par trois figures emblématiques du culte qui s’est construit autour de ma personne et avec leur précieuse aide, je détale. La douleur est vive et se répercute dans ma mâchoire, venant taper au sein même de mes oreilles. Je grimace et pourtant, continue de progresser. A mi-chemin je leur cède mon sac, continuant de détaler même si le sang se diffuse au sein de ma bouche sous le coup reçu. Oeil pour oeil, dent pour dent n'est-ce pas ? J'en souffre et pourtant, je ne perds pas le cap, faisant résonner les ordres presque machinalement :
« Que deux d’entre vous partent à la recherche de l’homme. Trois restent avec moi. Trois rentrent au campement avec le petit. Exécution. »

L’ordre résonne brusquement. Il n’y a pas de coton, pas de douceur, pas de propos mielleux pour amortir puisque qu’il faut déguerpir au plus vite. Courir à en perdre haleine, courir à en perdre la notion du temps, la notion même de notre existence. Semer au plus vite les morts pour gagner au plus vite un terrain neutre.
L’adrénaline est présente, même si nous courrons dans une direction qui nous est inconnue. Allons-nous être encerclés ? Allons-nous devoir nous battre ? Grimper avec maladresse en haut d’un arbre ? La progression se fait. De chute en chute, de vêtements agrippés par les branches aux cheveux emmêlés dans les  ronces nous avançons. Et ensemble encore nous esquivons les tronçons, les décharges publiques et autres merdes laissées à l’abandon. Et au loin, un bâtiment se dessine. Alors nous persistons. De chemins douteux en chemins douteux, nous nous enfonçons de plus belle dans cette vaste et dense forêt. Très rapidement le souffle n’y est plus et la forêt nous renvoi un silence morbide en protestation.

Seuls.

Seuls, à affronter en silence désormais la nature qui semble reprendre ses droits tout autour de l’immense bâtisse. Nous nous arrêtons durant un très maigre instant, prenant soin de récupérer un brin de souffle. Les nouvelles consignes résonnent. Machinalement, mon instinct de survie semble refaire surface alors que je souffle :
« Vous. Faites une ronde autour du bâtiment. J’entre seule à l’intérieur du bâtiment. A la tombée de la nuit, rejoignez-moi. Couvrez moi et sifflez deux fois si des… Créatures approchent. Clair ? »

Ensemble, ils hochent la tête alors que je récupère mon sac, le laissant choir à mes pieds. Je viens ensuite déposer mes mains sur mes genoux, récupérant un maximum d’air. Ma respiration, haletante, reste bruyante durant un long moment. La course effrénée nous a menés au sein même d’anciennes prisons. Je prie intérieurement pour que les cellules soient vides. Désertes. Qu’on puisse trouver un abri, en toute sécurité, pour la nuit qui ne cesse d'approcher. Détachant mes mains de mes genoux, j’inspire une bonne goulée d’air frais pour me donner un semblant de courage et progresse vers l’entrée de la prison. Ma main se glisse machinalement sur mon arme, dont je me saisis. La rechargeant, je lance hasardeusement :
« Y’a-t-il quelqu’un ? »

Aucun grognement. Un silence significatif à nouveau. Alors doucement, je franchis le seuil. Massant d’un revers de la main ma mâchoire douloureuse, je progresse. Au sein de ma tête résonnent encore quelques précieuses prières alors que l’arme reste braquée droit devant moi.

Nous avons un refuge pour la nuit. Nous chasserons le semblant de gibier demain. L’enfant est en sécurité. Tout va pour le mieux. N’est-ce pas ?
Oui, tout va pour le mieux, oui.
Les mains fermement plaquées contre mon arme, j’évolue à l’image d’une star américaine quelconque dans une série policière. Le pas assuré, le menton droit, l’air fière et sûre de moi, je progresse ! Diable ! Ne suis pas diaboliquement bonne ainsi ? Plus rien ne m’effraye, regarde-moi déambuler ! Admire mon charisme ! Admire ces bijoux qui ornent mes si jolies mains !

En parfait contraste, mon cœur manque de me sortir par les oreilles tant ses battements intempestifs sont puissants. Ils bloquent tout semblant de concentration. Avec prudence, je glisse une main sur mon sac et entre-ouvre la pochette de devant. La nuit se diffuse peu à peu au sein des cellules et je n’ai pas de quoi m’éclairer. Alors, je me saisis d’une bague et la lance hasardeusement droit devant moi. Elle se heurte. A quelqu’un.
A quelque chose. Je ne l’entends guère rebondir au loin.
Alors, machinalement, j’appelle mes hommes.
Le silence en guise de réponse me glace le sang. Et le cœur battant de plus belle, je saisis dans la pochette de mon sac une petite lampe de poche. Ramassée tantôt, elle clignote sous le manque de piles.

Vilain ! Vilain film d'horreur !
Et la braquant droit devant moi... Surprise !

Spoiler:
 



Dernière édition par Sharon M. Bethea le Mer 13 Déc - 19:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ahead to Still Waters - PV Clay Mar 5 Déc - 22:25



« Ce monde est une énigme fracturée. Le sang est l’indice. La balle est la réponse ».


Assise sur le bassin du martyr qu'elle vient de mutiler, je la regarde se redresser comme une comtesse d’une ère révolue. Alors que je l’observe s'appuyer sur sa batte sanglante comme le plus beau des sceptres, ses yeux m’admirent religieusement comme si j’étais devenu l’incarnation du choléra de ses croyances spirituelles. D’une simple caresse, son doigt retrace légèrement la ligne de mes lèvres souillées par le sang, la tête de son arme m’écrasant la pomme d’Adam sans aucune retenue. Que peut donc justifier une telle hargne envers un homme, ce parasite qu’elle semble se délecter à écraser sous le poids de ses fesses ? Un homme se noyant dans ce nouveau déluge de violence, le goût du sang brûlant sa langue, ses poumons inondés d’impuissance ? Elle agite un océan paisible par les vibrations de sa colère, me tenant soumis à elle contre mon propre gré. Mais je me rebelle. Car, bien que mon corps ait pu chuter face contre terre, je tente de préserver le peu de dignité qu’il me reste dans un élan complètement fou et paradoxale. Je n’ai plus que cela, après tout. Alors, je lui tiens tête. Les bras immobiles, le visage dur. Comme un autre alpha appartenant à la même espèce. Je lui dévore le visage de mes yeux en voulant pénétrer à l’arrière de ses tissus de chair jusqu’à venir ronger les os qui constituent la forme de son faciès. Avant ma fin, je veux faire en sorte qu’elle puisse retenir les traits de mon visage, la froideur sereine et perçante de mes yeux clairs. Mais je ne serais pas retenu, car je ne suis personne à ses yeux. Je ne suis qu'un vieux clochard déjà oublié que l’on assassinera avant de le dépouiller. Et pourtant, le geste fatidique de ne vient pas, car une nouvelle animosité parvient à détendre son visage. Un intérêt certain, presque pervers, pour ma sale gueule. D’une autre caresse sur ma joue, elle me toise de son regard ténébreux avant de me répondre pieusement.  

Impur. Sa langue venimeuse racle au fond de sa gorge avant de siffler de ses mots une berceuse réconfortante. Je viens de chatouiller la pureté de ses croyances intimes.Sans même comprendre sa logique, il semblerait que je viens de relever une fine couche de son identité. Elle, une figure spirituelle ? Voilà bien la première fois que je vois une enchanteresse aussi bornée et incohérente dans sa manière de survivre. Cela signifie que je dois demeurer vigilant car je ne parviendrais pas à la calculer comme tous les autres. Imprévisible et redoutable. Mais que valent ses hommes et ses femmes qui l’accompagnent ? Peut-être parviendrais-je à les duper … Après tout, Dieu n’est pas là aujourd’hui. Son bouclier réconfortant n’est qu’un mythe. Je la regarde s’écarter de moi, m’annonçant probablement l’instant fatidique où je vais clamser le visage explosé par sa batte ou la gueule défigurée par le souffle chaud des balles. Mais rien n’arrive à nouveau. Bordel, quelle attente. Ses camarades de groupe s’empressent de me relever avant de me pousser dans sa direction. Un cercle se referme autour de nous alors que la leader prend toute la liberté d’ouvrir les hostilités de par sa simple présence. Un duel aux poings ? Vraiment ? La situation devient franchement ridicule … Je peux comprendre que je viens de caricaturer sa foi, mais se donner en spectacle dans une époque aussi détestable … Même si je ne mérite pas une balle dans la gueule, elle aurait pu penser à me jeter dans un bas d’un ravin ou me forcer à être bouffé par une horde de rôdeurs. Instinctivement, elle souhaite me donner une chance.

Cependant, en analysant moi-même la situation, il serait inconcevable de penser que je puisse avoir une petite chance de survivre à ce merdier. Elle se dresse face à moi, les poings relevés, m’intimant à suivre la danse. Désemparé par ce changement brutal, je serre mes poings à mon tour en les relevant sous mon menton sanglant. Si je lui frappe dessus, je vais éveiller la colère de ses petits amoureux, puis je vais crever. Si je cours, je vais crever. Si je la tue de mes propres mains, je vais crever avant même d’y arriver. Je n’ai aucune chance. Cette arène improvisée est une mascarade. On souhaite m’humilier en public et m’obliger à me laisser faire jusqu’à ce que je sois couché au tapis, la mâchoire dévastée par les coups de mon ennemie. Ma situation ne fait qu’empirer. Je dois réfléchir à autre chose et vite …

Le dos recourbé, je feinte une fatigue quelque peu démesurée afin de ne pas alarmer mon adversaire de ma dangerosité. Le regard hostile, nous nous découvrons avec patience sous une nouvelle facette. Nous nous reniflons à distance comme deux bêtes, nos pas se glissant en silence, raclant du bout de notre talon les quelques pierres délaissées sur le sol goudronné. Il ne suffirait que d’un seul coup de ma part pour assurer ma mise à mort immédiate. Je dois identifier le terrain. Réfléchir intelligemment, même si cette femme parvient par je-ne-sais-quelle-magie à m’obliger de me focaliser sur elle. Je ne crains pas ce qu’elle pourrait me faire. Je crains seulement de devoir attendre encore plus longtemps. Car l’attente me tue. A l’instant où je suis persuadé de crever, on me laisse à nouveau huit secondes de répit. Puis, l’opération se répète inlassablement, aiguisant progressivement mes angoisses et mes nerfs à vifs. Et elle le sait. Elle joue ce rôle à la perfection. L’esprit rempli de doutes, je parviens enfin à canaliser mon pétage de plomb car je contemple enfin ma première porte de sortie. Le temps passe et la horde revient dans notre direction, alertée par les précédents coups de feu. Ils se déplacent lentement, leur visage mortifié et encore silencieux. D’un œil vif autour de moi, les hommes et femmes qui nous encerclent ont préféré reporter leur attention sur la seule distraction qui leur soit accessible au lieu d’assurer leurs arrières.

Amateurs. Une bande de dégénérés qui préfèrent s’appuyer sur leurs ardeurs primaires. Ils ne comptent que sur la sécurité de leur nombre. Mais, d’ici quelques minutes, nous serons tous au même niveau de vulnérabilité face à ces charognes sur pattes. Dieu, m’entends-tu ? Si tu existais vraiment, tu n’aurais pas laissé tes enfants à l’ombre de ce danger en offrant ainsi la chance à un sociopathe de haut niveau d’obtenir sa revanche. Le temps décide de ralentir, laissant les secondes accompagner ma respiration qui s’amenuise dans l’air. La première ligne de zombies commence à grimper sur les premières voitures, leur poids faisant craqueler la tôle des véhicules. C’est le moment. Mon poing serré, il s’élance enfin dans un uppercut foudroyant en accueillant  le visage précieux de mon adversaire. Sa bouche résonne dans un claquement sourd. Aussitôt, je me retourne en jouant des coudes afin de percer leur défense. Je charge tel un bélier enragé en parvenant à ouvrir une faille qui me permet de sortir en-dehors de ce cercle humain. L’un d’entre eux m’attrape solidement par le bras. Ôtant immédiatement mes bras en-dehors des manches, je laisse retomber ma veste afin de me libérer de son emprise. Puis, je cours avant même que la traque à mon encontre ne puisse commencer. Au passage, mes yeux s’attardent pendant une longue seconde sur mes armes. Mais je n’ai pas le temps de les récupérer. Je dois garder l’avantage de la situation en ne cédant ni au sentimentalisme, ni à la gourmandise. Je devrais déjà m’estimer heureux de repousser ainsi mon espérance de vie en me détachant de ce merdier qui me colle encore au cul grâce à  une tornade de merde bien plus grosse et écœurante. Tel un renard en cavale, je fonce tête baissée en direction de la forêt. Chaque seconde compte. Je dois m’enfuir. Partir en espérant que ces connards décident de me suivre de près dans la panique …

Habillé seulement d’un débardeur déchiré et d’un pantalon kaki, je me fraye un chemin dans cette plaine forestière en écrasant les feuilles mortes qui débordent sur mon passage. Je viens de franchir les portes de mon paradis, l’orée des bois, en intimant mon corps à avancer toujours plus vite. Hier encore, j’ai parcouru ce chemin à la hâte en voulant m’échapper ce lieu cauchemardesque. Aujourd’hui, je piétine mes propres empreintes  en accueillant cet environnement comme le nouveau messie. Quelle connerie.

D’un geste enragé, j’essuie le sang de ma bouche en un revers de main avant de trouver la position idéale pour disparaître momentanément. Sous un amas de branches et de feuillages tissés ensemble, je trouve enfin l’un de mes terriers creusés à même le sol. Je m’y engouffre à l’intérieur avec l’agilité d’un lièvre avant de recouvrir le trou en utilisant le tapis d’arbustes et de plantes entremêlées. Puis, confiné au fond de ma cachette, j’attends en silence, laissant la terre froide s’infiltrer à l’intérieur de mes vêtements. L’obscurité parvient à me dissimuler sans peine tant que personne  n’ose me marcher dessus au risque de chuter dans cette tombe verticale et très étroite. Premier objectif : perdre leur trace. Sans arme, il faut que la subtilité et la ruse deviennent mes meilleurs outils. La dangerosité d’un guerrier s’écoule dans la gestion de sa patience et de sa perception. En ce moment, je ne vois pas. Mais je scrute et dévisage même ce que je ne peux pas voir. En parallèle, je prends le temps d’écouter, mon visage à côté de longues racines. De fusionner avec la faune en étant pratiquement sous terre. Car ma divinité à moi se nomme « Mère nature ». Elle me laisse téter son sein pendant maintenant plusieurs années sans me demander une quelconque prière en retour. L’orgueil et la luxure sont des préceptes muets à l’intérieur de ce temple, remplacés par le chant des oiseaux et la danse voluptueuse des feuilles. Je n’ai pas besoin de lui offrir un bien quelconque, car je la reconnais déjà dans toute sa splendeur ancestrale. Et aujourd’hui, nous nous réunissons ensemble afin de bannir les infidèles qui vont bientôt empiéter notre sanctuaire. Car, à l’inverse des autres croyances, elle et moi sommes biens réels.

Enfin, j’entends les premières sonorités qui perturbent l’équilibre de la forêt. Des pas précipités et des échanges entre deux hommes sous forme de chuchotements. Inutile d’essayer de les chercher du regard, je sais qu’ils sont là pour moi. Puis, des grognements s’élèvent ensuite. Ils semblent se chamailler en s’intimant mutuellement de demeurer plus discret ou d’accélérer l’allure. Deux brebis errantes qui essayent de jouer au chef. Le dos coincé sous terre et les yeux clos, une seule pensée parvient à me déconcentrer : Comment des bouseux pareils parviennent-ils encore à survivre en agissant ainsi… ? Mais rapidement, je les entends me dépasser, leurs pieds évitant de s’enfoncer dans le trou où je me trouve. A nouveau, je dois faire preuve de diligence et de ruse. Je ne peux pas les affronter de face en sortant ainsi de ma tanière. J’attends donc que leurs voix disparaissent à l’horizon avant de risquer un œil à l’extérieur de mon refuge. Personne. Et c’est diablement curieux. Où sont les autres ?

Peu de temps après, de nouveaux bruits commencent à naître comme des anomalies. Les pas se succèdent en silence avant de s’arrêter juste à côté de mon abri. Au-travers de mon tapis végétal, je peux discerner la moitié de son visage … la femme à la batte. Ils semblent prendre un instant leur souffle avant de continuer dans une direction peut-être aléatoire. Je les observe reprendre leurs affaires avant de poursuivre leur fuite dans une direction qui m’est bien familière. Mes pensées se bousculent et s’agitent. Pour des personnes de leur trempe, je doute qu’ils ne puissent survivre dans un terrain aussi ouvert et dense que cet environnement végétal. Je suppose donc qu’ils vont partir à la recherche d’un lieu grand et fermé… Il n’y a qu’une seule probabilité qui puisse répondre à cette exigence : le système pénitencier de Pelican Bay. Tout en fouillant à l’intérieur de ma poche, je parviens à ressortir ma boussole cassée. D’un revers de pouce, je parviens à retirer la crasse sur le verre avant de la consulter. Ils sont parti là-bas, donc … La boussole recommence à me plomber l’ambiance en affichant successivement l’ensemble des poids cardinaux. Tiens-toi tranquille, merde ! D’un coup, elle pointe le Nord. En sachant que le mécanisme de ce foutu truc est en miettes, il faut soustraire un certain nombre de degrés afin de tomber sur la bonne valeur. Ils se dirigent donc à l’Est. Ils vont tomber sur la prison. Et, dans la hâte et avec un peu de chance, ils vont s’abriter dans le premier bâtiment qui se dressera sous leur nez : l’aile A.  

Repoussant le tapis de feuilles, je parviens à m’extraire difficilement de ma cachette. Enseveli de terre, je secoue un peu mes cheveux afin d’en ôter une bonne partie. Maintenant que je suis derrière eux, c’est à mon tour de les pister. Mais derrière mes larges épaules, je peux entendre des plaintes rauques commencer à s’élever derrière les arbres. Quelle merde, la horde est déjà si proche… Et si ? Une idée démentielle commence à faire son chemin. N’écoutant que mon instinct, je me précipite à terre en agrippant deux pierres couchées sur le sol avant de les entrechoquer ensemble à un rythme régulier. Le bruit semble retenir l’attention des rôdeurs car je peux à présent percevoir un visage. Puis deux autres. Puis cinq. Très vite, une première ligne de rôdeurs commence à apparaître. Je voudrais décamper de là, mais leur nombre incroyable commence à me glacer le sang. En me retournant pour prendre de la distance, je manque par ailleurs de m’encoubler lamentablement. Calme-toi, Clay … Tu vas gérer ce troupeau. Je dois garder mon sang-froid et avoir des yeux partout si je ne veux pas être débusqué par l’une de ces créatures. Mon objectif est devenu clair. Etant seul et désarmé, je n’ai pas d’autres choix que d’amener un groupe encore plus grand que celui de mes ennemis, quitte à y laisser ma peau. Je marche dans la direction que la boussole souhaite bien m’indiquer tout en frappant simultanément les pierres afin d’attirer les morts-vivants à suivre mon cul. Mais bien vite, j’ai le pressentiment de me faire entourer. J’accélère donc le pas, quitte à les distancer, peu importe. Car je les amène à suivre le bon chemin. Ils nous rattraperont bien assez tôt…

Une dizaine de minutes vient de s’écouler. Au loin, je parviens à apercevoir le premier bâtiment de la prison. Ma précieuse aile A. Des gardes semblent vérifier les alentours du bâtiment. Néanmoins, je ne vois pas la disjonctée de service qui leur sert de patronne fanatique. Peu importe, le temps est crucial et la horde peut apparaître à tout moment. Il faut que je prenne de la hauteur et laisser les rôdeurs s’occuper des vivants aux alentours. Je peux emprunter l’escalier de secours qui m’amènera sur le toit du bâtiment. Par ailleurs, je me souviens qu’il y a un passage creusée à cause d’un crash d’hélicoptère qui me permettra de me faufiler à l’intérieur de l’aile … Je dois assurer ma sécurité avant tout. Je jette un regard de tous les côtés avant d’avancer en restant accroupi. L’oreille tendue, je me faufile rapidement en essayant de marcher d’un pas furtif. Les gardes ne m’entendent pas à cette distance et ne semblent pas faire attention à moi, trop occupés à regarder l’intérieur de l’aile à travers des fenêtres fissurées. Hâtivement, je continue mon ascension en grimpant les marches rouillées de l’escalier avant d’atteindre le toit. Quelques cadavres portant un uniforme militaire sont disséminés aux alentours. Je marche à leur côté en observant leur tête aussi explosée qu’un fruit bien trop mure. Pas besoin de médecin légiste pour deviner ce qu’il s’est passé. Leur condition post-mortem atteste simplement qu’ils sont tombés en chute libre de l’hélicoptère avant que celui-ci ne défonce la prison. Pauvres gars.

Comme prévu, je me faufile au-travers de la fissure que l’hélicoptère a ouvert sur le toit. Je chute brusquement de deux mètres avant de rencontrer le sol poisseux de la prison. Je me rends vite compte que le manque de lumière va poser un grave problème. Fort heureusement, quelques rayons solaires parviennent à illuminer l’intérieur de la chambre où je me trouve. Je sais où je me trouve actuellement. En jetant un œil aux alentours, je reconnais le poste de contrôle de l’aile, son tableau de contrôle constellé de boutons en tout genre et une baie vitrée à moitié brisée qui surplombe les cellules en contrebas. Mais contre toute attente, une petite lumière blanche parvient à ressortir des ténèbres juste en-dessous de moi. Je me penche en avant afin d’identifier la source de ce mauvais présage. Bien qu’il soit difficile de déterminer son identité, il n’y a pas besoin de revoir son visage de femme Toute-Puissance pour comprendre que c’est elle à nouveau. La lumière réfléchit au loin en faisant briller ses longs cheveux d’un blond platine. Je souffle du nez, réprimant un sourire amer. Elle n’est jamais loin celle-là …  Je vais commencer à croire que le destin y est pour quelque chose. Depuis de nombreuses lunes, j’ai pieusement vécu dans le chagrin, laissant le gouffre du repos, de la mort et du silence avaler mon corps pour ne jamais plus le recracher. Et voilà que cette succube au visage d’ange apparaît afin de déstabiliser l’équilibre de mon existence. Mais, tout comme elle, je ressens une curiosité morbide et déplacée à son encontre. Je veux savoir jusqu’où elle peut aller.

Intelligente et consciencieuse, elle appelle ses hommes avant de plier ses bras devant elle en illuminant un homme ligoté sur une vieille chaise en bois, les doigts dépossédés de ses ongles. Les sévices qui gouvernent son corps indiquent des brûlures profondes à l’aide d’un chalumeau. Inutile de spécifier qu’il est mort. Si je l’ai travaillé au milieu de l’aile en face des autres cellules, ce n’est pas un hasard. Car oui, les geôles ne sont pas inhabitées . Il n’a suffi que de quelques pas en arrière pour que la pionnière de ce culte puisse s’en rendre compte à son tour. Car quelqu’un a sournoisement tenté de la retenir par l’épaule en allongeant son bras entre les barreaux. Mais, galvanisé par un horrible pressentiment, elle se retourne furieusement en pointant son arme et sa lampe de poche à l’intérieur d’une cellule occupée par six individus nus, meurtris et terriblement affaiblis.

« Libérez-moi ! »


« Assez, assez ! Tuez-moi ! »

« On va tous mourir. On va tous mourir. On va tous mourir. On va tous … »

« Et toi ! Toi, viens ! Viens par ici ma jolie ! »


« Sale fils de pute, toi tu aussi tu veux nous buter hein ?! SALOPE, VIENS PAR ICI ! »

Séraphine de Dieu, je te souhaite la bienvenue dans les abimes de la nouvelle conscience humaine. Là où les hommes de l’armée sont kidnappés par ma main afin d’alimenter un sens à ma vie. Je recherche des réponses d’un mal qui nous frappe, la déflagration de toutes ces bombes qui vomissent tout autour de nous. Des réponses que je ne trouverai jamais. Mais je continuerai d’essayer jusqu’à les obtenir afin de sauver les innocents. Tout comme toi, je suis aussi un précieux séraphin. Un sauveur bon et céleste qui n’apporte que la décimation et le carnage de son peuple en toute inconscience.

Ses hommes viennent de la rejoindre, dans l’attente de ses ordres. L’un d’eux suggère calmement de les libérer, le second s’y oppose fermement. Et je suis ici, au-dessus de vous à l’intérieur de ce centre de contrôle … Tu dois me sentir, n’est-ce pas ? Tu me recherches de tes yeux de débauchés afin de me liquider ? Si tu ne peux me voir, entends donc ma voix éclater en se mêlant à la cohue générale que tu viens de déclencher.

« Fais ce qui est juste. »

Tu veux donc la guerre, espèce de folle ? Je vais t’en donner une. Mon doigt appuie fermement sur un bouton rouge. L’alarme de l’aile est signalée. Attiré par le bruit assourdissant, les morts-vivants ne vont pas tarder à encercler le bâtiment, peut-être même à s’y infiltrer en brisant les fenêtres. Ils vont nous anéantir. Et on va crever ensemble. Tu m’entends, ma belle ? Je t’ai promis d’incarner une image biaisée d’un Père Noël infect, un homme en colère qui s’empresse de réchauffer les consciences avec le canon de son arme. Je vais donc nous propulser dans une boue tellement dense et épaisse que nous ne pourrons plus bouger en-dehors de ce lieu, rendant ainsi la confrontation inévitable. Et si l’un de nous survit face à l’autre … Il aura son précieux ticket gagnant. Le vainqueur restera condamné à errer ici en étant le seul appât de ces bouffeurs de testicules qui vont l’attendre patiemment à l’extérieur.  

Admire-moi, je suis un soldat raté qui ne cesse d’accumuler les plans foireux. Mais, tout comme toi, je cache une précieuse audace quand il s’agit de faire chier mes ennemis en foutant un monstrueux bordel. Si tu es véritablement de mon espèce, tu vas rapidement prendre conscience que nous n’arrêtons pas de nous séduire ainsi en se foutant pleinement sur la gueule. Un partage dangereux, aphrodisiaque et surtout sadomasochiste. A savoir qui frappera le plus durement, n’est-ce pas ? Nous attendons que l’autre courbe l’échine alors qu’il ne se relève que pour frapper plus fort. Alors, tu devrais pouvoir sortir de ce traquenard sordide que je suis sur le point de débuter car je compte bien empoisonner ta vie jusqu’à la moelle…

Martelant frénétiquement tous les boutons, la porte des cellules semble crisser avant d’être entièrement ouverte.  Six anciens soldats épuisés et entièrement nus en ressortent, la peur et la colère se lisant dans leurs yeux. Les bras ballants, Ils se tiennent devant la leader égocentrique en étant hésitants et perdus. Elle possède une arme et une lampe torche qui parvient à éclairer leur visage. Est-elle avec lui ? Mais surtout, est-elle une nouvelle menace pour eux ? Ils souhaitent partir loin de ce lieu et de leur tortionnaire, prêts à s’entretuer pour y parvenir s’il le faut. L’issue principale bientôt bloquée par les rôdeurs, les objets que détient la leader représente donc leur meilleur option pour sortir d’ici. Les prisonniers représentent un faible danger face à elle et ses sbires. Les doctrinaires ont des armes et de la lumière. Mes prisonniers ont le nombre et l’obscurité afin de s’y dissimuler. La confrontation est inévitable. Mais ceci n’est qu’une première bataille …

Retrouve-moi. Et pour cela, fais ce qui est juste. Car celui qui néglige de punir le mal aide à le réaliser.
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MessageSujet: Re: Ahead to Still Waters - PV Clay Dim 10 Déc - 11:37


Semblables à mille paires de mains.

Et je fais face, à six individus nus, meurtris et affaiblis. Ils se meuvent avec une lenteur démesurée, cherchant les propos adéquats, cherchant de l’aide.

L’air me manque soudainement. Je me sens oppressée par la putréfaction des corps qui se fait ressentir. Je laisse échapper un hoquet d’entre mes lèvres alors que j’esquisse quelques pas hésitants, mes hommes non-loin de moi désormais : où nous nous sommes fourrés en fuyant ces morts bordel !
Les supplications se font entendre et meurtrissent en boucle mon esprit décomposé : qui a pu donc enfermer ces hommes ? Depuis combien de temps errent-ils ici en attendant que la mort vienne les cueillir ?
Les lieux sont probablement occupés par un pseudo-bourreau. Nous sommes coincés. Les grognements d’un côté, le bourreau de l’autre… Aucune de ces destinations touristiques me donne envie de réserver mon billet et pourtant, je n’ai guère le choix.

Lentement, je progresse éclairant de gauche à droite le chemin étroit entre les cellules.

Surgit au milieu de l’ombre un homme ligoté sur une vieille chaise en bois. Machinalement, j’esquisse un mouvement de recul, appelant mes hommes. Mes yeux se plissent sous la torture inhumaine qui parcourt chacune des parcelles de son corps : qu’a-t-il pu diablement faire au monstre des lieux pour être torturé de la sorte ? La mort de l’homme semble être récente : sa peau se galvanise mais ne se décompose pas. Je devine qu’il s’agit d’un avertissement : ose franchir mon territoire et tu finiras ainsi, à ton tour, brûlée et torturée par mille coups et mille objets différents. Entendu. Son corps ne va pas tarder à revenir à la vie et cette simple idée me fait grimacer : les liens qui nouent ses mains et ses pieds sont-ils assez solides ? S’agit-il là aussi d’un véritable chien de garde qui va se jeter à nos trousses dès que nous aurons le dos tourné ? Accompagné de la dizaine qui erre à l’extérieur, il n’en sera que plus fort. Et cette toute puissance m’effraye car en bons croyants, nous souhaitons abréger les souffrances. Nous ne les laissons pas croupir des hommes, des femmes, des enfants, jusque à ce qu’ils deviennent des zombies, non. Notre niveau de sadisme se nourrit de l’effroi des autres. Nous ne souhaitons aucunement donner l’avantage à l’ennemi en sacrifiant bêtement des personnes.

La constatation des lieux me glace le froid d’effroi : si un est ainsi maintenu, si six progressent dans les cellules, combien d’autres se trouvent à l’intérieur de ces lieux ? Je déglutis bruyamment relevant intérieurement ses doigts lissés par le manque d’ongles. Non, il ne s’agit pas d’un simple croyant qui abrège les souffrances d’autrui non. Il s’agit d’un monstre, d’un maître des lieux particulièrement cruel avec les intrus qui osent s’aventurer sur son terrain de jeu.
Il nous faut partir, c’est une certitude. Une autre sortie doit exister au sein de la prison : un grillage fendu, une porte défoncée, je ne sais pas. Mais une solution doit être trouvée et de multiples autres doivent être envisagées ! Auquel cas nous y laisserons notre vie. Et nos ongles. Et il n’en est pas question. Tant que mon enfant vivra en ces terres maudites, je me battrais pour lui. Pour ma chair, pour mon sang. Envers et contre tous.

Un bras se porte sur mes épaules tentant de me retenir contre les barreaux de la prison. Je geins, extraite de mes pensées, braquant mon arme vers une nouvelle direction, tombant à nouveau face à ces six individus. Perdus, amaigris, affaiblis, mal en point, ils me fixent de leurs yeux vitreux. Je prends le temps à nouveau de constater leur état physique. Tout me semble atroce en ces lieux. L’ambiance est morbide, démesurément glauque. Leurs joues creusées s’agitent très légèrement, appelant à l’aide.
Mon visage se secoue négativement face à leurs supplications et l’évidence naît au sein de mon crâne : il faut les achever ! Ensuite, il faut les démembrer pour s’assurer qu’ils ne reviennent plus jamais en vie et encore moins à nos trousses ! Il nous est impossible que de sauver la terre entière. Femmes, hommes, enfants, nous sommes beaucoup trop nombreux. Et il nous faut faire un choix. Sauver les plus faibles nous est impossible : ils reviendront, très rapidement, à la vie et prendrons un malin plaisir à nous pourchasser jusque aux portes de la mort. C’est inconcevable. Inapproprié que de sauver ces personnes.

Leurs voix se font entendre dans un brouhaha presque inhumain me rappelant inlassablement les personnes que j’ai achevé au fil des derniers mois. Le crescendo se fait insistant venant marteler mon esprit. J’en chancèle, j’en ai la migraine tant ils tentent de nous convaincre, tant ils nous accusent d’être similaire au bourreau des lieux.
Mes yeux se ferment alors que je souffle à mi-voix à mes hommes :
« Que faire ? »

Mes yeux s’entre-ouvrent, bordés de larmes. Je me pensais infaillible, intangible. Une balle dans la tête et l’histoire serait terminée. Au lieu de quoi, je me surprends à peser le pour et le contre : s’ils meurent avant nous, ils donneront l’avantage au camp ennemi, certes. Mais nous ne perdrons pas la vie puisque ils se saisiront de la leur. Le tout étant d’être détaché… Diaboliquement détaché de leur personne. Il ne faut plus les voir, dès lors qu’ils seront libérés, comme des potentiels amis mais comme du bétail. De la chair fraîche qui servirait à attirer les morts, à canaliser les morts, le temps de notre potentielle fuite.

Regardant vaguement mes hommes, je n’ose pas exprimer un avis aussi tranché. Aussi fort. J’ai peur de les effrayer. Peur qu’ils me délaissent moi aussi, à mon propre sort. L’instinct de survie est cruel, je ne me reconnais aucunement dans ce type de pensées. Mais il nous faut progresser, il nous faut avoir la niaque de vivre et cela passe, indéniablement, par des sacrifices conséquents…  Portant essentiellement mon regard sur ces personnages meurtris, j’attends l’avis de mes hommes.
A mi-voix, après un vague silence, ils osent enfin s’exprimer:
« Il faut les libérer !
- Non. Il s’agit de bouches en plus à nourrir. Nous manquons de vivres.
- Nous ne sommes pas obligés de les soutenir. Libérons-les et partons.»

Leur débat s’intensifie au bon milieu des cellules alors qu’un regard lourd semble se porter sur mon dos. Sur ma personne. Un frisson se fait, révélateur de la paranoïa qui m’habite au fil des jours : je me sens atrocement observée et c’est clairement écœurant comme sensation. Ce sentiment de malaise ne cesse de croître. Je porte un regard autour de moi, projetant le faisceau lumineux tout autour de moi : est-ce donc ces hommes qui entretiennent mon malaise ?

Non. Il s’agit d’une entité supérieure, d’une force bien plus importante qu’eux. Ma lampe se relève vers les plafonds : rien. Je ne distingue fichtrement rien. Parallèlement à ma crainte, mes hommes entrent en débat avec les survivants. Les insultes et la tension se font ressentir de plus en plus.

« Fais ce qui est juste. »

La phrase résonne au bon milieu du brouhaha. Je relève mon arme, cherche à la braquer vers une personne précise mais rien une fois encore. Un sentiment de frustration naît en moi alors que je prends conscience d’une seule chose : il s’agit de la même voix que tantôt. Le malmené de la voiture se joue de nous. Nous sommes sur son territoire, sur son terrain de jeu et nous sommes atrocement fichus. L’heure de la vengeance a sonné et je le comprends bien trop tard : une alarme stridente se déclenche.

Les souvenirs de la superette, du braquage, resurgissent comme une vilaine claque au sein de mon esprit. Mes doigts viennent se crisper sur mon crâne, cherchant à faire taire ces souvenirs. Comme une vilaine flopée d’émotions, les souvenirs se diffusent et rongent ouvertement ma faculté à rester concentrée.

Les semblants de cadenas qui retenaient jusque alors morts et vivants s’ouvrent : putain. J’esquisse un nouveau mouvement de recul : cauchemar. Impossible de me concentrer, impossible de trouver un semblant de paix pour mener à bien ma réflexion. Le brouhaha environnant est tel, que le malaise ne cesse de grandir en mon sein : je me sens mal, je me sens oppressée, je me sens observée. Mon regard se porte sur les soldats déambulant avec lenteur. Hésitants, ils attendent mon accord pour vraisemblablement sortir de leur cellule. Je fais signe à mes hommes de baisser leurs armes et hoche positivement la tête. D’une voix forte, je tente de parler au-delà de l’alarme, interrogeant les détenus :
« Qui vous détient ? »

L’un d’eux rigole, soudainement euphorique. Très rapidement une quinte de toux parcourt son corps, l’amenant à se pencher pour prendre appui sur ses genoux. Impassible, je ne réagis pas. J’attends ses explications alors qu’il parvient entre deux toussotements à souffler :
« Il se prend pour un messie ce type ! »

Un autre sur ma droite ajoute :
« Vous le connaissez. Vous le connaissez tous dans cette forêt. Il ne s’agit que d’une supercherie. Un jeu.»

Et un autre complète. Sur son doux minois, se diffuse un air paniqué. Contagieux, l’air semble se diffuser sur le mien : j’en viens à grimacer, à trembler des mains sous les propos qui sont ajoutés par le bel homme.
« Nous ne sommes que des pions. Vous êtes l’héroïne du jeu ce soir. S’il nous libère c’est pour vous tester. »

Sa voix se fait murmure alors qu’il termine :
« Il est présent. Il est partout. Il contrôle tout. »

L’arme le long du corps je regarde ces hommes amaigris, affaiblis par un pseudo messie. Non, c’est un cauchemar. Une telle cruauté peut donc réellement subsister au sein de ces lieux ? D’une voix paniquée, je demande un prénom alors que résonne hargneusement au sein de la prison :
« Santa Claus. »

Mes sourcils se froncent. J’ai des envies de meurtre. A mi-voix, l’homme qui toussait jusque à présent souffle en laissant échapper un filet de sang de sa bouche :
« Clay. Il s’appelle Clay. »

Comme une baffe. Semblable à une rafale de balles, mon visage se décompose : Clay. Les souvenirs liés à l’alarme se transforment, se font de plus agressifs et viennent marteler mon esprit. L’homme. Le sauveur de mon unique enfant. Oui. Le visage familier. Les traits familiers. Je sais de quoi il est capable, je connais l’étendue même de son esprit et de sa folie. Instinctivement je relève le visage à la recherche de cette voix. A la recherche de sa voix : je veux qu’il m’apprenne l’étendue même de sa folie. Autour de moi les hommes se pressent et le mourant souffle :
« Si elle est maîtresse du jeu, malgré elle, s’il l’a teste c’est qu’il y’a une bonne guerre entre eux deux. Ils sont complices ! »
L’autre complète :
« Capturons là pour sortir d’ici. Il n’acceptera jamais que son jouet passe entre nos mains. »


Un rire spontané s’échappe d’entre mes lèvres : folie. Mon arme se relève alors que je hurle :
« Clay Rusty Jackson, vous êtes appelé à la barre ! »

Une balle fuse vers l’entrebâillement du plafond. Ma fin de phrase se termine en un rire bien plus piquant alors que les grognements des morts se font entendre. Machinalement, presque froidement je souffle à mes hommes :
« Zigouillez-les. Tous. Ils ne sont que pions. Laissez en un en vie. Il servira d’appât pour les morts. »

Avant qu’ils ne puissent réagir les balles fusent. Braves toutous. Le survivant tente de s’enfuir par la porte principale. Bien. Je fais signe à mes hommes de rompre les os de ces futurs morts-vivants. Et j’ajoute qu’il ne faut pas poursuivre l’échappé. D’un mouvement du menton je désigne l’étage, soufflant d’une voix qu’eux seuls peuvent entendre :
« S’il se terre la en haut comme un vieux rat c’est que l’étage est sécurisé. Cherchez une trappe ou enfermons-nous au sein d’une cellule si l’une d’entre elle est inaccessible par les morts. »

Mon regard se relève vers le plafond, alors que commence une longue progression au sein du dédale de couloirs. Atterrissant à même une vieille cour grillagée, je grince des dents soufflant :
« On quitte le bâtiment, c’est pas bon. Il se terrerait dans l’autre bâtiment auquel cas. Putain. »

Frustrée je tape dans un semblant de sol décomposé envoyant valser des morceaux de béton tout autour de moi. S’ajoute plusieurs insultes avant de souffler, comme une évidence :
« Les cuisines. Les conduits d’aérations dans les cuisines putain ! »

Mon regard cherche une indication, un panonceau quelconque. Les grognements s’intensifient derrière nous se joignant aux cris de l’homme pion. Un frisson parcourt mon échine alors que la lumière se raréfie venant se ternir : le manque de piles bordel. Je ne veux pas d’une progression dans la pénombre. Marmonnant à mes hommes :
« Les piles. Encadrez-moi et chargez vos armes. Tirez sur les opposants, quels qu’ils soient. Et si c’est l’homme de la voiture, tirez-lui dans les jambes. Qu’on le neutralise. »

D’un mouvement du crâne je désigne le panonceau ternit par la poussière naissante des lieux : direction les cuisines. Tous trois nous progressons. Les chemins empruntés sont bordés de vieux débris, nuisant à notre progression. C’est laborieux, difficile que de se frayer un chemin à même le territoire du pauvre fou. Est-il seulement possible que de se frayer un chemin en ces lieux ? Mon regard n’a de cesse que de se poser sur le sol, potentiellement fendu et sur le plafond, pouvant potentiellement abriter bien des fous. Mais le silence significatif des lieux nous annonce une véritable solitude… Atteignant les vieilles cuisines, je relève mentalement les vieux couteaux qui jonchent encore sur le plan de travail. Je m’en saisis d’un que je glisse rapidement au sein même de mon sac. Je prie le seigneur pour que la lame ne transperce pas mon sac, ni même –par conséquent- mon dos. Ma lampe se braque sur les conduits d’aérations, je distingue une vague trappe alors que les piles lâchent, se coupent soudainement, nous plongeant dans le noir le plus complet.

Clignote vaguement encore grâce à un système de batterie interne les indicateurs de sorties de secours. Sous le feu de l’action, je ne réfléchis pas et grimpe directement sur le plan de travail. Je glisse, manquant de tomber sous le bordel environnant. Mes hommes m’imitent et me hissent dans les conduits d’aération. Je m’y agrippe fermement, pourtant mes avants bras glissent avec une lenteur démesurée, me projetant éternellement vers le bas. Je geins, atèle à grimper mais mon sac me fait obstacle. Alors, sans réfléchir, je le lance dans le conduit avant d’enfin parvenir à le rejoindre. Le poussant devant moi, je progresse sur les coudes. Le métal froid et coupant vient meurtrir en boucle ma peau. La poussière s’enfonce sans aucune once de délicatesse au sein de mes bronches, m’amenant à me faire toussoter. Mes toussotements se répercutent au sein des conduits, se diffusant comme la peste. Ils hurlent à l’ennemi ma position et cette simple idée me fait grimacer. Au milieu des toiles d’araignées, je tente de me frayer un chemin. En un grincement significatif, je comprends que je ne suis plus seule dans les conduits.

Résonne la voix de mon allié, rassurante dans cette pénombre qui semble s’étendre à l’infini :
« Répartissons les charges, sinon les conduits risquent de s’effondrer. Sharon, reste devant et va tout droit. »

A mi-voix, j’acquiesce et leur intime désormais de se taire. Nous fuyons deux ennemis : Clay et la troupe de morts-vivants. La progression est laborieuse, les conduits craquent, gémissent, sous le poids de nos corps. Mes bras s’affaiblissent à force de ramper et de pousser le sac. Au bout de cinq petites minutes, je réclame déjà une pause. Mes acolytes acceptent, eux aussi essoufflés par ce tout nouveau défi.
Me saisissant de ma lampe de poche, j’ouvre mon sac à la recherche d’une batterie quelconque. Nous aurions pu fouiller, au sein des cuisines ou même des autres bâtiments, pour extraire quelques pilles neuves. Les vieilles batteries des robots ménagers auraient pu être également d’une grande utilité. Mais l’urgence de la situation ne s’est pas réellement prêtée à une fouille des débris.

Je regrette amèrement l’idée saugrenue que de m’être réfugiée au sein de cette prison en pensant que nous serions seuls. De plus, je pense à ces hommes qui vont probablement me rejoindre face à la recherche vaine de l’homme. Ils vont venir par ici, tenter de se réfugier en notre compagnie et… Vont probablement périr sous les coups de mâchoires inhumaines de ces morts-vivants. Un soupir franchit mes lèvres.  La fatigue ne va pas tarder à nous gagner.

Les courses poursuites épuisent d’avantage qu’elles revigorent le corps. L’esprit est vivifié par la survie mais le corps n’a de cesse que de se ramollir au fil des jours : le manque d’eau, de nourriture, ravive les instincts les plus purs mais ternit grandement l’agilité. Un nouveau soupir s’échappe d’entre mes lèvres : il nous faut bouger. Et s’extraire des conduits avant d’être repéré par le dérangé.
Je reprends ma progression en intimant aux garçons de faire de même. J’atteins enfin la fin du conduit. Ce dernier se termine par une petite grille. D’un coup de poing, je dégomme la grille et glisse mes avants bras à l’extérieur. Je prends appui sur le bord du conduit pour m’en extraire, le sac toujours aussi oppressant juste devant ma figure.

Mon visage se secoue négativement : quelle conne. D’abord dégager le sac, après dégager ma carcasse des lieux… Je jette donc en premier le sac qui s’écrase en un bruit sec au sol. Mes sourcils se froncent alors que j’ai machinalement gardé ma lampe de poche dans une main et mon arme dans l’autre. Inversant les pilles, je rallume la maudite technologie et éclaire un maigre instant les lieux : je ne sais pas où je me situe mais l’endroit semble désert. Personne ne semble s’y trouver. Mes hommes se font entendre derrière moi alors je saute à mon tour, dans ce semblant de vide et d’incompréhension : je tente de me repérer, de mentalement esquisser un semblant de plan avant de constater que nous sommes dans l’ancien bureau du directeur de la prison.

Me précipitant vers la porte encore fermée, je verrouille la porte et me tourne en observant les alentours. Ma lampe effleure ici et là les vieux meubles, détaillant ce qui se trouve au sein des vieilles armoires. Puis, constatant que la fenêtre peut refléter ma lampe et donner ma position, je la coupe sans prévenir. Mes hommes me rejoignent très rapidement et ensemble nous effectuons un vote pour la décision à prendre. De ce vote dépend notre survie. C’est atrocement loufoque et comique que de constater qu’aujourd’hui, nous misons notre survie sur des votes quelconques. Lorsque il nous s’agissait de voter pour des politiciens, des potentiels sauveurs, nous fuyons tels des lâches mais aujourd’hui, au milieu de la pénombre et du chaos nous tentons d’installer une petite démocratie. Un énorme pied de nez à tous ces politiciens qui nous ont maltraités avant l’arrivée des zombies…

Dans la pénombre, tels des enfants, nous chuchotons et nous nous entendons sur une petite sieste.
Deux dorment, un veille et ainsi nous effectuerons un roulement jusque au petit matin… C’est au petit matin que nous pourrons partir à la chasse au vilain. En espérant, bien entendu, que parallèlement la nourrice du petit soit arrivée à bon port…

Ouvrant mon sac, j’en extrais une boîte de conserve que je prends soin d’ouvrir, proposant son contenu à mes compagnons de route. Bien sûr ils acceptent et c’est à tour de rôle que nous nous échangeons un semblant de stylo coupé afin de se saisir des raviolis glacées.
Nous entamons même une deuxième boîte : il nous faut surprendre l’ennemi ! Euphoriques, nous mangeons persuadés de gagner le combat avec la nourriture acquise ! Et puis nous nous rassurons : nous ne nous sommes pas réellement sustenté depuis plusieurs jours. Alors, nous pouvons nous le permettre. Nos ventres s’agitent à l’unisson, guères habitués à recevoir un tél présent ? Mes sourcils se froncent à cette idée et je prends enfin le temps de regarder la date de péremption : 2009.

Merde.

Survie de merde, j’aimerais tant plonger mes dents dans un énorme morceau de pain. Même rassis, je cracherais plus dessus aujourd’hui. Avec de la confiture ou même du beurre, j’aimerais tant retrouver un semblant de confort… ! Un soupir s’extirpe d’entre mes lèvres alors que j’annonce le début de la ronde.
Travis est le premier à s’avancer à l’extérieur de la pièce. Nous prenons soin de refermer la porte derrière lui, le laissant bien entendu armé à l’extérieur. D’ici une petite heure, Carl s’avancera à l’extérieur. Puis viendra mon tour. Et c’est ainsi que tout se déroulera pour le mieux.
Du moins, nous l’espérons. Car l’objectif, ne l’oublions pas, est de vaincre l’ennemi au petit matin. Par surprise ou non, qu’importe, nous devons le vaincre.

**

Les pâles rayons du soleil viennent m’aveugler. Je prends le temps, allongée sur le vieux divan, de reprendre conscience de mon corps et surtout de mon esprit.
Je suis donc toujours dans ce vieux bureau. Le directeur est toujours aux abonnés absents et… Merde. Je n’ai pas pris de garde durant la nuit !
Me relevant soudainement, je m’assois au bord du divan. La tête me tourne durant un maigre instant et j’en reviens à fermer mes yeux, tout juste entre-ouverts. Une grimace se peint sur mon visage alors que mon estomac me lance d’atroces crampes. Putain. Putain. Putain !
Mes yeux s’ouvrent à nouveau et luttant contre les rayons du soleil, je cherche d’un regard mes hommes.

Absents.

Tués durant la nuit ? Me relevant soudainement, je me saisis de mon sac ainsi que de mon arme et tente d’ouvrir la porte : verrouillée.
Merde. Ils m’ont enfermé pour faire leur putain de garde ? Et pourquoi l’un d’entre eux n’est-il pas revenu à mes côtés ? L’un s’est-il égaré durant la nuit et l’autre est-il parti le chercher ?
Sont-ils séquestrés ? Non ! Je suis séquestrée, moi, au sein de ce bureau ! Il n’y a qu’une seule personne qui est malmenée en ces lieux c’est moi. Moi et moi seule. Bordel !

Mes poings viennent rencontrer hasardeusement le vieux sofa et sous le choc, l’arme rebondit à même le sol. Saisissant et glissant mon arme au plus près de ma ceinture, je me relève. De mes deux paumes contre la poignée de la porte blindée, j’actionne le bordel, crois entendre un semblant de cliquetis mais rien n’y fait : celle-ci demeure toujours aussi fermée.

M’approchant de la fenêtre, je scrute l’extérieur. Des arbres à la pelle et le bâtiment parallèle. Sur le toit, face à ma personne, se dessine des vieux débris d’avion. Je devine avec aisance que notre agresseur se trouvait ici la veille. Mon cœur ratte un battement : et si je me retrouvais seule, enfermée, en ces lieux ? Une claustrophobie naissante se fait soudainement ressentir. J’observe ces murs, cette pièce et soudainement, je m’y sens bien trop à l’étroit. Grimaçant, je recule et trébuche au-dessus d’un vieux tapis froissé, plié. Mon fessier rencontre à nouveau le divan. Les meubles semblent bien trop imposants, les statuettes à l’intérieur semblent bien trop curieuses. Dévisagée par la multitude d’objets, je me sens soudainement toute petite et glissant mes mains sur mon crâne, enfonçant mes doigts à même ma chair, je tente de maintenir mon crâne pour limiter ces pensées loufoques, saugrenues : enfermée. Détenue. Bordel.

Il ne me reste plus qu’à sauter par l’énorme baie vitrée qui me fait face, oui.

Me relevant, je contourne le bureau pour me saisir d’une vieille chaise à roulettes. J’inspire, expire et jette sans prévenir la chaise par l’énorme fenêtre vitrée. Celle-ci se brise immédiatement, venant entailler de ses éclats meurtriers mes avants bras et mon visage. Monsieur le directeur bénéficiait donc d’une porte blindée mais de vitres… En carton ?  Je grimace et attend que le brouhaha cesse pour me pencher très légèrement en avant. Je souhaite évaluer la distance. Evaluer cette potentielle chute. Je relève un vieux conteneur où semble s’amasser une multitude de choses. Pour en évaluer la potentielle douleur, je me saisis de mon sac et le lance en sa direction. Tel une plume, il vient atterrir avec délicatesse sur toute cette misère.

Bien. Cassant le reste des débris de verre à l’aide d’un presse-papier, je viens prendre place sur le bord de la fenêtre.
N’aurait-il donc pas été plus facile de détruire cette vieille porte ? Jetant un vague regard vers la porte en acier, je perds pieds.
Littéralement.

Je glisse et m’écrase, quatre étages plus bas, la tête dans les vieux cartons gorgés par l’eau et la poussière. Ma tête se heurte sans aucune once de délicatesse au fer en un bruit significatif. Le néant m’accueille comme la plus grande des tendresses.  Et la perte de conscience se fait, comme une ultime délivrance.

**

Les minutes défilent, semblables à des heures. Le soleil se lève et vient baigner la prison de ses doux rayons. Plaisante, l’atmosphère semble pourtant renfermer de lourds secrets : les morts sont-ils partis après l’encas qu’ils ont obtenu en la compagnie de l’un des détenus de Clay ? Les hommes de Sharon sont-ils morts durant leur ronde ? Clay a-t-il enfermé Sharon ou Sharon a-t-elle été victime d’une hallucination ? Est-ce une tâche de sang qui se diffuse autour de la jeune femme ou est-elle tombée au sein d’une flaque étrange de crasse et de cambouis ?

Au sein de la benne, un toussotement se fait entendre. Au milieu des ordures et des semblants de corps démembrés, elle se relève et manque de trébucher. De ses mains salies par toute la crasse environnante, elle vient se frotter les yeux et observe les alentours. Son visage se relève vers la fenêtre alors que la jeune femme prend un air mi surpris, mi fière d’elle. Sharon se saisit de son sac à deux mains et le jette en dehors de la benne. Se mettant assise au bord de cette dernière, elle rejoint très rapidement la dépouille qu’elle prend le temps d’ouvrir.

Constatant les dégâts, Sharon râle à mi-voix et extrait tout ce qui est cassé, brisé, de son sac. L’une de ses mains se porte ensuite machinalement sur sa ceinture et elle affiche un sourire satisfait en constatant que son arme s’y trouve toujours. Elle caresse du bout des doigts le couteau et le sort lui aussi du sac. Refermant son sac, elle le jette sur son épaule et reprend une lente progression, handicapée par un genou vraisemblablement ensanglanté. D’une main, elle tient le couteau, de l’autre… Rien, et au vu de sa lenteur, elle préfère se saisir de son arme, qu’elle charge et braque devant elle.
Le regard vif, la jeune femme progresse à la recherche de Clay. Elle murmure à mi-voix, prenant enfin conscience de la dite phrase :
« Fais ce qui est juste. »

Son visage se secoue négativement : comment a-t-elle pu oublier le faciès de cet homme ? Comment a-t-elle pu faire abstraction de sa personne alors qu’ils ont vécu ensemble la naissance de son enfant mais aussi le jugement fatidique ? Son esprit ferait-il omission des vilains souvenirs de son passé ? Ou de son passé tout court, tout simplement ? La créature en vient à s’interroger sur l’avenir : et si, par la suite, elle perdrait des nouveaux pans de son passé ? Qu’adviendrait-il de sa personne ? Qui serait-elle ? Progresserait-elle encore avec la même hargne, de la même façon ? Qui l’aiguillerait vers son destin tant convoité ? Qui oserait la porter au plus près de son enfant ?

Seule et désorientée, elle progresse. Pour faire taire ses pensées et ses questionnements, la douce en vient à fredonner une petite prière. D’une voix à peine audible elle semble s’en remettre à dieu. L’adrénaline de la veille est redescendue et désormais, la peur occupe chacune des parcelles de sa peau. Son esprit est par ailleurs vagabond. Il s’applique à retrouver les paroles de la dite prière, laissant la jeune femme sans défense. La balle qui vient siffler sans prévenir auprès de son oreille était tout sauf perceptible à l’œil nu : la guerre recommence.

La prière cesse soudainement. D’une main, elle maintient l’arme alors que de l’autre elle vient presser fermement son oreille : le sifflement est tenace et se répertorie de mille façons au sein de son crâne. Le couteau maintenu par la main qui oppresse l’oreille effleure dangereusement son épaule sans jamais s’y planter. Une chance pour la jeune femme déjà bien handicapée par son genou.  D’une voix forte, presque assurée, elle gueule :
« Clay ! Tu souhaites tuer Sharon ?! Tu fais ce qui est juste, peut-être ? »

La créature effectue un demi-tour, son regard se portant sur le bâtiment d’où a fusé la balle. Elle scrute les fenêtres et parvient à distinguer une silhouette. Sa voix se rehausse :
« T’aurais dû me tuer à Halloween, pauvre con ! »

Mais s’en prend-elle seulement à la bonne personne ? S’agit-il réellement de Clay ?
Une nouvelle balle fuse et esquivée de justesse Sharon enrage ouvertement. Les insultes fusent, le couteau tombe à terre et l’arme se met à cracher sa précieuse défense. Maintenue à deux mains pour éviter la dérive, Sharon vise avec l’intention d’en finir pour de bon avec toute cette histoire. La silhouette en vient enfin à tomber au bout d’un affront tenace, de quelques minutes inlassables.
Il lui faut partir au plus vite et retrouver ses hommes au plus vite ! Ensuite, elle soignera sa jambe, prendra le temps de consoler son enfant… Mais même de jour, les repères sont difficiles car après tout, qui connaîtrait la prison sans y avoir été enfermé ?

Inlassablement et machinalement, elle retourne auprès de la benne.
Elle se sait, se sent observée. C'est plus fort qu'elle et il n'y a que derrière cet énorme tas de ferraille que la jeune femme se sent en sécurité...
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MessageSujet: Re: Ahead to Still Waters - PV Clay Jeu 14 Déc - 22:13



« Les martyrs, les saints et les sauveurs terminent toujours de la même manière : en sang et isolés du monde. »


Le hurlement strident de l’alarme. Les grognements sourds des rôdeurs. Une foule désordonnée prête à s’étriper devant une impasse. Tout ceci parvient à soulever une histoire révolue et déjà vécue. Il n’a suffi que de la vivre une seule fois afin de garder cette mémoire abjecte enfouie dans le fleuve de mon inconscience. Et voilà que tout ceci refait surface, laissant ma mémoire reprendre un souffle nouveau en-dehors de l’eau. Je me souviens de la mise en quarantaine. Des citoyens américains ont peuplé ces cages comme des juifs de l’holocauste, observant de leur regard vide des hommes armés vêtus de combinaison et de masques à gaz se promenant comme des escouades de la mort. J’ai fait partie de ces escouades. Car j’ai considéré que ma mission était juste. Protéger mon pays en écartant les personnes infectées des autres. Jamais je n’aurai cru pouvoir me plonger aussi profondément dans la damnation. J’ai suivi des yeux les attroupements de familles déchirées, des hommes et des femmes se faire battre afin de les séparer par la force, l’espoir s’amenuisant comme une poussière dans l’océan. Et je n’ai rien fais. Car j’ai eu foi envers la seule chose qui pouvait compter en ces temps sinistres : la sérénité hallucinée d’une paix bientôt proche. Soudain, un chuchotement bref se répand juste derrière moi, aussi proche que lointain. Je peux sentir ensuite une main se glisser dans mes cheveux sales, le poids d’une tête qui se dépose à l’arrière de mon omoplate. Je ressens une présence familière. Une tendresse oubliée depuis bien longtemps.

« Qu’est-ce que tu fais ? »

Je reconnais cette voix féminine et fascinante. Je l’ai tout simplement oublié. Ma femme vient me voir à son tour, sentant que je m’égare à nouveau de mon chemin. Mais je préfère reporter mon attention sur l’ensemble de mes labeurs.

« Mon devoir. »


Mes yeux parcourent le couloir de l’aile A. Et malgré la pénombre et la cohue ambiante, je peux deviner que les fanatiques et les prisonniers sont en train d’échanger quelques mots. Une alliance potentielle, peut-être ? Non, ils ne vont pas pouvoir s’allier entre eux…

« Combien d’américains vas-tu encore tuer aujourd’hui ? »


Je refuse de me retourner pour mieux la regarder. Je sais qu’elle n’existe pas. Je sais qu’elle n’est pas là, présente à mes côtés comme elle devrait l’être. Néanmoins, je peux sentir ses mains parcourir mon torse en une longue caresse réconfortante. J’inspire longuement, laissant mon ventre se gonfler d’air avant de rétorquer fermement.

« Ce n’est pas de ma faute. »

Je ne dois pas me laisser distraire aussi facilement. La mission. Je dois me concentrer sur la mis…

« Comment tu t’appelles ? »

« Santa Claus. »

« Non, ton véritable nom … ? »

Mon véritable nom ? C’est quoi cette connerie ? Je m’appelle … Attends, c’est ridicule voyons, je m’appelle ... J’ai oublié. Mon cœur se contracte douloureusement à nouveau. Différemment, cette fois-ci. Comme si une lame venait de plonger brusquement dans la poitrine, me délaissant dans les rouages de la solitude et d’un malaise constant. Mais mon mutisme ne la dérange aucunement. Elle est ici pour prendre le rôle de ma conscience en me poussant à redécouvrir les réflexions que j’ai si durement refoulées.

« Tu es en train de leur faire du mal. De te faire du mal.»

Les poings serrés, je commence à ressentir un poids si énorme que mes jambes se retrouvent fragilisées. Je commence à flipper pour de bon.

« Silence. »

La fièvre délirante monte à nouveau d’un cran, mes pensées divaguant comme une nuée de fourmis carnassières autour d’un misérable cloporte.

« Tu devrais te baisser … »


La mâchoire serrée, je relève le poing avant de l’abattre furieusement sur le panneau de contrôle.

« Ferme ta putain de gueule ! FERME-LA ! TU ES MORTE, TU NE DEVRAIS PAS … »

Au même moment, une détonation éclate, laissant une balle meurtrière s’enfoncer dans le plafond. Je m’accroupis vivement en me collant contre la table de contrôle, le cœur battant à tout rompre. Lorsque je tourne la tête en direction de ma femme, je ne rencontre qu’un mur vierge et délabré. Je me rends compte aussitôt que ma respiration irrégulière commence à me clouer au sol. Une foutue crise de panique dans un moment pareil, voilà bien ma chance. Je souffle vivement de la bouche en cognant le sol à plusieurs reprises, tentant vainement de baisser toute cette pression psychologique détestable. Mais la fanatique compte bien redoubler d’efforts afin de me porter le coup de grâce.

« Clay Rusty Jackson, vous êtes appelé à la barre ! »

Derrière ce mur de sons chaotiques, je parviens à déceler la nature cruelle de son hurlement. Mon nom entier m’est revenu. Non par ma bouche, mais bien dans la sienne. Je suis incapable de bouger un seul muscle, mon sang étant glacé sur le champ en ayant entendu cet appel lointain du passé. Clay « Rusty » Jackson. Que … Non. Sale chienne. Elle divague. Personne ici ne me connaît. Personne … ici ? Non, elle a souligné que je suis appelé à la barre. Bordel, qui es-tu sale peste ?!

Inspire profondément. Vide tes poumons. Dégage les priorités. Engouffre-toi dans le champ des possibles.

Je risque un œil en-dehors du table afin de prendre conscience de la situation. Je ne vois que des ombres allongées par terre et un lourd silence dans les mots. Ils ont disparu avant de prendre la fuite, laissant les rôdeurs s’infiltrer par les fenêtres avant de les poursuivre comme une puissante vague de peau humaine. Toujours accroupi, je redescends la tête avant de souffler une nouvelle fois. Je dois dépasser ce que je viens d’entendre. Je ne possède ni nom, ni identité. Je ne suis qu’un ermite de la forêt qui a décidé de poursuivre ses investigations autour des bombes dans le seul but de sauver des vies. C’est tout ce que je suis, rien de plus. Je ne connais pas cet homme qu’elle prétend connaître. Je dois rester concentrer sur ma tâche principale : éradiquer mes agresseurs en étant un parasite nuisible. Mais, très paradoxalement, je n’ai pas compté sur ses nombreuses ressources qui parviennent toutefois à me bouleverser. Elle a du mordant et ne porte aucune muselière, même en étant ainsi traquée. Contre toute attente, elle se défend d’une manière redoutable et inespérée. Ce qui signifie que je vais devoir redoubler d’efforts pour mieux écraser ces blattes purulentes qui ont osé considérer mon dernier refuge comme les portes de leur nirvana.

Les mains réunis, je décide de bouger à mon tour. Je dois me déplacer et trouver un autre secteur où je pourrais étudier leurs éventuels déplacements. Je dois agir et suivre l’action tant que je le peux, parcourir les chemins étroits de cette forteresse en ruine afin de ne pas dissiper mes pensées. Je dois maintenir ma tête brûlante de haine. Nourrir cette flamme insatiable afin qu’elle puisse incendier mes principes meurtriers. D’un pas précipité, j’explore les autres corridors de cette prison avant de parvenir à remonter sur le toit. Je continue au mieux mon ascension en prenant garde de vérifier si ces scélérats sont parvenus à sortir de ce traquenard. Mais je ne vois personne, hormis des rôdeurs marchant en troupeaux sortir de la forêt avant de s’agglutiner tout autour de la prison.

« Tu ne te contrôles plus. »

Je secoue brusquement la tête afin de dissiper les murmures fantomatiques de ma défunte épouse. La mâchoire serrée, je continue de me mettre en mouvement en maintenant une vigilance constante. Mais je ne les vois pas. Ils sont tapis à l’intérieur de ces murs, se déplaçant dans une direction qui m’est encore méconnue. Puis, plusieurs taches au loin retiennent mon attention. Des ombres noires flottantes. Ce sont eux, planqués à quarante mètres dans une petite chambre luxueuse avec une large baie vitrée. Bordel, si seulement j’avais en ma possession mon fusil de précision … Il aurait été aisé de les supprimer à cette hauteur. Mais je garde confiance, car mes yeux ne me trahissent jamais. Ils semblent se poser. Marquer un temps de repos afin de récupérer. Discrètement, je m’allonge à plat ventre en retenant mon attention sur les mouvements de cette chambre. Puis, j’attends avec patience alors que les premières étoiles commencent à se dévoiler au-dessus de nous. Le temps passe longuement. Mon ventre commence à grogner et je sens ma langue remuer à l’intérieur de ma bouche desséchée.

« Tu devrais te reposer. »

Non. J’ai eu le privilège de récupérer une bonne nuit de sommeil avant d’être pourchassé par ces chiens du Christ. Mon corps peut encore supporter les heures qui vont suivre, en tout cas pour cette nuit. En attendant, je prends le temps de laisser mes muscles se reposer, à défaut de ne pas pouvoir me nourrir, ni même m’abreuver d’un peu d’eau. Je dois récupérer des armes si je veux les affronter. Je dois donc rechercher à les affaiblir comme je le peux. Sous ma surveillance, je les laisse dans leur état de panique général afin qu’ils s’épuisent tout seul. C’est une tactique de l’armée vieille comme le monde mais qui demeure efficace encore aujourd’hui. Qu’ils se sentent menacés et observés, insécurisés à l’idée de me voir à tout moment. Mais, je demeure absent. Une vingtaine de minutes s’écoule avant qu’ils ne se décident à prendre un repas en groupe sous les rugissements de mon estomac. J’observe leurs bouches mastiquer avec entrain, une douce chaleur éveillant probablement leur estomac.

Enfin, le voile nocturne commence à envahir les lieux, annonçant une nuit fraiche et légèrement pluvieuse. Les yeux plissés, je recule de deux mètres avant de me relever lentement. Juste à mes côtés, je retrouve une vieille canalisation imbibée d’eau de pluie et d’une sorte de mélasse noire. Sans attendre, je réunis mes mains à l’intérieur de la vieille canalisation afin d’extraire cette substance ébène qui sent un mélange de cuivre et de kérosène. Je reporte ensuite mes mains tout autour de mon visage, mes bras ainsi que sur les tissus de mes vêtements imbibés de sueur. Tel un caméléon, je me transforme en une ombre vivante et ténébreuse qui démontrera toute son efficacité une fois que je serai dans le noir total à l’intérieur de ces murs.

Les pions de l’échiquier passent leur tour ? Très bien. Il est temps de faire progresser le fou – moi.

Je continue de parcourir plusieurs mètres en essayant de rester sur les toits. Parfois, je dois effectuer des sauts dangereux qui nécessitent du cran et beaucoup de sang-froid. Un mauvais calcul, un pied qui se glisse … Et c’est une chute de plusieurs mètres qui m’attend avant de m’écraser lourdement sur une horde de rôdeurs affamés. Au loin, je repère une porte de service que j’utilise pour m’engouffrer à nouveau à l’intérieur du bâtiment. La salle est très sombre et je suis dans l’obligation de glisser une main contre le mur afin de m’orienter. Les oreilles ouvertes, je continue de progresser en me fondant dans la noirceur de ces nombreux couloirs. Arrivant tout juste au coin d’un corridor, j’entends enfin des bruits légers. L’effleurement des vêtements sur le corps. Le cuir des chaussures qui commence à couiner. D’un regard furtif, je parviens à analyser la situation. Un jeune homme surveille la porte d’entrée en se raccommodant les lacets de ses chaussures. A pas de loup, je parviens à m’approcher de ma cible. Mais, parasité par un terrible pressentiment, son visage se retourne hâtivement pour faire face au mien velu et entièrement noirci. Immédiatement, ma main vient se plaquer dans sa bouche. D’un mouvement d’épaule, je le coince contre le mur avant d’aplatir mon coude contre la surface de sa gorge, coupant ainsi toute respiration. Dans la panique, il tente de me repousser avec force, mais il échoue misérablement. Il n’a pas non plus l’idée de rechercher un outil dans ses poches qui pourrait me couper. La peau entièrement recouverte de cette mélasse épaisse me permet de décupler le sentiment de terreur que je peux exercer chez mes opposants. Et cela fonctionne. Très vite, son corps retombe sur moi, complètement évanoui. Mais avant de le relâcher, je m’assure qu’il soit définitivement mort en broyant sa pomme d’Adam sans aucune once de pitié. Entends-moi, chienne du Christ. Entends tes enfants se faire décimer dans ton sommeil.

Car tout n’est que silence là où je respire.

L’heure suivante, un autre remplaçant vient piétiner le sol de mon terrain de chasse. Il semble rechercher son partenaire entre deux bâillements. Mais avant qu’il ne puisse éveiller le moindre soupçon, le lacet d’une chaussure ressort de l’ombre avant d’entourer fermement sa gorge, le faisant suffoquer comme un goret à l’aide de mon garrot improvisé. Son corps chancèle avant d’être définitivement inactif. Puis, les prochaines heures se succèdent ainsi dans la patience et la vertu de mes assassinats, attendant la venue d’une nouvelle proie sortir de cette porte afin que l’opération puisse se répéter inexorablement. Les meurtres furtifs se succèdent de bien des manières : strangulation avec un lacet de chaussure, pénétration d’une vieille plume dans la carotide, craquement des cervicales à la force de mes mains … Mon imagination ne flanche pas malgré la faim et la soif qui ne cessent de me tenailler. L’adrénaline qui ne cesse de m’habiter, cette haine dévorante, parvient à canaliser les besoins primaires de mon corps. Je pourrai avoir un arrêt cardiaque ou une autre quelconque crise, je continuerai ma guerre jusqu’à mon dernier souffle.

Car je suis déterminé à aller jusqu’au bout.

Enfin, une bonne nouvelle. Dans la pénombre, je parviens à retrouver mon fusil et mon tomahawk. Je récupère mon matériel avant d’ouvrir discrètement la porte, la hachette enfouie dans la main. Je me tiens à l’entrée comme une monstruosité issue d’un vieux film du genre « Slasher », le corps inondé de sang et de cette substance boueuse et collante. Le visage paisible, la reine des fanatiques est étendue sur un vieux sofa en cuir démodé. Sa poitrine remonte et redescends en suivant une respiration paisible. Je viens de pourfendre ses disciples. Il ne manque plus que de découper la tête du serpent. Au final, sa foi spirituelle est caduque, car son dieu a cessé d’être miséricordieux dès l’instant où elle a posé ses yeux bénis sur moi. Elle aurait dû me tuer bien plus tôt. Mais, à présent, l’échiquier a continué de jouer sans sa participation. Qu’il en soit ainsi.

Echec et mat. Le fou se retrouve devant le roi.

Et pourtant, même en étant à un seul pas de l’achever, je ressors de la chambre, ma main refermant délicatement la porte avant de la sceller définitivement en tournant la clé à l’intérieur de la serrure. Car je me souviens de ces moments où j’ai suivi la voie du christianisme lors de mes journées de catéchisme. J’ai été plus studieux que pieux, plus sceptique que la plupart de mes pairs. Je me suis demandé si un jour le diable existe réellement. Mais le diable est sans importance. Tout juste un détail dans la grandeur des choses. Dans les anciens écrits, il est dit que le nom « Satan » en hébreu signifie en fait « adversaire ». Le diable s’applique donc à tout antagoniste. Anges et humains, serpents et rois.
D’ailleurs, les théologiens médiévaux ont réinterprété ces passages comme désignant un ennemi monstrueux et unique. Mais avec le zèle de ma jeunesse, j’étais déjà suffisamment convaincu que cette représentation visait juste à alimenter la propagande chrétienne pour conduire les ouailles à l’église. Autrefois, je ne pensais pas qu’un tel personnage puisse exister.

Mais aujourd’hui, je parviens à discerner le diable en chacun d’entre nous. Je le vois en elle, la chienne. Je le perçois en moi, le fou. Nous sommes des animaux distants, abandonnant notre tare humaine afin de nous concilier au mieux à la spiritualité et à la Toute-Puissance. Nous tuons, car nous sommes les plus fort. Nous sommes les plus fort, car nous sommes les élus de ce monde. Et toi, la comtesse de ces fanatiques, tu n’échappes pas à ce terrible précepte ... Tu es un être répugnant et toxique. Te tuer dans ton sommeil serait une mort bien trop noble à ton égard. Il est donc de mon devoir de te faire douter de l’insalubrité de tes propres croyances en enlevant tout ce que tu possèdes. L’espoir, la sécurité, tes amants qui t’ont léché le cul en souhaitant te protéger de ma présence… Tu dois te rendre compte de tout cela. Tu dois te rendre compte que …

…tous meurent autour de toi. Car tu incarnes le mal véritable que tu recherches tant à te séparer.

Dans le fond, nous ne sommes peut-être pas si différent… Je ne suis qu’un persécuteur qui recherche hâtivement à incarner le rôle de sauveur en effleurant l’espoir d’être pardonné pour toutes les atrocités que j’ai commis dans le passé. Mais mes péchés ne cessent de s’étendre au point où j’en suis venu à perdre mon identité… Et tu sais quoi, ma très chère reine ? Je pense que je n’en ai plus rien à foutre de savoir si je suis un élu ou un damné. Tu devrais essayer. Tu devrais te laisser aller et t’en foutre à ton tour. Détruire tout ce qui te fait si mal. Accepter d’être poussée à bout pour que tu puisses te perdre à nouveau, car ce que tu es devenue est impure. Ainsi, tu feras ce qui est juste.

**


Les premières aurores du matin envahissent mon visage de leur divine clarté. A moitié assis sur le rebord d’une fenêtre, je cligne plusieurs fois des yeux avant de m’habituer à la lumière, mon fusil étant déposé sur mes genoux. D’un revers de la main, je tente de nettoyer la crasse sanguine et vaseuse de mon visage qui s’est émietté pendant mon sommeil. L’odeur âcre du sang et du kérosène amplifie ma mauvaise humeur, sans compter sur ces crampes d’estomac … je ne vais pas encore tenir très longtemps. Je n’ai pas arrêté de me battre depuis presque un jour entier. Reniflant grossièrement du nez, je tente de me plonger à nouveau dans ma frénésie meurtrière, de pousser ma détermination à aller jusqu’au bout des choses. Aujourd’hui est un jour nouveau où je souffre de la faim et du manque de sommeil. Mais elle, cette femme aux cheveux d’or, va prendre conscience d’un malheur bien plus terrible que le mien. Car elle vient de rejoindre la famille des martyrs, des saints et des sauveurs. Elle aussi est isolée et sera bientôt recouverte de sang.

Il est temps de lui souhaiter la bienvenue dans ma famille.

Tout en me relevant, je déploie le bipied du fusil à lunette avant de le déposer sur le rebord de la fenêtre. D’un œil sûr, je contemple le miroir de la visée avant de prendre conscience que ma cible n’est plus dans la chambre. Pire, la baie vitrée a explosé. Elle s’est jetée en bas de si haut ?! Je redescends la visée afin de découvrir un corps apparemment vivant qui commence à gesticuler à l’intérieur d’une benne à ordures. Elle a de la veine, celle-là … La benne aurait pu être remplie de matériaux bien plus durs. Son dieu est peut-être présent à ses côtés aujourd’hui. Mais, s’il tente de s’interposer davantage dans ma guerre, il se pourrait que je veuille arracher le cœur de cette femme avant de l’exhiber fièrement au-dessus de ma tête comme la plus belle des insultes à ses croyances. Doucement, la croix de la visée se place au milieu de son visage. Je l’ai en ligne de mire. Mon index effleure le métal froid de la détente, laissant à ma respiration s’écouler telle l’éclosion d’une fleur sacrée. Dans un rictus neutre, je déplace soudainement la visée de plusieurs centimètres sur le côté avant d’envoyer une balle contre un rôdeur à quelques mètres d’elle.

« Qu’est-ce tu fais, mon amour ? »

Encore toi. Tu ne cesseras donc jamais de me maudire …

« Je fais ce qui est juste. »

« Vraiment ? »

Oui, vraiment ! Tu penses que je l’ai épargné, c’est ça ? Que je l’ai sauvé en suivant une pulsion divine ? Va te faire foutre, je suis son seul danger ! Je veux la pousser à bout ! Je ne connais pas cette femme, je ne veux pas la connaître ! Mais une autre voix féminine, bien plus réelle cette fois-ci, commence à exploser.

« Clay ! Tu souhaites tuer Sharon ?! Tu fais ce qui est juste, peut-être ? »


Sharon. Alors, c’est vraiment toi … Depuis tout ce temps, j’ai espéré jamais entendre ce nom sortir des lèvres d’une femme telle que tu es devenue. Mon fusil devient une masse gelée dans mes mains, transperçant ma peau et mes os d’un froid désagréable. Ma vision se brouille pendant un faible instant, sa voix lointaine se répercutant sans cesse à l’intérieur de mon palais mental. Je revois son sourire. Je l’entends me remercier à plusieurs reprises. Pour avoir neutralisé un homme violent. Pour avoir perforé le corps de cinq braqueurs. Pour l’avoir soutenu et sauvé son bébé. Pour l’avoir appuyé lors de l’audience alors qu’elle était accusée d’être une complice, ce qui a alourdi inévitablement ma peine. Ce rappel successif et constant du passé va me faire délirer dans des profondeurs inconnues si cela continue.

« T’aurais dû me tuer à Halloween, pauvre con ! »

Sale peste … C’est donc cela que tu souhaites tant, crever misérablement dans ta chiasse de vie ? Attends un peu, je vais répondre à ton appel spirituel, espèce de vieille folle illuminée. Sois le seul témoin de ce moment. Car ton visage va exploser d’ici quelques secondes par du bon calibre militaire …

« Tu mens. Tu aimes cette femme. Car elle donne un sens à ta vie. »


Mes tempes se contractent douloureusement. En l’ayant épargné à nouveau, elle me donne une nouvelle fois l’occasion de devenir ce que je recherche toujours à atteindre sans jamais l’obtenir : un héros. Elle bouscule ma nature bonne et profonde pour que je lui sauve ses miches alors que nous recherchons désespérément à nous détruire et à nous arracher de ce monde comme une mauvaise racine. Elle a toujours symbolisé l’espoir à mes yeux, l’espoir de mettre mes plus belles valeurs à la lumière du jour. Non en tant que soldat, mais en tant qu’homme. Elle est vivante et cela représente un problème terrible. Elle incarne à elle seule une nouvelle chance de rédemption si proche que cela me tétanise sur place. Un espoir de retourner dans la peau de l’homme que j’ai autrefois été. Mais je n’en peux plus. Je ne veux pas me souvenir de tout cela. Je ne veux pas revenir en arrière.

« Toi qui n’éprouve aucune peur face à la mort … C’est la vie que tu crains le plus. »

Mon épouse m’assassine de ses mots criants de vérité. J’observe Sharon et ce que la destiné a fait de son corps. Elle est un spectre du passé. Je dois la supprimer. Au plus vite. Mon corps est en paix, mais mon esprit est affreusement agité. Je peux y arriver. Redressant les épaules, je l’ai à nouveau en ligne de mire. Mais qu’est-ce qu’elle fout maintenant ? Je la contemple quitter sa seule cachette avant de s’avancer au milieu de la cours intérieure, marchant tranquillement dans ma direction, ses armes baissées. Elle se promène dans ma direction comme étant animée par la grâce de Dieu. Désormais, elle représente une cible de choix … Non. Je pense qu’elle me défie. Cette salope ose me défier de lui tirer dessus. Attends, tu vas voir … La mâchoire crispée, je tire une première fois vers ses pieds. Elle ne s’arrête pas, ses yeux relevés dans ma direction. Je tire une seconde fois à côté d’elle. Elle ne rechigne pas malgré ses poings serrés et tremblants. Je tire une dernière fois, si proche de sa jambe blessée que je peux sentir un léger mouvement de recul. Mais elle continue sa route alors que les rôdeurs commencent à pulluler tout autour d’elle. Enfin, elle s’arrête et se dresse devant moi avant d’écarter ses bras comme le ferait le Christ sur sa croix, les lueurs du matin se reflétant sur sa longue chevelure. Elle s’expose comme une cible facile. Mais ce n’est pas cela qui m’interloque.

Elle ne met pas en jeu la foi spirituelle de son dieu. Non … Elle place sa foi en moi.

Je suis incapable de la tuer.

Je la regarde alors que le monde s'écroule tout autour de moi. Je vois ma femme à ses côtés. Je vois mes filles jouer à ses pieds. Je vois tous ceux qui ont péri sous mes yeux, tous les fantômes de mon inconscience revenir en un seul et même bataillon en entourant leur nouvelle prophète. Et ils me sourient. Ils me sourient tous putain, alors que je les ais vus s'éteindre devant moi. L'impuissance me gagne. L'image de tous ces revenants prône l'échec la plus cuisante de ma carrière. Je n'ai pas pu les sauver. Je les ais tous abandonné à leur sort. Tout est de ma faute. Si seulement ... Si seulement je pouvais être plus fort ... Peu à peu, la lunette commence à être opaque. Je renifle précipitamment, essayant vainement de retenir mes larmes de couler. Mes mains commencent à trembler autour de l’arme, une veine rosée se découvrant sur le côté de ma tempe en sueur. En panique, je commence à rugir de désespoir en perdant entièrement les pédales. D’un brusque revers de main, je sèche mes larmes avant de reprendre position en attaquant les rôdeurs qui s’approchent d’elle. J’aligne les tirs jusqu’à ce que mon chargeur se vide complètement. Immédiatement, je vocifère ensuite un ordre direct afin que Sharon puisse me rejoindre.

« BOUGE DE LA ! »

Aussitôt, je la vois décamper dans ma direction pour se réfugier dans le même bâtiment où je me trouve, plus exactement au deuxième étage dans le réfectoire de la prison. Bientôt, elle va me rejoindre, coincée autant que moi dans l’incertitude à savoir si nous sommes fondamentalement un ami ou un ennemi. La conclusion de notre chasse se termine ici. Je relâche mon doigt de la détente, le dernier coup de feu étant comme un point final à cette histoire. D'un geste hargneux, je jette mon fusil à lunette par terre, ainsi que mon tomahawk, avant de faire face à la porte du réfectoire qui s’ouvrira d’ici quelques minutes. Je suis rongé par la culpabilité. Il faut que tout cela puisse sortir. Et comme je l’ai prévu, l’entrée s’ouvre à la volée, laissant apparaître Sharon et son flingue relevé dans ma direction. Bordel, ce qu’elle a changé en si peu de temps … Mais je ne vais pas lui jeter la première pierre. Avec Une longue barbe, de longs cheveux et le corps souillé dans le sang de mes ennemis et la crasse de ces lieux, je ne suis qu’un homme vieux et fatigué.

Rapidement, elle se met à analyser la situation, me donnant l’impression qu’elle risque de me plomber à tout moment. Elle remarque que mes armes sont à terre. Un geste pacifique ? Non. Nous sommes tous deux blessés et affreusement épuisés. Nous sommes donc à nouveau au même niveau.

« Tu as encore de la colère en toi … ? »

Je craque mes poings afin de lui faire comprendre où je veux en venir. Reprendre là où nous étions dans ce petit duel, sans ses hommes cette fois. Si je ne peux pas la tuer, je peux au moins lui faire mal. Beaucoup de mal. A son tour, elle laisse retomber son équipement en le propulsant sur le côté de la pièce, m’indiquant son désir de suivre la danse. Nous laissons nos yeux se rencontrer dans un ultime massacre à mains nues, notre regard imbibé de cette folie furieuse mutuelle. Nous avons beaucoup de souffrances à extérioriser. Ce baptême de feu pourra peut-être nous aider à aligner de meilleures bases. Acquiesçant doucement la tête, je murmure d’une voix légère et compréhensive :

« C’est bien, c’est bien ... »


Sans plus tarder, je commence à charger dans sa direction comme un taureau enragé. Tête baissée, je lui donne un coup d’épaule avant d’entourer mes bras autour de sa taille en la transportant avec moi dans mon élan. Brusquement, nous entrons tous deux en collision contre une vieille armoire de cuisine qui se fracasse en plusieurs morceaux. Etant à terre, je la recherche des yeux avant de me manger un coup de pied dans le visage. Un craquement sourd résonne horriblement alors que ma partie nasale commence à être en feu. Déstabilisé, cette vipère profite de la situation en me grimpant dessus à califourchon avant de marteler mon visage de plusieurs coups. Elle souhaite elle aussi me mettre hors d’état de nuire. Mais très vite, je me démène comme un diable avant de m’emparer de ses cheveux et de la tirer vers moi pour lui donner un puissant coup de boule. Son corps bascule en arrière, me permettant de me libérer de son emprise…
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MessageSujet: Re: Ahead to Still Waters - PV Clay Ven 15 Déc - 15:27


"Il n'est point de conscience parfaitement pure comme il n'est pas de ciel toujours et complétement azuré."

Et je quitte la ferraille froide pour m’avancer au centre de la cour. J’inspire doucement, le regard en sa direction. Déterminée. Mon cœur s’agite. Les grognements s’intensifient : quelques secondes et ils seront au plus près de ma peau, au plus près de ma personne. Flirter avec la mort n’a jamais été mon point fort. Mais défier les adversaires, les pousser dans leurs retranchements les plus purs a toujours été mon plus grand talent. Au milieu de la cour, je boitille. Telle une atrophiée, j’observe les alentours. L’arme rangée dans son fourreau, le couteau en main le long du corps, je l’observe. Une balle fuse au plus près de mes pieds : touche-moi. Tu es le meilleur tireur de tout le pays, tire-moi dessus. Achève-moi au lieu de m’effrayer depuis ta cachette. Ose. Une nouvelle balle fuse : souhaite-t-il me faire gueuler ? Je flirte ouvertement avec la mort, je flirte ouvertement avec sa personne alors qu’une nouvelle et dernière balle vient effleurer ma jambe blessée.

Mes mains s’agitent en de terrifiants tremblements, mon cœur manque de se faire la malle mais je demeure la même, plantée au milieu de cette cour.

Je te fixe Clay. Car… Tu ne me tireras pas dessus. J’en ai l’intime conviction. Tu me sauveras. Une fois encore. Je le sais. Et joignant le geste à la pensée, je relève mes bras. Je m’offre. Tu voudrais m’achever qu’il te suffirait de loger une balle entre mes deux yeux, n’est-ce pas ? Les morts se chargeraient du reste, n’est-ce pas ? Regarde. Je m’offre à eux, je m’offre à toi. Et toi, tu décideras de ce qu’il en est : que je fuis vers eux ou que je fuis vers toi, seul toi décide de la suite des évènements et tu le sais en restant planqué dans ton trou que toi seul est le maître du jeu en ces lieux, Clay.
« BOUGE DE LA ! »

Bien. Traînant ma jambe quelque peu, je me précipite à l’intérieur du bâtiment car l’accord est donné. L’affront est lancé. Nous allons combattre et chaque marche m’amène au plus près de ta personne, au plus près du combat. J’en tremble. Comme une gamine à l’approche des fêtes, mélange d’excitation et d’incertitude : qui m’attend réellement la haut ? Demeures-tu toujours le même ? As-tu changé ? J’enjambe les escaliers avec peine, ma jambe me tiraillant sans cesses : maudite chute ! Mais l’esprit demeure éternellement plus fort que le corps : j’escalade, pousse, les débris qui se glissent sur mon chemin, le cœur battant à tout rompre : tu rends les armes, n’est-ce pas ? Toi, le guerrier, le combattant, tu me sauves la mise. Tu prouves une fois encore que ton attention la plus pure est tournée vers moi et non pas vers les autres.

Je pourrais te provoquer pendant des siècles entiers, je pourrais insulter ta femme, tes enfants, que tu ne m’achèverais toujours pas. Car tu me portes cette attention si précieuse, si bienveillante Clay. Il t’est incapable de me butter, hein ? Je suis ta faiblesse, Clay. Mais tu es la mienne. Car j’accours. Te rencontrer. J’accours afin de soulager ma conscience Clay. Je pousse les portes entre-ouvertes à l’aide de mon épaule et je t’observe toi. Tu as changé. Tes traits sont tirés par la fatigue. Comme lors du jugement. Ton visage reste le même mais tes joues se sont plus creusées. Ta barbe et tes cheveux ont poussés. Et ton corps tout entier est couvert par le sang frais : tu as tué mes hommes Clay.

Je le sais. Tu tues quiconque ose s’approcher de moi. Tu aurais pu, lors du jugement, étrangler Mark que tes mains se seraient saisies de sa gorge pour broyer ses os. Je le sais car c’est ainsi que tu fonctionnes depuis notre rencontre ce soir Halloween. Et un beau jour, tu me tueras moi : par erreur, sous une impulsion quelconque et tu t’en rendras compte bien trop tard, lorsque tes doigts se détacheront de mon corps sans vie. Mais en attendant, je braque mon arme vers toi. J’analyse les alentours, prend notes des lieux pour mieux m’en extraire par la suite. Je relève tes armes à même le sol et hoche positivement la tête pour moi-même. Résonne alors ta voix, étrangement calme :
« Tu as encore de la colère en toi … ? »

Un sourire se dessine sur mes lèvres : putain. Bien sûr que j’ai de la colère en moi. Tu as buté mes hommes. Tu as flingué le jugement à l’époque où tu aurais pu t’en extraire de façon correcte. Tu as flingué ta vie d’antan et tu vas flinguer l’actuelle de la même façon. Car tu es né pour tout foirer, pour tout rater avec ta maladresse si caractéristique, si attachante. Putain.

Tes poings craquent et rehaussent le duvet à même ma peau : s’affronter. C’est donc toi qui me piste, toi qui me suis, toi qui me mets à mal depuis hier. Que cherches-tu à savoir ? Quel dieu pries-tu pour malmener ainsi une femme ? Je t’en veux, Clay. Si tu savais à quel point je t’en veux… ! Mes armes rejoignent les tiennes, mon sac également. J’ai l’agilité, la dextérité que tu as perdu au fil de tes vieux jours en prison. J’ai ce que tu as perdu : un brin d’humanité. Je te fixe sans ciller car je veux anticiper le moindre de tes gestes, le moindre de tes mots. Nous ne sommes plus des humains. A ce moment très précis nous sommes des animaux qui pénètrent au sein d’une arène, prêts à en découdre, prêts à se battre, prêts à y laisser une fois encore une part de leur âme déjà bien meurtrie. On tremble, on sue d’impatience et d’excitation, on s’impatiente, on se juge. On s’apprête l’un pour l’autre. Et tu le constates, à mi-voix, avant de charger sans prévenir.

Je suis surprise, indéniablement surprise. Tu me gratifies d’un coup d’épaule venant meurtrir mon menton. Mes dents s’entrechoquent sur ma langue qui se met aussitôt à saigner. Un gémissement plaintif s’échappe d’entre mes lèvres alors que je secoue négativement mon visage.

Tes bras viennent encadrer ma taille, me propulsant entre ta personne et une vielle armoire qui cède sous nos corps échauffés. A terre, je te vois approcher, ramper, tel un serpent malveillant. Je te décroche machinalement un coup de pied dans le visage. Ma bottine rencontre hasardeusement ton nez dans un craquement significatif. Le sang vient s’écouler, rencontrant tes lèvres puis ton menton. J’esquisse un sourire reprenant le dessus : tu es joli ainsi Clay. A califourchon sur ta personne, je viens nicher mes poings à même ton visage. La folie me prend d’assaut et presque meurtrière je frappe sans relâche. Mon cœur s’emballe, ma respiration s’accélère, l’adrénaline se fait : s’en est presque jouissif que d’abandonner tout savoir vivre pour laisser exploser un relent de haine sans nom à ta gueule !

Tu n’es plus Clay. Tu es cette frustration réprimée durant tant d’années. Tu es cette peur qui n’a cessé de grandir en mon sein. Tu es ces dimanches, sous la couette, passés à pleurer, terrorisée à l’idée d’affronter mon mari. Tu es toute cette haine, toute ma vie d’avant qui aujourd’hui n’est plus et je te frappe. Je ne maîtrise plus mes gestes, plus mes pensées qui s’emportent dans un tohu-bohu sans nom.

La personne qui me fait face gesticule sous ma personne et je redouble d’effort, mes petits poings venant massacrer son visage en une effusion grotesque de sang. Le diable profite de ma colère pour se saisir de ma chevelure. Et m’amenant au plus près de son crâne, vient faire entrer en collision nos fronts. Je perds pieds, basculant. Je le libère chutant lourdement contre les brisures boisées de l’armoire. Le verre vient se planter à même mes avants bras alors que je tente de me relever en prenant appui grossièrement sur mes coudes. Je geins en tenant mon nez ensanglanté et gesticule très légèrement à mon tour pour dégager de mon dos les poignées de portes qui se nichaient désormais au bas de mon dos.

On ne frappe pas vraisemblablement les personnes qui sont à terre : il attend avec sagesse que je me relève, venant lui aussi poser le bout de ses doigts contre son nez. Il inspire bruyamment et crache du sang sans la moindre once de délicatesse. J’aimerais l’imiter mais à défaut, toussote bruyamment. Me relevant, je chancelle très légèrement et souffle :
« Attaque, vilain toutou ! »

Je me tiens prête. Prête à répliquer, prête à nicher mes poings à nouveau au plus près de sa personne. J’anticipe, je le vois charger et je m’écarte très légèrement embarquée partiellement à nouveau contre sa personne. Je glisse mes bras autour de son cou et martèle son ventre de l’un de mes genoux. Mes doigts viennent s’enfoncer contre sa gorge alors qu’un hurlement de rage s’extirpe d’entre mes lèvres. Mélange de sang et de bave, je laisse échapper d’entre mes lèvres cette mélasse qui galvanisait jusque alors ma haine.

Les coups sont rendus. Difficilement encaissables : je geins, je crie, je hurle, vendant ouvertement mon âme au diable pour extirper toute cette haine sans nom. Il n’est plus Clay, il est un véritable punching-ball.

Mes phalanges s’égratignent, s’ouvrent. Les plaies béantes se font et viennent souiller l’adversaire d’éclaboussures sanguines. Hargneusement, les coups s’enchaînent. Le cœur s’emballe : je lui en veux. Je lui en veux de m’avoir tout bêtement laissé à mon propre sort. Je lui en veux de m’avoir infantilisé de la sortes, je lui en veux d’avoir pris ma défense envers et contre tous alors que mon mari aurait pu, tout bêtement, le sauver avec quelques magouilles digne des plus grands avocats ! Je lui en veux pour tout ça et chaque coup est une bénédiction, un soulagement personnel. En phase avec moi-même, je libère ma conscience de ce lourd poids à son encontre. Je me décharge d’émotions néfastes, les nichant au sein même de sa gueule.
Est-il seulement lié à toute cette haine ? Représente-t-il le cœur même de mon naufrage ? Il y tient assurément sa place mais de là à le faire trinquer pour toute cette haine que je colporte depuis trop longtemps… Je ressens une sacrée part d’injustice tournée vers lui.  Mais les pensées se font et se défont. Pour sûres confuses, mes pensées vagabondent encore et je constate que mes poings peuvent causer bien des maux. Je pensais que mes poings seraient semblables à une multitude de piqûres de moustiques mais son air peu fier et sa vision brouillée me témoignent du contraire… !

Alors que l’affront indéniable se fait, toujours plantés debout au milieu de la pièce à se rendre les coups tels des boxeurs en mal d'adrénaline je glisse sans prévenir à nouveau mes mains au plus près de son cou. Il tente de les dégager mais mes jambes viennent encadrer son buste. Je me rattache à sa personne et esquive ainsi bien des coups. Je veux qu’il chute, qu’il tombe. Je mets tout mon poids contre lui, voulant l’amener à tomber en arrière. Mais rien n’y fait et son rire déchire l’atmosphère, moqueur et provocateur. J’en profite alors pour me saisir de son visage à pleines mains. Mes jambes désormais fermement enroulées autour de ses hanches, je viens broyer ses lèvres sous les miennes. Ma langue se fraye un vulgaire chemin au tréfonds de sa bouche. Je l’oppresse, lui intime de se taire. Je le fais mien car en un puissant baiser, je me saisis de son âme meurtrie, je lui intime que l’affront cesse. Il recule, sous la surprise et chute lourdement à même le sol.
L’automatisme se fait alors que ma main se tend vers le couteau et vient le nicher à même sa cuisse.

Il geint.

Chéri, ne baisse jamais la garde !

Ma bouche reste oppressante, dominatrice, contrôlant même le son de son cri alors que le couteau s’enfonce crûment dans ses chairs. Le sang coule le long de la lame venant envelopper ma main de sa douce chaleur.
Il se débat, tente de se saisir de son arme. Il tente de répliquer mais le couteau se fait plus profond, plus perforant, plus menaçant. Mes dents viennent capturer fermement sa lèvre inférieure en une implosion nouvelle de chair et de sang. Malgré tout, son visage se relève et son front vient rencontrer le mien hasardeusement.
Je relâche toute pression alors que nous sommes sonnés, partiellement enlacés. Je me relève avant lui. Je chancelle, trébuche sur les vieux débris. Je tousse, crache à mon tour le sang qui emplissait jusque alors ma bouche et l’observe, prenant appui sur ses coudes pour se relever. Je lui administre un dernier coup de bottine au sein même de son visage, l’achevant.

Le corps est inanimé.
L’affront est terminé.

Mon visage se secoue négativement alors que je porte une main douloureuse sur mon visage tout aussi douloureux : je dégouline de sang et de sueur. Je m’écœure. La pression retombe et les douleurs se font vives, violentes. Mon œil droit reste plissé sous l’affront et du bout des doigts je viens palper ses contours grossièrement enflés : un œil au beurre-noir en découlera sous peu. Mes doigts glissent le long de ma mâchoire et la même douleur se fait : est-elle déboîtée ? Mes dents tiennent avec prudence mais ma langue est fendue, tranchée vivement par mes crocs. Je crache encore un fin filet de sang alors que je porte le bout de mes doigts sur mes clavicules douloureuses et porte mon regard sur Clay, observant son visage meurtri de toutes parts. Je grimace très légèrement, par machinisme pur et laisse échapper un grommellement sous la douleur : merde. Le couteau dans sa jambe est une arme. Et il tentera de se venger par machinisme pur lui aussi.

Je veux récupérer mon dû. Maintenant. Alors je m’accroupis et je porte mes mains sur le couteau. Je tire très légèrement dessus. Les chairs s’agglutinent déjà contre la lame. Merde. Je me relève et boîte jusque à mon sac. J’y saisis une fiole d’alcool qui semble avoir survécu à la chute depuis le quatrième et observe à nouveau Clay durant un maigre instant. Ai-je gagné l’affront maintenant ? Il me suffirait de planter mon couteau au sein même de sa carotide. Il demeurerait alors mort. Étrangement mort. Et une seule question martèlerait mon esprit : est-il vraiment mort ? Je vois Clay comme un éternel survivant. Comme un type éternel, mi dieu mi humain. Un mecton qui s’en sort, dans toutes les situations, dans toutes les époques. Car malgré les affronts, il demeure fier et intangible.  Je me surprends à poser un regard presque bienveillant sur lui et grimace d’effroi : il reste un meurtrier. Et je sens encore ses mains oppressantes sur mon cou. Je reste persuadée qu’il est le meurtrier même de mes hommes et cette simple idée hérisse le duvet de mes bras.

Mon visage se secoue négativement comme pour chasser ces idées néfastes alors que je me saisis d’un torchon et imbibe grossièrement ce dernier d’alcool. J’observe l’assommé et porte le chiffon sur mes propres plaies. Je déchire, intentionnellement, mon bas pour laisser respirer la plaie de mon genou. Mes doigts viennent s’y enfoncer, extirpant un morceau de ferraille pointu. Je me retiens de gémir, de grogner sous la douleur alors que je range avec soin le torchon au sein de mon sac : vais-je gaspiller un peu d’alcool pour sa personne ? Alors qu’il a tenté de me tuer ? Un rire fou s’extirpe d’entre mes lèvres : qu’il souffre un peu ce crétin.

Avec prudence, je m’approche de sa personne et glisse deux doigts au plus près de son cou : son rythme cardiaque demeure le même, parfaitement calme et reposé. Alors, sans prévenir, je glisse mes deux mains sur le couteau et l’extirpe de la plaie. Il n’en faut pas plus à sa personne pour reprendre conscience. Surprise chéri !Jetant le couteau au plus près de mon sac, je me saisis immédiatement de mon flingue et en vérifie le chargeur. Respirant bruyamment, il semble s’étouffer dans son propre sang : oui chéri, l’affront est douloureux, n’est-ce pas ?

Un mélange de pitié et de compassion me prend aux tripes et c’est tout en grommelant que je retourne me saisir de mes soins. L’arme toujours pointée en sa direction, je souffle :
« Ferme-là. »

Et avec prudence, j’imbibe une partie du torchon d’alcool. Le geste est maladroit, tentant de braquer toujours mon arme au plus près de sa personne. Il pourrait me désarmer. Clay pourrait même me tuer. Mais je pense qu’un brin de raison animerait son âme meurtrie et qu’intentionnellement il serait incapable de franchir le cap, de broyer mes clavicules et mes veines à tout jamais. Alors, je me fais dominatrice. Je maintiens le rapport de force pour que jamais il n’oublie qui je suis, pour que jamais il n’ose franchir le cap. Je maintiens ainsi à flot ses émotions et les miennes, m’empêchant moi aussi de commettre l’irréparable alors qu’ensemble, nous pourrions gravir bien des montagnes.

Alors qu’il s’apprête à parler, je déchire un pan de son pantalon. Et joignant le geste à la surprise, je plaque le torchon sur sa plaie. D’une voix parfaitement sérieuse, je lui souffle :
« Serre les dents. Je ne suis pas ta mère : je ne vais pas y aller avec de la dentelle et du fil à coudre. »

Le torchon se presse, venant éponger le sang sans vergognes. A mi-voix, j’ajoute pour moi-même :
« Il faudrait cautériser la plaie. Faire chauffer le couteau. J’ai vu ça… dans un film. »

L’un de mes sourcils se rehausse alors que j’observe un maigre instant la plaie. J’en délaisse mon arme sur le côté et mordillant l’intérieur même de mes joues, j’en viens à afficher une moue enfantine : je suis donc capable de ça, moi ?
Tout en pressant le chiffon contre sa plaie, je l’interroge. Ma voix se fait douce. Je veux l’inviter, le pousser à la confidence sans le menacer. S’il ne réagit pas, alors j’aviserais à nouveau en la compagnie de mon arme…
« Tu sais où sont mes hommes, n’est-ce pas Clay ? » je ponctue chacune de mes questions de son prénom. Je veux l’intriguer. Je veux le pousser à être attentif à mes questions, à ma personne. Je veux qu’il se confie. Qu’il extirpe tous ses pêchés... Car c'est ainsi qu'il sera en paix avec lui même :
« J’étais accompagnée hier. Je me retrouve seule aujourd’hui. Tu y es pour quelque chose, n’est-ce pas Clay ? »

Mes doigts se crispent sur le torchon : suis-je condamnée à évoluer seule avec cet homme paranoïaque ? Suis-je la seule à contrôler ses impulsions meurtrières ? Pourquoi n’ose-t-il pas me tuer, moi ? Qu’ai-je de si spécifique ? Qu’ai-je qui me permette tout bêtement de survivre à ses côtés ? Mes ongles s’enfoncent dans le torchon alors que mes yeux se ferment durant un très maigre instant :
« Une fois Clay. Pas deux. J’aime mes hommes. Il n’est pas question que tes mains se reportent sur eux. Est-ce clair ? »

Le silence me répond en une divine bénédiction. Je relève le visage en sa direction et constate que ses yeux sont étrangement fermés. Pour le faire réagir, je me saisis de la flasque et badigeonne sa plaie de l’alcool. La réaction ne tarde pas à se faire ressentir et une grimace vient se dessiner à même son visage. Ma voix se rehausse, presque assassine :
« Est-ce clair, Clay ? »
Moralisatrice et en colère vis-à-vis de sa personne, je ponctue spontanément :
« Ils étaient là, eux, lorsque tu vagabondais à tes affaires. Ils étaient là, eux, dès le début pour me soutenir avec mon enfant. »

Mes yeux se perdent soudainement sur son visage : mon enfant. Quel enfant ? Mon enfant est mort. Mon mari est mort. Je… L'enfant du campement n'est pas ma chair, n'est pas mon sang. Mon enfant est mort, assassiné par un homme se situant en haut d’un arbre. Un plaisir sadique, fourbe, inhumain. J'ai tué de mes propres mains cet homme mais cet homme aurait pu être Clay.
Me relevant soudainement, je peste à mi-voix venant déambuler soudainement. Mon visage vient se nicher contre les portes battantes. J’observe l’extérieur au travers des petites fenêtres qui viennent orner l’entrée des cuisines : quelques morts se sont frayés un chemin et viennent déambuler devant les cuisines.  Sans un bruit, je me laisse glisser le long des portes. Déglutissant, je souffle à mi-voix :
« Mon enfant est mort bordel. »

L’évidence se fait. Meurtrière. Elle martèle mon esprit, occupe mon esprit alors que j’en reviens à souffler à mi-voix :
« Mon enfant est mort. »

Les larmes viennent border mes yeux et par soucis de fierté je détourne le visage, ajoutant :
« Les morts seront moins cruels que toi, n’est-ce pas ? »

Comprend-il mon envie soudaine que de m’offrir à eux pour abréger l’évidence qui se diffuse comme la peste en mon sein ? Je porte mon regard sur lui et me relève. Il esquisse le même geste, boitillant très légèrement. Mes mains viennent se presser contre la porte, j’inspire une bonne goulée d’air m’apprêtant à pousser les portes battantes alors qu’un bras s’abat sous ma gorge me tirant soudainement en arrière. Je vocifère comme une véritable truie alors qu’il m’oblige à lui faire face. Je secoue négativement le visage et lève la main en la direction de son visage. Ma main est interceptée, une vilaine clef de bras est réalisée. Je m’emporte de plus belle tapant du pied comme une gosse pourrie gâtée. Et c’est sans prévenir, que je décroche mon pied vers ses jambes, lui beuglant dessus :
« Quoi ? T’as été là peut-être pour me soutenir et m’aider à défendre mon enfant ? T’étais où durant tout ce temps ? »

L’évidence s’impose à moi : je lui fais des remarques digne d’une ex-femme. Mais il faut dire qu’après l'événement je me suis renfermée sur moi-même. Je n’ai plus réellement osé sortir de chez moi et je n’ai plus réellement osé faire les courses. De phobie en phobie je me suis cloîtrée littéralement entre les quatre murs de mon salon, pouponnant mon bébé comme la plus précieuse des vies sur terre. J’en ai délaissé mon mari, délaissé mon permis moto et délaissé toutes les ambitions les plus pures que j’avais pu jusque alors accumuler.

De mes yeux bordés par les larmes, je me défais de sa poigne. Je me tourne soudainement vers lui, hurlant à nouveau :
« Tape. Achève moi espèce de sans couilles ! Tu m’as pourri la vie ! L’ancienne et regarde, regarde la nouvelle ! Tu veux me maintenir en vie, c’est ça ? Pourquoi donc ? Je n’ai plus d’enfant, toi non plus, n'est-ce pas ?»

Mon regard cherche le sien et ma voix brisée résonne comme étrangère à ma propre personne :
« Je n’ai plus d’enfant, Clay. Il est mort. Mon petit est mort. Assassiné par un pauvre type perché en haut d’un arbre. Et tu as, Clay, tué mes hommes les plus fidèles hier soir. Car c’est toi qui les a tué, n’est-ce pas ? »

En un sanglot refoulé, j’ajoute :
« Ils veillaient sur moi, eux. »

Lui faisant face je l’observe : nous sommes deux rejetons de la nature. Défigurés par notre propre haine, nous avançons et foulons les terres avec l’incertitude qui nous caractérise tant.
Je fais face à sa personne mais fais surtout face à ma propre personne : il me renvoi ma propre image car les plaies qui viennent souiller son corps sont de ma création, de ma personne. Il est mon reflet, le miroir même de mon âme souillée par les relents de haine qui ne cessent de se multiplier. Mes poings se serrent devant l’évidence et les larmes s’effacent peu à peu, me laissant là, face à lui, les bras ballants.

J’ai besoin d’une présence réconfortante et quoi de mieux que de se réfugier au plus près du causeur de troubles ? Une fois encore la dépendance est frappante : j’aime cet homme autant que je le déteste...
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MessageSujet: Re: Ahead to Still Waters - PV Clay Dim 21 Jan - 4:30


« La punition est la croix des vivants. La douleur est sa douce panacée. »


Le nez en sang, de puissantes distorsions commencent à brouiller ma vue, me rendant aveugle face à la douleur. La respiration haletante, je continue de serrer furieusement les poings, séduit par la seule idée de fracasser sa petite gueule de porcelaine. J’aurai espéré secrètement que l’apparition de Sharon soit devenue un autre symptôme aggravant de ma solitude. Mais elle se présente sous mes yeux telle une âme dépravée et oubliée qui a décidé de perturber l’équilibre de mon monde de par sa simple présence. De par ses poings gouvernés par la frénésie, elle abandonne toute sa nature féroce en frappant éternellement un martyr raté. Depuis ces dernières années, mes plus grands ennemis sont apparus devant moi en prenant les traits fantomatiques du passé. J’ai survécu à la guerre et aux tranchées. J’ai survécu à un divorce que j’ai implosé de l’intérieur, réduisant à néant l’amour et la confiance de mes proches. J’ai survécu à la potence et à la prison, seul et isolé contre les meurtriers, les violeurs et les gardiens qui ont été motivé à briser un homme juste. J’ai survécu à l’apocalypse … Bordel, j’ai même survécu à la vie elle-même. Je n’ai jamais cessé d’empiéter sur une terre de malheurs. Guerre après guerre après guerre …

Et pourtant, jamais je n’ai touché le fond.

Comment a-t-elle pu survivre à tout cela ? Elle, une bonne femme de famille au tempérament de feu mais à l’esprit fragilisé, le cou enserré par la laisse de son mari ? Ma première erreur a été de la considérer comme la femme de mes souvenirs. Une civile ordinaire, faible et naïve qui n’aurait pas eu le cran de me défier à mains nus. Or, elle incarne un spectre enragé au cœur si noir et déterminé qu’elle en vient à perdre la notion du bien et du mal aussi bien que moi. Rien n’aurait pu me préparer à la confronter de cette manière, fraternisant à ses côtés en nous échangeant une douleur cuisante à parts égales. Mes attaques viennent s’abattre sur elle sans parvenir à briser sa détermination. Et peu à peu, je suis le premier à faiblir. Car la corrosion de sa présence me pousse à me distraire, à orienter ma concentration en-dehors de ce combat. Ses poings me font si mal que mon cœur vient à vibrer pour la première fois depuis si longtemps. J’ai le sentiment de ne pas cogner sur cette revenante, mais bien sur ma propre gueule. Mais je tiens bon, parvenant à résister à défaut de ne pas pouvoir lui rendre mes coups. Car la façon la plus rapide de terminer une guerre est de la perdre.

Mais aucun de nous deux ne souhaitent abandonner.

Puis, son corps se presse fortement contre le mien en une prise déloyale. Ses lèvres se collent contre les miennes et sa langue chaude et humide se déploie fougueusement à l’intérieur de ma bouche. Je tente de la repousser, mais je n’y parviens pas immédiatement. Ce n’est qu’un baiser vulgaire transpirant le mensonge et le mépris, une arme de guerre aussi violente qu’un coup de surin dans le dos. Mais elle est parvenue à toucher une corde sensible. Ce baiser venant de ses lèvres douces et infâmes constitue un venin aguicheur qui parvient à réanimer un sentiment bien longtemps refoulé. Ce n’est pas de l’amour, mais quelque chose de bien plus profond que cela. Une promesse. L’éclosion d’une nouvelle conscience. Un rappel de cette  complicité naturelle qui s’est manifestée dans la plus noire de nos souffrances, peut-être. Une injonction qui permet d’éloigner l’épuisement de la solitude pendant quelques brèves secondes avec un seul petit geste si tendre. Une illusion de retrouver un bien qui mérite d’être défendu. A moitié étouffé, je tente de garder mon sang-froid et de dégager mes lèvres au plus vite, mais cette caresse buccale déposée si sauvagement en moi parasite mes pensées et mes mouvements pendant quelques longues secondes. Tout en reculant avec elle, je perds pieds et m’encouble à moitié avant de me relever aussi rapidement, le cœur battant si vite que ma respiration se retrouve momentanément coupée. Qu’est-ce qui m’arrive ? Pourquoi mon corps se révolte contre moi ?

Mes jambes devenues fragiles m’ordonnent de m’encoubler comme le ferait un gosse de trois mois. Aussitôt, une lame vient pénétrer ma cuisse. Un froid immense se remplit à l’intérieur de ma jambe, m’arrachant un hoquet douloureux suffoqué par le contact de ses lèvres saignantes. Elle m’enlace comme un serpent hostile, me tenant solidement contre elle afin que l’hémorragie puisse m’affaiblir davantage. Sa poigne est solide, mais je sens qu’elle s’abstient de tourner la lame au risque de m’écloper pour de bon. Recherche-t-elle seulement à me tuer ? Mais la question suffoque et meurt avant qu’elle n’ait eu le temps de trouver un sens tangible. Peu à peu, mes muscles ne répondent plus. L’oxygène vient à me manquer, mon cerveau commençant à me conduire devant les portes de mon prochain coma. A moitié éveillé, je sens son baiser se décoller, me laissant la liberté de basculer ma tête sur le côté, mes yeux distraits par la fine lumière du jour. Puis, celle-ci devient plus obscure. Car l’ombre d’une chaussure se lève avant de fracasser ma gueule une dernière fois.

Jamais la vie ne m’avait frappé aussi durement jusqu’à aujourd’hui.

Stoïque, mes yeux s’ouvrent doucement alors qu’un vent de renouveau commence à se lever.  Je me retrouve nu et vulnérable au milieu du désert d’Amou-Daria, mes yeux effleurant la surface des dunes lumineuses et de la beauté enfouie de ce lieu désolé. Je contemple l’horizon s’approcher de moi alors que je demeure immobile, les genoux enfouis dans le sable brûlant. Et pourtant, aucune sensation désagréable ne parvient à retenir mon attention. Aucune sensation du tout. Alors que le ciel commence à s’assombrir d’un voile aussi rouge que le vin, je perçois un temple érodé par des flammes nombreuses et dominantes, la pierre noire et fumante du monastère continuant de se répandre jusqu’aux cieux. Cette terre bénie est obscurcie par le jugement d’une destinée fatale. Qui donc aurait pu incendier ce lieu ? Était-ce un accident ? Un acte prémédité par la volonté d’un homme en manque de destruction ? Alors que mon mutisme constitue ma seule et véritable réponse, un vieil homme commence à s’approcher de moi, le nomade exilé, martelant le sable à l’aide de son bâton de pèlerin. Il me sourit de ses dents jaunes et abimées alors que ses partisans derrière ses épaules fragiles commencent à s’emporter en gesticulant comme des possédés dans un dialecte qui m’est inconnu. Je ne comprends pas leurs mots, mais je comprends ce langage universel qui pousse un homme à s’indigner de la sorte. Ils m’accusent d’avoir mis le feu à leur temple. Le regard incrédule, je reste mortifié face à leur jugement mensonger. C’est faux. Ce n’est pas de ma faute ! Je n’ai rien fais de tout, je ne suis pas un homme mauvais ! Le vieux sage se dresse devant moi avant d’entonner en une voix épuisée des échos aussi proches que lointaines :

« Tu as touché le fond. »


Il me toise du regard d’un œil perspicace alors que je reste horrifié devant ce tableau funèbre. Va-t-il m’accuser lui aussi ? Pourquoi aurais-je foutu le feu à un putain de couvent ? Je n’y comprends rien …

« Qui est Sharon ? »

« Qui est Sharon ? »

Mes lèvres bougent en même temps que celles de l’ancêtre. Cela n’est pas une coïncidence. Je pourrais jurer que je ne pensais pas à Sharon à ce moment-là. Fronçant les sourcils, je reporte mon attention sur le sage qui apparemment en sait bien plus qu’il ne laisse paraître. Il n’est pas ici par hasard. Et il incarne quelque chose que je ne voudrais pas reconnaître. Une conscience éveillée que j’ai recherchée à refouler depuis de nombreuses années.

« Elle est devenue ta sœur de lumière après avoir flotté avec toi dans les vallées obscures de ta vie. »

Derrière cette métaphore presque piquante, je parviens à comprendre cette faible nuance. Oui, je me souviens. Sharon est la seule personne qui n’a pas recherché à me porter préjudice alors que le système américain a décidé de me nommer avec une pluralité de noms. Soldat malade. Terroriste. Assassin. Fou à lier. Sharon n’a pas recherché à me comprendre plus que les autres, mais plutôt à me protéger d’une nouvelle avalanche de catastrophes que j’aurai causé dans mon impulsivité. D’un geste sûr, l’ancêtre tend son bras dans ma direction, un morceau de papier chiffonné et presque détruit dans ses mains. Je reconnais cette lettre. Et la peur reprend pleine possession de mon corps malade.

« Sharon. Cela fait quatorze mois que j’essaye d’écrire cette lettre. Si je ne le fais pas aujourd’hui, je ne le ferai jamais. Dans quelques heures, je vais devoir rendre compte de mes erreurs. Il fallait que ça se produise. Tu sais ce que j’ai fait. Presque tout est vrai. Je devrais être rongé par les remords. Peut-être même avoir peur de mourir. Mais je n’en peux plus de vivre dans le mensonge. Cependant, à cet instant, je n’ai qu’un seul regret. J’aurai tellement apprécié te connaître dans d’autres circonstances. Tu es tout ce qu’il me reste. Je suis désolé de ne pas l’avoir compris plus tôt. Clay. »

Comment … Comment a-t-il obtenu cet artefact du passé ? Sharon a été la seule étincelle illuminée qui m’a fait tenir le coup alors que j’étais en prison, attendant patiemment mon heure au fond d’une cellule avec un autre condamné qui a recherché plus d’une fois à me tuer dans mon sommeil. Un mot intime que je n’ai jamais eu le courage d’envoyer par peur qu’elle se retrouve à nouveau imbriquée dans mon bordel. Mais cela me tenait occupé. Mes souvenirs de sa personne m’invitaient à garder espoir. A éviter de plonger dans la décadence de mes pairs tout en préservant mes valeurs les plus nobles. Mais le temps est un curieux facteur, réagissant comme une pute à la fois mineure et consentante. La perversité de l’environnement carcéral m’a transformé malgré moi.

« Elle est une entité comme celle que tu deviens toi-même dans la liberté du sommeil sans rêves. »

Sharon est aussi vide et perdue que moi, poussée par une idéologie insatiable qui pourrait la maintenir en vie. Moi, je traque aveuglément les militaires en sachant que jamais je n’aurai une réponse précise quant à ces bombardements. Ce n’est qu’une illusion, une justification qui me permet d’étancher les besoins de mes plus bas-instincts. De partir à la recherche de nouvelles sensations qui en un seul écho pourraient affirmer que je suis bel et bien vivant. Mais, quand est-il de Sharon ? Quelle est donc la quête infernale que la destiné lui ordonne de poursuivre afin de maintenir sa santé mentale ? Quel est son but ?

« Un lien vous unit. Tu as besoin d’elle comme elle a besoin de toi. Car vous êtes tous deux des vagabonds des vastes espaces et des voyageurs des siècles. »

Des vagabonds de … C’est quoi ces conneries ? Ce crétin est un fanatique et ses mots sont aussi creux et secs que ses propres morts. Est-il réellement en train d’insinuer que Sharon et moi-même feraient partie de la même lignée ? Que l’idée de nous allier resterait un puissant symbole, même en transcendant les époques dans lesquelles nous nous retrouvons malgré nous ? Inepties. Mais le sage préserve son sourire de vieux fou avant de rétorquer avec ma propre voix :

« Y a-t-il seulement une vie méritant d’être vécue après celle de Sharon ? »

Mon dos se relève en se contractant brusquement de douleur, me poussant à me réveiller à mon tour. Les poumons en feu, je pousse un hurlement rauque en essayant de tenir ma cuisse désormais dépossédée de la lame. La respiration haletante, mon corps est soudé au sol, affublé par le poids de mon échec. Haletant péniblement, je tente de prononcer un mot, mais mon visage est si meurtri que je peine à bouger mes lèvres. Les contusions et les ecchymoses violacés doivent pulluler ma gueule comme un boxeur après la fin d’un match. Des éclats luminescents dansent devant mes yeux alors que je tente désespérément de récupérer une arme ou de raccrocher à ma putain de vie éternelle.

« Mmfh… »

Sharon me demande de la boucler en se tenant au-dessus de moi, le visage aussi frigide qu’un soldat qui revient du front. Je devrais être un homme brisé, déchu par l’amas de coups et de souffrance que je viens de subir en si peu de temps. Et pourtant, elle me soumet en m’ordonnant de ne plus tenter quelque chose contre elle. En un sens, elle m’autorise à mettre un terme à ma guerre. A ne plus me battre après toutes ces années. Ma première pause depuis si longtemps. La bouche en sang, un sourire discret étire le coin de mes lèvres, car je ressens une forme d’apaisement circulant le long de mon esprit. Un sentiment regrettable d’un bien-être qui a décidé d’éclore à ce moment si particulier. Je laisse mon corps se vidanger de ce sang pourri teinté de haine que j’ai laissé emmagasiné depuis si longtemps, les lèvres closes et les pensées désormais aérées. Dans l’immédiat, je n’ai plus besoin de me battre. Car elle a décidé d’entamer la première boucle de ma démence en m’assurant un cercle protecteur autour de nous. Elle peut fracasser ma sale gueule de vétéran, pointer le bout de son arme sous mon nez, tailler ma chair jusqu’à l’épuisement…

Elle reste le seul refuge d’un monde qui a recherché tant de fois à me tuer.

Je toussote en secouant mon corps alors qu’elle m’intime de rester tranquille tandis qu’elle se penche sur ma guérison précaire. Frapper avant de guérir ensuite. Quel curieux paradoxe. Aussi ridicule que celui de tuer et d’aimer, je suppose. Je ne vaux pas mieux. Je serre donc les dents en évitant de brailler comme un dégénéré alors que l’alcool agit comme une seconde brûlure au deuxième degré. La souffrance occasionnée me conduit à me détacher de la réalité pendant un court moment. Clay. Elle ne cesse de jacasser en répétant continuellement mon prénom.

Mon nom est Clay.

« Clay, tu peux amener les enfants à l’éco… »

« Je commence à en avoir marre de cette merde, Clay … »

« Clay, au nom de notre pays, je vous remercie pour vos effo… »

« POURQUOI TU AS FRACASSE CE MAGASIN CLAY ?! »

« Est-ce que tu m’aimes, Clay … ? »

« Clay … CLAY ! CLAY !!! »

« PAPA ! »


L’esprit aveugle et le cœur embrumé, j’ai l’impression que ma tête va exploser d’une minute à l’autre. Reportant une main sur mon visage, je tente de filtrer les souvenirs d’un revenant. J’ai le sentiment de planer à l’intérieur d’une pendule qui n’émet aucun bruit, bercé par les vagues du temps et des souvenirs d’un passé jamais reconstitué. Et là, tout me revient en pleine gueule. L’armée. La famille. Le divorce. Mon identité.

Et ce qu’il en reste.

Aussitôt, je me mets sur le côté avant de recracher des filaments sanguins qui commence à inonder ma gorge. Je tente de vider péniblement le fond de ma trachée, laissant des filaments sanguins se disperser le long de mon menton. Mais cela ne parvient aucunement à adoucir son cœur envers moi. Au contraire, elle continue d’arborer cette identité de juge possédée en ne cessant de frapper avec le marteau de la justice. Comme si plus rien ne pouvait importer. A commencer par la soudaine disparition de ses hommes.

La misère. La perte. Le deuil. L’abandon de soi. Je ressens tout cela chez elle. Dans le fond, elle vient peut-être de toucher le fond elle aussi. Car elle a franchi cette limite folle qui l’empêche de retourner sur les pas de cette femme innocente qu’elle a été jadis. Elle a perdu tout ce qui la constitue à partir du moment où son enfant est décédé, hormis le besoin de remplir son corps et son esprit de cette substance vitale qui nous incite à continuer la lutte. Tout s’est effondrée, mais elle reste debout, incapable d’accepter l’échec. Mon corps commence à se raidir face à cette représentation grotesque. Elle n’est pas seulement tombée plus bas. Elle a chuté en se retrouvant exactement au même niveau que moi, partageant les mêmes pensées et les mêmes sentiments peu honorables.  Elle pourrait habiter dans ma peau. Veiller à l’arrière de mes pensées. Appliquer mes nouvelles décisions. Cela ne changerait absolument rien. Elle ne serait qu’une voix lointaine et différente, mais ses mots seraient dangereusement identiques aux miens.

Je la regarde se relever alors que j’imite son geste, m’attendant à un de nouveaux coups. Mais rien ne vient. Elle se dirige docilement en direction des portes battantes, des rôdeurs qui essayent de traverser le réfectoire et ses nombreux débris avant d’atteindre les cuisines.

Petite conne.

Je boîte rapidement dans sa direction avant d’entourer fermement sa gorge avec mon avant-bras. Les mains sur ses épaules, je la retourne de force afin de capter son regard, tout en anticipant son envie de me faire flancher à nouveau à coups de poing. L’esprit alerte, je parviens à la maîtriser en étant rapidement éreinté par la douleur cuisante de mes blessures. Elle se manifeste à nouveau en explosant de colère et d’indignation. Je lui ais pourri sa vie. Mais en vérité, c’est elle qui aspire à se délaisser dans la souffrance et le deuil de son tout petit avant de revenir sur la disparition de ses hommes. Sharon n’est plus Sharon. Et Dieu seul sait que je ne suis plus Clay. Elle a récupéré ce feu qui m’a dévoré lorsque j’ai tenté de la protéger alors que je me suis transformé en un sociopathe glacial aux émotions parfois inexistantes.

Mais tu n’as pas le droit de me faire la morale, Sharon. J’ai passé plusieurs années de prison ferme avant de voguer quatre ans à l’intérieur de cette forêt si dense à quelques pas d’ici. Je ne te blâme pas, car tu as aussi souffert autant que moi. Je ne l’ai pas reniflé du nez, je l’ai gouté dans tes poings. Dans cette hargne qui t’a rendu si forte à défaut de paraître plus folle. Et cela me suffit à vouloir te prendre dans mes bras. De te serrer fort contre moi. De sentir les impulsions de nos cœurs se contracter dans un seul et même désespoir. En un instant, je te sens t’abandonner contre moi. J’ignore si tu pleures ou si tu es à nouveau imbibée dans les rêveries les plus rassurantes, mais tes épaules tremblent sensiblement. Je t’enlace comme le ferait un père bienveillant, comme je l’ai fait pour ton enfant qui a frôlé la mort de si près après être parvenu à le réanimer. Je plonge un instant mon nez dans tes cheveux sales en inspirant longuement, comme le ferait un jeune couple fraichement retrouvé après tant d’années de séparation. Car malgré toute ma monstruosité implacable, toutes les appellations que j’ai reçues de la part des médias et de mes proches, l’univers a oublié de me nommer sous mon vrai nom.
 
Je suis un père avant d’être un guerrier.

Je suis un homme bon. Je l’ai tout simplement oublié. Dans le fond, mon instinct de survie s’est réveillé bien trop tôt dans un monde juste et équilibré alors que celui de Sharon ne s’est réveillé que bien trop tard dans la merde et le sang de notre espèce. J’ai tué ses hommes et elle a démoli toute ma vie. Peut-être ai-je également détruis la sienne. Peut-être devrions-nous donc nous accorder cet instant de répit. Se couvrir de tendresse le temps de plusieurs secondes avant de tourner le couteau coincé à l’intérieur de nos plaies. Car nous ne sommes pas des amis. Nous ne sommes que de simples revenants. Je veux bien lui accorder la neutralité de ce moment afin qu’elle puisse changer de cap et suivre sa propre route loin de moi. Alors, je commence par lui répondre, la souffrance étirant étroitement mes lèvres.

« J’ai prié dans la lumière que ma chute se fasse dans l’ombre… »


Je suis incapable de me relâcher comme elle le fait. Je n’ai pas la force de lui expliquer. De me souvenir du passé. Alors, je lui fais ressentir tout le poids qui affuble mes larges épaules.

« … mais j’ai oublié que les journées sont toujours aussi froides en enfer. »

Comment lui dire à mon tour l’enfer omniprésent que j’ai traversé durant ces dernières années ? L’armée m’a libéré sous caution car ils avaient la nécessité de regrouper des hommes de confiance afin de contenir une zone de quarantaine. Criminels ou non, nous devions constituer le dernier rempart de l’humanité. Et ils avaient besoin d’un leader émérite afin de conduire au mieux cette opération. On m’a donné une arme. On m’a donné un uniforme. Puis, enfin des ordres. Mon devoir a été de répartir les bons grains des mauvais, les humains sains des infectés. Mais bien avant que notre civilisation ne s’agenouille devant cette nouvelle ère, j’ai senti à plein nez que notre cause était perdue d’avance. Car, moi et mes semblables, n’avions plus rien d’humain en nous.

Nous n’étions que des persécuteurs.

Le jour et la nuit se sont succédé alors que notre situation ne connaissait aucune évolution. Des hommes, des femmes et des enfants emprisonnés à l’intérieur de plusieurs cages, affamés et déshydratés. Tout cela ressemblait à un holocauste où je prenais le rôle d’un officier nazi. Les corps que nous débarrassions étaient tous entassé dans les rues car nous devions les brûler nous-mêmes. La chair carbonisée nous piquait atrocement les yeux. Ou alors, nous étions détruits par le découragement qui nous faisait autant chialer. C’est ainsi que j’ai retrouvé ma femme et mes deux petites filles. Elles ont brûlé sous mes yeux avant de faire partie de cette montagne de charognes, leurs cheveux d’or reconvertis en une petite toison sèche et cendrée. En ce jour, mes croyances vis-à-vis de l’armée ont changé.

« J’ai cessé de suivre les ordres. »


Je me laisse couler lentement contre Sharon, mon visage paressant sur la bordure de son épaule abimée. Sa présence parvient à me blesser et à me réconforter. Elle seule est capable de comprendre l’impact de ma réponse. Un homme aussi droit que moi est inoffensif lorsqu’il est encadré. Elle l’a bien vu après le jugement à quel point je pouvais être docile. Mais, lorsque je n’agis qu’en suivant mes propres impulsions, elle sait que je suis capable de réaliser de terribles sacrifices afin d’atteindre mon but. Et dans cette zone de quarantaine, c’est exactement ce que j’ai fait :

J’ai déposé mon uniforme sans rendre les armes.

Mon visage vient se réfugier à l’intérieur de son cou, des pensées obscènes et douloureuses remontant comme une longue averse de verres brisées. J’ai bafoué la confiance de mes propres hommes en les éliminant dans leur sommeil, tous ceux qui m’ont juré fidélité. Puis, j’ai détruit les cages afin que chaque individu puisse avoir une chance de prospérer un jour de plus ou de mourir dignement. Mes mains ont à nouveau été éclaboussées de sang au nom de la liberté et de l’héroïsme. Et pourtant, le seul sentiment qui m’a traversé en ce moment-là était l’épuisement d’un homme stoïque et brisé.  

« Je suis fautif de bien de choses … Mais pas en ce qui concerne tes hommes. Je porte leur sang sur mes mains, mais l’odeur puante émane de ton côté. »

A nouveau, je sens de la résistance chez elle. Ma réponse ne lui convient pas. Alors, je laisse mes bras retombés sur les côtés afin qu’elle puisse prendre de la distance en me fusillant du regard. Le regard inerte et le corps immobile, je suis figé telle une statue alors que je laisse mes mots s’écouler comme une attaque qui se rapproche de la vérité. Oui Sharon, je les ai tous tué. Et tu le sais. Tu le vois sur mes vêtements teintés de sang. Tu joues la victime apeurée en refoulant l’idée même que c’est toi qui a commandité l’ordre de me trouver et de m’abattre. Mais tu as lamentablement échoué. Alors, tu préfères dénaturer la réalité afin qu’elle soit plus supportable à porter sur tes épaules de leader. Je suis le bouc-émissaire idéal pour supporter tes conneries erronées. Je suis coupable avant d’être l’accusé. Tu aimerais que je m’ouvre à toi comme si tu pouvais espérer de moi un quelconque pardon. Une lueur de culpabilité. Mais tu n’auras pas cette confession. Tu ne l’auras jamais. Car tu es la seule fautive. Tu as amené tes agneaux à l’intérieur de mon abattoir alors que tu aurais pu tout simplement partir. Mais tu as préféré me pourchasser en tenant bien mal ton troupeau. C’est ainsi qu’ils sont tombés. Tu es piégée et déchue, ici avec moi, la couronne de ta royauté absente sur la tête. Car ta sainteté recouverte d’idylles n’a aucun pouvoir avec un homme comme moi. Et voici donc ce qu’il reste lorsque tu n’as plus personne autour de toi. Tu es une âme éreintée, incapable de discerner la réalité qui se trouve juste sous ton nez. Mais comment pourrais-je t’en vouloir, toi qui m’as également aperçu ainsi autrefois ? Je ne vais pas prendre pitié de ta longue misère. Car le temps t’a transformé en une paroi de pierre qui ne tremble jamais. Tu es le mur des lamentations aux larmes asséchées. Et bien que tu sois affaiblie et en colère, tu disposes toujours de cette vigueur qui ne demande qu’à être valorisée.  

« Ouvre tes putains de yeux, ma belle. Tu m’accuses en usant de ton sens moral. Mais ici, tu es en territoire ennemi. Si tu veux que la vie de tes compagnons puisse perdurer, ne les amène pas à l’abattoir. C’était un ordre stupide qui a coûté leur vie et l’échec de ton opération. »

Soudainement, une lame froide s’abat le long de ma joue. Ce même couteau qui a déjà plongé à l’intérieur de ma cuisse. Peut-être suis-je totalement inconscient de la titiller de cette manière. Ou peut-être suis-je le seul à avoir l’audace de m’opposer à elle en détruisant son petit monde de principes où elle se prétend être victime d’un mensonge grossier. Avec une lenteur démesurée, je lève la main sous ses yeux avant de refermer mes doigts sur la sienne, elle qui détient fermement le manche de l’arme blanche.

« Tu es toujours en colère ? C’est bien, tu es réceptive. C’est la vérité qui te blesse ou l’échec qui t’écœure ? »

En un souffle douloureusement écourté, nous savons tous deux que la rédemption est une cause perdue alors que nous recherchons continuellement à l’insuffler chez l’autre. Sharon n’a jamais été aussi proche de moi qu’en cet instant cruel où nous ne cessons d’être souffrant par nos coups respectifs, notre bouche rotant une écume faite de sang et de déception. Félicitations, tu m’as retrouvé avant de faire passer tes nerfs sur ma gueule. Tu as donc  gagné. Mais où se situe réellement ta victoire ? Te sens-tu plus libérer ? As-tu pu récolter un peu de cette substance qui a permis de remplir ce vide impénétrable qui intoxique ta conscience ? Je vais te dire ce que tu as gagné et tu vas le lire au fond de mes yeux injectés de sang :

Tu es devenue l’orpheline d’un internat ensanglanté qui préfère dépecer le rat mort en demeurant isolée plutôt que de t’ouvrir au monde féerique des enfants.

Lentement, je plonge un regard froid à l’intérieur de ses yeux clairs, poussant la lame à me couper la surface de ma joue. Je n’ai aucune confiance en elle, je peux sentir qu’elle est capable de me transpercer à tout moment juste parce que je la provoque. Mais en me blessant aussi maladroitement, moi aussi je participe à son petit jeu de provocation. Car nous sommes ainsi constitués. Nous sommes deux parasites très similaires. Et, bien qu’elle m’ait fracassé la gueule avec un dédain assuré, je lui rappelle en quelques mots que je représente toujours un danger tant que mes jambes peuvent supporter le poids de mon corps.

« Ne me pousse pas à bout. »

La surface coupante du couteau est si fortement pressée sur ma joue qu’une fine ouverture commence à naître, laissant deux gouttes sanguines serpenter le long de la lame froide et crasseuse. Puis, je ressens son poignet se détendre modestement. Elle semble avoir compris quelque chose, mais je ne suis pas encore certain de ce que c’est. Sous mes yeux, le couteau se retire de ma peau alors que je tente de retenir une nouvelle grimace douloureuse. Nous nous toisons tout deux d’un regard meurtrier, mais au-delà de la violence et de la haine, il existe un faible sentiment refoulé que nous n’osons pas encore exprimer : un soulagement de nous retrouver mutuellement. De regagner une certaine forme d’équilibre dans ce chaos pourrissant, même si nous ne sommes pas constitués pour rester ensemble sans se dévorer mutuellement la gueule. Tout en tournant les talons afin de récupérer mes armes, je lui réponds :

« Commence à faire le deuil de tes peines. Cela te rend aveugle, faible et moins attractive... »

Un caractère de glace. Voilà peut-être ce qui a changé depuis notre dernière rencontre. Je suis devenu un iceberg vertigineux  qui refuse de suer même en paressant sous un soleil de plomb. Mes mots affilés retombent comme un puissant couperet. Je ne laisse rien transparaître hormis mon autorité, même si Sharon est capable de me lire comme dans un livre ouvert. Mais au-delà de mes paroles tranchantes dénuées d’empathie, peut-être vient-elle de comprendre que je recherche à la secouer jusqu’à ce qu’elle puisse enfin retomber sur ses pieds. Alors que mon bras passe au-travers de mon harnais, je sens le contact d’un chiffon se coller sur ma joue saignante. Stoïque, je ne réagis pas immédiatement. Comme si ce geste doux m’était étrangement familier. Instinctivement, je retiens le chiffon avant de me retourner face à cette terrible femme.

« Très subtile. Tu me soignes pour avoir une occasion de démonter ma sale gueule à nouveau, c’est ça ? »

Sharon et Clay. Le feu et la glace.

La gueule ankylosée, je retrouve peu à peu de ma verve en prononçant une réponse sarcastique alors qu’un simple « merci » aurait suffi. Mais je ne suis pas doué pour les choses simples. Alors, j’esquisse un faible sourire afin de lui transmettre l’ombre d’un remerciement. Juste ce qu’il faut pour ne pas l’avouer de vive voix. Soudainement, les rôdeurs commencent à frapper à nos portes. Je peux les discerner derrière les petites fenêtres qui ornent l’accès aux cuisines, leurs poings déformés tambourinant contre la seule entrée qui nous permettra de sortir de ce trou.

« Notre position semble compromise. »

Ma voix reste naturellement calme, comme si cette situation était aussi naturelle que le fait de voir passer un train en banlieue. En fouillant dans les tiroirs de la cuisine, je parviens à trouver une boîte de cigarettes. Bien qu’elle soit ouverte et déchirée, je parviens à trouver la moitié d’un mégot enfoui à l’intérieur. Je plonge mes doigts afin de l’attraper et de la coincer entre mes lèvres. Je ne suis pas un fumeur. J’ai toujours détesté cela. Mais désormais, je souhaite ressentir quelque chose dans mon corps malade. Une vulgaire sensation. N’importe quoi qui saurait combler l’amertume de ces retrouvailles indécentes. Tout en m’approchant des plaques de cuisson, je me penche au-dessus de chacune d’elles, tournant les boutons en espérant entendre un déclic significatif qui parvient à me donner du feu. Puis, ce déclic se fait entendre et un léger gaz se répand avant de se transformer en une flamme très mince. Je plonge l’extrémité de la cigarette afin d’embraser le reste de tabac qui paresse à l’intérieur de la feuille, les contours du feu se répercutant à l’intérieur de mes yeux impassibles. Tout en vapotant une première fois, j’extrais la fumée en-dehors de mes lèvres en toussotant un peu, la souffrance de mes blessures se lisant encore dans mon visage exténué.

« Je veux bien t’aider à te remettre en selle. Mais ensuite, nos chemins se séparent. Je suis un vieux porte-malheur. Et je sais mieux que quiconque que tu es une putain de malédiction. »

Je tente de me convaincre de cette si belle promesse, tout en redoutant le fait de ne pas pouvoir la tenir moi-même. Je retire le mégot allumé avant de le tendre dans sa direction, ce partage chrétien faisant office de calumet de la paix des temps modernes. Les rôdeurs continuent de forcer notre seule issue. Tôt ou tard, les portes de la cuisine commenceront à céder sous leur poids. Ils sont nombreux. Nos blessures devront attendre. Le garrot que Sharon a conçu autour de ma cuisse semble tenir, bien que le tissu soit déjà imbibé de mon sang. L’homme n’est pas aussi rapide qu’un chien, un cheval ou même un oiseau. Ce sont nos armes et nos véhicules qui nous permettent de briller. Et je compte bien mettre un point d’honneur là-dessus. Sharon n’approuve peut-être pas mon sens de l’autorité. Alors, je ferme ma gueule tout en planifiant notre seule porte de sortie en ne lui laissant d’autre choix que celui de suivre le mouvement. Les plaques de cuisson fonctionnant au gaz, je devrais pouvoir trouver l’élément-clé qui nous permettra de décamper d’ici. Je reste muet alors que j’ouvre à la hâte les tiroirs en aluminium jusqu’à poser la main sur ce que je recherche depuis le début : une grande bonbonne de propane. Brusquement, je l’attrape avec mes deux mains avant de tirer successivement dessus afin qu’elle puisse être posée à terre. La chance nous sourit : la bonbonne n’est qu’à moitié pleine. Cela devrait engendrer une explosion modérée. En la couchant à l’horizontal, je parviens à faire rouler la bonbonne de propane jusqu’aux deux portes momentanément scellées.

« Je défonce la porte, on repousse ensemble le premier front, puis je fais rouler la bouteille de propane sur eux et tu as intérêt à bien coller une balle afin de la faire exploser. Des questions ? Très bien. »

Tomahawk à la main et l’autre sur la poignée,  je ne lui laisse aucun temps de répit. Elle risquerait de refuser de prendre le même parti que moi. Et j’ai besoin d’elle. Je la forcerai à me suivre comme elle m’a forcé à se plier à sa seule volonté. Je deviens terriblement dangereux lorsque je suis soumis à mes propres impulsions. Mais cela fonctionnera … Il faut que ça fonctionne. Une autre descente en enfer. Je gonfle mes poumons d’air. Ma main se durcit autour du manche de mon arme. La porte s’ouvre à la volée en un seul coup d’épaule.
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MessageSujet: Re: Ahead to Still Waters - PV Clay Lun 22 Jan - 21:57


N'être plus que l'ombre de soi-même.

Ses bras me confèrent une étreinte. Douce, bienveillante, Clay forme ainsi un cocon protecteur. Je m’abandonne dans ses bras : ai-je quelque chose à défendre ? Ai-je quelqu’un à chérir alors que la mort est venue cueillir tout mon entourage ?

Le Guerrier pourrait là, broyer mes cervicales et m’envoyer du côté ennemi. Il pourrait là, charcuter mes entrailles et m’offrir à la plèbe comme un véritable appât vivant. Il pourrait répandre mon sang pour les amener dans une direction totalement opposée à la sienne. Au lieu de quoi Clay se contente de m’enlacer. Une étreinte rêvée il y’a des années maintenant de cela. Des adieux qui auraient pu se terminer ainsi : une bonne dose de bienveillance et des chemins séparés à tout jamais. Et la solitude aurait pu bercer à nouveaux mes sombres jours.

Mais non. Rien ne s’est passé comme prévu. Rien ne se passe jamais comme prévu avec Lui.

J’ai désormais ce rejeton qui m’attend au campement. Mais mon véritable enfant est mort. Ma chair, mon sang, mes entrailles se sont éteintes suite à cet affront débile. J’aurais pu, j’aurais dû protéger son petit corps du mien. J’aurais dû recueillir les balles de ce crétin perché du haut de son arbre, se pensant invincible. Je suis indigne. Tentant de refouler l’évidence, je ravale mes pleurs, ravale ma fierté, ravale l’évidence et reste désormais stoïque au sein même de ses bras. Je ne peux pas témoigner d’une quelconque once de peur au sein de ses bras. Je ne peux pas me montrer faible car cela signerait désormais un nouvel échec. J’ai toujours fais de mon mieux pour me montrer forte, courageuse, digne de sa confiance. Et je veux que cela perdure. Indéfiniment.
Clay prend la parole. Fébrilement, sans une once de haine, sans une once de rancœur. Mon oreille collée tout contre son torse perçoit la difficulté même qu’il rencontre à prononcer ces quelques mots. Ses muscles se tendent sous mon oreille, les tissus même de sa peau se contractent. Il lutte. Il ne veut pas faire partie des faibles. Il veut faire partie de l’élite lui aussi. De ceux qui ne faiblissent pas, de ceux qui ne cillent pas face à l’adversité, face aux monstruosités qui peuplent nos terres…
« J’ai prié dans la lumière que ma chute se fasse dans l’ombre … mais j’ai oublié que les journées sont toujours aussi froides en enfer. »

Doucement, je glisse une main contre le bas de son dos. J’ai envie de lui intimer que les prières sur cette terre ne sont pas vaines. Que quelque part, un monde meilleur doit probablement nous tendre les bras. Qu’il faut rester fidèle, s’accrocher quoi qu’il en coûte, à cette misérable vie mais comment puis-je lui intimer quoi que ce soit alors que ma vie d’aujourd’hui n’est plus qu’un tissu d’illusions ? Un tissu d’illusions vaines et insensées : je me suis rattachée à un enfant qui n’est pas le mien, depuis des mois entiers. J’ai sacrifié des inconnus pour offrir l’avantage à l’adversaire. J’ai sacrifié des années de civisme pour traquer des inconnus, pour traquer des gens un minimum censés. J’ai voulu faire taire les bien-pensants sous des coups de battes et de bottines. J’ai voulu soumettre les impérieux et castrer les espoirs collectifs d’un renouveau. J’ai fait subir à mes hommes la folie d’une femme, d’une inconnue, qu’ils ont décidé aveuglément de suivre sous prétexte qu’elle a maintenu jusque alors un enfant en vie. Enfant qui symbolise l’espoir. Mais je ne suis pas Marie. Je ne suis pas une quelconque divinité méritant la fidélité d’inconnus.
Bordel.
Je ne suis personne. Je suis un grain de sable, une poussière sur cette terre. Je suis l’éphémère même. Et seule. Atrocement seule car désormais mes hommes sont morts.
« J’ai cessé de suivre les ordres. »

Sa phrase résonne comme une nouvelle claque alors qu’il s’abandonne contre moi. Les souvenirs du jugement tentent de refaire surface, tentent de s’imposer dans mon esprit meurtri par les coups et les blessures de notre nouveau monde. Je glisse une nouvelle main contre le bas de son dos et remonte vers ses épaules avec une prudence non feinte pour l’enserrer. J’aimerais lui souffler que tout va s’arranger, j’aimerais le rassurer. Mais j’en suis incapable. Car moi-même je reste incertaine sur la tournure que prend la vie sur nos terres. Son visage se presse non loin de mon épaule. Mon cœur ratte un battement sous la douleur alors que mon visage est dans l’incapacité la plus totale à grimacer. La douleur se peint sur mon visage au travers des coups que nous avons échangés tantôt. Le sang s’écoule de mon nez, de ma bouche. La douleur est fugace physiquement mais foudroyante mentalement.

Je n’étais pas prête. Définitivement pas prête à le retrouver ainsi et encore moins maintenant.

Son visage vient se nicher à l’intérieur de mon cou. Je dépose presque machinalement ma joue tout contre sa tempe.  Je respire douloureusement : le poids de ses maux se répercute inlassablement sur ma personne. Une empathie, inconnue au bataillon, semble resurgir de mon passé et porte toute mon attention en sa direction. Il souffre. C’est indéniable. La prison, la solitude, ce nouveau monde. Rien ne correspond à qui que ce soit. Rien ne semble s’adapter à qui que ce soit car nous subissons tout.  
« Je suis fautif de bien de choses … Mais pas en ce qui concerne tes hommes. Je porte leur sang sur mes mains, mais l’odeur puante émane de ton côté. »

L’empathie s’efface. Immédiatement. Tout s'enchaîne, tout semblant de réflexion s'efface au profit de cette haine galvanisante. Mes bras retombent le long de mon corps, j’attends juste qu’il me relâche désormais. La douceur s’efface. Le réconfort laisse place au froid mordant des vieux jours. J’esquisse quelques pas en arrière et l’observe : il a tué mes hommes ! Clay a porté ses mains sur eux ! Il m’a plongé dans la solitude et ma vie va devenir un véritable enfer. Sans eux, je ne suis rien. Et sans moi, ils sont tout car ils ont l’union.
Mon visage se secoue négativement. Je suis seule et il tente de retourner la situation. Tente d’inverser la tendance. De diriger son meurtre vers moi. Clay tente de souiller mon âme alors que je les ai défendu jusque alors. Il tente de s’extirper de ses propres pêchés.
Comment ai-je pu m’abandonner au plus près de ce bourreau ? Clay n’est plus. Le jugement, la prison, son âme est gangrénée, brisée, de mille et une façons !
« Ouvre tes putains de yeux, ma belle. Tu m’accuses en usant de ton sens moral. Mais ici, tu es en territoire ennemi. Si tu veux que la vie de tes compagnons puisse perdurer, ne les amène pas à l’abattoir. C’était un ordre stupide qui a coûté leur vie et l’échec de ton opération. »
Putaine !
Je me saisis instinctivement de mon couteau et tente d’apposer à même sa joue une nouvelle marque : je veux le faire souffrir pour ses dires, je veux que l’Inconnu se taise et se contente de soupirer sous ma lame ! Il est cette petite voix diabolique qui s’éveille dans mon crâne tous les soirs et me souffle que j’ai merdé. Il est cette petite voix mélange d’incertitude et de sentiments confus. Il est cette petite voix qui me demande de guider des inconnus alors que je ne me reconnais plus moi-même ! Je veux le faire taire, comme lui a voulu le faire taire tantôt, au bon milieu de la cours face aux morts.
Sa main englobe déjà la mienne et l’affront reprend. Qui sommes-nous ? Que recherchons-nous l’un chez l’autre ? Les racines même de notre relation reposent-elles forcément dans la haine de l’autre ?
« Tu es toujours en colère ? C’est bien, tu es réceptive. C’est la vérité qui te blesse ou l’échec qui t’écœure ? »

Mes doigts fermement agrippés autour du manche de l’arme se crispent de plus belle. Je reste silencieuse. Je pourrais le détruire. L’amener à se confronter à toute sa vie d’antan, à tout ce qu’il a fait, lui souffler que la colère que je lui porte n’est qu’un cadeau face à sa mémoire trouée.
Je pourrais lui souffler le nom de sa femme probablement morte. Je pourrais lui murmurer les prénoms de ses filles. Nos regards se rencontrent. Et je vois en lui battre cette rage de vivre. C’est au même moment que ma lame vient effleurer la surface de sa joue. Putain. A quoi joue-t-il ? Cherche-t-il à reprendre le dessus une fois encore ?
Pour la première fois depuis bien des mois, la situation m’échappe. Me file entre les doigts à une vitesse hallucinante, ahurissante. Je reste là, prise entre deux états d’âme, deux sentiments confus. Je ne peux pas l’achever, je ne peux pas le blesser d’avantage que ce pauvre homme ne l’est déjà car j’ai honteusement besoin de lui.
« Ne me pousse pas à bout. »
L’avertissement est cinglant mais ne cherches-tu pas à me pousser à bout depuis plusieurs minutes désormais ?

Son regard déterminé m’effraie. Je connais cette personne. Je connais ce trait de caractère si spécifique à Clay. Capable du pire comme du meilleur, il me montre désormais la part meurtrie de son âme.
Ma lame rencontre définitivement sa joue car Clay l’a voulu. Je la sens, percer légèrement sa chair. Mes doigts crispés se détachent légèrement du couteau. La prise de conscience est meurtrière :
Je blesse cet homme autant que je l’aime.
Je retire avec prudence le couteau de sa joue. Son visage déformé me fait à nouveau face alors que la proximité se défait et qu’il se retourne vers ses armes. J’observe un maigre instant ma lame teintée de son sang.
Où cette relation peut bien nous mener ? Il me faut fuir. Retrouver la Nourrice, voir ce qu’il en est du petit. Voir où sont les hommes restés au campement, voir combien ils sont re…
« Commence à faire le deuil de tes peines. Cela te rend aveugle, faible et moins attractive... »

Mon regard se défait de ma lame alors que je me rends à nouveau au plus près de mon sac. Oui.
Je dois me défaire de mes peines. Mais Chéri, tu es la plus grosse d’entre-elles désormais…  J’extrais, machinalement de mon balluchon un nouveau chiffon et saisis la flasque d’alcool qui était jusque alors à même le sol. J’imbibe le tissu et me glisse dans son dos.
Je pourrais le planter.
Je suis là, derrière lui.
Je pourrais viser son cœur, le bas de son dos. Le laisser arc-bouter jusque à ce qu’il me supplie d’arrêter. Je pourrais tourner le couteau dans ses chairs meurtries par le simple passage de la lame. Je pourrais le faire souffrir de mille et une façons. Il me suffirait d’esquisser un pas sur la droite et il serait à ma merci. Je gagnerais ainsi l’affront éternel que nous menons depuis bien trop longtemps. Les jeux de regards, les mots crus cesseraient au profit d’une mort doucereuse. Mais le combat n’aurait pas ce goût de victoire franche et honnête. Il prendrait le goût de l’amertume, du dégoût. Mais je pourrais l’inviter à se tourner vers moi. Occupé partiellement encore par son harnais, il ne prêterait guère attention à mon arme. Je pourrais alors soulever ma main gauche et l’achever. De sa gorge alors tranchée s’échapperait un gésier sanguin. Je lui trancherais la tête pour m’assurer qu’il ne revienne plus jamais sur cette terre.
Je l’ai fait. Avec d’autres.
Mais lui, c’est particulier. C’est étrange et pas plaisant. C’est un pan du passé qui resurgit. Nous ne pourrons pas s’accommoder l’un à l’autre car nous rechercherons perpétuellement à soumettre l’autre à notre simple volonté… Mais je sais qu’en sa compagnie je pourrais apprendre à faire le deuil de mon enfant.

Dualité.

De ma main droite, je viens effleurer sa joue à l’aide du chiffon. Sa main se dépose immédiatement dessus et j’esquisse quelques pas pour m’écarter de sa personne.
« Très subtile. Tu me soignes pour avoir une occasion de démonter ma sale gueule à nouveau, c’est ça ? »

Un sourire parcourt son visage et mon cœur s’emballe : des années entières à le voir souffrir, des années entières à le voir esquisser des sourires d’apparence, de façade. Des sourires faux à foison. Et le voilà qu’il me gratifie d’un sourire sincère alors que nous flirtons avec les morts ? S’agit-il d’un semblant de paix entre lui et moi ? D’un drapeau blanc quelconque ? Diable !
Déconcentrée par les morts, je suis extirpée de mes pensées en un rien de temps. Je m’affaire à ramasser et rassembler mes affaires, éparpillées ici et là. Résonne alors sa voix :
« Notre position semble compromise. »

Un rire nerveux s’extirpe d’entre mes lèvres : ah, vraiment ? Mon esprit fait machinalement le rapprochement entre ces morts et mes hommes, morts.
Démesurément calme, je le vois du coin de l’œil fouiller les tiroirs de la cuisine. Je m’empêche de lui faire savoir que les couteaux et les fourchettes seront inutiles face aux morts et je me contente de jeter mon sac sur mes épaules. Réajustant les lanières de celui-ci, j’observe Clay batailler avec un paquet de cigarettes.
Sceptique, je vérifie le nombre de balles au sein de mon arme et la glisse au plus près de ma ceinture. Je le vois s’approcher des plaques de cuisson pour allumer un vieux mégot.
S’agit-il d’une vilaine blague ? D’un regard, je parcours les alentours. Je cherche une trappe, une fenêtre quelconque, de quoi s’enfuir face à ces morts qui tambourinent à la porte comme la mort le ferait face à un cancéreux.
« Je veux bien t’aider à te remettre en selle. Mais ensuite, nos chemins se séparent. Je suis un vieux porte-malheur. Et je sais mieux que quiconque que tu es une putain de malédiction. »

Mes yeux se plissent très légèrement : c’était donc ça, son plan ? D’achever à nouveau mes proches ? D’achever à nouveau mon semblant de vie ? Depuis que j’ai rencontré cet homme les péripéties ne cessent de s’enchaîner. Tout semblant de stabilité est démoli. Foutu en l’air dès lors que nous nous rencontrons à nouveau. La malédiction, c’est lui et c’est lui qui ne cesse de la raviver.
Confusion !
Mon cœur se resserre alors qu’il me tend le semblant de cigarette.
Des années de dépendances effacées au profit des morts, le manque les soirs de pluie, les griffures jusque au sang en tentant de me sevrer tant bien que mal les premiers mois suivants l’apocalypse, le soulagement en retrouvant un vieux briquet et un vieux paquet.
Il est le vice même putain !
Sans rechigner, je me saisis du mégot et tire vivement dessus. Mon cerveau se rallume face à cette ancienne dépendance et je maudis intérieurement Clay de m’y avoir réinvité.  
Je le vois se saisir de la bonbonne. Et la suite des éléments s’impose à moi comme une doucereuse caresse…
« Je défonce la porte, on repousse ensemble le premier front, puis je fais rouler la bouteille de propane sur eux et tu as intérêt à bien coller une balle afin de la faire exploser. Des questions ? Très bien. »

Je l’observe. La méfiance se diffuse instinctivement en moi alors que mes lèvres s’entre-ouvrent pour protester. Je ne veux pas. Je ne me sens pas d’attaque et j’ai atrocement peur pour la première fois. Il me faut défendre sa personne tout autant que la mienne ! Et je ne veux pas qu’il meurt.
Non, je ne veux vraiment pas qu’il meurt. Pas maintenant. Pas tout de suite. J’ai besoin de lui. Et lui a probablement besoin de moi, n’est-ce pas ?

La porte s’ouvre à la volée, heurtant sur son passage quelques morts.

Je me saisis immédiatement de mon arme et couvre Clay qui part au front. Sur les côtés, devant nous, les morts affluent de toutes parts. Mon cœur s’emballe alors que je me souviens presque machinalement du nombre de balles dont je dispose par chargeur. Je maintiens mon arme à deux mains, envoyant avec adresse les morts au sol. Je retarde leur approche qui se fait bien plus lente à même le sol !
Ma voix se dénoue alors que je hurle :
« Chargeur ! »

Stand-by.
Pause, alors que mes mains tremblantes viennent recharger mon arme. Les morts affluent, se précipitent en notre direction et Clay choisit ce moment très précis pour envoyer voler la bouteille sur notre droite.
Click.
L’arme est rechargée.
Les morts ne sont qu’à quelques pas de nos personnes.
Il va falloir fuir.
Mais vers où ? Instinctivement, j’offre mon âme au Diable et sait par avance que les consignes qu’il m’a dicté seront appliquées. Mais il ne m’a pas dit vers où m’abriter, vers où se réfugier. Alors que les balles se multiplient, je tente de nous frayer un chemin vers la gauche.
« OUEST, CLAY. OUEST ! »

De mes mains tremblantes, j’achève quelques morts. Le chemin est tracé, je recule en m’assurant qu’il suive la cadence. Dois-je me protéger ? Me glisser à même le sol ? Courir en sa direction ? Putain ! Je n’en sais rien ! La bouteille se trouvant à droite, je réserve la dernière du chargeur pour la nicher à même son sein.
Je crois entendre la voix de Clay. Je crois qu’il me souffle de me mettre à couvert. Mais il est tard.

L’explosion se fait.

Dans un atroce bruit de chair et de sang.

Je perds toute notion du temps, toute connaissance l’espace d’un instant propulsée par le relent gastrique de la bouteille. Mon corps est dégagé avec force. Mon esprit est noyé par le bruit. Mes oreilles ne me laissent entendre qu’un fin sifflement alors que je rencontre le bitume avec dureté. J’ai l’impression de rebondir à même le sol, sur plusieurs mètres, alors qu’un craquement se fait entendre. La douleur se diffuse immédiatement alors que je gobe littéralement le sol, de face, le bras tordu sous mon corps.
Le sol ronge chacune des parcelles de mon corps. Ma poitrine n’est plus qu’un feu ardent alors que mes bras ensanglantés sont recouverts par d’innombrables petits cailloux. Mes jambes sont quand elles mobiles mais également souillées par le sang et la carcasse environnante. Du ciel s’échappe quelques lambeaux de chairs qui viennent s’écraser tout autour de moi. Avec violence, les bras, les jambes, les têtes déchiquetées retombent.

Un sanglot parcourt mon corps alors que les rires viennent nerveusement danser avec les pleurs.
Bordel.

Je roule sur le dos et aussitôt gémis sous la douleur qui parcourt mon bras. L’épaule est déboîtée, le bras est probablement cassé, fracturé de toutes parts. Mon corps et son poids ont été intégralement propulsés sur mon bras. Je tente de me relever mais j’en suis purement incapable.
Le sifflement perdure alors que dans mon champ de vision se dessine un Clay euphorique, satisfait de son plan. Un Clay qui ne tarde pas à s’effondrer à son tour, à même le sol…

[…]

Je me réveille. La chaleur du feu se propage dans chacun de mes muscles. Instinctivement, mes yeux s’ouvrent et tentent de discerner quelque chose ou quelqu’un. Personne.
Le sifflement perdure.
Ai-je perdu l’ouïe dans l’attaque face à ces morts ? Je tente de me redresser mais je n’y parviens pas. Je m’y reprends à deux fois avant de parvenir à redresser mon buste. Autour du feu, mes derniers hommes me fixent. La nourrice pouponne le petit qui semble rayonner de joie. Et ligoté non loin de moi Clay est recroquevillé sur lui-même. Je ne discerne aucune respiration, aucun soupir de sa part.
On parle parallèlement en ma direction. J’observe ces bouches qui s’agitent dans le vent, définitivement muettes. Je n’entends personne. Aucune voix, aucun murmure. Mais au-delà de cette peur nouvelle que d’être sourde, je veux savoir comment va mon acolyte.

Avec prudence, je me tends vers Clay. Je veux voir, savoir, s’il respire. S’il est vivant ou s’ils l’ont achevé. Je veux savoir ce qu’il en est de lui, ce qu’il a subis durant l’attaque. Oh Seigneur, j’espère qu’il soit en vie !
Je constate que mes hommes ont pris soin de soigner mes bras. Je suis enroulée de tissus, de toutes parts et maintenus par des nœuds grossiers les tissus baignent ma peau dans un mélange d’alcool et d’eau. Ma simple présence au chevet de Clay devrait le réveiller. Avec douleur je me traîne au plus près de sa personne. Infirme. Mon bras blessé cède à chaque mouvement et je me traîne lamentablement en prenant appui sur l’autre bras. Au plus près de lui, je me laisse choir au sol et tend deux doigts vers son cou. Mon crâne rencontre ses hanches. Je me redresse et dépose ma tête sur son buste en laissant échapper un rire de satisfaction :
Il est vivant l’enfoiré.
Bordel.
Le sifflement se fait à nouveau entendre. Ma main se détache de son cou et vient se plaquer presque instinctivement contre l’une de mes oreilles. Je ramène avec difficulté ma main gauche contre mon autre oreille et souffle d’une voix à peine audible pour mes hommes :
« Sifflement strident. Libérez-le. Il m’a sauvé la vie en quelques sortes. »

Mais rien ne bouge. Rien n’y fait. Je tente de bouger une jambe pour me relever mais je prends conscience que mes jambes sont elles aussi ligotées.
Pourquoi mes hommes tenteraient-ils de me nuire ainsi ? De me retenir ainsi ? Moi ?
Mon regard rencontre un visage curieux qui se penche au-dessus de moi :
Ce n’est pas mes hommes.
Nous sommes dans un camp adverse. Et nous sommes désarmés. Avec lenteur mes yeux se ferment et je souffle d’une voix à peine audible :
« Putain. »

Le sifflement cesse et seul le silence me répond. Le crépitement du feu ne se fait pas entendre. Je ressens une nouvelle présence et une main vient se glisser contre mon visage. Mes yeux s’ouvrent immédiatement. Vivement, je cherche à mordre cette main qui se fait cajoleuse, tendre, presque amusée. Je tends mon bras valide en sa direction, tente de le dégager. Le visage qui me fait face fronce sévèrement ses sourcils et m’intime d’arrêter. Il appose une main au plus près de mon oreille et retire un bouchon vraisemblablement fait de tissus. Son visage s’approche du bien alors qu’il souffle :
« Vos oreilles saignaient.»

Il s’écarte de mon champ de vision. Mes yeux se ferment alors que sa voix résonne encore comme une vilaine claque : mes oreilles saignaient. Ils ont donc pris soin de me soigner et pris soin de ligoter entièrement Clay. A-t-il bénéficié de soins quelconques lui aussi ? Tentent-ils de nous maintenir en vie par cannibalisme pur ? Tenteront-ils de nous extraire des informations quelconques ? Un sentiment de peur et de curiosité se diffuse soudainement en mon sein. Le mélange toxique occupe toutes mes pensées, brouille mon esprit et m’empêche de mener à bien une réflexion sérieuse.
Sans prévenir, résonne une nouvelle voix. Le timbre m’est étrangement familier :
« Nous t’avons soigné, Sharon. »
Mes yeux clignent et s’entrouvrent. Face au ciel étoilé, je tente de refouler ces souvenirs qui demeurent pourtant inévitables...

Ses mains se pressent sur mes hanches alors qu’il m’amène tout contre lui. Sa bouche vient parcourir ma joue puis descend, avec douceur, embrasser la commissure de mes lèvres. Avec tendresse, ses mains quittent mes hanches et viennent effleurer mon dos dans une étreinte réconfortante, plaisante. De sa bouche aventureuse, il esquisse le pourtour de mon visage en embrassant avec soin ma mâchoire et glisse doucement vers mon cou qu’il gratifie de mille et un baisers. Ses mains remontent et viennent se perdre dans ma chevelure, qu’il cajole m’extirpant des frissons sur tout le long de mon échine. Puis sa bouche se fait dévoreuse, au sein même de ma poitrine. Et mes mains viennent se glisser de part et d’autres de son visage, lui intimant de cesser. Sa douceur s’éteint. Son visage se ferme alors qu’il s’écarte en soufflant :
« Nous t’avons soigné, Sharon. » Je déglutis bruyamment et rabat avec pudeur un pan de mon gilet sur ma poitrine dénudée. L’homme poursuit, d’une voix faussement compatissante :
« … La prison n’était qu’un soin, qu’un pansement face à tes maux. »


Mes yeux se ferment alors que les larmes viennent rouler le long de mes joues. Sous mon crâne, je ressens le cœur battant à tout rompre de Clay. Il s’est réveillé. Au mauvais endroit, au mauvais moment. Avec prudence, j’écarte mon visage de son torse et m’assoit, dos à lui. Je l’entends s’agiter dans les feuilles mortes. Mais lui aussi est maintenu, lui aussi est ligoté. Et la haine que lui porte mon ancien mari est si forte, que son sort est presque scellé. Les yeux toujours fermés, je me refuse à faire face à l’évidence. Je me refuse de le retrouver. Bouleversée, je ne cesse de sangloter. De mon bras brisé, j’enserre avec maladresse mes jambes repliées contre mon buste. Je me refuse à ouvrir les yeux, à constater les dégâts de cette pseudo-bombe sur mon corps et les soins qu’ils m’ont apposés. Car jamais plus je ne souhaite dépendre de lui.
Sa voix résonne à nouveau :
« Un merci te tiraille peut-être les entrailles, Sharon ? »

Le fait de ponctuer chacune de ses phrases de mon prénom retient inévitablement mon attention et me frustre au plus haut point.
« Alors, tu vivais bien avec cet enfoiré durant tout ce temps Sharon. »

Le bruit de ses pas se fait entendre. Terrifiée, je ne bouge plus et ravale mes larmes. J’ai peur. Peur qu’un coup de pied fuse, qu’un coup de pied se niche dans mes entrailles car cet homme est capable du meilleur, comme du pire… Lui aussi.
Au lieu de quoi, il dirige sa haine vers Clay. Je l’entends toussoter sous la douleur. Oh, lui extirper un gémissement sera impossible. Clay ne gémit pas sous la douleur. Clay accepte la douleur. Comme un guerrier. Mais ça, Mark le sait. Alors il continue de le marteler de coups.
Au bout d’un moment, ma voix nouée par l’émotion se fait entendre. Je sais ce qu’il veut. Ce qu’il attend alors je souffle :
« Mark. Chéri. Arrête s’il te plaît. Je suis là. »

Mes yeux s’ouvrent enfin. Rougis je devine par la fumée des flammes et la tristesse, ils me piquent atrocement. Je tends maladroitement mes bras en sa direction alors qu’il désigne Clay d’un mouvement du menton. Les larmes bordent mes yeux, ma vue est floue alors qu’il ajoute :
« Tu vas encore défendre ce salopard Sharon ?! T’es vraiment devenue sa pute ? »

Mes bras s’agitent légèrement en de vilains tremblements. Je prends sur moi. Je ne veux pas répliquer. Je ne veux pas l’agacer encore plus que ça. Je ne veux pas être une pleureuse.
Mais mes bras sont ignorés. Mark n’est pas dupe. Mark n’est plus dupe. Chacune de ses paroles est un glaive planté au bon milieu de mon corps. Je rabaisse mes bras, alors qu’il ajoute :
« Un semblant d’explosion pour tuer des centaines de morts. Brillante idée de ce pauvre fou, n’est-ce pas Sharon ? »
J’aimerais, moi Sharon, prendre ton visage et l’écraser dans une multitude de braises brûlantes. J’aimerais démembrer ton corps, l’exposer à la vue de tous car tu parles de trop, connard ! Et pourtant, je me contente de trembler comme une brindille, comme une feuille. Et tu profites Mark de cette vulnérabilité pour t’approcher de ma personne. Tu glisses deux doigts sous mon menton et m’obligeant à te faire face, tu souffles :
« Si le bébé est mort Sharon, par sa faute, il souffrira. De toute façon, notre couple est mort par sa faute. Je veux qu’il souffre et que tu assistes à tout cela. »

Mon visage se secoue négativement de gauche à droite. Clay n’aurait pas tué mes hommes que ces derniers auraient rappliquer. Au lieu de quoi, nous voilà coincés au bon milieu de la forêt avec ce pauvre fou d’ex-mari et ses acolytes tout aussi tordus.
Je réfléchis. Et rien ne me vient. Je suis dans l’obligation de lui faire face. Je pourrais l’embrasser, rallumer une ancienne flamme en lui. Mais je n’en ai pas l’envie. Je pourrais fuir et abandonner Clay. Mais ils le torturaient jusque à ce que mort s’en suive pour obtenir des réponses.
Les idées s’enchaînent et une seule s’extrait de mon crâne. A mi-voix, je souffle tout en observant ses hommes de main -probablement payés avec quelques piécettes- :
« Je dois pisser Mark. »

Tous rigolent. Tous sauf Mark qui me gratifie d’une claque monstrueuse envoyant mon visage valser sur la droite. Je grimace et retiens fièrement quelques pleurs.
Quelle pute.
Je ne le reconnais plus. Le personnage est en déclin alors qu’il s’emporte :
« J’ai défendu ce fils de pute. Je t’ai défendu toi, Sharon. Et tout ce que tu trouves à faire c’est d’écarter tes jambes pour recevoir quelques coups de pilon ? »

A mi-voix, je l’avertis soufflant :
« Mark. Ce n’est pas le cas. Tu le sais. »
Son visage se secoue négativement alors que ses mains viennent s’abattre sur mon cou. Il en vient à m’enserrer, murmurant :
« C’est le cas. Et j’ai longtemps douté des gênes de notre enfant, Sharon. Je suis persuadé, intimement persuadé, que vous vous êtes connu avant toute cette histoire. Qui serait assez fou sinon pour défendre une simple femme enceinte Sharon ? »

L’air me manque alors qu’il ajoute :
« Mais le hasard fait bien les choses. Car nous voici désormais réunis, n’est-ce pas ? »

Vivement, je tente de reprendre un semblant de souffle alors qu’il en vient à me relâcher sans prévenir. Il intime à ses hommes de me détacher. Qu’il se chargera de me surveiller.
Ses hommes s’exécutent. Lui aussi, bénéficie d’un clan. A la différence prête que l’argent lui a apporté la fidélité de ses hommes… Avec prudence, je tente de me relever. Mais les bandages bloquent tout semblant de mobilité. Je soupire et tends les bras en la direction de l’un des larbins de Mark. Saisie par-dessous les bras, il m’aide à progresser avec prudence. Sa sympathie et sa bienveillance à mon égard témoignent déjà de sa faiblesse. Un opposant simple à éliminer en somme. Mark prend rapidement la relève et souffle :
« Tu n’es plus celle que tu étais Sharon. Tu t’es alliée à la mauvaise personne. »

Ensemble nous progressons au sein des bois. Le ton haineux s’efface au profit de confidences interminables :
« Je t’aimais Sharon. Sincèrement. »
Soutenue dans ma progression par sa personne, je n’hésite cependant pas à lui souffler :
« Tu étais absent, Mark. »
Son visage se secoue négativement :
« Je travaillais Sharon ! Pour toi, pour notre enfant, pour notre vie d’avant. »


M’arrêtant soudainement de progresser, je laisse échapper d’entre mes lèvres un fin filet de sang qui vient se répandre à même le sol. Je toussote vivement sous les relents du combat entre Clay et moi. Mark s’approche, soudainement inquiet. Je profite de ce bref moment pour lui asséner un violent coup de poing dans le visage. Sa mâchoire craque. Ses dents s’entrechoquent. Mes phalanges se teintent. Et la surprise se fait !
La nuit ronge les bois. Je profite donc de sa stupeur pour me saisir de sa lampe et de courir au bon milieu de la forêt.

Le souffle court, je progresse. Enchaîne les virages, manque de trébucher sur de vieux feuillages et dégringole en bas d’une côte. Je n’esquisse plus le moindre mouvement, attendant le moindre bruit pour rappliquer. J’éteins ma lampe et patiente, le cœur battant à tout rompre, prostrée au bon milieu de nulle part.  
Avec la prudence digne des plus grands et derniers rats qui peuplent nos terres, je me saisis d’un morceau de bois. J’ai le revers de la lampe et le branchage désormais pour répliquer. Accroupie j’attends patiemment la venue de mon nouvel adversaire. Les secondes s’écoulent semblables à de longues heures interminables. Je continue de rester dissimulée au bon milieu des arbres malgré la douleur qui ne cesse de marteler mon bras cassé. Le cœur battant à tout rompre, je patiente. Car je le sais armé. Et il me faut le surprendre pour au moins reprendre l’avantage…

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MessageSujet: Re: Ahead to Still Waters - PV Clay Sam 14 Avr - 12:22

RP archivé suite à la suppression de Clay. coeurrose

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MessageSujet: Re: Ahead to Still Waters - PV Clay

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