[FLASHBACK] A Child's Shadow - PV Clay
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[FLASHBACK] A Child's Shadow - PV Clay

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MessageSujet: [FLASHBACK] A Child's Shadow - PV Clay Ven 24 Nov - 0:16


Halloween 2010 - 22h30

Je n’ai jamais été réellement friande de ces histoires diaboliques et romanesques racontées au détour d’un feu. J’ai rarement été attirée par un costume quelconque de sorcière ou de citrouille géante. Mais la soirée s’est quelque peu enchaînée. Prise dans un tourbillon d'émotions, je me suis retrouvée, bêtement, assise sur le canapé d’une amie. On a partagé quelques anecdotes croustillantes sur nos vies, sur nos projets futurs et l’heure a tourné.

Très rapidement des amies ont pointé le bout de leur nez et les histoires se sont enchaînées. A l’image d’une vilaine série américaine, elles ont débarqué à la maison vêtues d’hideux costumes. L’une a ramené le latex liquide et l’autre le faux sang. Elles ont affiché ce type de sourire qui signifiait clairement : toi, tu vas y passer. Que je le veuille ou non, mon visage allait devenir un semblant de mort vivant... Alors je me suis débarbouillée, délaissant mon doux maquillage. J’ai attrapé au passage une bière. Les filles se sont pressées autour de moi en désignant mon ventre rond comme un ballon presque outrées par mon comportement : vilaine maman, vilaine !

Alors elles m’ont cantonné à boire un vulgaire sirop à l’eau. La frustration la plus pure, maquillée et dorlotée comme une vulgaire poupée à  coiffer. L’une de mes amies a greffé à même mon ventre des petites fausses mains de poupon dans le but de rendre l’ensemble plus réaliste.

Bordel.

Si j’avais su que deux ans après seulement les morts reviendraient à la vie...

Puis les filles se sont gavées de bonbons, enchaînant les marshmallows et les liqueurs douteuses. Les hauts le cœur ont laissé place à d’innombrables rots, les amenant à pouffer de rire au moindre fait et geste. Éméchées et en mal d’alcool, nous avons quitté le petit loft de Karen.
Je leur ai gentiment soufflé qu’il me faille rentrer au plus vite à la maison, prise d’une soudaine envie de vomir mais elles ont bêtement rigolé, m’entrainant par la main en me soufflant, de leur haleine empestant l’alcool, que ce prétexte ne marcherait guère en leur compagnie.

Alors, ensemble, on a déambulé au sein même des grandes ruelles interminables. On a esquivé les voitures, marchant au bon milieu de la route. Rires étouffés, jusque à ce que les larmes nous montent aux yeux, nous avons progressé. Courses poursuites avec les gosses, vol de quelques bicyclettes errantes, la maturité s’est effacée durant la soirée au profit d’une seule et unique chose : la bêtise. La bêtise humaine, un semblant de jeunesse retrouvée. Il était regrettable pour moi, durant ce chapitre précis, que d’être enceinte. J’aurais pu boire comme un trou, me bourrer la gueule jusque à atteindre cette limite si tangible entre réalité et fiction. J’aurais pu boire, être tout juste consciente afin de distinguer encore mon mari au bon milieu d’une foule de célibataires et pourtant, soyez en sûrs, durant cette soirée, je n’ai absolument pas picolé. Elles, elles ont enchaîné les verres, enchaîné les paris douteux et les flaques de vomis au détour des ruelles. Elles, elles se sont pressées autour des pères de famille soucieux de récolter un maximum de bonbons avec leurs bambins dans le but ultime de s’empiffrer derrière. Elles, se sont collées au plus près des pères de famille, glissant leur numéro de téléphone par pur hasard au plus près de leur pantalon. Et elles ont finalement dégueulé sur les chaussures de ces mêmes papas, les rebutants à tout jamais.

00h30 :
Arrivées à la supérette nocturne, nous avons constaté que durant cette soirée d'Halloween les gamins n’étaient pas les seuls à rechercher un semblant de bonbec. Grand nombre d’adultes s’étaient rendus au sein de la petite boutique afin de se sustenter : footeux en mal de bières, ménagères en détresse, jeune couple naissant, tous se succédaient aux différentes caisses dans un brouhaha terrible.

Karen eu la décence de beugler, tout en désignant un paquet de préservatifs, sur un jeune couple en passant devant les caisses :
« Tu vas lui faire l’amour toi ? Prend des plus petites ! Sont trop grosses pour toi ! »

Se faufilant au travers des rayons, les filles m’abandonnèrent en une joie commune, m’indiquant de rester à la caisse pour prendre de l’avance. Biaisée, j’ai pris sur moi ne pipant mot. N’adressant pas le moindre regard aux alentours, j’esquissais quelques sourires gênés.
Soudainement, un homme tout aussi ivre que les filles rigola en observant mon ventre. Son rire, fort et cinglant déchira l’atmosphère. Tous reculèrent d’un pas pour le laisser passer. Tous sauf moi, enceinte.

Alors l’homme, d’une quarantaine d’années, s’emporta beuglant :
« C’qu’elle est culottée celle-là ! Un faux costume ! Un faux ventre et v'la qu'elle se croit enceinte ! »

Et décrochant un coup dans mon ventre afin de m'écarter il ajouta :
« Bouge de là, pétasse. »

Si j’avais su, à ce moment précis, que tout partirait en vrille je pense que je serais restée confortablement dans les bras de mon mari. Sous la force de l’homme, mon fessard rencontra le sol. Les filles me rejoignirent et Karen, très franchement éméchée, décrocha un coup de poing dans le visage de l’homme en lui hurlant dessus. Ivre lui aussi, il lui rendit son coup et les hostilités commencèrent.

Une vieille dame parallèlement m’aida à me relever. Elle s'assura que le mal était moindre et me laissa filer l'air de rien. Les consommateurs, omnibulés par leurs achats nocturnes, ne me prêtèrent guère plus d'attention. Et je profitais de cet instant précis pour me faufiler entre tout ce beau monde. Je profitais de cet instant précis pour m’enfuir même, au plus loin de cette grotesque scène. Dans un rayon désertique et prise d’une soudaine douleur, je déposais à même le bas de mon dos ma main. De ma dextre libre, je vins soutenir mon ventre en une grimace douloureuse : bordel de merde.

Et me glissant le long d’un rayon, à même le sol, je restais là durant un maigre instant, le ventre et le dos douloureux à souhait. Ne bronchant plus réellement, prise d’une soudaine léthargie.
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MessageSujet: Re: [FLASHBACK] A Child's Shadow - PV Clay Dim 26 Nov - 21:32

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"Le cœur estropié, les mains blessées. Des lambeaux de chair ondulant comme des drapeaux hissés."




Halloween 2010 - 0h14.

« … cette Suzie est un rejeton du premier mariage de mon fils Larry, elle s’est enfuie avec un garçon très basané qui vivait en Angleterre ou … Non, en Ecosse je crois. Enfin, ce garçon était… comment dit-on ? Ah oui, un mulâtre ! Disons qu’il a un nuage de lait mélangé au café sur la peau, enfin il gagne assez bien sa vie avec Internet, ne me demandez surtout pas comment non, j’ai un ordinateur chez moi que je me suis fait faire offrir à Noël l’année dernière, mais tout ça me dépasse, oh il faut que je vous dise concernant ma sœur Marjorie  … »

Et la vieille dame caquète encore et encore, l’haleine teintée de café et de mort, la voix tremblotante en une fausse harmonie qui recherche à refouler l’épuisante solitude de sa dernière année d’existence. Elle me parle de ses joies et de ses peines comme si le bon Dieu lui avait intimé dans un élan bienveillant d’évacuer toute l’intensité de sa misère au premier venu, moi en l’occurrence. Mais comment pourrais-je me souvenir d’elle et de son histoire, moi qui ne parviens plus à me regarder dans la glace ? Comment pourrais-je garder son visage illuminé de bienveillance alors que j’ai été le témoin de plusieurs crimes de guerre ? Des gueules d’hommes fracassés par des objets contondants, des visages de mères érodés par l’acide, des frimousses d’enfants battus et décapés jusqu’à l’os ? Et cette petite tête ridée aux dents abimés me sourit, aspirée à me dévoiler la toile de son passé en babillant comme si elle était possédée par la peur soudaine de devoir partir précipitamment dans le couloir de l’oubli éternel. Et bien entendu, les mormons sont absents quand on a le plus besoin d’eux. Je commence à soupirer, l’esprit amer et légèrement parasité. Sa naïveté est folle, bien que son innocence puisse me toucher. Mais elle disparaîtra lors de son décès comme un lointain souvenir, bien loin de mon cimetière mental. Car elle et les siens n’auront jamais une place parmi mes morts.

« … un voyage gratuit grâce à sa carte de fidélité, et elle n’a pas pu en profiter car sa sciatique est revenue, alors je lui ais dis … »

Toujours debout dans la file d’attente d’une petite supérette nocturne, mon visage se contracte en un sourire bienveillant alors que je me perds dans le reflet de ses petites lunettes. Bercé par les paroles vides de l’ancêtre, je regarde cet homme à la barbe taillée, les cheveux rasés et parfumés de savon, une veste ouverte de l’armée bien trop propre sur lui. Cet homme qui est revenu du front depuis tout juste ce matin, ne trouvant pas encore la sécurité de son foyer, ni même d’un semblant de paix. De retour à mon logement, ma femme a senti la distance que j’ai placée inconsciemment entre nous. Elle aurait pu me sermonner en élevant sa voix. Me haïr de toutes ses tripes. Mais elle demeure forte et compréhensive, acquiesçant d’un signe de tête afin de me laisser le temps d’atterrir dans ce monde incohérent et utopique. Elle reste auprès de moi sans m’envahir, comme une ombre flottante qui épouserait mon visage de ses tendres caresses. Elle m’intime à rester dans notre réalité. A conserver mon humanisme. A protéger ma vie. Pour cette nuit, je lui ai même annoncé mon souhait de dormir à la cave. Dans un abri clôturé et humide où rien ne pourra m’atteindre. Elle m’a aidé à transporter transportant un matelas jusqu’en bas, s’assurant que je ne puisse manquer de rien. Je l’aime terriblement. Le véritable soldat de notre famille, c’est elle. Elle sauve ma vie et assure un avenir meilleur à nos enfants. Malgré ma profonde détresse, elle sait que je suis encore un homme et un père accompli qui parvient à goûter aux plaisirs de la vie. Mais, les transitions délicates entre le front et la vie civile demandent toujours un temps de réadaptation plus ou moins important.

« Cela dit, je pense que … Oh, je crois que c’est à vous mon bon Monsieur ! »


Hein ? Mon tour … ? Oh oui, la file d’attente, quelle merde…Décontenancé, je m’avance tel un automate jusqu’au caissier. Un homme d’origine égyptienne d’une quarantaine d’année à la calvitie précoce travaille derrière le comptoir, des petites billes noires roulant activement derrière ses lunettes ovales. Lorsque son nez se relève dans ma direction, un sourire chaleureux étire les traits de son visage. Nos regards se rencontrent et le premier sentiment de paix commence enfin à me stimuler. Ceci n’est pas un rêve : je suis bien chez moi.

« Ah … Ce bon vieux Clay ! Toujours vivant ! »

D’un signe de tête, je lui transmets mes salutations en déposant des couches culottes à côté de la caisse.

« Salut Ahmed. »

« Ca me fait si plaisir de vous retrouver ! Alors ? Combien ces derniers mois ? »

Combien de terroristes ais-je tué. La vie civile est une mascarade. Les citoyens sont lobotomisés par ce qu’ils regardent à la télévision, le cœur fier et animé par les discours de guerre et les chants patriotiques. La vie d’un homme n’est jamais simple à ôter. Ils ne savent pas ce qu’est véritablement la faim, la peur, ni le froid. De dormir à même le sol sous la pluie et le vent en priant pour que le soldat de garde reste toujours éveillé jusqu’à la relève, sans quoi l’ennemi pourrait nous retrouver et nous tuer
dans notre sommeil. Combien de fois me suis-je réveillé en panique à cause de cette sinistre réalité ?

« Ce n’est pas très sain d’en parler. Comment se porte Nétali ? »

Je coupe court à notre discussion. Au passage, ma main empoigne quelques paquets de sucreries fruitées que je dépose sur le tapis. Les filles vont être contentes. Il me tarde déjà de les revoir le lendemain matin devant leur bol de céréales, leurs yeux rivés devant des cartoons en se dandinant comme des singes.

« Ah très bien mon ami, elle est retournée au pays pour passer du temps avec sa famille avant les fêtes. »


« Je comprends son sentiment... Passez-lui le bonjour de ma part lorsqu’elle reviendra au pays. »

Soudainement, la porte automatique de la supérette s’ouvre à nouveau en laissant venir une marée de rires tempétueux et intempestifs. Plusieurs jeunes filles et une femme enceinte font leur entrée. Ah, l’Amérique. J’ai oublié à quel point l’égocentrisme de notre pays est un nectar si divin et sensuel que l’ensemble de ses habitants n’hésitent pas à tremper leurs lèvres à l’intérieur. La richesse, l’orgueil et la luxure sont des vapeurs qui émanent de leur présence toxique. Qu’ils étanchent leur soif tant qu’il est encore temps. Car, au premier pied dans la tombe, même les vers les prendront de haut. Derrière ces filles, une femme enceinte toute aussi maquillée pour le thème fait son apparition, son regard semblant se perdre dans l’ennui. Elle s’installe à l’arrière de la file alors qu’Ahmed me redonne la monnaie à l’intérieur de ma main. Portant un sac en plastique, je me dirige en direction de la sortie lorsqu’un poivrot complètement ivre commence à instaurer une ambiance très lourde, poussant sans vergogne la femme enceinte avec une certaine violence. Celle-ci retombe à la renverse avant de s’encoubler sur le sol, la vieille dame essayant de retenir désespérément sa chute mais en vain. Et je suis là, comme ces huit autres personnes présentes dans cet environnement, l’observant d’un regard mitigé en demeurant immobile. Les yeux fuyants, je tourne les talons en ressortant à l’extérieur d’un pas incertain.

Je suis désolé. Ceci n’est pas ma guerre.

L’air extérieur me fouette le visage, soulevant l’extrémité de ma veste sans aucune peine. Mes pas m’amènent à la rencontre de ma jeep de l’armée que j’ai emprunté jusqu’aux fêtes de fin d’année. En ouvrant le coffre de mon véhicule, je dépose mes affaires à l’intérieur en me persuadant que les autres sont déjà en train de l’aider. Mais je sais que c’est faux. L’égocentrisme américain. Ce darwinisme social à la con prônant l’individualité. Elle a espéré vivre une nuit festive en toute tranquillité avec ses filles, et la voilà à terre en train de souffrir par un crétin congénital ivre et Tout-Puissant. Bordel, je ne veux plus penser à cela. Je veux retrouver ma femme et notre amour passionnel. Embrasser mes filles en les regardant dormir sereinement. Je veux me laisser aller dans la vie simple d’une retraite sans encombre, en ne sachant pas si je serai convoqué le lendemain ou non. Cependant, mon sens de la discipline et de la justice me beuglent dessus comme le pire des généraux. Je ne cesse de revoir cette femme enceinte chuter encore et encore sous le rire gras et sonore de ce connard. Enragé, je referme brutalement le coffre. Cette scène me rend malade, cet enfoiré me rend malade, ce monde me rend MALADE. La haine me pousse à revenir sur mes pas d’une démarche rapide et hostile. Juste une petite correction , puis je repartirai aussitôt.

Les yeux aussi froncés qu’un taureau en furie, je fais mon entrée sans accorder le moindre importance aux autres invités. J’identifie mes cibles. La femme a disparu. Le gros con est toujours là, cette fois-ci dégainant maladroitement un pistolet en le tenant en l’air. Je suis sûr qu’il s’est pavané comme un dindon en manque d’estime de soi. Immobile face à moi, il semble balbutier en sentant la merde approchée à grand-pas. Il semble hésiter à redresser le canon de son revolver dans ma direction. Insensible à toute menace, je ne lui laisse pas le temps de reprendre ses esprits en l’attaquant en premier. Mon poing vient à la rencontre de son visage, démolissant sa partie nasale. Décontenancé, il titube en effectuant plusieurs pas en arrière. Je ne lui laisse aucun répit. J’enchaîne immédiatement avec un coup de pied contre son ventre d’alcoolique en le propulsant contre le mur. Son corps vient heurter une étagère en faisant tomber des produits par terre, sa bouche s’ouvrant grossièrement dans un haut-le-cœur. Mais avant qu’il ne puisse vomir ses tripes sur moi, mes deux grandes mains empoignent son cou avant de le soulever à la force de mes bras. Le dos contre le mur, ses pieds s’agitent dans tous les sens en me regardant de ses yeux exorbités, la respiration brusquement coupée. Devant la monstruosité de la scène, les enfants crient. Le jeune couple prend la fuite. Les supporters de football ont le souffle coupé et hésitent à s’interposer. La vieille dame manque de tomber à tout moment. Et pourtant, leurs yeux interdits se déposent sur un homme droit dans ses bottes qui ne fait queremplir une mission citoyenne.

« Clay …»

Ce bon vieux Ahmed essaye de m’arrêter verbalement. De me pousser à prendre conscience que c’est terminé. Une petite correction avant de repartir. Ainsi s’est définie ma promesse. Encore un tout petit peu … Je veux que le message soit clair pour cet enculé.

« C’est bon, il a son compte ! »

Je suis d’accord avec lui. Mais mes mains refusent de le relâcher. Telle une vague déchaînée, mon souffle coléreux continue de sortir par mes narines. Le monde autour de moi commence à disparaître. Je n’ai pas rempli mon objectif. Je dois aller au bout des choses. Clignant plusieurs fois des yeux, les images défilent en nombre, me propulsant dans des souvenirs multiples de mon passé. J’enserre le cou du djihadiste qui a voulu me découper avec sa machette. J’étouffe violemment ce mercenaire australien qui a fait sauter une école. Je romps cette putain de gorge du commandant de guerre africain qui a pillé des villages avant de forcer les femmes au proxénétisme. J’exécute la mission. J’exécute l’ordre.

J’exécute l’ennemi.

« CLAY, ARRÊTE ! TU VAS LE TUER ! »

Ahmed me pousse de tout son poids sur le côté, obligeant mes mains à le relâcher. Le con dévale l’étagère en se laissant retomber par terre, le visage bleuté et presque inconscient. Aussitôt, une vague épaisse de vomissements se répand sur lui. La tête dans les étoiles et le nez en sang, il nous regarde sans nous voir. Abasourdi par ma brutalité, mon cœur se contracte rudement en étant dévoré par la culpabilité. Je n’ai jamais voulu arriver à cette extrémité. J’ai effrayé tout le monde en étant si proche d’abattre un citoyen américain de sang-froid. En l’espace de quelques secondes, je suis devenu un héros avant de terminer en un monstre déshumanisé.

Je suis venu à haïr pour rêver de nouveau.

Ahmed me retient presque instinctivement par les bras, m’assurant que je reste en retrait. Je relève mes mains en les mettant en évidence afin de rassurer le propriétaire du magasin. C’est bon Ahmed, je suis redescendu. Essoufflé, mon visage se relève instinctivement en direction de la caméra de sécurité. Quelle merde. Je vais devoir justifier tout cela les jours à venir. La mine désolée, je m’empresse de m’excuser dans des murmures honteux. A moitié sûr de lui, Ahmed décide de me faire confiance en me relâchant de son emprise, les yeux pétillants d’inquiétude. Une petite correction, avant de repartir aussitôt…  C’est ça. Quelle connerie. Tout ce que je touche se détruit instantanément dans mes mains.

Et pourtant, un sentiment de paix m’anime. Je l’ai frappé si durement que les jointures de ma main commencent à me faire terriblement mal. Et cela me fait du bien de ressentir une vieille amie. La souffrance se matérialise comme une amante cachée. Une présence qui parvient à rassurer. Je ne la désire que lorsqu’elle enroule ses cuisses chaudes autour de mon bassin avant de me planter une lame au fond de mon sternum. C’est à la fois érotique et malsain. Mais je me sens bien. Moins coupable et surtout passif. Déambulant parmi les étagères, je retrouve enfin cette femme enceinte parmi ses filles terrifiées qui se sont agglutinées autour d’elle, leurs visages interdits baignant dans leur maquillage monstrueux. Mais leurs visages dessinés reflètent l’innocence de leur âge là où le mien représente une entité capable de tuer toute forme humaine. Mon cœur se gonfle alors que les larmes montent jusqu’à l’entrée de mes yeux. Car tout comme elles, j’ai profondément peur de ce que je suis devenu. Sauf une. L’une d’entre elle m’admire comme si je suis un héros réincarné. Un justicier qui a rétabli l’ordre en mettant sa vie en puéril afin d’en sauver d’autres. Elle me regarde en souriant, ses lèvres silencieuses prononçant un « merci ». Leur supposée mère, quant à elle, semble être plus détendue. Une immense pression s’empare de moi et m’incite à bafouiller mes premiers mots.

« Je … »

Je suis à deux doigts de me casser de là, je n’ai rien à foutre ici hormis le risque d’effrayer davantage cette femme et ses filles. Mais, animé par l’envie d’avoir une fin douce et heureuse, une belle histoire à la fin si rose, je m’y attarde car l’idée d’être un homme mauvais me noue atrocement l’estomac.

« Je voulais juste m’assurer de votre bien-être… Est-ce que ça va ? »

Je déglutis, grattant l’arrière de ma nuque en l’interrogeant d’une voix conciliante et passive. Je viens de rentrer au pays et j’éprouve toujours cette peine à appliquer les interactions sociales avec les miens. Je tente pourtant de me reconnecter à cette vie civile en les observant comme un homme digne et juste en me tenant en retrait afin de ne pas paraître plus hostile que je ne le suis déjà. Si je me suis interposé physiquement, c’était pour elle. J’ai voulu la secourir. L’aider. A moins que cela soit un autre mensonge bridé par ma fatigue et mes faiblesses. Mal à l’aise, je l’observe en évitant de trop m’attarder à son regard indescriptible.  

« Je … je ne vous veux pas de mal. Est-ce qu’il vous faut quelque chose ? »


Curieusement, je ne retrouve pas le revolver de l’homme saoul. Il a sans doute du glisser quelque part
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MessageSujet: Re: [FLASHBACK] A Child's Shadow - PV Clay Mar 28 Nov - 20:20



“Le clown érige l’imbécillité au rang d’art. Il vous invite à faire ce que vous voulez, comme vous le voulez, à la seule condition que ça plaise au public.”


« Je voulais juste m’assurer de votre bien-être… Est-ce que ça va ? »
Et je te regarde, toi l’inconnu souillé par le sang. Tu abordes en rien du faux sang. Tu ruisselles sous le sang. Le sang véritable, celui de ton adversaire, celui par lequel tu abrèges tes maux. Tu l’utilises pour atténuer tes tourments, atténuer tes souffrances et moi je reste interdite face à la violence dont tu as su faire preuve.

Hésitant, tu approches comme ce gamin qui aurait commis l’irréparable en balançant le chat par la fenêtre. C’est tout juste si tu n’affiches pas une moue enfantine car tu as peur. Tu transpires sous la peur. Ton visage se déforme sous cette même peur car tu as peur de celui que tu deviens, de celui que tu n’es plus et que tu ne seras probablement plus jamais.

Je t’ai observé du coin de l’œil, assise au bon milieu de ce rayon. Le cul au frais, je t’ai vu le saisir, le malmener comme un vulgaire pion. Tu l’as saisi et tu l’as véritablement démonté sans même te démontrer. Aucun mot n’est sorti de ta bouche. Nous avons eu le droit qu’à des actes. A la fois fascinants, captivants et atrocement dégoûtants, rebutants, tes actes m’ont coupé la chique, m’ont laissé silencieuse comme bien des personnes en ces lieux.
Ton attention se porte sur ma personne. Soit. Les mots me manquent, le contexte semble s’échapper et filer entre mes doigts sans que je puisse en saisir l’exactitude. Tout s’est enchaîné, tout s’est succédé sans que je puisse même en comprendre le fondement. Sans te répondre, je porte un regard sur les caméras. Elles témoigneront de la scène. Elles témoigneront en pleine conscience. Je tente de faire le vide dans mon crâne, d’oublier ce qui s’est déroulé car je veux m’enfuir. Me murer. Six pieds sous terre, être témoin de rien.

Pourquoi suis-je diable sortie avec les filles ?

Je hais cette soirée presque tout autant que je hais ces fêtes ridicules.
Machinalement je consulte ma montre il est presque une heure du matin et je suis là, au bon milieu d’un rayon, à reprendre mon souffle et à reporter mon regard sur toi l’inconnu.

Guerrier inconnu au bataillon, qui es-tu donc pour dégager autant de haine et de violence ? Qui es-tu pour bouillonner autant de rage ? Qui es-tu pour laisser imploser cette haine à la gueule du premier venu ? Bordel. J’ai envie de te rejoindre, de hurler à pleins poumons. De protester envers ces fêtes ridicules à souhait, devenues commerciales sans la moindre once d’humanité. J’ai également envie de fracasser ce sombre crétin qui a peut-être blessé l’amour de ma vie au sein même de mon ventre. Au lieu de quoi, je te regarde toi l’inconnu et je hoche positivement la tête. Rabaissée au statut de femme enceinte pouvant difficilement se mouvoir, je te regarde toi l’inconnu et intérieurement je te remercie.

Je ne suis pas une fervente adoratrice de la violence contrairement à ta petite personne qui semble savoir où et quand frapper mais je te remercie de m’avoir défendu. L’homme a eu une correction. Il n’en est pas mort et n’en crèvera pas de ci-tôt mais ton aide a été précieuse donc pour cela : merci.

Je reporte mon attention sur les filles en inspirant doucement. Toutes semblent partager ce sentiment de demi-mesure, prises entre satisfaction et dégoût. J’esquisse un pâle sourire pour les rassurer alors qu’une main familière vient se plaquer sur mon front. Je grommelle : je ne suis pas une putain de gamine ! Arrêtez de m’infantiliser de la sorte merde ! Repoussant cette main, je glisse l’une des miennes contre mon ventre. Cajolant machinalement ce dernier, je me concentre sur l’enfant que je porte au sein même de mon ventre.

La concertation est rompue par une question maladroite, hésitante :
« Je … je ne vous veux pas de mal. Est-ce qu’il vous faut quelque chose ? »

Les filles s’écartent pour me laisser à nouveau lui faire face. Froidement, Karen lui aboie dessus :
« Sale clown. T'amuses en rien la galerie mon grand casse-toi d’ici bordel ! Laisse la tranquille, t’es con ou quoi ? Elle est enceinte jusque au cou et doit gérer une baston d’adolescents colériques !»

Tendant la main, je me saisis de celle de Karen pour l’attirer vers ma personne. Je lui intime de m’aider à me relever au lieu de brailler bêtement et plantant mon regard dans celui de l’inconnu, je souffle en affichant un sourire qui se veut réconfortant :
« Merci. Tout va bien. J’aimerais juste rentrer chez moi, boire un bon verre d’eau et… Les filles vont me raccompagner. N’est-ce pas les filles ? »

Le fin sourire qui étirait jusque alors mes lèvres se confirme. Je me veux rassurante alors qu’en réalité, je me meurs de peur. Intérieurement, chacune des parcelles de mon corps se terrifie, se fige, alors que la police approche, franchissant le seuil de la supérette. Mon cœur s’emballe, mon pouls s’accélère, mes mains se font tremblantes alors que je souffle tout contre Karen qui vient tout juste de m’aider à me relever :
« Y’a les flics. »
Mon regard se plante à nouveau dans celui de l’inconnu. Je lance, sans mesurer les conséquences de mes propos :
« Partez, cachez-vous, tentez un truc ! »

Fuis ! Aggrave pas ton cas ! Tu es violent et pourtant presque instinctivement j’ai envie de te sauver. Quelque chose m’intime au fond de moi que tu es quelqu’un de bien. Après tout, tu m'as défendu et presque instinctivement, je me sais redevable envers ta personne. Alors prends tes jambes à ton cou, casse-toi au plus vite et je te couvrirais au possible. Je peux simuler un malaise, simuler un manque de sucre, les possibilités sont multiples avec la petite vie qui grandit en moi alors casse-toi et si tu veux, les filles récupéreront les enregistrements. Je suis persuadée, intérieurement, qu’elles accepteront. Tu sais, si je leur explique qu’une femme enceinte n’a rien à faire dans un commissariat pour témoigner, elles accepteront. Elles sont naïves. Et bourrées. Atrocement bourrées. L'alcool influencera inévitablement leurs choix. Puis tiens, Karen n’est peut-être pas admirative envers ta personne mais observe donc le regard de Nath. Ne déborde-t-elle pas d’admiration pour ta personne ? Telle une groupie venue d’un autre monde, tout son regard semble dégouliner de tendresse pour ta personne. Alors profites-en ! Fais-en un pantin. Fais d’elle ton pantin désarticulé ! Ivre, elle ne se souviendra de rien, je t’en fais la promesse.

Esquissant quelques pas, je tiens toujours fermement la main de Karen dans la mienne. Je quitte enfin ton regard. J’en profite pour reporter mon attention sur la vieille dame. La vieille tremblote des pieds à la tête. Elle s’accroche au bras du policier, lui soufflant quelques mots. Doucement, je m’en approche. Pas à pas, je reprends conscience de ce corps affaiblit par la vie qui grandit en lui. Mon regard rivé sur le duo, j’entends la grand-mère brailler :
« Vous savez, j’en ai vu des atrocités ! Mais ça ! Jamais ! Un ange exterminateur, sorti tout droit de l’enfer. L’autre là, que vous voyez la bas a agressé la femme. Enceinte. Et puis, l’autre qui est parti quelque part… La bas ! »

Son doigt tremblotant désignant les rayons, elle enchaîne :
« Lui ! Vous, vous l’avez vu ! »

Son regard accompagné de son doigt se font presque inquisiteurs. Vieille truie. Moi ? Voir quelque chose ? Enfin, Madame… Non. Je n’ai guère le temps de m’intégrer à ce type d’histoire. Laissez-moi en dehors de tout ça, j’ai si mal au ventre. Vous savez une grossesse n’est pas chose aisée… Suis-je une bonne comédienne ? J’en doute fortement mais je n’hésiterais pas à défendre l’inconnu. Après tout, celui-ci n’a pas dégainé d’armes si j’en crois la scène observée du coin de l’œil tantôt. Il est probablement innocent. J’en ai l’intime conviction. Conviction qui ne cesse de croître en moi.
« …s’en est pris à lui dès qu’il a dégainé son arme ! Vous savez, j’ai frôlé la mort bon nombre de fois, mais pas de cette façon. »

La vieille garce déglutit bruyamment alors que le rideau de fer descend presque douloureusement le long de la vitrine scellant ainsi le destin de toutes les personnes présentes. En un crissement sinistre, le rideau vient occuper toute la vitrine.
Vont-ils chercher le coupable ?
Les policiers ne sont que trois et étrangement, aucun d’entre-eux ne part à la recherche de l'homme.
Quelque chose cloche !
Deux d’entre-eux déambulent jusque à la caisse et viennent braquer le dénommé Ahmed. Le flingue se pointe au plus près de la tempe du pauvre homme. Du micro allumé résonne les propos menaçants des braqueurs. Ils intiment au caissier de céder le butin de la soirée.

D’une voix hésitante, la vieille dame ajoute :
« Vous devriez surveiller celui-là ! Je pense qu’il a un petit problème. »

Sa voix se termine en un chuchotement. Elle semble se confier à l’un des bourreaux sans réellement saisir la scène qui se dessine sous leurs yeux...

**

Tous se taisent, tous attendent alors que sans prévenir le téléphone de la blondinette qui accompagne Sharon sonne. Résonne au bon milieu du magasin :

« 'Cause baby you're a firework
Come on show'em what your worth
Make'em go "oh, oh, oh!"
As you shoot across the sky-y-y »


L’homme, qui était jusque à présent séquestré par la vieille femme, se précipite au travers des rayons. Ses pas déterminés viennent fendre le sol avec dextérité. Se dirigeant droit vers la sonnerie, il se saisit du portable. Hargneusement, il le jette au sol et le piétine alors que la chanson résonne encore. D’un coup de bottine, il achève les dernières mélodies et de son visage fermé, progresse au milieu de la foule en dictant les consignes :
« Jetez les téléphones droit devant vous. Et au sol ! Tous ! Et… Taisez-vous. Nous ne tenterons rien contre vous. »

Sharon se faufile jusque aux filles toujours en la compagnie de Karen. Au bon milieu de la foule qui s’agglutine dans le rayon des féculents, Sharon laisse échapper un rire.
Ce dernier, purement nerveux, vient déchirer l'atmosphère. A même le sol désormais, la femme enceinte se tient le ventre et rigole. Encore et encore, la belle ne parvient pas à cesser attirant inévitablement l’attention sur elle. Les larmes viennent border ses yeux alors qu’elle souffle durement :
« Putain. Soirée de merde. »

Une grimace vient peindre son visage alors que son dos lui lance littéralement des éclairs.
L'un des clients lui mime le silence : d'un doigt plaqué sur ses lèvres closes, l'homme lui intime de se taire. Mais la nervosité atteignant son summum la jeune femme n’arrive pas à se calmer.

Est-ce un semblant de comédie ?
Est-ce prévu ?
Seul dieu le sait et seul dieu peut témoigner des larmes qui viennent border ses beaux yeux.

Sans prévenir, ses alliées viennent entourer Sharon. Elles se relèvent, se regardent et toutes autour d'elle semblent s'entendre sur un plan d'action. L'un des braqueurs se dirige droit vers elles. Il se fraye un chemin au milieu des demoiselles, le regard haineux. Il se fait menaçant, peu compatissant envers le fou-rire de la pauvre mère.

La plus vieille d’entre-elles ose prendre la parole soufflant de son haleine empestant l'alcool :
« Sharon… Calme-toi. »

Le cercle s'élargit, emportant dans son sillage l'inconnu. Ce dernier en vient à dégainer son arme. Elles se saisissent de sa personne et d’une boîte de conserve : pendant que la blondinette le maintien fermement, la brunette lui plaque une main sur la bouche et enfin la rouquine vient l’assommer partiellement grâce à une boîte de conserve.

Un joyeux et organisé bordel !

L’homme chancelle, peine à rester debout, marmonne alors que Sharon cesse soudainement de rire, se saisissant de l’arme qu’il tient à bout de doigts. Elle se relève tout en vérifiant le chargeur. Rechargeant l’arme, elle jette un vague regard aux filles : qui d’autre qu’elle sait utiliser une arme ? Qui d’autre qu’elle sait viser avec précision pour atteindre une cible ?
Dans un murmure, elle souffle :
« Je vous l’avais dit. Vos soirées shopping, tupperwares et autres merdes servent à rien. Venez au stand de tir la prochaine fois. »

Inspirant doucement, elle glisse son bras autour du cou de l’homme. La jeune femme ferme durant un maigre instant les yeux et glisse le revolver contre le crâne du braqueur. Elle inspire doucement, cherche un semblant de respiration avant d’agir. Ses mains tremblent alors que résonne sans prévenir l’alarme. Affolée, elle relâche tout semblant de prise sur le braqueur.

Le ton est donné. La survie est de mise. La vraie police ne va pas tarder à débarquer.

Les coups de feu se font entendre. La scène bascule vers un chaos total et absolu.  
Le stress combiné à l’adrénaline lui font esquisser de vilaines grimaces. Il lui est impossible de tuer de sang froid l’homme. Alors, presque machinalement, elle cherche du regard le fou furieux qui a tabassé l’homme tantôt : est-il encore sur les lieux ? Lui ! Lui serait capable de tuer un homme de sang froid !

Pour couvrir partiellement le bruit de l’alarme, Sharon se déchire la voix intimant d’assommer l’homme à l’aide d’une conserve. L’une de ses amies s’exécute, la peur au ventre, sans réellement réfléchir.
Et ensemble, elles progressent. A quatre pattes, le long des rayons, elles tentent d’atteindre l’arrière de la supérette : l’objectif étant de trouver au plus vite une sortie de secours. Et alors qu’elles se précipitent, se frayant un chemin comme bon nombre des clients de la supérette, vient barrer sa vision une énorme bottine. Bottine qui tape dans le flingue que Sharon tenait d’une main… !

Jackpot.

L’arme vient se nicher sous les  rayons, traversant inévitablement les différents rayons. Elle geint sous la surprise alors que l’homme se saisit uniquement de sa personne.

L’alarme cesse, vraisemblablement désactivée par l’un des braqueurs.

Le demeuré glisse un bras autour du cou de Sharon et intime à la foule qu’il détient un otage. Que le moindre mouvement à son encontre ou à l’encontre de ses pairs blessera l’innocente. Innocente qui geint de douleur, cramponnant fermement ses mains sur son ventre. Elle intime à l’inconnu de la relâcher, qu’elle tentera rien à son encontre mais celui-ci proteste et raffermit sa prise : va-t-elle accoucher face à tout ce beau monde ?

Qu’adviendra-t-il de son enfant ?
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WANNA SEE MORE ?



MessageSujet: Re: [FLASHBACK] A Child's Shadow - PV Clay Dim 3 Déc - 22:56


« Si vis pacem, para bellum.
Si tu veux la paix, prépare-toi à la guerre. »


Semper Fidelis. Jadis, une valeur de loyauté, d’amour et de sécurité qui est parvenue à préserver un avenir serein pour mon peuple. Un principe cruel qui a animé la fierté des hommes et l’égo du soldat. L’enclave du patriotisme qui a dévoilé le déroulement de l’histoire écrite par les vainqueurs, notre histoire. Mais je me suis lourdement trompé. J’ai été dupé, moi le prisonnier sans âge. Cette citation n’est qu’une valeur déteinte par le sang et les cendres grises et brûlantes du front. Je transporte beaucoup de morts dans ma conscience et cela me rend fou. Une démence qui me pousse à m’écœurer de mon existence. A me pousser à marcher éternellement aux côtés de mes semblables dans le royaume des ombres, en me tenant debout contre le mal qui nous a si durement frappés. Que pensent donc les anges qui nous regardent de haut, leur visage teinté par la compassion ? Ne voient-ils pas que nous n’avons plus rien d’humain hormis notre carapace physique ? Nous savons marcher, nous savons respirer, mais nous avons oublié comment vivre une existence digne. Nous avons la permission de rejoindre nos familles en ayant oublié de les aimer, un nouveau travail sans être capable de l’apprécier, une nouvelle vie sans jamais goûter à la paix. Le corps si affamé et les entrailles pourris, nous n’arrivons pas à mordre dans les aliments de ce majestueux banquet qui s’offre à nous. Nous sommes détruits et brisés, le souffle toujours éveillé. Nous sommes les soldats de cette nation, les morts-vivants de la pré-apocalypse.

Que Dieu ait pitié de l’Amérique. Que Dieu ait pitié de nous.

La réponse de la jeune fille m’a fusillé sur place comme si je me tenais en face d’un peloton d’exécution. Je me fais passer pour un être mauvais à ses yeux alors que je lui hurle mentalement de ne pas se laisser séduire par cette fausse croyance. Je n’ai pas souhaité corrompre leur cœur avec toute cette violence. Je voulais amener de la sécurité, désamorcer une situation de crise… Désemparé, je désire lui expliquer ardemment mon point de vue mais aucun mot ne parvient à ressortir de ma bouche ouverte. Au même moment, sa mère se relève à son tour en prenant appui sur l’une de ses filles, le regard tranquille et bienveillant. Un sourire s’éveille sur ses lèvres fines. Elle prononce un remerciement chaleureux. Immédiatement, le poids de ma conscience s’évapore. Je me sens léger à nouveau. Heureux et apaisé d’avoir pu remplir mon devoir. Sa grimace devient contagieuse, car je me surprends à partager son sourire. Tout en haussant les sourcils, je rencontre son regard pétillant en lui répondant d’un ton léger et amical :

« Un peu de détente … vous avez raison. Je compte d’ailleurs prendre exemple sur vous. Je suis persuadé que cela nous fera le plus grand bien. »

Même si je parviens difficilement à rester professionnel, je suis aussi tétanisé qu’elle. Je souhaite m’exprimer davantage en soulignant que je ne suis pas un homme violent, que j’ai dépassé les limites, que ma conscience est encore fragile depuis ces derniers mois et que je suis retourné au pays afin de goûter à un repos bien mérité. Lui faire comprendre que je ne suis pas un animal. Mais par chance, dans cet élan bienveillant, nous parvenons déjà à échanger quelques mots qui nous aident à nous canaliser mutuellement. Elle me donne l’impression d’avoir compris les piliers fragiles de ma psychologie avant même que je ne sorte un seul mot à ce propos. Soudain, son visage se raidit brusquement, le regard effrayé par la venue d’un nouveau péril. Les yeux froncés, je tente de suivre son regard alors qu’elle m’avertit précipitamment de décamper de là. La police est présente sur les lieux. Je devrais au contraire me présenter devant eux et leur expliquer toute la situation. Je suis également un homme de loi, militaires et policiers appartiennent en quelque sorte à une branche professionnelle similaire. Mais une envie pressante m’amène à décider autrement. Une envie urgente et égoïste. « Je souhaite retourner auprès de ma famille ». Cette phrase a percuté mon esprit pendant déjà huit mois. J’ai assez attendu. Je pourrai très bien venir témoigner le lendemain en me présentant au poste de police le plus proche afin d’affronter les actes violents que j’ai engendré par inadvertance. Je suis prêt à assumer les conséquences. J’ai répondu à l’appel à l’aide de cette femme. Mon cœur est léger, flottant sur les vagues d’un horizon paisible. Je devrais hésiter, mais cette femme enceinte ne me donne pas l’occasion de le faire. A l’intérieur de son regard alarmé, elle parvient à me rassurer dans ce sens. Ses yeux brillants me regardent comme si elle avait lu et compris l’ensemble de mes pensées. Comme si elle aussi avait vécu l’ensemble des horreurs indicibles dont j’ai été témoin. « Rejoins-les ! », hurle ses yeux. « Rejoins-les et ne te retourne pas ! ». Foutre le camp car ma place n’est plus ici. Alors, sans prononcer un seul mot, je fonce tête baissée à l’arrière de la salle, mon épaule entrant en collision contre la porte de secours afin de l’ouvrir en toute hâte.

La porte se referme derrière moi alors que je rencontre à nouveau toute la fraicheur de cette nuit automnale. Une pluie fine commence à tomber sur mes cheveux alors je tends l’oreille derrière la porte. J’entends plusieurs voix, dont celle de l’ancienne dame. Incapable de décortiquer clairement leurs paroles, je me redresse et décide de repartir dans la direction de mon véhicule. Mais après avoir fait le tour du bloc, je parviens à identifier deux officiers gardant la porte, juste en face de mon véhicule. Bordel de merde. L’un d’eux m’a aperçu et fait signe à son voisin de me regarder aussi. Afin d’éviter tout soupçon, je marche calmement dans la direction de ma jeep. Rebrousser chemin maintenant pourrait me faire griller. Alors que je réajuste le col de ma veste afin de me couvrir du froid constant, je déglutis, les yeux froids et calmes. Les agents de police, eux, ne me quittent pas du regard. Respire, tout va bien se passer. Tu es juste là par hasard après avoir vidé des déchets dans les containers de recyclage. Tu n’es jamais entré dans ce foutu magasin cette nuit. Mais arrivé en face de la portière de ma jeep, rien ne se passe. Alors que je recherche les clés enfouis dans mes poches, je m’attends à une altercation ou le simple fait de les voir s’avancer dans ma direction pour une petite discussion. Mais tels des statuts de cire, ils restent immobiles en regardant cependant de tous les côtés. Je ne vois pas non plus leur patrouille de police à proximité. Comment sont-ils venus ? Curieuse manie. Mais je ne m’interroge pas plus que cela. Je place tout cela dans le compte de la chance. A présent, je vais rentrer chez moi. Manger un repas chaud et équilibré, méditer pour me pardonner, faire l’amour par pur esprit de tendresse… La nuit est encore loin de se terminer.

La portière se referme alors que je prends place sur le siège conducteur. Le silence ambiant m’invite à extérioriser mes démons en poussant un profond soupir. Néanmoins, au moment où ma clé entre dans le contact, une alarme assourdissante surgit promptement non loin de moi. Le nez relevé, je recherche des yeux où le signal vient d’être donné. Tout semble indiquer que l’origine de ce capharnaüm résonne à l’intérieur du libre-service où je viens de foutre le camp. Ce magasin qui possède désormais un rideau de fer couvrant tous les accès, fenêtres y compris. Et pourtant, je n’ai aperçu personne en ressortir. Pas même cette femme et ses nombreuses filles. Je suis persuadé qu’elles sont encore à l’intérieur. Et comme si cela ne suffisait pas à éveiller toute suspicion, les deux agents gardant l’entrée entrent à leur tour dans un état de panique. L’un d’eux ose même sortir son arme de poing en l’exhibant dans tous les sens, sa voix vociférant des ordres dans une langue incompréhensible. Ce manque de professionnalisme commence sérieusement à me titiller l’esprit. Les incohérences s’enchaînent à vive allure, me laissant tout simplement pantois devant une telle mascarade si mal orchestrée. Mordant ma lèvre inférieure avec hargne, je commence à ressentir les émanations de toute la merde qui commence à débarquer comme un violent raz-de-marée. Il y a un problème . Une putain de complication. Et cette pensée m’empoisonne, me poussant dans les derniers retranchements de l’obsession maladive. Mes doigts pianotent nerveusement sur le cuir du volant, une seule question restant accroché à mes lèvres retroussées : que vais-je en faire ?

Après tout, pourquoi devrais-je continuer de m’impliquer ? Je devrais les laisser dans le conflit de leurs croyances stupides, eux qui attendent un chevalier blanc capable de tous les sauver par la noblesse de ses belles paroles. Un héros capable de nettoyer la merde que cette société capitaliste a laissé entrer à nos portes en laissant les riches obtenir toute la liberté de se pavaner derrière leur immunité juridique alors que les classes sociales défavorisées sont reconvertis en des petites putes soumises. De la viande avariée pour ces prédateurs armés jusqu’aux dents et de la cocaïne plein leur pif qui ont d’ores et déjà franchi le point de non-retour. Le meurtre est la nouvelle noblesse du tueur. Cette ligne morale, je l’ai aussi traversé. J’y ais même voyager en faisant plusieurs allez-retours, transformant cette limite en une frontière ouverte tant mes empreintes de pas gouvernent les lieux.

Je ne suis pas un chevalier blanc. Peut-être jamais un héros. Car moi aussi je possède une vie aussi fragile que vulnérable, putain. J’ai des dettes à payer. J’ai une femme à aimer. Deux filles à éduquer. Et je dois surtout apprendre à aimer et à éduquer. Des choses élémentaires que le front m’a enlevées. C’est moi la victime, pas eux. Je me suis déjà enfoncé dans une fosse à purin en leur ôtant une épine de leur pied, maintenant c’est le problème des flics. L’alarme à sonner, ils vont intervenir tantôt. Ils sont rémunérés pour protéger et servir. Et même s’ils arriveront trop tard et que tout le monde se retrouve liquéfié par balle en formant un étang de corps et de sang, ceci est la faute de la justice américaine qui ne fait pas bien son putain de boulot.

MERDE !

Et je cogite avec sévérité. Puis, la plainte se transforme en une colère noire. Et cette vieille haine qui n’a jamais cessé de me quitter en profite pour remonter jusqu’à moi telle une terrible lubie insatisfaite. Elle me susurre de sa voix vicieuse à quel point je me mens, qu’il est lamentable de m’empêcher aussi férocement d’y retourner. Car la guerre m’attend au-delà de ces murs. Et derrière la guerre, la rédemption. Le sauvetage de ces innocents.

Je n’arrête pas de revoir et de chérir en pensée le visage de cette femme enceinte, le teint rassurant de son regard. Elle m’a donné ce que mon cœur lui a supplié de recevoir : un peu d’amour et de reconnaissance. Quelque chose d’humain, de si simple. Ce n’est pas de l’amour, mais … un sentiment si agréable me gouverne aisément. Je me retrouve ainsi coincé comme un con, le cœur compatissant et effroyablement touché. Elle a besoin de moi.. Je peux y arriver. Je peux tous les sauver. Je suis conscients que ces premières pensées sont néfastes. Que je devrais même considérer à appeler des renforts. Mais ils n’arriveront jamais à temps, pas vrai ? En revanche, moi … Je commence à croire que je ne cesse de griller continuellement mon cerveau. Une automutilation psychologique qui me conduit à vouloir me jeter ainsi dans la gueule du loup tout en me persuadant que ce sont ses crocs qui vont péter sur mon bras. Je jette ma vie au loin en me croyant invincible, un guerrier indispensable qui espère pouvoir faire la différence. Mais le changement n’est pas nécessairement bénin. Car je ne suis pas le chevalier blanc. Mes mains sont sales. Je n’amènerai jamais la paix dans leur petit monde. Au contraire, je vais les brusquer jusqu’à les amener à la limite traumatique. Car je suis le fossoyeur qui sème les graines de l’enfer sur Terre en remplissant les tombes anonymes de son cimetière. Durant mon offensive, peut-être que les balles vont se disperser avant d’atteindre les otages. Ahmed. La vieille pie. Les fans de football. Cette femme enceinte et ses filles. Je suis prêt à risquer leur vie en me reposant sur ma seule décision. Suis-je au moins capable d’en assumer les conséquences ? Aussitôt, mes mains se resserrent furieusement autour du volant.

La sinistre vérité ? Je n’en ai plus rien à foutre.

Car je vois rouge.

Brusquement, la clé tourne dans le contact en faisant ronronner la jeep. Ils ne m’empêcheront pas d’entrer à l’intérieur. Ils ne parviendront pas à me détourner de ma mission. La mâchoire crispée, mon pied vient écraser l’accélérateur sous le regard décontenancé des deux faux-officiers. Ceux-ci commencent à se munir de leur flingue avant de cribler de balles mon pare-brise. Une puissante adrénaline m’emporte au point de me faire suffoquer, une pression si bestiale que mes tempes se retrouvent bloquées dans une rage folle. La réalité la plus évidente commence à fondre sous mes yeux, me projetant loin des soucis morals de mon humanité. Tout juste avant d’entrer en collision contre le rideau de fer, je tourne le volant sur le côté en emportant un de ces connards sur mon pare-choc. Le véhicule défonce le rideau, explose la vitre et roule sur plusieurs étagères comme un bélier incontrôlable. La tête contre le volant, les secousses s’arrêtent enfin. Sans crier gare, plusieurs détonations commencent à  éclater dans les environs, les balles heurtant la tôle de mon véhicule. Je me baisse immédiatement, recouvrant ma tête de mes mains en ramassant des nombreux débris de verres dans mes cheveux. Comme une mauvaise blague, la stéréo de mon véhicule commence à répandre sa musique à haut volume en accompagnant les rafales de balles. Ce déferlement de brutalité me pousse à rugir à plein poumons en portant plusieurs coups de poing contre la radio.

« VOUS VOULEZ ME TUER ?! ALLEZ-Y ! TUEZ-MOI, PUTAIN ! MAIS BUTEZ-MOI ! PERSONNE NE PEUT ME TUER ! »

Les trompettes de la mort répètent leur terrible sonate. Et dans cette sinistre harmonie, je suis prêt à mettre le feu au sixième amendement de notre beau pays. Pas d’avocats. Pas de négociation possible. Prêt à tirer pour blesser avant de les exécuter. J’ai encore de la haine à revendre. A déclencher une putain de guerre ouverte dans le seul but de résoudre ce problème. Rapidement, le cliquetis des chargeurs vides commencent à répandre leur bruit caractéristique. Plus un bruit, hormis le rythme assourdissant de ma stéréo. Remontant doucement ma tête, je vois que mon pare-brise a embroché le corps d’un officier qui gardait l’entrée, la moitié de son corps retombant au-dessus du volant, son arme gisant encore à l’intérieur de sa main. Les chargeurs retombent à terre dans un bruit sec alors que j’entends des cris et des coups surgir derrière les étagères. Il se peut que quelqu’un ait profité de la situation chaotique pour tenter quelque chose …

Un excellent timing pour moi.

A la hâte, je m’empare de l’arme avant de me tourner dans la direction de ces malfaiteurs, le canon orienté sur eux. Plusieurs salves sont tirées dans leur dos. Le premier s’écroule comme un pantin désarticulé, une balle perforant ses cervicales.

« Cible abattu… »


Le deuxième hurle à pleins poumons en écrasant ses mains contre son ventre avant de retomber sur ses genoux.

« Cible neutralisé …  »

Le troisième qui vient de se retourner reçoit trois beaux pruneaux dans le visage, déchirant la moitié de sa mâchoire en transperçant sa forme buccale.

« Cible à terre, putain ! »

D’autres coups de feu ne tardent pas à venir, m’obligeant à baisser à nouveau ma tête. Au-travers de mon rétroviseur, je contemple le deuxième garde de l’entrée se faufiler par le trou béant que je viens de creuser à l’aide de ma jeep, son arme pointée dans ma direction. Par instinct, je sais qu’il ne va pas tarder à apparaître à mes côtés dans le seul but de me trouer la peau. Couché en face de la portière, je l’attends patiemment en mettant mon colt en joue. A l’aide des rétroviseurs, je parviens à anticiper ses mouvements et à calculer approximativement l’angle de son attaque. Enfin, en jetant un coup d’œil furtif, je le vois se glisser le long de mon côté. Immédiatement, je relève ma jambe avant de la propulser contre la portière. Celle-ci s’ouvre à la volée en heurtant l’officier, fracturant au passage sa partie nasale. Allongé devant moi, je sors à mon tour avant d’empoigner l’arrière de son uniforme. Je le désarme en broyant ses phalanges d’un coup de talon avant de le trainer par le col comme une pièce de viande avariée. En faisant le tour de la jeep, je m’expose devant les otages et le seul malfaiteur restant, mes souliers marchant sur les douilles creuses qui inondent la supérette. Mon mutisme et ma présence suffisent à engendrer un effroi terrible dans l’atmosphère. Un exécuteur débauché et immoral sorti d’un autre monde. Le regard indifférent et dénué d’émotion, je m’approche d’eux alors que le dernier truand détient également un otage très familier. La femme qui a su animer mon cœur pour que je reparte chez les miens est aussi la responsable qui m’a poussé à rebrousser chemin en ouvrant le feu sur tout ce qui bouge. Mais je ne lui en veux pas. Car je me sens bien. Putain, que je me sens si bien … à l’intérieur de mon royaume corrompue.

« Tu veux vraiment jouer à ça ? Sa vie contre celle de cette pute, hein ? »

Le malfaiteur vient de parler, sa voix vibrant avec une nervosité sans pareille. Ses jambes tremblantes menacent de flancher à tout moment. Il sait. Il sait qu’il a en face de lui un animal encore plus grand et dangereux. La reconstitution d’un fléau divin. L’anathème de sa vie criminelle. Le point de non-retour. Mes yeux rencontrent celle de la jeune femme avant de redescendre à hauteur de son buste, puis de son ventre et enfin de ses pieds. Inconsciemment ou non, ses jambes sont légèrement écartées, laissant entrevoir le tibia du criminel. Je vais miser sur la chance de la sauver sans la blesser. Un pari extrêmement risqué.

« A… Arrête-toi sinon je la but… »


Je ne laisse aucune ouverture à la négociation. Levant le canon de mon arme, une première balle vient pénétrer le crâne de mon prisonnier que je retiens par le col. Une brève agonie retentit alors que son visage se relâche instantanément. L’effroi de cette scène me permet de faire surgir la surprise et la vulnérabilité dans la conscience de mon ennemi. Je gagne deux secondes avant qu’il ne réalise mon acte démesuré. Mais cela est satisfaisant pour moi, car ma dextérité y répond d’une manière vive. Mes doigts serrés autour de mon arme, j’enchaîne promptement avec une autre balle qui vient se loger à l’intérieur de sa jambe avant de briser son tibia en plusieurs morceaux. La douleur est si cuisante qu’il s’écroule à terre en relâchant son arme, sa voix dégorgeant toute la souffrance de sa nouvelle condition d’estropié. Mon absence morale est parvenue à me damner définitivement cette nuit-là, tout en ayant préservé un avantage tactique et intimidant. En tant normal, si j’avais douté de mes capacités le temps d’une seule seconde, cette femme enceinte aurait péri de bien des manières, laissant ses nombreuses filles devenir des orphelines. Puis, ce connard m’aurait criblé de balles à mon tour car je représente un danger potentiel, mettant un terme à ma vie traumatisante et insensée. Mais la réalité ne s’est pas déroulée ainsi. Je suis devenu un tueur. Un ange exterminateur en manque. Mes yeux incandescents brûlent toujours de cette flamme impérissable. Mes actes n’ont pas été guidés par la vengeance ou une manière d’expier tout le mal que j’ai causé. [/]Ceci est de la punition.[/i]      

« Bordel de merde, Clay … C’était quoi ça ? »


Je découvre un Ahmed paniqué ressortant des débris, sa chemise recouverte de poussières et des sanglots déformant son visage si naturellement calme. Je viens peut-être à l’instant de souiller et d’anéantir par le sang les principes et les valeurs du Coran. Qu’Allah puisse me pardonner. Je n’ai pas la coutume de prêcher la bonne parole en apportant un savoir altruiste. Je n’enseigne que la destruction de mon sanctuaire par le brasier de ma haine dévorante. J’hausse les épaules, ma voix devenue dure et aussi froide que l’amont d’un glacier.

« Un mal nécessaire qui rempli son devoir. »

Ou autrement, une Blitzkrieg. L’assaut éclair n’a duré que quelques minutes en occasionnant beaucoup de dégâts environnementaux et, sans doute, psychologiques. Mais, tout ce qui compte, c’est que les otages sont en vie.

« Pas comme ça … Tu nous as sauvé mais … C’est fini maintenant… »


Ahmed décide à lui seul de conclure toute la violence qui a outrepassé son seuil de tolérance. J’ai anéanti la moitié de son magasin et encrassé le sol de métal fumant et de corps inertes et sanguinolents. Mais ce n’est pas fini.

« Vraiment ? »

Le cœur malade, son visage devient blême. Il semble comprendre à son tour. Le truand en face de moi est blessé, mais il n’est pas mort. Il secoue négativement la tête afin de souligner son incompréhension et cette folie que je suis en train de poursuivre sans même pouvoir m’arrêter. Ma main armée se tend en direction de l’estropié, puis elle appuie une nouvelle fois sur la gâchette, éveillant une nouvelle fois la surprise et une panique générale. Mais rien ne vient hormis un cliquetis métallique m’indiquant que mon chargeur est vide. Le visage rouge, Ahmed sort complètement de ses gonds alors que les autres restent en tant que spectateurs, bien trop angoissé à l’idée de me brusquer.

« Cet homme va être jugé pour ses crimes … Il ne représente plus un danger ! »

Je ne l’entends plus. Ma main s’empare de la dernière bouteille de whisky encore debout sur un rayon. D’un revers de main, je parviens à dévisser le bouchon avant de renverser le contenu sur le corps du meurtris. Il ne me manque qu’un briquet pour allumer un feu de joie capable d’éteindre mes ardeurs.

« Qu’est-ce que tu … »


Aussitôt, ma voix le coupe et s’emporte en poussant plusieurs vociférations caverneuses à son encontre. Mon âme est en peine et je me rends compte à quel point mon geste est perverti par mon conditionnement. Je dois le faire, même si mon cœur est las et attristé d’être le premier témoin de mes morts. Je ne peux pas prendre le risque de le garder en vie … Inconsciemment, je suis en train de plonger dans la paranoïa la plus destructrice que je n’ai jamais eue.

« Ahmed, pour l’amour de ton foutu dieu, regarde-le ! Il fait partie d’un gang local, je viens de tuer ses hommes avant de l’estropier ! Les représailles ne viendront pas ici, elles vous retrouveront et sonneront directement à la porte de votre demeure… Je peux terminer ce bordel ici et maintenant !


Je me retourne vivement pour faire face à la femme enceinte qui est proche de ce corps saignant, engendrant un recul sensible de sa part. Les lèvres chancelantes et la gorge serrée, mes yeux injectés de sang tentent d’être plus adoucis en recherchant un maigre signe de compréhension de sa part. Elle pourrait me comprendre ! Elle sait que j’ai raison, bordel !

« … et tant que je serai vivant, je peux empêcher que cela puisse vous arriver. »

Mais Ahmed, dans la feu de l’action, s’emporte à nouveau. Il me connaît suffisamment et commence à comprendre que je suis en train de dériver complètement. Son teint devient extrêmement rouge alors qu’il me regarde allumer mon briquet juste en face du blessé. Il suffirait que je laisse tomber pour que ce dernier puisse être consumé dans les flammes de sa cruauté.

« Arrête ! Plus de bains de sang, c’est fini ! Tu n’es pas un prophète capable de dicter ce qui est bon ou mauvais … ! »

« Ce n’est pas une réponse émotionnelle. Il est parfois nécessaire d’appliquer certaines mesures extrêmes en-dehors de la loi afin d’appliquer la justice la plus naturelle… »

« C’est insensé … Madame, ne l’écoutez pas ! Pointez votre arme sur lui ! »

Une arme ? Oui, elle possède une arme et l’oriente dans ma direction. Cette femme a décidément du mordant. Tu me surprends Ahmed … Mais tu as raison. Elle pourrait me tirer dessus là, tout de suite. En terminer avec tout ceci. Et le pire dans tout cela, c’est que je ne lui en voudrai même pas. D’un regard bienveillant, je lui souris en lui déconseillant d’avoir une mort sur la conscience. Je lui intime de me laisser terminer ce que j’ai commencé, éveillant le sentiment que je suis parfaitement conscient de mon geste terrible.

« Baissez votre arme, c'est ridicule. Je ne suis pas un danger. Donnez-moi votre arme, puis je la couvrirai de mes empreintes. Vous partirez ensuite de la supérette et me laisserez avec lui, seul à seul. Au final, je passerai ma vie en prison et vous … Eh bien, vous serez libre et vous aurez votre adorable enfant. »

Les yeux humides de larmes, je ne peux plus me contenir. Je n'arrive tout simplement pas à m'arrêter. La déclinaison est dangereuse et me pousse à foutre ma vie en l'air. Je leur donne l'impression que je n'ai absolument rien dans ma vie afin de justifier pleinement mon sacrifice, or j'ai une famille qui compte sur moi. Le briquet toujours allumé, mes yeux pivotent en observant ses filles. Cela est déjà suffisamment rude pour ces petites, je ne souhaite aucunement l’exécuter froidement devant leur regard. Je tâcherai de traiter cela avec beaucoup plus de discrétion et de pudeur en invitant tout le monde à sortir avant l’arrivée des flics. A condition que cette mère de famille puisse me transmettre l’arme de poing et ne pas la retourner contre moi…

« Faites ce qui est juste. »

Mon monde est en train de chavirer. Tu portes la vie en toi alors que je suis un être répulsif. Je te donne la clé de mon âme, en espérant apprendre de toi. Je veux que tu sois le contrepoids, car c'est toi que je t'accepte comme mon sauveur. Cloue-moi sur ma foutue croix. Et remets donc mes péchés dans le sacrement de pénitence. Je t'en prie ... Aime-moi. Arrête-moi. SAUVE-MOI !
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MessageSujet: Re: [FLASHBACK] A Child's Shadow - PV Clay Mer 6 Déc - 22:53

L’homme au col, malmené par l’ange exterminateur, me fait face. Son regard transpire, tressaillit, sous la peur qui semble l’abriter. Je zieute vaguement ses mouvements et crois distinguer du coin de l’œil de vagues tremblements. L’homme est apeuré. Tout comme moi, malmenée comme un vulgaire chiffon. Je leur fais face à contrecœur, malgré moi, malgré mon indéfectible envie de m’enfuir.

Inspirant doucement, je tente de contrôler ma respiration qui ne cesse de s’emballer. J’expire tout aussi calmement, afin de maintenir l’arrivée des premières et supposées contractions. Je ne veux pas accoucher. Pas de suite. Pas maintenant. L’enfant naîtrait prématurément, sous le stress, dans un environnement défavorable pour sa petite personne et il hors de question que mon enfant commence une vie dans des lieux aussi sordides. Glissant doucement mes mains sur mon ventre, je tente à l’aide de mes paumes de calmer les battements effrénés de ses petits pieds contre mon ventre.  Maman est stressée et bébé le remarque. C’est inévitable. Le lien unissant une mère à son petit est fort : plus fort que tout et si maman se sent mise en danger, bébé aussi…

Le bras se resserre autour de mon cou. Une fois encore je cherche l’air, tente de me calmer alors que les insultes fusent. Je grimace sous la menace que lance l’adversaire :
« A… Arrête-toi sinon je la but… »

J’écarquille grand les yeux : moi oui, mon bébé non. Mon regard se porte avec difficulté sur l’Exterminateur. Je vois qu’il cherche lui aussi une solution, cherche lui aussi à atteindre l’adversaire. Il veut que l’adversaire chancèle, faiblisse et se ramasse la gueule au sol sous l’émotion. D’un regard, je lui intime de cesser, d’arrêter au plus vite ce qu’il entreprend de faire et surtout, je lui intime d’éviter le carnage. Je ne veux pas de cette atmosphère, je ne veux pas de ce monde pour mon enfant ! Mes mains se nouent sur mon ventre.
Je tente de garder un semblant d’équilibre alors que l’inconnu m’attire dangereusement dans un étau mortel. Au creux de son bras vient s’échouer ma gorge : le manquement d’air se fait de plus en plus oppressant. Mon cœur s’agite sous la peur. Je cherche l’air, en vient presque à haleter sous la suffocation qui ne cesse de grandir.

Cramponnant mes mains sur mon ventre, j’observe toujours l’Homme qui nous fait face : ne commet pas l’irréparable ai-je envie de lui souffler alors qu’au même moment il libère une balle. Elle vient se nicher dans le crâne de l’otage qui me fait face. Mes yeux restent grands écarquillés. Mon cerveau peine à analyser ce qui s’est déroulé juste là, maintenant, tout de suite, sous ses yeux. Ma bouche s’entre-ouvre alors que l’air me manquait. La suffocation s’efface au profit de la stupéfaction. Le manque d’air cède sa place à un doux haut le cœur alors que le sang s’écoule par les pores dilatés de la peau de l’inconnu. Je ferme les yeux alors que mon estomac s’agite : je vais vomir.  Ou mourir, d’une balle nichée au creux même de mon crâne.
Fermant de plus belle mes yeux, je perdure jusque à ce que quelques tâches viennent danser dans la pénombre.

J’ai peur, atrocement peur.

Je compte les secondes : une, la prise se raffermit. Deux, le bras tremblant se fait à nouveau oppressant. Trois, le flingue se glisse contre ma tempe. Je glisse mes mains fermement contre le bras de mon agresseur alors qu’il me relâche soudainement.
Mes yeux s’ouvrent immédiatement. Je me tourne d’un quart vers l’homme qui s’écroule. Une balle plantée au sein de sa jambe semble le clouer au sol, envoyant valser son arme. Je m’en saisis et la jette au sein du bac de la caisse : ainsi, elle sera inatteignable. Je reprends vivement un semblant de respiration, m’écartant de la scène qui se joue devant moi. M’écartant de la scène qui se joue de moi.
Résonne, au loin la voix du vendeur. Il affronte ouvertement le meurtrier. Sa voix ne tressaillit pas, demeure constamment la même de ce même ton agressif. Est-ce un complot entre ces deux hommes ?

Pourquoi se connaissent-ils ?

Où sont mes dames, celles que je connais moi aussi ?
Les jambes en compte, je respire vivement et évite de porter mon regard sur les nombreuses tâches de sang qui se diffusent à même le sol. Bêtement, me parvient la pensée du nettoyage. Dans un semblant de stress, j’en viens à penser que la crasse sera pénible à nettoyer. Un rire nerveux manque de franchir mes lèvres alors que je repense à cet homme. Au Meurtrier qui a sauvé ma personne et mon enfant dans un bain de sang effroyable. Les voix se font lointaines, les jambes tremblotantes alors qu’entre mes cuisses vient glisser un semblant de liquide, significatif.

Ma bouche s’ouvre, tente de laisser échapper un cri de panique mais rien n’y fait. Mes mains se crispent sur mon ventre alors que je déambule fébrilement jusque à prendre appui sur l’une des caisses. Mon cœur s’agite alors que l’inconnu entre en débat avec le caissier. Ils parlent fort. Haut. Bien trop haut et bien trop fort. Je grimace malgré moi et me retient de laisser une flopée de jurons s’échapper d’entre mes lèvres. J’aimerais du silence, un brin de complaisance. Je souhaitais accoucher au sein de l’eau et me voilà en train de perdre les os au bon milieu d’un bain sanguinolent. Un haut le cœur menace de faire vrombir mon estomac.  
Le bébé, le bébé, le bébé. Les lieux ne sont en rien stériles !
L’Inconnu se tourne sans prévenir pour me faire face.
Il cherche mon regard alors que je demeure muette, la bouche entre-ouverte. C’est un cauchemar ! Une hallucination ! C’est impossible ! Mes jambes se resserrent, cherchant à retenir l’enfant.

Mon mari, où est-il ?

L’Inconnu lève un briquet en la direction des corps qui jonchent ici et là.

L’affirmation se fait et explose en mon sein : c’est un cauchemar. Je vais me réveiller et je vais prendre conscience que tout ceci n’a été qu’une vulgaire mascarade. Oui, je vais reprendre conscience sous peu.
Mon regard se porte sur la pendule murale mais ma vision se brouille alors que les larmes viennent se faufiler aux extrémités même de mes yeux.  L’une de mes mains se détache avec prudence de mon ventre et cherche à tâtons dans le bac de la caisse une solution. Les doigts engourdis par le froid rencontrent un semblant d’arme. Détachant avec peine ma seconde main de mon ventre, j’arme et pointe doucement l’arme vers les deux inconnus.

Fermez-la.  

Je veux que leurs voix cessent, s’arrêtent. Je veux sauver mon enfant, mon bébé. Je me fais violence face à leurs regards paniqués pour saisir un semblant de dialogue jusque alors ignoré :  
« Baissez votre arme, c'est ridicule. Je ne suis pas un danger. Donnez-moi votre arme, puis je la couvrirai de mes empreintes. Vous partirez ensuite de la supérette et me laisserez avec lui, seul à seul. Au final, je passerai ma vie en prison et vous … Eh bien, vous serez libre et vous aurez votre adorable enfant. »

Un sourire se dessine sur ses lèvres, en parfait contraste avec les larmes qui viennent border ses yeux à lui aussi. Je déglutis doucement, en secouant négativement la tête. Dans nos regards qui se croisent, la détresse de l’un et de l’autre transpire. Le regard échangé est symbole de compassion. Une compassion dont nous seuls connaissons les tenants et les aboutissements.
D’une voix nouée, je souffle :
« Non. »

Une affirmation alors que je viens maintenir l’arme d’une seule main, saisissant au tréfonds de mes poches un jeu de clefs :
« Avancez et prenez ça. »

Il me regard l’air interdit. Surpris et probablement choqué par la scène qu’il a mis au point, il peine à réagir. Ma voix se fait soudainement meurtrière, répétant en articulant soigneusement :
« Prenez mes clefs, bordel. »

Les larmes viennent dangereusement border mes yeux. Amèrement, je souffle entre mes dents d’une voix que lui seul semble pouvoir entendre :
« Conduisez. Immédiatement. »

Silencieusement, les larmes viennent rouler le long de mes joues et déviant mon arme de l’inconnu, je désigne d’un mouvement de l’arme le supposé Dirigeant. Je plisse légèrement les yeux, distinguant sur son badge son prénom. D’une voix rude, j’intime :
« Appelez les flics, bougez-vous Ahmed ! »

Relevant le regard vers l’une des caméras, je vise avec précision la lentille de cette dernière. Je m’applique à toutes les briser avant de chanceler sur une mare de sang. J’agis machinalement, sans réellement réfléchir aux conséquences de ces actes. L’agis pour protéger l’inconnu, pour protéger mon bébé. De qui ? De quoi ? Je ne sais guère mais emportée par cet élan de survivaliste, je me laisse prendre malgré moi au jeu et œuvre telle une délinquante sans en avoir la carrure ni même l’audace.  

Mes pieds se confondent au sein des tâches de sang et avec maladresse, je me rattrape de justesse en agrippant le bras de l’inconnu. Nos regards se croisent à nouveau et je lui implore silencieusement de sauver mon enfant. C’est beaucoup et peu à la fois. Il m’a défendu, durant cette soirée, contre un ivrogne mais également contre ces braqueurs. Qui peut-il être pour agir ainsi, avec autant de confiance et de précision ? Nos regards restent silencieux, les questions ne daignent pas de sortir et venant briser cet instant je lui intime de partir chercher ma voiture à l’arrière. Sur le parking.

Au loin, le bruit des gyrophares se fait entendre. Le temps nous manque alors que je tente désespérément de serrer les cuisses pour retenir cette tête bien trop invasive entre mes jambes.

Où sont les filles, bordel ? M’ont-elles abandonnées à mon triste sort ? Sans la moindre once de conscience ?

Salopes.

A l’extérieur le klaxon résonne, les sirènes s’intensifient et passant par le semblant de rideau déchiqueté et de verre brisé, je me faufile avec maladresse à l’extérieur. Ma cuisse se heurte à un énorme morceau de vitrine. Entaillant largement ma cuisse, je laisse échapper un gémissement plaintif. Mes bras s’agitent dans le vide à la recherche d’un semblant d’aide. En une grimace, je me fais épauler par mon ami l’inconnu et me faufile sur la banquette arrière. Allongée avec maladresse, le bas trempé je geins qu’il lui faut presser le pas. Mes deux mains se glissant fermement sur l’une des ceintures, je m’y cramponne au moindre mouvement.
L’accélération se fait et je prends conscience que je ne suis pas dans ma voiture. Mais dans sa jeep. Le froid broie mes muscles alors que son pied vient se heurter, zigzagant dangereusement sur la route, sur le corps inanimé, parfaitement empalé au milieu du pare-brise et sa personne : comment son visage peut-il demeurer aussi hermétique ? Aussi insensible ?
Pourquoi ai-je imposé à ce fou-furieux que de me conduire à l’hôpital ? Une mère est-elle réellement prête à tout pour son enfant ?

De droite, à gauche, je tâtonne mon pantalon et compose machinalement le numéro de téléphone de mon mari. Je mets le téléphone sur haut-parleur, m’apprêtant à gueuler sur sa personne. Les sonneries défilent, atrocement longues et douloureuses, s’accordant avec cette fin de grossesse.
La messagerie résonne et un énième virage envoi valser le téléphone contre la portière.

3h30.

Les mains cramponnées à la ceinture, j’en oublie le flingue qui glisse le long de la banquette, venant se nicher sous le siège du passager. J’inspire, halète bruyamment alors que la musique vient emplir l’atmosphère. Inlassablement la même musique.
Les propos sont maladroits, je crois l’entendre me souffler que l’hôpital n’est plus très loin mais qu’importe. Qu’importe car je me redresse pour me saisir du flingue et pour le glisser sur sa tempe : il va devoir extraire lui, le bébé.

Maintenant.

Il ne veut pas. Il persiste à me souffler que l’hôpital n’est pas loin mais les panneaux et panonceaux me prouvent le contraire : l’hôpital le plus proche est loin. Bien trop loin. Il va falloir s’arrêter au plus vite sur une place de parking, dans un semblant de forêt, qu’importe de toute façon les endroits visés sont désertiques à cette heure-ci. Et je ne peux plus retenir l’enfant. Au risque que l’accouchement se déroule d’une très, très, mauvaise façon…

4h00.

La voiture s’arrête. Il coupe enfin le contact, suivant à la lettre les instructions que je lui dicte. L’arme y est-elle seulement pour quelque chose ou agit-il par relent d’humanisme soudain ?
Me pense-t-il capable de tirer sur sa personne ?  Les mains tremblantes, je lui intime d’ouvrir la portière arrière protégée vraisemblablement par la sécurité enfant. Il s’excuse, le visage blême, l’air béat, ne sachant trop quoi faire.

Le bas est retiré alors que le sang s’écoule encore de la plaie fraîche à la jambe. Le flingue toujours braqué en sa direction, je ne cesse de lui murmurer des « désolée » à la chaîne. Car oui, je suis désolée. Désolée d’avoir croisé la route de cet ivrogne. Désolée même d’être sortie en la compagnie de ces pseudos-amies qui ont déserté les unes après les autres m’abandonnant dans les bras d’un inconnu. Désolée d’avoir un mari indisponible. Mais désolée en réalité que de vouloir lui faire commettre en délit de fuite : ai-je eu peur, par conscience peu sereine, que les meurtres passent avant mon enfant ? Ai-je eu peur qu’on mette en priorité ces corps morts plutôt que le corps qui s’agite en moi ? Ou bien ai-je voulu inconsciemment que cet inconnu m’emmène à l’hôpital le plus proche, misant sur lui des espoirs infondés d’un avenir sain, meilleur pour mon enfant ?

Tout est soudainement confus. Il aurait été souhaitable que l’enfant naisse au sein d’une maternité, entouré de ses deux parents. Au lieu de quoi, je me retrouve à jouer un rôle qui n’est pas le mien. Au lieu de quoi, je me retrouve là, à obliger un inconnu à glisser ses mains dans ma fente pour en extraire le petit. L’environnement est crade à souhait, je jonche entre les jouets de ses propres gosses et les bavoirs de ses propres enfants. Entre deux chewing-gum collés hasardeusement sous les sièges, je constate que cet homme, ce meurtrier, est un père de famille.

Mon instinct maternel s’est donc tourné vers la bonne personne.
Mes sourcils se froncent alors que les contractions se ressentent avec une vivacité sans pareille, martelant sans pareille l’intérieur même de mon bas ventre…

4h30.

Les contractions se multiplient. J’ai baissé l’arme car il paraît qu’elle stressait littéralement l’apprenti infirmier.
Intérieurement, je me rassure. Sa femme, sa compagne, a dû lui raconter sa grossesse, ses moments de doutes et ses moments de joie. Il doit s’y connaître, c’est indéniable, il doit savoir ce qu’il fait et pourquoi il le fait : l’objectif n’est pas de maintenir un semblant de pudeur entre deux inconnus. L’objectif est d’extraire l’enfant, de donner la vie et d’en finir à tout jamais avec cette atroce histoire de supérette !

5h00.

Qu’il parle face à mon entre-jambe : la cavité occupée ne permet pas la résonance. Je me sens faiblir et tente d’agripper d’une main mon téléphone portable dont l’écran est fissuré : où peut donc être mon mari à cette heure-ci ?
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MessageSujet: Re: [FLASHBACK] A Child's Shadow - PV Clay Mer 6 Déc - 22:53

La trace de mes phalanges se dessine encore à même son visage. Clay Rusty Jackson.
Toi. J’enrage à ton encontre. Tu le sais, tu le remarques. A chaque fois que nous discutons ensemble, mes mains s’agitent en de terrifiants tremblements. Tu l’as vu, toi, Sharon passer à de nombreuses reprises sa main dans mon dos pour me rassurer, pour me calmer face à ta personne. Et tu le sais, Clay, j’ai pleuré durant bien des soirs : la simple idée de défendre un monstre comme toi m’apeure m’effraye, me fait tressaillir et non pas de bonheur.

Oh ça non, crois-moi sombre chien.

Les juges, le tribunal, tout me rappelle inlassablement ma condition d’avocat. Et je dois défendre ce type, là, maintenant, assis à côté de moi sous prétexte qu’il a mis au monde mon enfant. Ca me débecte.
Je n’ai pas su être là. J’ai été absent, oui. Et j’ai négligé, une fois encore, mon rôle de père au profit d’une ou deux bières et d’un ou deux matchs de foot. Et Sharon m’en a, une fois encore, voulu. Voulu à me hurler dessus une fois son état de santé stabilisé.

Pourquoi lui ai-je éclaté la gueule me diriez-vous à ce connard ?

Parce-que je suis parvenu, avant les flics, à localiser le téléphone de Sharon.
Et j’ai donné, avant l’épicier, l’alerte en retraçant à la carte le chemin parcouru par Sharon. Et je suis intervenu au plus vite.

Oh, il a peut-être réussi à jouer les apprentis sage-femme, oui. Mais je l’ai soupçonné, dès que j’ai croisé son regard. Je l’ai incriminé, tout au fond de moi, pour avoir tenu ma femme en otage.

Jamais, je n’aurais pu penser qu’elle puisse prendre sa défense. Jamais je n’aurais espéré qu’elle se ligue ouvertement contre moi afin de le défendre lui, un parfait inconnu. J’ai soupçonné la fièvre, l’accouchement, de prendre le pas sur ses pensées et ses décisions. J’ai misé sur les émotions confuses du moment, la peur de perdre l’enfant et qui sait, un symptôme léger de Stockholm. Mais lorsque j’ai appris par appel téléphonique lors d’un repas de famille que ma propre femme, Madame Bethea, s’était prise à briser les lentilles des caméras… j’ai cédé. Ma patience légendaire à faiblit, faillit, au profit d’une crise sans nom. Mes mains ont heurté les meubles. Mes doigts ont flirté de très près avec les assiettes, les couverts et tout ce qui était à portée de main. L’enfant à hurler depuis son berceau sous les coups que j’ai assigné à la table à manger. Elle m’a imploré de me calmer, m’a supplié de me taire mais la crise a été telle que j’ai perdu l’espace d’un instant mon calme si légendaire.

Je l’ai traité de folle. Elle en a longuement pleuré, son corps parcourut par des soubresauts incontrôlés.

Ai-je seulement levé la main en sa direction ?

Non. Il n’était aucunement question de battre, de frapper, une pauvre femme. Une folle. Au lieu de quoi, dès sa sortie de l’hôpital et dès la fin de ce même dit repas, je l’ai faite analyser par une psychologue. Amie de longue date, elle nous a pris en priorité sous l’urgence de la situation.  
Rien, le néant. Le calme plat. Elle a plaidé la panique, a plaidé la peur. Elle s’est tue sous le silence. S’est murée dans le silence le plus complet par peur et surement par complaisance.
J’ai perdu, le jour de la naissance de notre fils, ma femme. Et son âme s’est évaporée, me laissant la face à un semblant de pantin désarticulé exigeant une seule et unique chose : la défense de cet homme qui l’aurait aidé, d’avantage que moi durant toutes ces années de vie commune.

Et me voici aux côtés du meurtrier. A mettre ma réputation en jeu pour un soldat fou.

Tous les soirs, elle s’est réveillée et tous les soirs j’ai été dans l’incapacité de l’aider. Il m’a été impossible de rassurer ma propre femme. Ne la comprenant pas, premièrement mais surtout, étant deuxièmement perpétuellement repoussé par sa personne. Elle me soufflait que mon regard trahissait en boucle mon manque de sincérité à son égard et que le coup de l’ami psychologue lui restait au travers de la gorge.

Alors, nous nous sommes perdus.

J’ai étudié le dossier, en long, en large et en travers pour faire plaisir à Sharon. Elle a su retrouver un semblant de lueur de vie au sein même de son regard lorsque nous parlions du dossier. J’ai renoué partiellement avec ma femme dès lors que j’ai pris le dossier en main. Mais aujourd’hui, dans l’assemblée les pleurs de ses enfants viennent caresser mes oreilles. Il est lui aussi père. Il a, lui aussi, connu un semblant de crise. Dans sa lourde déchéance, il a su non seulement entraîner sa propre famille mais également la mienne.

Je lui en veux à cet homme.

Réellement, atrocement. Car malgré la prise en main du dossier la situation s’est enlisée entre Sharon et moi. Elle m’a tourné le dos, tous les soirs. Elle s’est réfugiée tous les soirs sur le canapé du salon en prenant soin de déplier un lit d’appoint pour le petit. Et elle s’est allongée non loin de lui, tous les soirs, en laissant pendre son avant bras sur l’une des barrières de sécurité. Et tous les soirs, elle s’est endormie en pleurant, hantée par les images et les actes qu’a effectué l’inconnu.

Je compte sur elle aujourd’hui. Je veux qu’elle témoigne à l’encontre de ce pauvre fou, qu’elle intime à la foule qu’elle a été forcée à agir. Car jamais, oh grand jamais, ma femme, ma Sharon aurait pu agir de la sortes. Je porte un regard bienveillant à son encontre même si elle a refusé catégoriquement de me souffler les résultats de la psychanalyse, je sais qu’elle n’y peut rien. Qu’elle est malade.
Juste malade.

Du regard, je soutiens sa personne. Je lui implore de faire ce qui est bon. De faire ce qui est juste alors que les témoins viennent défiler à tour de rôle.

Les parties sont énoncées. Le jugement peut commencer. Et elles sont là. Elle, la femme de ma vie, encerclée par ses amies qui ont été incapables de la protéger. Et elles se pressent, dandinent sur place. Toutes semblent mal à l’aise : Sharon leur a-t-elle parlé ? S’agit-il d’une supercherie alors que tout semble ficelé ? Nous avons eu, préalablement au jugement, plusieurs entretiens mon client et moi-même. Et à chaque fois, Sharon a affiché le même sourire satisfait, se damnant ouvertement pour assister à nos entretiens. Oh, le client à crisser des dents puis il s’est rendu très rapidement à l’évidence : si sa femme peut assister aux entretiens officieux, Sharon aussi.

Les entretiens officiels nous concernant que nous deux, il n’était pas question de les intégrer elles. Mais pour les entretiens officieux, au coin du feu… autant inviter nos femmes, n’est-ce pas ? Et c’est tout en pouponnant notre nouveau-né que Sharon s’est rendue à l’évidence au fil des jours : son ami d’un jour ne pourrait être réellement jugé comme un innocent. Les victimes, au nombre incalculable encore aujourd’hui, certaines se remettant mentalement, d’autres physiquement, sont bien trop nombreuses pour qu’il s’agisse juste d’un petit accident. Son acte a été délibéré. Rythmé par une folie quelconque, aux tenants noirâtres…
Car Sharon, tu le sais. Cet homme est malade. Tout comme toi tu l’es.

**

Que la justice œuvre.
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MessageSujet: Re: [FLASHBACK] A Child's Shadow - PV Clay Mer 20 Déc - 18:27


« La maison de la guerre est faite de paille et de feu. »

2h18.

L’heure où ma montre a décidé de bloquer les mécanismes du temps afin que je puisse participer à l’éternité de ce moment douloureux. Je viens de rentrer au pays, le cœur insufflé d’espoir et d’amour. Mais ma conscience continue d’éveiller cette diligence dévastatrice. Ce devoir que je dois suivre en tout temps, sacrifiant ma vie afin de construire un avenir prospère pour mes pairs. Pour l’amour de ce pays. Et comme un amant passionné, quelque chose est resté bloqué en moi. Une envie folle d’accomplir mon objectif, reconverti en un comportement autodestructeur qui me pousse à faire le bien en le faisant mal. Mais aussi à faire du mal en le faisant bien. Aujourd’hui, j’ai détruit un monde avant d’apprendre à le retrouver. Non pas en ayant seulement plombé de sang-froid des malfaiteurs américains, mais en ôtant toute trace de justice dans les mots et les actes. Je suis devenu un concentré de violence. Un exécutant sans identité sortant péniblement des tranchées, la bouche recouverte de terre et de sang cuivré. C’est ce qu’Ahmed a souhaité me faire comprendre. C’est ce que tous ont souhaité me divulguer dans leur regard effrayé. Ils l’ont évoqué dans leurs hurlements travestis par l’angoisse un message pourtant si clair.

Je suis à la maison.

Mais comment leur avouer que ma véritable maison est faite de paille et de feu ? Que mon seul refuge se situe là où la guerre, les mitrailles et les cadavres ne cessent de cumuler ? Comment leur avouer que depuis le début de cette nuit, c’est ici et maintenant où je me sens le mieux ? En paix. Le devoir accompli. Suis-je au moins apte à retrouver tout ceci ? Une civilisation réduite et aveugle qui ne recherche qu’à suivre des normes afin d’effleurer le rêve américain ? Ce monde hypocrite et distant où la valeur d’un homme est glorifiée comme une star télévisée lorsque celui-ci exécute des terroristes de sang-froid à l’extérieur du pays. Mais lorsque ce même homme décide d’éliminer des méchants à l’intérieur de son pays, il devient irrévocablement le diable personnifié. J’ai reçu des médailles et des félicitions pour mes actes de bravoure. Ici, je ne reçois qu’une confusion grandissante de personnes honnêtes et aveugles… Car la vérité, c’est que je ne suis pas fou.

C’est eux qui ouvrent les yeux pour la première fois.

D’un simple regard échangé, nous laissons cette alchimie s’imbiber dans notre conscience et nous révéler à quel point nous restons coincés en toute connaissance de cause. Nous pourrions nous quitter afin de ne plus jamais nous revoir, en rester ici alors que nous venons de consommer un cocktail de terreur et de déception lourd de conséquences. Où sont passés les chants sportifs acclamés par les jeunes supporters du football américain ?  Où sont passés les rires tonitruants des amies de cette femme enceinte, leur gorge déployée et imprégnée d’alcool ? Où est passé la sympathie et le calme d’une nuit pourtant si simple dans une putain de supérette ?

Il est toujours 2h18.

Et pourtant, je ne suis pas aussi seul que je ne l’aurai pensé. La femme enceinte me regarde comme le plus beau des anges. Une aura exquise émane d’elle, ses épaules éclairées par les néons bleutés du magasin. Ses longs cheveux se défilent en cascade alors que son visage maquillé m’observe avec profondeur et respect. Elle me contemple comme une statue de cire, ses lèvres tremblant sensiblement en cherchant sa réponse. Enfin, elle me la dicte en refusant de mettre le feu aux rouages de ma vie. Elle aussi est une sauveuse. Une héroïne incomprise. Elle traduit les morceaux de mon âme avant de m'aider à les reconstituer ensemble. Ses clés sont immédiatement jetées et récupérés en plein vol dans le creux de ma main. Je ne comprends pas. Et elle le sait. Les lèvres refermées, ses larmes commencent à me parler. A communiquer une souffrance humiliante où je suis le seul ici capable de réagir, car je suis un père avant d’être un guerrier. Ses yeux cernés m’appellent à l’aide. Ses jambes sont brillantes d’humidité, mais l’odeur n’indique pas un relâchement urinaire. Elle commence à perdre les eaux. Mais elle me dit qu’elle ne pourra pas affronter cela toute seule. Que cette perspective la tétanise de risquer ainsi sa vie et celle de son nouveau-né. Je la regarde avec un calme presque professionnel. Une sérénité qui me pousse à construire les prochaines étapes des minutes à venir. Le milieu hospitalisé le plus proche. L’itinéraire le plus court. La vitesse d’accélération la plus sûre.
Un plan approximatif pour un monde imparfait.

Brusquement, elle avertit Ahmed de joindre la police. Inutile, ils ne devraient pas tarder avec le boucan que je viens d’orchestrer avec démesure. Mais ce qui parvient à me brusquer, c’est que cette femme relève son revolver avant d’atteindre les caméras tout autour de nous. Le regard interdit, mes pieds sont cloués au sol alors que je suis propulsé par l’envie de la désarmer. Mais elle chancèle aussitôt avant de plonger contre moi, ses chaussures glissant sur la flaque sanguine de mon défunt ennemi. Je la rattrape en l’entourant de mes deux bras, la portant à moitié en constatant qu’elle est à un seul pas de s’évanouir soudainement

« Hey … Regardez-moi, restez éveillée … »


A ce moment, je lance le briquet dans les mains d’Ahmed. Il accepte mon choix. Au final, l’homme estropié ne sera pas consumé par les flammes de ma colère. Je viens de laver un péché au détriment d’avoir récolté un sac de décadence bien rempli. Elle me susurre en un souffle d’aller récupérer son véhicule à l’arrière du magasin. Au même moment, des patrouilles de police commencent à résonner au loin. Ils ne vont pas tarder à arriver. Le temps est crucial. Je pousse doucement le corps de la femme dans les bras d’un mec aficionado de sport et de burgers aussi baraqué qu’un « Quaterback », l’intimant d’un regard à veiller sur elle. J’enfourne ses clés dans ma poche avant de retirer les miennes. C’est une situation d’urgence. Ma Jeep n’ira pas forcément plus vite. Mais elle est adaptée à rouler sur des chemins plus rocailleux. Je pourrai donc couper par la forêt en suivant un itinéraire plus sûr. Pas de trafic ni de feux, seulement une ligne droite en direction de la clinique la plus proche. Je peux le faire. Nous pouvons y arriver. Il faut que j’y croie …

Installé à l’intérieur du véhicule, j’enfourne la clé du véhicule dans le contact avant de piller sur la pédale de marche arrière. Le 4x4 commence à rouler en sens inverse, pilonnant de son capot les débris éventuels qui jonchent le sol. Une fois sortie, je cogne d’un poing rageur sur le klaxon afin de donner le signal. J’en viens à oublier ce corps sanguinolent à l’uniforme bleu qui transperce mon pare-brise. Je n’ai pas le temps de m’occuper de lui. Empoignant les cheveux du mort, je tente de l’écarter un peu en le tirant sur le côté pour avoir une meilleure visibilité. Parallèlement, la femme enceinte effectue quelques pas en zigzaguant avant d’entailler sa jambe par pur maladresse. Et personne n’a eu la simple idée de l’accompagner pour la soutenir … Je crois rêver.  

« Mais c’est pas vrai, putain … »

D’une humeur massacrante, ma portière s’ouvre à la volée d’un coup de pied. J’accours dans sa direction avant d’entourer son bras autour de mes épaules. La seconde main entourant son bassin, je l’intime à augmenter la cadence en la portant à moitié contre moi.

« Je suis là. On doit vraiment y aller maintenant... »


Avec son aide, je parviens à l’allonger sur la banquette arrière de mon véhicule avant de prendre place à nouveau en tant que conducteur improvisé de cette aventure déjà si catastrophique. Le véhicule redémarre avant de foncer à vive allure. J’esquive les voitures en conservant une vitesse bien plus haute que celle autorisée. Je me rabats de justesse afin de ne pas me planter contre un lampadaire. Carrefour après carrefour, je fonce à vive allure sur la route avec un cadavre visible et sanglant, une femme enceinte blessée au bord du traumatisme et une haine dévorante qui recouvre mon regard glacial. En conduisant aussi dangereusement, je mets en jeu ma vie et celle des autres conducteurs afin d’en sauver deux, une mère et son enfant. Car c’est mon style. Prendre les décisions difficiles. C’est ce que je fais de mieux. C’est ce que j’ai accompli de jour en jour sur les terres arides du Kaboul, du Kandahâr et du Farâh. Mais plus les minutes s’écoulent, et plus l’urgence devient omniprésente. Je tente de la motiver à tenir le coup encore un peu plus longtemps … Encore un peu plus … Encore un peu …

Mais la situation devient intenable pour elle. Ses contractions sont si douloureuses qu’elle gesticule comme un ver alors que ma radio ne cesse d’hurler la même chanson folklorique. Alors que nous sommes à vingt minutes d’y arriver, elle m’ordonne avec force de m’arrêter en collant le canon de son revolver contre ma tempe. Le contact du métal froid de l’arme parvient à me faire légèrement sourire, un rictus respectueux. Elle a des tripes, celle-là. Je ne me sens pas menacé pour autant,  car je suis sa seule chance de maintenir son bébé en vie. Et elle est suffisamment intelligente pour savoir cela, car elle a placé sa confiance sur moi. Néanmoins, mon plan vient de tomber à l’eau et il faut que j’improvise un rôle qui ne m’appartient pas si je veux accomplir mon devoir.

Comblé dans mon mutisme, je braque sèchement le volant sur la droite avant de m’engouffrer dans le parking extérieur d’un motel abandonné. Le contact coupé, j’attends patiemment ses ordres. Ce n’est qu’une mise en scène pour la rassurer qu’elle détient le contrôle sur moi.  Elle est en panique, ses mains entourant le revolver ne cessent de trembler. Alors j’évite de l’embêter en renonçant à la désarmer par la force. Si la culasse de cette arme de poing lui permet de la tranquilliser un peu, d’obtenir un peu plus de pouvoir sur moi, je lui offre donc cette liberté sans rechigner. Je prie seulement qu’elle ne tire pas accidentellement en étant sous les effluves ombrageux de sa panique. Ce qui m’effraie en revanche, c’est de devoir faire bien plus que de l’assister à sa nouvelle maternité.

« Ok … Ok, là on y est … »

La mère commence à me transmettre ses instructions. Je m’exécute en les exécutant assidument, jetant occasionnellement un regard prudent dans sa direction afin de lire d’autres signes sur son visage. A la hâte, j’empile ensuite les couches de vêtements au-dessus de la voiture avant d’arracher la veste qui recouvre mes épaules. J’aplatis le vêtement épais sous ses fesses en m’en foutant éperdument des substances organiques qui vont découler de ses pores. Je l’aide également à caler ses pieds en hauteur derrière les appuis têtes des sièges afin de favoriser l’évacuation du gosse.  J’enfouis ma main dans la sienne comme une serre afin qu’elle puisse se concentrer à évacuer son gosse en me la broyant me la broyer. Les moments des deux accouchements que j’ai assistés auprès de ma femme me reviennent sans cesse. Alors que le sang et les excréments commencent à tomber, le stress me fait perdre la raison. Des bribes sonores d’une radio entrecoupée commencent à émerger de mon inconscience.

« Delta 7-1, rendez-vous … prochaine ZA  … assister Alpha et Ch…arlie. »

La gorge nouée, j’ai envie de vomir. Terriblement envie de vomir, car je suis en train de complètement flancher à mon tour dans la panique. Gémissant de colère, j’intime à cette femme de pousser. De pousser encore plus ! De ne pas abandonner ! Elle doit y arriver !

Puis, le nouveau-né est dans mes bras comme un petit porcinet sanglant et emmailloté. Mais mon sourire disparaît au fur et à mesure que les secondes passent. Il ne crie pas. Il ne bouge pas. Il demeure entièrement immobile comme une petite statue d’os et de chair glissant. Une carapace vide au visage rosi et paisible. La mort le guette de si près que je peux sentir son âme s’évaporer entre mes doigts.

« Non … Non, non, non … »

non, NON ! Les larmes commencent à monter alors que j’essaye d’éveiller le petit en le portant contre moi. Ma main vient frictionner son dos sans modération afin de le faire réagir. Il y a déjà eu tellement de morts, tellement de sacrifices … Je ne pourrai pas en supporter un de plus. Je ne pourrai pas avouer à une mère que son bébé est parti avant même qu’elle n’ait pu le porter contre son sein. Affaibli par cette perspective nauséeuse, je prie pour que ma vie puisse s’éteindre en donnant une chance à ce gosse. Il n’a rien eu pour lui. Il est innocent. Laissez-lui venir à moi, putain. Prenez-moi à sa place et damnez-moi pour cent vies. La vue brouillée de larmes et de sanglots, ma main continue de caresser et de tapoter ses omoplates. Pas de réaction. Les secondes s’éternisent comme des siècles entiers alors que mon cœur vient à mourir avec l’enfant.

Mais soudainement, je sens un mouvement léger de la jambe. Les yeux écarquillés, je redouble d’efforts afin de tenir éveillé. Ma respiration se coupe alors que j’observe ensuite un bras bouger ensuite, la gorge brusquement nouée. Le petit commence à revenir à lui, sa petite tête pivotant sur le côté. Et les pleures commencent à inonder le parking comme une cascade de fraicheur et d’espoir si forte que mon corps vient à lâcher. Tenant étroitement le bambin au plus près de mon cœur douloureux, je m’écroule à moitié contre la jeep en pleurant à chaudes larmes. La bouche grandement ouverte, aucun son ne s’en extirpe alors que je plonge le visage contre le nourrisson. Enfin, je me laisse aller en accompagnant ses pleurs avec les miens.

Après une longue minute, je me relève sur mes deux jambes en étant lourdement fiévreux. Je dépose l’enfant dans les bras de sa mère. Elle est épuisée elle aussi et semble être à moitié évanouie. Je ne sais pas si elle a été témoin de cette situation que nous venons de traverser moi et son petit. Mais j’espère qu’elle pourra me remercier un jour en étant persuadée que je suis quelqu’un de bon. C’est tout ce que je lui demande. Tout en reniflant à plusieurs reprises, je vois au loin une voiture grise se parquer à proximité de nous. Pour l’amour du ciel, enfin quelqu’un... Je marche dans sa direction en chancelant, mon esprit étant à bout. Je gesticule avant de réprimer un peu hâtivement des réponses désespérées :

« Monsieur … Il faut que vous appeliez une ambulance … Il faut … »


BLAM. Un voile noir s’étend devant mes yeux. Et la douleur d’un coup de poing fulgurant fait surface au coin de ma mâchoire. Un K.O expéditif.

Je viens de faire la connaissance de son mari : Mark Bethea. Avocat de la défense et amateur de boxe.

**

Le jugement dernier. J’ai quitté une guerre pour en trouver une autre. C'est tout le génie de la descente aux enfers : peu importe le temps que tu passes à escalader cette montagne aussi haute qu’un monolithe, tu peux retomber tout en bas à chaque instant. Seulement, dans ma situation, j’ai le sentiment d’être réduit à chuter indéfiniment à l’intérieur d’un puit de souffrance. J’espère juste que cette séance sera l’aboutissement de ce vicieux cauchemar dans lequel je me suis pleinement engagé. Le fond brutal de cette voltige inespérée.

Devant le miroir des WC du tribunal, je me trouve beau aujourd’hui. Propre, les cheveux rasés et vêtu d’un beau costard et d’une cravate rouge auburn selon les suggestions avisés de mon nouvel avocat. En revanche, les contusions sur mon visage et les menottes accrochées autour de mes poignets cassent un peu mon charme d’antan. Je ne suis pas d’humeur à être une parodie de moi-même, j’espère juste m’en sortir avec un blâme qui fera tâche dans mon CV. Je prends peut-être la situation avec un brin de légèreté en comparaison avec Mark. Il n’a absolument aucune confiance en moi et éprouve un rejet déterminant à prendre ma défense. Mais sa femme, Sharon comme je l’ai appris il y a peu, a insisté afin qu’il cède à sa demande. Il a donc pris en charge un dossier difficile pour défendre un homme qui ne le mérite pas. Même si le geste est bienveillant, je n’ai jamais demandé leur aide. Car ils doivent tous deux comprendre une chose : je n’éprouve aucune pitié sur les actes que j’ai commis en cette nuit. J’ai fait ce qui est juste. Et la situation s’est envolée dans une merde encore plus profonde.

Ce n’est pas de ma faute.

Soudain, quelqu’un tambourine contre la porte des WC. La voix autoritaire de l’huissier commence à s’impatienter. Il est temps d’entrer dans la cours de la justice habillé comme le plus beau des paons. Presque comme si j’étais un homme mort prêt à être enterré dans un cercueil en bois de bouleau.

« M. Jackson, il faut y aller. »

Je coupe l’eau du robinet avant de sécher mes mains. Je ressors des toilettes avant de me faire escorter par quatre hommes. Une escouade entière pour me tenir sous surveillance, dont Mark qui marche devant moi armé d’un dossier sous le bras. Pas de salutations amicales, pas de « bonne chance ». Mark est le genre d’individu que je respecte autant que je déteste. Cette ville a besoin d’hommes comme lui, des hommes qui remplissent les objectifs de leur profession aussi dignement que possible. C’est pour cela j’ai accepté son coup de poing comme un geste simplement justifié. Je ne lui en veux pas, je l’ai probablement mérité. Alors que je descends les escaliers avant d’entrer dans la chambre, mon esprit commence à s’agiter dans les moments les plus calmes. Des envies nouvelles s’écoulent en moi avant que la peine soit décidée. Une clope. Un whisky. Que le soleil brille. Je veux dormir, oublier. Pour changer le passé. Ma femme et mes petites filles. Des munitions illimitées et un permis de tuer. Mais là, plus que tout, je veux revoir Sharon heureuse avec son enfant. Je souhaite l’effleurer de mes yeux en m’assurant qu’elle soit définitivement sauvée des nombreux préjudices que j’ai causés sur elle et sur sa famille.

Je ne mérite pas son pardon. Mais peut-être méritais-je autre chose …

En entrant dans la cour du tribunal, je remarque que les médias et un public fourni sont déjà présents sur les lieux. La nouvelle a été reportée comme un véritable scandale. Un lieutenant de l’armée adroit et discipliné devenu un danger potentiel envers son propre pays. Ma femme est également présente sur le banc du public pour me rassurer de sa présence, malgré le fait que l’on ait signé les papiers du divorce ensemble. Elle n’a pas supporté ce brusque changement qui s’est opéré en moi. Elle en a pris peur elle aussi. Et comme beaucoup, elle a vite compris qu’elle ne pouvait plus être en compagnie d’un homme aussi brisé, irréparable, qui éprouve cette nouvelle tendance à devenir extrêmement violent. Je la comprends bien plus que je n’arrive à me comprendre moi-même. Je ne sais pas ce qui me prend. Alors, elle a fait le bon choix. Elle protège nos enfants comme j’ai juré de les protéger. Mais je n’aurai jamais imaginé qu’un jour je puisse moi-même être leur ennemi. Leur monstre. La guerre m’a épargné pendant neuf ans avant de me prendre ma femme et mes deux petites filles. Je suis toujours vivant, mais désormais si seul. Je pourrai jurer que cela a fait jouir Mark de me voir dans un état aussi déboussolé. Malheureux.

De l’autre côté du banc, je parviens à apercevoir Sharon qui est également présente. Brièvement, je partage avec elle un regard fuyant et désolé. Malgré ses cernes subtilement camouflés par son maquillage, elle semble bien se porter. Elle n’est pas au milieu de sa forme, mais … C’est bien qu’elle soit vivante. Qu’elle ait la force de dépasser tout cela. Elle est également appréciable à regarder. Aussitôt, sa présence me rend mal à l’aise. Avec elle, tout devient différent. L’air devient irrespirable. La pénitence devient plus douloureuse à porter. Elle ne devrait pas être là. M’oublier de sa vie. N’ai-je pas causé suffisamment de peines ? Je détache froidement mon regard du sien. Oublie-moi, je t’en supplie. Ne porte aucune attache sur moi et ma souffrance, car mon sort m’appartient.

Lui dire bonjour ne prend que quelques secondes. Mais lui dire au revoir prend toute une éternité.

Soupirant longuement, je tente de me calmer en prenant place sur le banc des accusés alors que Mark s’asseye à mes côtés. La séance commence, quelques petites introductions formelles sont discutées, un petit zeste d’humour déplacé afin de dédramatiser l’atmosphère … Puis, l’appel est levé. Je me tiens debout devant madame la juge, une femme noble et ancienne aux cheveux d’un blanc neige. Mon nouveau diable. Ses petits yeux de vipères scrutent une feuille avant de reporter ses deux billes noires dans ma direction.

« Selon votre dossier, vous avez été recruté dans les forces de l’armée américaine en juillet 1999. Est-ce exacte ? »

Il fallait que ça arrive. On recherche à m’enliser dans une morale paternaliste. Le dos droit et le visage relevé, je prends la pose d’un officier avant de répondre aussi distinctement que possible.

« Oui, votre honneur. »

« Vous avez servi votre pays avec dignité au fil de ces années, venant même à conduire des missions de sauvetage ainsi que des opérations à hauts risques en Iran et Afghanistan ?"

« Oui, votre honneur. »

« Je lis également que vous avez reçu plusieurs distinctions pour votre héroïsme et votre service pour le pays, dont la Navy Cross ?

Oui, votre honneur.

« Vous avez également une femme aimante ainsi que deux filles en bas âge ? »

Le cœur se coince et les mots commencent à s’évanouir en un souffle.

« Oui … votre honneur. »

« Et pourtant, je ne comprends absolument pas ce qu’un homme tel que vous fait ici. Vous n’avez effectué aucune bavure dans le cadre de votre fonction et votre casier demeure vierge. Vos supérieurs hiérarchiques ont contacté personnellement le tribunal afin de se porter garant sur votre cause, appuyant le fait que vous êtes un homme bon, droit et discipliné… Or, ce qui s’est passé dans la nuit du 31 octobre ne justifie aucunement ce comportement. Monsieur le procureur ? »

« Madame la présidente, Mesdames et Messieurs, la conduite de cet homme lors de la nuit du 31 octobre a prouvé à l’audience, ainsi qu’à nos concitoyens américains, toute la barbarie dont il est capable. En effet, il a exécuté de sang-froid cinq hommes et … »

Un monde s’écroule. Mon ouïe ne perçoit que les pierres roulant d’un édifice en ruines. Le procureur décide de placer ses cartes sur la table. Des preuves solides, des témoignages concrets et une vision de ma personne comme un psychopathe qui devrait être dûment partagé par Mark. Et pourtant, celui-ci joue son rôle à la perfection. Il fait de son mieux pour défendre mes droits, voire même rechercher à m’acquitter. Même si je sais que l’homme éprouve un dégoût imminent à mon encontre, son cœur est blanc et loyal envers la justice. Je ne peux donc que le considérer avec beaucoup de respect. Il entreprend son travail avec minutie et ne relâche rien. La tension entre lui et le procureur est palpable, les deux se renvoient la balle comme un putain de match de tennis où le perdant serait invité à un peloton d’exécution. D’un œil discret, je le vois relire ses feuilles avant de se présenter comme le gardien de la justice. Il prend parfois des poses atypiques, marchant quelques pas afin d’aérer sa posture physique et professionnelle. Il connaît son rôle. Il commence à dompter le cœur du public et de celle de la juge. A présenter des réponses presque sentimentales. Puis, la juge décide de prononcer le verdict.  

« En vue de l’état actuel de ce dossier, je suis à même de prononcer une peine. Monsieur Clay « Rusty » Jackson, en vue de la qualité de la défense prononcée et de vos rapports positifs avec vos supérieurs, vous êtes condamné à cinq mois de prison avec sursis ainsi qu’un suivi psychologique qui sera organisé immédiatement après cette séance. »


Mon cœur se relâche. Mes poumons inspirent un air nouveau, bien plus doux et léger. Je vais m’en sortir avec un beau blâme, mais au moins je pourrai sortir assez vite de cette punition. Les épaules affaissées, je me surprends à sourire. Un sourire bienveillant et apaisé. Je vais faire pénitence de mon dû et apprendre à devenir un meilleur homme. Peut-être qu’un jour, ma femme me pardonnera. Alors que Mark reprend position à mes côtés, je le remercie du bout des lèvres. Ma parole est sincère et j’ignore si cela parvient à toucher l’homme ou non.

« En revanche, pour ce qui est des agissements de Mademoiselle Sharon M. Bethea, une peine est également à prononcer. Notre équipe scientifique a également analysé des empreintes de sa main sur une arme à feu de calibre 38. Les prélèvements affirment que l’arme a servi à détruire des caméras de surveillance. L’hypothèse d’une complicité avec l’accusé est donc indéniable. Mademoiselle, veuillez-vous approcher de l’audience s’il vous plaît. »

Le regard ébahi, je commence à tourner la tête en direction du public, recherchant Sharon des yeux. Le huissier est à ses côtés afin de l’escorter jusqu’aux bancs des accusés. Non … Attendez, c’est injuste. Je reporte mon regard sur Mark qui semble tétaniser lui aussi. Je le sens complètement livide et déboussolé, comme si la juge venait de brandir un couperet juste sous sa gorge. Le fait de défendre sa propre femme, son amour le plus passionné, est un véritable défi. Il recherche ses mots, tente de trouver quelque chose … Vas-y, l’avocat en herbe. Tu as conquis le public. Tous les projecteurs sont sur toi à partir de ce seul moment.

Fais quelque chose, putain.

« Maître Bethea, avez-vous quelque chose de concret à prononcer ? »

La juge exige des preuves. Une chose que ni Mark, ni moi-même ne pouvons garantir dans l’immédiat. En revanche, après un long silence ponctué de toussotements en arrière fond, le procureur décide de s’avancer en prenant la parole, un sourire presque mesquin aux lèvres. Il revendique de posséder des preuves irréfutables. Il peut à présent gagner ce procès et il ne compte pas renoncer à cette opportunité en or. La suite de cette attaque est une véritable tornade de jugements, assurant solidement la vision du procureur. Et en effet, sa reconstruction de la scène est très proche du réelle. Sharon a bien pris l’arme avant de tirer sur les caméras. L’arme a été retrouvée dans ma voiture, ce qui pourrait expliquer qu’elle m’a accompagné de plein gré tout en étant armée. Mais elle n’est pas ma complice. Elle n’est pas …

« En vue des dires et des preuves fournis par le procureur général, une lourde sanction sera également appelée pour Mademoiselle Sharon M. Bethea …»

Elle ne va pas s’en tirer, putain. Ils vont coffrer une mère de famille qui a agi d’une manière impulsive. Par ma faute … PAR MA FAUTE ! Enragé, je détourne la tête sur le côté afin de secouer l’avocat en serrant les dents.

« Mark ! »

Les yeux vitreux, il semble réfléchir, mais il ne fait rien. Moi, par contre, je le peux. Je suis un homme des plus imparfaits. Mais un homme qui remplit toujours son devoir et cela, quelque soit le prix. La voix timide et tremblante, je commence à rompre le silence à mon tour :

« Un mot, votre honneur … ? »

« Monsieur Jackson ? »

« Ces gens que … que j’ai abattus… Je veux que vous sachiez que je le referais. »

J'ai regardé la stupidité de l'humanité à travers le viseur de mon fusil. Mais cette connerie dépasse l’ensemble de mes croyances.

« Inculper une femme enceinte parce qu’elle a tiré sur des caméras, bien sûr. Tout ça, c’est des conneries… »

« Langage. »

« … je ne suis pas fou ! D’accord ? Je l’ai forcé à prendre l’arme afin qu’elle détruise ces caméras parce que c’est le pigeon idéal. Je viens de l’armée, je sais comment un système de surveillance fonctionne. Et vous osez m’insulter en comparant mes compétences de guerre à une mère de famille qui était enceinte ? Vous pensez qu’elle a quelque chose à foutre ? Je sais ce que j’ai fait. Je sais qui je suis. Et je n’ai pas besoin de votre aide. »

Je ne regrette pas mes choix. Car il n’y en a jamais eu. Il n’y a juste qu’une foutue ligne droite. Je replonge dans le puit de ma souffrance, traversant à nouveau le sol que j’ai considéré plus tôt comme le dernier fond de cette histoire. Je pourrais me dire « pourquoi moi ? » et « Qu’est-ce qui serait arrivé si … ? ». Non, si j’avais fait quelque chose de différent, ce n’est pas moi qui me retrouverais ici au milieu du banc des accusés. Mais un autre homme, un autre Clay, qui serait ailleurs et regarderait derrière lui en se posant des questions différentes. « Pourquoi je n’ai pas aidé cette femme enceinte ? ». Alors je fous tout en l’air. Je brise ma vie aussi fort que je le peux. Je viens à perdre tout ce que je possède dans le simple but de sauver une vie.

« Et … et ça me démange putain … ça me démange de recommencer … Vous pensez qu’un médecin m’empêchera de faire ce que je veux faire ? Putain, j’ai même ADORER CA ! »

« Huissier. »

Le visage rouge de colère, je me relève en vociférant à pleins poumons.

« CEUX QUI QUI SONT VENUS POUR M’ENTENDRE GEINDRE ET SUPPLIER, VOUS POUVEZ EMBRASSER MON CUL ! ON NE M’ARRÊTERA PAS ! »

« Huissier, s’il vous plaît ! »

Des hommes commencent à surplomber de partout alors que je tente de les repousser avec mes épaules. On repousse Mark sur le côté afin qu’il soit en sécurité. Mesure de protocole. Lui comprend ce que je viens de faire. Et j’ignore si j’ai gagné un peu d’empathie ou si je n’ai juste qu’amplifier sa haine envers ma personne. Les yeux brillants de larmes, je me retourne en observant Sharon, le cœur brisé.

« VOUS VOULEZ FAIRE DE MOI UN MONSTRE ? ALLEZ-Y, BORDEL ! JE SUIS LA ! APRES TANT D’ANNEES DE SERVICE, D’HUMANISME ET D’AMOUR, MON NOM EST LA TERREUR ! »

Les huissiers commencent à me maîtriser par terre alors que les médias s’affolent tout autour de moi. Un mal de tête grandit et devient insupportable. Je ne vois plus ma femme. Je ne vois plus personne hormis des chaussures bien cirées et le cumul de toute ma rage qui ne cesse d’exploser. Je pousse des gémissements aussi propres que des hurlements. Je suis accablé. Abattu et détruit.

« Je … JE SUIS COUPABLE ! JE SUIS COUPABLE ET JE CONTINUERAI A TUER POUR L’AMOUR DE CE PAYS ! »
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WANNA SEE MORE ?



MessageSujet: Re: [FLASHBACK] A Child's Shadow - PV Clay Sam 23 Déc - 22:10



« And you wonder when you wake up, will it be alright ? Feels like there's something broken inside. »

Je l’observe, silencieusement, luttant contre la fatigue qui commence à m’envahir. Je le vois comme jamais personne n’a pu le voir : humain. Atrocement humain.
Je tente de tendre une main vers mon enfant qu’il tient tout contre lui, tout contre son cœur. Il frictionne son dos et mon cœur se resserre à chaque mouvement. Les larmes roulent abondamment sur mes joues : mon bébé, mon bébé ! Qu’a donc mon enfant ?
Je tente de m’approcher en la direction de ces deux êtres, témoins hélas de l’horrible soirée qui s’est déroulée tantôt. Mais les forces me manquent et ma main vient chuter lourdement contre la banquette. Le meurtrier tient dans ses bras mon enfant et agite vraisemblablement de plus en plus son petit corps. Il s’acharne pour le faire revenir à la vie. Un sanglot s’extirpe d’entre mes lèvres et dans cet état de semi-conscience je prends conscience que mon enfant ne respire plus. Pas de cri, pas de gémissement plaintif, mon bébé se refuse à se confronter au monde. Mon bébé se refuse à se confronter à Clay. Même mon enfant, tout juste né, fuit le meurtrier de ce soir. Mes yeux se ferment légèrement mais je lutte. Je veux mon enfant. Je veux ma chair, mon sang, ce qui m’a poussé à agir spontanément ce soir envers et contre tous. Je veux qu’il vive, je veux qu’il se batte car je sais que dès ce soir rien ne sera plus jamais pareil.

Sans prévenir, un petit cri vient déchirer l’atmosphère pesante et je laisse échapper un rire nerveux. Il est vivant ! Mon petit est vivant ! Oh Seigneur ! Des larmes de bonheur viennent rouler le long de mes joues. Au travers de ce rideau de joie, je le vois lui, le bourreau, l’homme silencieux, entre-ouvrir la bouche. Il laisse ainsi imploser une souffrance silencieuse et sans nom. La nuit se meut tout autour de nous et la souffrance qu’il répand se noie dans le noir le plus complet.
Quelque part, cet homme fou est remarquable car quelque part il a sauvé ma personne et mon enfant alors que mes pétasses d’amies se sont faites la malle. Mais quelque part, il est le responsable aussi de tous ces maux. De tous nos maux. Les conséquences vont être lourdes, c’est indéniable. Mais je veux mon enfant. Je veux ma chair, je veux mon sang. Ma bouche s’entre-ouvre pour laisser échapper un merci à peine audible. Le cordon ombilical se tend de plus belle. Va-t-il m’arracher mon enfant ? Mon cœur se resserre. Je suis affolée et en même temps, j’ai confiance en cet homme. La sensation est atrocement déplaisante : je pourrais lui confier mon bébé sans avoir peur qu’il le blesse, je ne pourrais pas en revanche le laisser se confronter à Mark. Deux caractères explosifs, deux personnalités différentes, un tangible face à un assuré, le mélange serait digne d’un film d’horreur.

Regarde l’inconnu. Tu l’as, ta reconnaissance toi l’homme en mal d’attention. A vouloir œuvrer pour le bien, tu passes du côté des méchants. Mais je te sais bon et je t’ai remercié. Je te remercie encore, d’une voix à peine audible car les forces me manquent. C’est la conviction personnelle d’une mère qui te voit enserrer son petit d’une façon si pure, si douce, que rien ne peut l’amener à douter de ta personne. Tu es quelqu’un de bon Clay. Mais tu es quelqu’un de perdu. Et comme l’a dit bien souligné Ahmed, tu es chez toi ici. Alors cesse de martyriser les autres. J’aimerais les enserrer tous deux contre moi. Car ce soir, il a réalisé ce que mon mari n’a pas su réaliser de par son absence. Il aurait pu nous arriver bien des choses ce soir, au lieu de quoi je suis là. Étrangement en vie. Affaiblie, mais vivante.

Il repose l’enfant contre moi et s’écarte de nous : un instant. Entre le petit et moi. Fébrilement, je ramène le bas de mon haut contre mon enfant, l’enveloppant au plus près de moi. Je veux qu’il ait chaud, je veux qu’il se sente bien. Je passe mon index contre son visage et chuchote quelques paroles réconfortantes. Intérieurement, la simple idée qu’il ait eu l’odeur de cet inconnu avant mon odeur me frustre. Mais mon bébé est vivant. Mon bébé va bien. Notre petite étoile se porte bien. Je laisse la fatigue gagner du terrain, m’amenant inévitablement à fermer les yeux.  Je crois, au loin, discerner les fards d’une voiture.
Qu’importe. Mon bébé va bien. Mon bébé respire. Grâce à lui.

**

L’hôpital. L’odeur nauséabonde de la stérilité la plus pure. La froideur des murs, des lieux. Mes yeux entre-ouverts fixant avec béatitude les néons aveuglants qui ne cessent de clignoter au-dessus de mon lit. Les murs blancs se reflètent à l’infini, tout autour de moi alors que les draps rugueux semblent avoir été bordés tout autour de ma personne. A l’image d’une camisole, ils m’enferment. Me retiennent. Me maintiennent.
Au sein de ma main, celle de Mark. Ce dernier est vraisemblablement endormi sur un fauteuil de fortune. D’un regard, je cherche notre fils. Je me redresse légèrement alors que je prends conscience de la perfusion implantée au sein de mon bras mais surtout de la douleur infâme qui se joue de moi au sein de ma cuisse : ils ont dû, probablement, me recoudre.
Mais où est mon bébé ?
Mark semble se réveiller et souffle :
« Sharon. »

Il relâche ma main et vient porter les deux siennes de part et d’autres de mon visage. Je le fixe, sans ciller. J’ai envie de lui intimer de me relâcher. Je lui en veux. Ce soir, il n’était pas là. Ce soir, comme tous les autres soirs, il a fuis pour un match de foot grotesque, pour quelques bières, m’abandonnant à mon triste sort. Son excuse la plus pitoyable a été le besoin excessif de décompresser après avoir traité une multitude de dossiers. L’instant semble durer une éternité alors qu’il dépose un baiser sur mes lèvres. Je grimace doucement, agite légèrement mon visage pour me défaire de son emprise alors qu’il souffle d’une voix à peine audible :
« Raconte-moi tout avant que les flics apprennent ton réveil. »

Mon visage se secoue négativement alors que je fais face au visage abasourdi de Mark. Je sais Mark. Comment puis-je te cacher certaines choses ? Comment puis-je me murer dans le silence face à toi, mon mari ? Notre couple était tangible, bien avant cet évènement Mark et ce soir tout m’a prouvé que tu es tout sauf le mari que tu prétends être. Tu es en rien bienveillant. Tu es, sous ton air assuré, toi aussi un pauvre type perdu. Les larmes viennent rouler le long de mes joues alors qu’il me prend tout contre lui, soufflant :
« Sharon, pour l’amour de dieu, calme-toi. Le petit va bien. N’est-ce pas là l’essentiel ? Je… Je t’ai attendu, pour le prénom. »

Spontanément, je souffle :
« Lyca. Notre fils se nommera Lyca. »  
Interloqué, il penche légèrement la tête sur le côté. Sa bouche s’entre-ouvre en une vague protestation alors que je lui interromps immédiatement la parole soufflant :
« Je sais. Mais Clay l’a mis au monde. Et sans lui, mon fils, notre fils, serait probablement mort étouffé, dès sa naissance. »

Son visage se secoue négativement alors qu’il me relâche pour venir saisir son propre crâne. Il se relève et secouant toujours négativement son visage murmure:
« Je ne te comprends pas Sharon. Je ne te comprends pas. C’est un meurtrier, je veux dire…»

Et comme un barrage, mon cerveau refuse d’entendre l’évidence reportant toute son attention sur la télévision. Le vieil écran me rapporte un flash info, retraçant les évènements de cette nuit glaciale. En direct, ils expliquent se situer devant l’hôpital où la présumée complice de Clay Rusty Jackson se trouve. Hospitalisée, ils attendent de connaître la cause de ses maux avant de s’exprimer mais selon une source proche du dossier, il s’agirait d’une hospitalisation pour accouchement. Mes yeux se plissent alors qu’intérieurement je maudis toute cette foule, tout ce fanatisme à l’encontre des présumés méchants : et si, les méchants étaient les autres ? Et si les méchants, c’était vous ? Vous qui œuvrez au quotidien à l’image de Mark pour imposer un semblant de justice ? Vous qui catégorisez les gens pour leur attribuer un jugement ? Vous qui œuvrez au nom de dieu pour trancher dans le vif à des personnes perdues et incomprises ?
Mon regard se détache doucement de la télévision pour se porter sur la porte qui s’entre-ouvre. Les policiers pénètrent timidement dans la pièce, annonçant déjà la couleur de leur questionnement. Mon cœur se resserre alors que Mark leur souffle que je ne suis pas en étant de témoigner. Ils expliquent que l’affaire prend une ampleur médiatique si importante, qu’il leur faut avoir les informations avant la presse qui pourrait se faire de plus en plus oppressante.  Alors, silencieusement, j’acquiesce et accepte de témoigner...

« Madame Bethea. Vous étiez à cette superette et pourquoi ? Dans quel but ?
-Je fêtais Halloween avec des… Connaissances. Et…
-Quelles étaient-elles ? »
Je m’apprête à répondre mais je m’abstiens, soufflant un seul et unique prénom :
« Difficile. Il ne s’agissait que de bonnes connaissances après tout. Je me souviens de Karen. Oui. Karen Zerl. Elle est la meneuse du groupe, celle qui s’attribue toutes les décisions, tous les choix. C’est pourquoi les filles sont par ailleurs venues à la supérette elles souhaitaient boire.»

Le policier prend des notes, assis sur la chaise de Mark. Où est par ailleurs Mark ? Mon regard se pose sur les alentours alors que je l’observe, par l’entrebâillement de la porte ouverte, discuter avec un policier lui aussi. Mes sourcils se froncent : semeur de troubles ! J’y vois une conspiration contre ma personne !
Une infirmière pousse la porte, accompagnée d’un landau. Elle affiche un petit sourire et souffle :
« Votre enfant Madame Bethea a faim. Quel est son prénom, que nous l'indiquons sur son bracelet ? »
Je lui souffle en un sourire en apercevant mon poupon :
« Lyca. » Elle s’exécute en un sourire franc avant de me tendre mon enfant. La dame affiche ensuite un petit sourire désolé au policier. Se mêlant ouvertement de l’affaire, elle souffle :
« S’il vous plaît mon brave, un peu d’intimité pour la mère et son fils. » il se relève et se tourne. L’infirmière racle sa gorge et désigne la porte. Lorsque cette dernière se ferme, elle se tend vers moi et souffle :
« Sacrée histoire. » elle prend place sur le bord du lit et me tend sa main. Machinalement, je la saisis et rehaussant un sourcil, je l’observe désigner de sa main libre, son badge caché sous son énorme tignasse : Madame Jackson. Mon visage se secoue négativement alors que je relâche sa main, portant la mienne sur la sonnette d’urgence : non ! Non ! Non ! Non ! Je ne veux pas être mêlée à un complot quelconque je… !
Sa main amène la mienne à se détacher de la sonnette. Avec la douceur d’une mère, elle souffle :
« Je ne vous veux aucun mal Madame Bethea. Je suis simplement la mère de Clay. Nous nous sommes perdus de vus depuis qu’il a fondé sa propre famille et qu’il est parti à l’armée. Je tenais juste à vous signaler que tant que vous serez hospitalisée, ils ne tenteront rien contre vous. Profitez de vos moments avec votre enfant. C’est précieux. Bien plus précieux que toute cette histoire. Clay est un homme bien. Impulsif, perdu mais bon. N’en doutez jamais dans votre jugement : il ne nuira jamais à une mère de famille. » Se relevant, elle lisse le drap et esquisse un sourire :
« Avez-vous pris des cours, avant l’accouchement ? Instinctivement, vous serez allaité votre enfant. Mais s’il y’a quoi que ce soit… » son menton désigne la sonnette d’urgence « … n’hésitez pas. »

Mon cœur se resserre alors que je demeure muette : un père de famille. La supposition se confirme. Et un militaire de surcroît. La guerre, les atrocités qu’il a dû voir, l’ont probablement marqué à vie. Il s’agit donc là d’un homme souffrant. Je déglutis et ouvre avec prudence ma blouse, extirpant un sein que je tends au petit. Il s’en saisit goulûment m’arrachant une grimace de douleur : tu m’étonnes, tant d’émotions ce soir pour toi mon chéri ! Maintenant le sein en place et le petit au plus près, je perds à nouveau mon regard sur la télévision avec l’intime conviction que Clay est un homme bon. Et dans notre monde pourrit, il faut défendre les hommes bons. Surtout lorsque la justice se chargera d’œuvrer à leur encontre… Il n’y a définitivement pas de hasard. Que des circonstances qui amènent aux rencontres.

Et cette rencontre restera mémorable.

**

Aujourd’hui, les regards s’échangent en un véritable affront. J’ai quitté l’hôpital il y a quelques jours de cela afin d’assister au jugement. A mon jugement. Et la provocation est de mise entre Clay et moi. Le rapport de force, d’autorité, perdure, persiste. Mon regard reste planté dans le sien, je lui intime de ne pas partir. Je lui intime de ne pas vendre son âme à ce semblant de justice : j’ai besoin de lui. Plus que j’ai désormais besoin de Mark. Il n’est ni un amant, ni même un ami. Mais nous sommes liés. L’attaque, la naissance de mon fils… Seul lui peut témoigner de tout cela. J’ai besoin de sa présence. J’ai besoin de pouvoir échanger à ce sujet en la compagnie de quelqu’un de fiable. Hors, je le sais, il faiblit. Tangible, je le sens d’ici. Son mental cède, quelque chose se brise en lui et il se distance ainsi de ma personne, venant une fois encore me défendre. Envers et contre tous, il se désigne coupable, accepte les accusations qui lui sont portées.
J’ai tout fait pour atténuer ses maux, tout fait pour atténuer les rumeurs qui ont su rôder depuis l’attaque tout autour de lui. Mais rien, en vain. Il a accepté toutes ces accusations, mêmes les plus farfelues, mêmes les plus déplacées venant briser son couple et le mien par la même occasion.

Mark m’a soupçonné de mentir à de nombreuses reprises tant son client acceptait les maux qui lui étaient intimés. Je souffre. Ce jugement me ressert le ventre, les tripes, en boucle, je me sens faiblir. Son mal-être est transmissible : je le touche du bout des doigts, son aura me renvoyant sans cesses un sos perceptible à des kilomètres. Son regard se détourne froidement, il me souffle ainsi de m’éloigner. Mais ne sommes-nous donc déjà pas éloignés, lui et moi ? Ne sommes-nous donc pas des inconnus d’avantage que des amis ? Les repas suivants le jugement n’ont pas resserrés les liens non, ils nous ont réconforté dans l’idée d’amoindrir sa peine et non pas la mienne. Car qui oserait œuvrer contre une femme enceinte ? Qui oserait œuvrer contre une pauvre mère de famille qui a plaqué toute sa vie d’avant pour se consacrer à l’évolution de sa petite maison ?
J’ai envie de lui intimer, de lui interdire, de se rebeller mais son choix est déjà fait. Clay sait, hélas, ce qu'il fait. Dès lors que sa bouche s’entre-ouvre je crois, je pense, traverser un vilain cauchemar. Les larmes viennent presque automatiquement border mes yeux alors que mon âme se tend vers la sienne, éplorée. J’ai envie de le prendre dans mes bras, de glisser une main sur sa bouche et de parler à sa place, de m’exprimer à sa place, en bonne humaine que je suis. J’ai envie d’utiliser mes émotions, mes sentiments, pour faire œuvrer la justice et ne pas me cantonner à ces putains de lois ! Mais non ! Le juge œuvre, pique et repique sans cesses, dénonçant ouvertement le mal causé.

Je ne pensais pas voir les filles lors du jugement. Après tout, je ne les ai pas incriminées. Mais je sens d’ici leurs regards malveillants : seule Karen est venue me rendre visite à l’hôpital. Seule elle s’est confrontée à mes émotions en vracs, à mes peurs les plus folles et seule elle à oser me faire face. Les autres se sont tues, ne sont pas venues, s’enfonçant dans le mutisme le plus total. Bien entendu, elle témoigne contre Clay, contre ce à quoi elle a assisté. Sur les vieilles télés du commissariat sont diffusées en boucle les vidéos de surveillance de l’attaque. A chaque regard porté sur ces dites télés, je manque d’exploser : j’ai de multiples craintes liées entre autres à la suite des événements et tout ce qui va suivre ce jugement. J’ai peur d’être la risée des médiats, peur que Clay soit condamné à vie (dans l’incompréhension la plus totale), j’ai peur que notre couple avec Mark se brise de plus belle, j’ai peur d’une multitude de choses mais au final, ma peur n’est pas centralisée sur Clay. Mais bien sur le monde extérieur. Car Clay ne m'effraye en rien, ce sont ces médiats qui me font peur.

D’un regard, je parcours l’assemblée tout autour de moi et esquisse un sourire en voyant ma nourrice resserrer l’enfant contre elle. Je sais que les journalistes vont s’arracher quelques mots, une petite intonation de ma personne et cela dès ma sortie. C’est pourquoi, j’ai préféré confier notre fils à une nourrice attribuée par l’hôpital, vivement recommandée par la mère de Clay. Cette bonne femme incarne la bienveillance la plus pure. Je pensais au début qu’elle tentait de me soudoyer pour défendre son fils mais en vérité elle n’a été qu’amour et sincérité.

Le couteau tombe et la peine, bien qu’amoindrie, est prononcée à son encontre. Le juge change de cible. Son visage prend un tout autre air, limite jouissif sous la nouvelle qu’il annonce. Le revirement de situation, atrocement prévisible, me fait tout de de même l’effet d’une gifle :
« En revanche, pour ce qui est des agissements de Mademoiselle Sharon M. Bethea, une peine est également à prononcer. Notre équipe scientifique a également analysé des empreintes de sa main sur une arme à feu de calibre 38. Les prélèvements affirment que l’arme a servi à détruire des caméras de surveillance. L’hypothèse d’une complicité avec l’accusé est donc indéniable. Mademoiselle, veuillez-vous approcher de l’audience s’il vous plaît. »

Me relevant, je sens une multitude de regards braqués en ma direction. Je me refuse à croiser celui de Clay et le menton droit, je m'avance avec le peu de dignité qu’il me reste. Ma jambe me lance de sévères piques et m’amène à me plier aux officiers. D’un bras glissé fermement autour de ma hanche, ils m’invitent à progresser en constatant mon état physique. Je ne proteste pas, je ne nie pas, je me contente d’avancer en esquivant soigneusement tous les regards accusateurs. Je passe, devant ces personnes, devant la femme de l’ivrogne, devant les fils du même homme et mon esprit chamboulé se révolte. Pourtant, je reste silencieuse. Tout comme mes acolytes, personne n’ose piper mot et même Mark semble se décomposer. Il me pensait à l’abri de tout, me pensait intouchable mais comprend désormais pourquoi je ne suis pas du côté des témoins mais bel et bien des accusés…
Le silence s’éternise venant danser dangereusement avec les nerfs des convoqués. La tension est palpable alors que je me contente de fixer le juge. Le silence se tire, s’éternise, comme de la glue venant sceller mon destin en une terrifiante phrase :
« En vue des dires et des preuves fournis par le procureur général, une lourde sanction sera également appelée pour Mademoiselle Sharon M. Bethea …»

J’inspire vivement. J’ai peur. Peur de perdre tout confort de vie, peur de perdre mon enfant, peur de perdre mon quotidien. J’ai peur de faiblir en prison et de ne plus jamais en sortir, de ne pas voir mon enfant grandir, de ne pas voir mon enfant évoluer. J’ai peur que Mark se remarie, annonce à son fils que sa mère est morte de peur d’affronter un adolescent rebelle j’ai peur. Atrocement peur tout à coup et mes doigts rencontrent l’intérieur même de mes paumes. Les ongles s’enfoncent pour canaliser alors que je tente d’afficher un visage atrocement neutre.

C’est le déclencheur pour Clay. Il est impossible de désamorcer son caractère, désamorcer sa haine. Il vocifère, déambule, jure et devant l’assemblée ! Se donnant en spectacle ainsi, il se condamne pour ma personne. Je me refuse de le voir ainsi alors, pudiquement, je détourne le regard vers les témoins et observe ces visages qui me sont si familiers. J’inspire doucement pour refouler l’angoisse qui ne cesse de croître et je le laisse ainsi s’exprimer, ignorant tant bien que mal ses paroles. Le tribunal commence à s’amasser autour de lui et je le vois, se débattre, se révolter encore et toujours. Etrangère à la scène, je n’écoute rien. Rien jusque à ce que son regard croise le mien et plante un poignard tout nouveau dans mon cœur :
« VOUS VOULEZ FAIRE DE MOI UN MONSTRE ? ALLEZ-Y, BORDEL ! JE SUIS LA ! APRES TANT D’ANNEES DE SERVICE, D’HUMANISME ET D’AMOUR, MON NOM EST LA TERREUR ! »

Plaqué au sol dans l’instant, je ne le distingue plus. Et je reste là, les bras ballants, l’air dubitatif alors que Mark glisse un bras protecteur autour de mes hanches. Mon monde s’écroule. Sa voix résonne mais je reste surprise par les coups de taseur qui viennent se nicher à même ses côtes…
Au milieu du brouhaha s’élève la voix de Mark. Tremblante, il souffle les quelques mots qui scelleront à tout jamais mon nouveau destin :
« Optons pour un placement sous surveillance électronique votre Honneur. »

Mon visage se décompose : en voilà une manière perverse que de me garder à l’œil. Mes genoux flanchent, ma respiration déjà bien accélérée se coupe. La crise d’angoisse se fait alors que je suis rattrapée de justesse par la femme de Clay. Elle me relève, à bout de bras, soufflant à mi-voix :
« Restez fière. Relevez-moi ce menton. »
Mon visage se secoue négativement : être sous surveillance. Ne pas pouvoir, librement, amener mon enfant à l’école lorsque celui-ci sera adulte, ne pas pouvoir m’extraire de cette maison luxueuse… Mon cœur ratte un battement et plusieurs autres alors que les larmes ne parviennent pas à mes yeux : ai-je trop pleuré récemment pour qu’un semblant d’humanité puisse s’extirper et exploser à la vue de tous ?
Les flashs portés jusque alors sur Clay se déplacent vers moi. Avec lenteur mes yeux se ferment alors que le juge hurle, à pleins poumons :
« L’audience est suspendue ! Nous devons délibérer. »

Un brouhaha sans nom se fait entendre. Le bruit des flashs se fait entendre, assourdissant. Rouvrant les yeux, je cherche machinalement Clay du regard. Une petite voix dans mon esprit se fait entendre et me souffle qu’il  a été emporté tantôt par l’équipe du tribunal. Alors, machinalement, je cherche Mark. Nos regards se croisent et très humblement, il désigne d’un mouvement du menton la pièce d’entretien. Nous y avançons, accompagnés de très près par la femme de Clay. La porte tout juste refermée, résonne la voix de Mark froide et tranchante :
« Sharon. Rappelle-moi pourquoi tu as tiré sur ces caméras ? » Il déambule devant moi alors que je reste postée au bon milieu de la pièce. S’ajoute une pique, la pique de trop :
« T’aurais pu serrer tes jambes et retenir l’enfant ! A quelques heures prêtes, t’aurais pas été jugée aussi froidement bordel ! »

Et ma main part, meurtrière, venant se nicher au sein de sa joue. Le bruit résonne et coupe court à la conversation. Il me fait face, surpris par mon geste, les yeux écarquillés avec démesure, la bouche entre-ouverte. J’observe la trace qui se dessine à même sa joue témoignant de mon acte et j’esquisse un pas en arrière. Je cherche les mots adéquats mais rien ne me vient. J'espère que Clay va bien. Bordel. Le silence répond froidement à Mark. Ses mains viennent effleurer la table. Une fois. Deux fois. Trois fois, son poing vient s'abattre avec force. La table se brise sous ses phalanges et le bois cède venant rencontrer le sol. Son poing saigne.
Mes yeux se ferment alors que je me tourne vers l’énorme baie vitrée qui nous fait face. Je laisse échapper un soupir d’entre mes lèvres alors que je parle d’une voix douce, contrastant avec la claque de tantôt :
« Mark… »
Mes bras viennent se croiser sous ma poitrine : j’ai froid, atrocement froid. J’aimerais m’endormir et me réveiller l’année prochaine mais rien n’est désormais plus réel que cette réalité tangible. Mark murmure son plan pour assurer ma défense, il déambule, nerveusement. Instable lui aussi, il ne semble plus savoir qui il est réellement et le reflet que me renvoie l’énorme baie vitrée m’invite à fuir. Car Mark n’est désormais plus le même. Il pense y parvenir. Pense s’en sortir. Alors mon mari s’éclipse à la recherche d’informations diverses : l’audience reprendra à quelle heure ? La peine de Clay est-elle figée ainsi ? Va-t-elle évoluer ?

Détachant mon regard de l’énorme baie vitrée, j’observe la femme de Clay. Étrangement calme, les jambes croisées, la belle femme relève son visage dédaigneux vers moi et souffle :
« Jamais il n’aurait dû prendre votre défense. Quel con.»
Un rire s’extirpe d’entre mes lèvres alors que j’esquisse quelques pas :
« Et jamais vous n’auriez dû rendre votre bague. Cet homme vous aime… » Elle m’interrompt, plantant son regard d’acier dans le mien, soufflant avec hargne :
« Cet homme, comme vous le dites si bien, ne m’aime pas autant qu’il vous vénère. Il pense avoir vu en vous l’espoir d’un avenir meilleur. » Elle ne scille pas, ne tremble pas et demeure étrangement la même alors qu’elle ajoute :
« Grand bien lui fasse. Je veux juste écarter mes enfants de tout ce merdier. Car eux n’ont rien, absolument rien à voir dans toute cette histoire. » Ses talons rejoignent le sol alors qu’elle se relève avec hâte. Sous son aura, j’esquisse un pas en arrière et la laisse exprimer toute cette haine jusque alors refoulée :
« Vous pensez que, dans toute cette histoire, nous n’en avons pas souffert ? Notre couple, notre famille… Tout a volé en éclats, Sharon. Arrêtez d’être naïve. Observez, comment il s’est damné à même le sol pour votre personne. »

Ses yeux se lèvent vers le ciel alors qu’un soupir s’extirpe d’entre ses lèvres : cette femme va m’achever. Elle me pense, elle me sait probablement tout aussi coupable que son mari dans cette histoire et ma peine amoindrie ne semble pas véritablement lui mettre du baume au cœur.
Sous la souffrance, elle vient déambuler pour se canaliser. Ses talons martèlent le sol avec dextérité et assurance : je sais déjà pourquoi Clay a reporté son attention sur ce joli bout de femme. Elle était son catalyseur, celle qui pouvait envers et contre tous le calmer, le canaliser. Elle était celle qui pouvait après chaque retour à la maison, demeurer la même, aimante et fidèle. Elle était sa stabilité, son souffle, son repaire. Et désormais Clay a tout perdu, le laissant là pire qu’un chien errant.

Mon regard se détourne de sa personne alors que je retourne me réfugier au plus près de la baie vitrée. Dans mon dos, la sublime lance :
« Vous êtes drôlement et étrangement calme pour quelqu’un qui risque de finir ses jours en prison. » Sa franchise me fait l’effet d’un poignard planté sans cesses dans mon cœur. Salope. J’inspire doucement, cherchant les mots justes :
« Je fais confiance à la justice. Clay va pouvoir sortir. La liberté conditionnelle va lui tendre les bras. Et la liberté conditionnelle ne s’appliquera pas à ma personne : j’étais de sortie, avec des amies. Ne l’oubliez pas. Le sang des innocents ne souille pas mes mains. »
D’une voix plus faible, je clôture la discussion, soufflant :
« Il souille les mains de votre ex-mari. Du père de vos enfants. »
Glissant une main sur la poignée de la fenêtre j’entre-ouvre l’énorme baie-vitrée et me saisis dans ma poche de mon paquet de cigarettes. J’en extirpe une, fais craquer le briquet avant de tirer vivement dessus : la dernière clope du condamné. La dernière. J’y passe mes nerfs et mes poumons dessus alors que la porte derrière nous s’ouvre et que Mark nous fait face, un pâle sourire se dessine sur ses lèvres alors qu’il prend la parole :
« La suite du jugement demain. La peine de Clay sera éventuellement revue, selon les conséquences de son nouvel acte. Vous êtes libérés pour la soirée, sous surveillance judiciaire avec interdiction de quitter le territoire. Les médiats patientent dehors. Nous vous invitons à sortir encadrés par les policiers. »

Mon cœur se resserre alors que dans l’encadrement de la porte se tient Clay, menotté : a-t-il parlé avec mon mari ?

Jetant ma cigarette par l’entrebâillement de la fenêtre, j’évite de croiser le regard de mon nouvel ami et passe devant lui, suivant les policiers chargés de nous encadrer Mark et moi-même.
A l’extérieur, les médiats se pressent. Oppressants, les micros brandit devant nos visages, tous veulent une interview exclusive, tous veulent en savoir plus. Je ferme les yeux et me laisse guider par les policiers, tranchant la foule de mes pas. Je sais que Clay est non loin et sa femme aussi : va-t-il prendre la parole ? Je n’ai guère le temps de réagir que mon visage est amené à s’abaisser pour pénétrer dans une voiture de police.

Le policier nous demande notre adresse. J’esquisse une grimace en rouvrant les yeux, prenant place sur le siège du milieu, soufflant :
« Les médiats vont nous suivre… Je… Je ne veux pas d’angoisse, de problème, pour notre enfant. Où est la nourrice d’ailleurs ? Mark ? »
Ce dernier porte son regard sur l’extérieur et ne daignant pas de me regarder, lance :
« Elle va rentrer avant nous afin de mettre le petit au lit. Nous sortons ce soir. J’ai loué une table au restaurant. Clay et sa femme sont conviés. Une nourrice va s’occuper de leurs enfants également. »
Ma bouche s’entre-ouvre : il nage en plein délire !
« Mark ! Les médiats vont se presser tout autour de nous ! »
Un sourire se dessine sur ses lèvres, alors qu’il souffle :
« Exactement. Et nous allons les amadouer. Tu vas sourire, exprimer toutes tes craintes liées à l’enfant et le juge verra ce superbe reportage express, en famille, ce soir même. Sa femme lui conseillera de te libérer parce-que tu n’es qu’une pauvre petite mère de famille. Et Clay… Clay s’emportera. Comme il sait si bien le faire. Mais il est un militaire Sharon. Et les militaires ne craignent ni les juges, ni les jugements qui s’y lient.»
Son visage se penche entre les deux sièges avant alors qu’il intime au chauffeur de se rendre à la maison.

**

Face au large miroir, la condamnée s’admire. Elle vient presser le bout de ses doigts contre les fils qui se dessinent à même sa cuisse : maudite plaie ! Avec prudence, Sharon change de bandage et opte pour un nouveau, fait de compresses stériles afin de ne pas mettre à mal sa blessure. La jeune femme reste durant un maigre instant debout, face au miroir qui lui renvoi sa nudité la plus totale. D’une main, elle effleure son ventre puis son nombril et laisse échapper un petit soupir : son enfant est né. Enfin né. Et elle va peut-être finir enfermée. Cette simple idée amène un lot de frissons dansant à même la peau de la jolie femme. Balayant cette pensée d’un revers de la main, elle se saisit sans logique aucune de sa boîte à bijoux. Elle orne ses doigts de ses plus jolies bagues, son cou de sa plus belle parure et se revêt avec délicatesse de la plus sublime de ses robes. Un décolleté se dessine, présent sans être vulgaire. Une dentelle fine orne le pourtour de sa robe aux manches longues et transparentes. Un pâle sourire se dessine sur son visage. A de nombreuses reprises elle esquisse ce semblant de sourire car elle s’entraîne. Le paraître avant tout. Avec vigilance elle ramène ses cheveux en arrière et en un chignon soigné appose quelques épingles à même ses cheveux : la coiffure est ainsi maintenue. D’une main, elle se saisit d’un rouge à lèvres et vient teinter avec soin ses lèvres. Elle joint ses lèvres en une mimique adorable afin de répartir uniformément l’encre sur sa bouche et tamponne son visage d’une poudre quelconque. Elle se saisit de son flacon de parfum pour venir en diffuser sur son cou, ses poignets et sur sa nuque avant de s’observer une nouvelle fois. D’un doigt, la jeune femme esquisse le contour de ses énormes cernes et laisse un soupir s’extirper d’entre ses lèvres : cette idée lui déplaît. Se donner en spectacle pour toucher le grand public, l’opinion populaire… Le fait-elle seulement pour sauver ses fesses du merdier qui se dessine à l’horizon ? Non. Elle le fait pour lui. Une fois encore, elle agit avec l’intime conviction de faire tout ce qui est en son pouvoir pour que jamais plus Clay n’en vienne à souffrir de la sorte. Elle lui offre de l’attention et surtout s’offre aux médias pour que l’histoire gagne le cœur des mémères au foyer.

S’approchant de la fenêtre de sa chambre, elle observe le policier qui somnole dans sa voiture de fonction. Inspirant doucement, elle lance :
« Mark ? »

Le silence lui offre sa seule réponse alors elle traverse le couloir, descendant les marches de l’escalier. Ses pieds nus viennent effleurer le carrelage glacé de sa maison, pour qui sait peut-être la dernière fois. Son regard parcourt les alentours et de pièce en pièce, elle cherche son mari pour le trouver endormi sur le canapé, l’enfant endormi lui aussi sur le torse à son père. Sharon esquisse un sourire et s’approche d’eux. Elle effleure la joue de son mari et lui souffle :
« Il est bientôt dix-huit heures. Il nous faudrait appeler la nounou mon Amour. »
Ses yeux s’entre-ouvrent avec prudence alors que Sharon se saisit du petit pour l’étreindre tendrement. L’avocat s’assoit au bord du canapé. Ses yeux cernés par l’affront se posent sur Sharon et avec une voix douce il souffle :
« Je ne te comprends pas Sharon. Tu es à la fois si assurée et si fragile. Pourquoi as-tu agis ainsi pour cet homme ? Le connaissais-tu ? »

Les yeux de la blondinette se plissent très légèrement alors qu’elle secoue la tête soufflant :
« Connaître ? Un inconnu, rencontré hasardeusement, le soir d’halloween ? »
Elle se relève et changeant d’expression affiche un visage atrocement fermé, concluant le semblant de conversation :
« Le policier dort dans la voiture et les médias veillent au bout du portail. Je n’ai pas envie de sortir Mark. C’est une mauvaise idée à mes yeux. Clay est instable, tu le sais, n’est-ce pas ? Souhaites-tu l’enfoncer et le condamner en définitive ?»

Dans ses bras le poupon s’agite. Alors, avec tout l’amour qu’elle lui porte, elle prend place sur l’un des innombrables fauteuils qui orne son salon et s’active pour allaiter l’enfant. De dernière la vitre, un flash se fait remarquer. Aussitôt, Mark ferme les volets et se glisse devant Sharon. Mais l’instant si précieux entre la mère et son enfant est capturé.

Immortalisé.

Intimité violée, intimité mise à mal.

**

Mark s’est chargé des réservations. Comme à son habitude, le riche et jeune avocat n’a pas fait les choses à moitié : il a opté pour un restaurant gastronomique, réputé pour une décoration sublime. L’un des meilleurs sur tout le Texas. De nombreuses célébrités et de nombreux riches avocats aiment, paraît-il, s’y rendre. Le lieu n’est pas anodin et Mark le sait : sa stratégie payera durant la soirée puisque en ces lieux les commères apprécient tout particulièrement esquisser quelques pas autour des tables bondées de monde. Les rumeurs vont de bon train et l’avenir de notre duo appartient à cette caste réputée pour influencer grandement les juges corrompus du Texas.

Il faut donc savoir aimer et être aimé durant toute la soirée. Et ça, une fois encore, Mark l’a compris : apprêté lui aussi pour cette douce soirée, le jeune homme a opté pour un simple costume accompagné d’une cravate et de jolies chaussures cirées. Sa prestance, son charisme, ne laisse personne indifférent et encore moins la réceptionniste qui se tend outrageusement vers lui, dévoilant un décolleté bien trop plongeant pour ne pas être vulgaire. Elle lui susurre de lui tendre ses clefs ce que Mark fait sans ménagement. Le couple cède également leurs vestons et esquissent quelques pas, bras dessus, bras dessous. Habituée à toute cette démesure, Sharon n’admire pas réellement les alentours. Pourtant, le plafond illuminé d’une multitude de petites leds offre une ambiance cosy, chaleureuse. Les tables tirées à quatre épingles sont parfaitement présentées et lorsque elle s’approche de la table réservée par son mari, sa chaise est automatiquement tirée par un serveur.

Démesure.

Le claquement de ses talons résonne assurément sur le vieux parquet. Elle ne faiblit pas, elle ne tangue pas au gré des regards qui se posent sur sa personne. Et avec assurance, la Douce esquisse un sourire poli afin de remercier l’Inconnu et prend place. Elle remarque qu’autour d’eux, plus personne ne pipe mot. Tout le monde l’a reconnu et tout le monde attend d’en savoir plus. Timidement, les oreilles se tendent. Dans ce semblant de curiosité malsaine, les esprits s’échauffent et les murmures repartent de bon train. Le prénom de Sharon est articulé une bonne centaine de fois tout autour d’eux. Fébrilement, la blondinette se saisit de sa pochette et en extirpe son téléphone ainsi qu’une plaquette d’antidouleur. Elle extirpe deux cachets de cette dernière qu’elle prend soin de cacher sous sa serviette. Droite comme un i, elle attend patiemment l’arrivée de Clay et de sa femme. Nerveusement, la blondinette en vient à lisser à de nombreuses reprises sa robe d’un revers de la main. Elle réajuste également son chignon à plusieurs reprises et ressentant la nervosité de sa femme, Mark se saisit de sa main qu’il dépose entre les siennes. Il lui souffle que tout va bien se dérouler et commande deux verres en attendant leurs invités.

Le verre se porte à ses lèvres alors que son regard scrute les alentours. Non loin d’eux un photographe populaire se joint à une table voisine. Sharon esquisse un pâle sourire en sa direction et penche très légèrement la tête sur le côté feignant la surprise en le voyant : dupes ! Qu’ils sont dupes ! Tout n’est que tromperie ! Comment peuvent-ils aussi facilement mordre à l’hameçon ?

La scène de théâtre commence.

Silence ! Faites silence dans la salle mes amis !

Les rideaux se tirent et laissent entrevoir pour l’instant deux des personnages principaux : Sharon et Mark. Aimants et aimés, ils se tiennent la main en feignant de discuter de tout et de rien. Les verres s’enchaînent en attendant la venue des deux autres vedettes de la soirée : vont-elles venir ? Oseront-elles franchir le seuil de la porte et se joindre à tout ce beau monde bourgeois qui ne leur correspond, en définitive, pas ? Sa femme lui a-t-elle parlé de l’affront de tantôt ? L’ambiance risque d’être électrisante. Mais il paraît que nous nous joignons tous à cette table pour la bonne cause. Alors… Causons bien sous fond de piano. Douce symphonie.


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MessageSujet: Re: [FLASHBACK] A Child's Shadow - PV Clay Sam 14 Avr - 12:20

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MessageSujet: Re: [FLASHBACK] A Child's Shadow - PV Clay

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[FLASHBACK] A Child's Shadow - PV Clay

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